TOME IV · CHAPITRE XIII
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Résumé
1704. La duchesse de Nemours rappelée ; mariages Nangis-La Hoguette et vidame d'Amiens-Lavardin ; le cérémonial des visites du roi et des filles de France et l'époque de leur cessation ; deuils d'enfants et leur cause ; messages et envois — la réception d'un valet de pied royal chez Montbazon. Le comte d'Ayen duc de Noailles par démission de son père. Morts de Sainte-Mesme, Bressé, Mme de Boisdauphin, Termes et sa « cruelle aventure », l'infante de Portugal. Tessé en Italie et « sa bassesse » ; petit combat, conduite de Vendôme, flatterie artificieuse de Vaudémont ; Tessé passe en Savoie.
Les entrées
- 1704
- « Cette année commença par un acte de bonté du roi, dont il est vrai qu'il auroit pu s'épargner la matière » : le rappel de la duchesse de Nemours, exilée trois ans pour l'affaire de Neuchâtel — l'année 1704 s'ouvre ainsi sur les intrigues de la succession de cette principauté, où le prince de Conti, « ardent sur cette affaire », se voyait reprocher que « la richesse lui tenoit bien plus au cœur que n'avoit fait la couronne de Pologne ».
- Duchesse de Nemours rappelée
- Mme de Nemours, maîtresse de Neuchâtel qu'elle voulait laisser au bâtard de Soissons, fut desservie par Puysieux comme « peu mesurée avec un prince du sang », et exilée à Coulommiers. « Elle en reçut l'ordre et l'exécuta sans se plaindre, avec une fermeté qui tint encore plus de la hauteur », continuant ses affaires contre Conti « sans qu'il lui échappât ni plainte, ni reproche, ni excuse, ni le moindre désir de se voir en liberté. À la fin, on eut honte de cette violence qui duroit depuis trois ans sur une princesse de plus de quatre-vingts ans [...]. Elle fut exilée sans l'avoir mérité, elle fut rappelée sans l'avoir demandé. Elle vit le roi deux mois après, qui lui fit des honnêtetés, et presque des excuses. »
- Mariage de Nangis et de Mlle de La Hoguette
- « Nangis, le favori des danses, épousa, dans les premiers jours de cette année, une riche héritière, fille du frère de l'archevêque de Sens, La Hoguette » — le jeune homme à la mode, dont les regards vers Mme la duchesse de Bourgogne feront bientôt jaser, s'établissait par l'argent.
- Mariage du vidame d’Amiens et de Mlle de Lavardin
- Autre mariage qui « surprit un peu le monde » : le vidame d'Amiens, second fils du duc de Chevreuse, épousa l'aînée des filles de Lavardin, riches par la mort de leur frère à Spire et « sous la tutelle des Noailles ». On prétendit que les Noailles brusquèrent ce mariage pour gagner M. de Chevreuse, médiateur de leur vieux procès avec M. de Bouillon sur la mouvance de la vicomté de Turenne, ravivé par l'envoi de troupes contre des vassaux révoltés. « On ne lit point dans l'avenir, et personne n'imaginoit alors que ce cadet vidame auroit la charge de son père, seroit fait duc et pair, et deviendroit maréchal de France. »
- Visite du roi, de la reine et des filles de France, etc. ; époque de leur cessation
- L'époque de la cessation des visites : jusqu'en 1678, la reine visitait les duchesses « à leur mariage, à leurs couches, à la mort des parents dont elles drapoient ». Le roi, qui haïssait l'orgueil du duc de Lesdiguières — mort à trente-six ans « d'une pleurésie qu'il prit pour avoir bu à la glace au sortir d'une partie de paume » —, s'importunait surtout de l'attachement de la reine pour les Carmélites de la rue du Bouloi, où des intrigantes la voyaient : il décida « que la reine ne visiteroit plus que les princesses du sang ». De cascade en cascade — la Dauphine toujours grosse ou malade, Madame « farouche et particulière, avec sa couche de gloire » —, la duchesse d'Orléans finit en 1704 par se réserver les seules visites d'amitié ; et à la Régence, sa parole de ne plus visiter que les princesses du sang « passa sans que personne osât souffler. [...] Mais quelques usurpations qu'elles aient faites en tout genre, elles n'en sont pas venues encore, en 1741, à déclarer qu'elles ne visiteroient plus même les femmes non titrées. »
- Deuils d’enfants et leur cause
- M. le prince de Conti perdit son second fils de sept mois. « On n'avoit point porté le deuil des enfants du roi et de la reine, ni de ceux de Monsieur, morts en nombre jusqu'à l'âge de sept ans [...]. Le désir de relever les bâtards avoit fait porter le deuil d'un maillot de M. du Maine et lui faire des compliments. Il n'y eut donc pas moyen de l'éviter pour celui du prince de Conti. » Et le roi envoya un maître de sa garde-robe — honneur de premier prince du sang étendu aux bâtards — là où un simple gentilhomme ordinaire eût suffi.
- Messages ou envois
- Protocole des messages : aux occasions où la reine visitait, le roi envoie « jusqu'à aujourd'hui un gentilhomme ordinaire ; on lui présente un fauteuil, on l'invite à s'y asseoir et à se couvrir ; on lui donne la main, on le conduit au carrosse ». La reine et les Dauphines envoyaient un maître d'hôtel. Pique à la reine régnante de 1740 : « je ne sais qui a avisé cette reine-ci de n'envoyer qu'un page ; ce n'est pas qu'elle soit plus reine que l'épouse de Louis XIV, ni qu'elle soit tout à fait de si bonne maison. Ce page aussi est reçu et traité fort médiocrement. »
- Réception d’un valet de pied envoyé par le roi au duc de Montbazon
- Le conte favori du roi : jeune encore, il écrivit à M. de Montbazon par un valet de pied, qui le trouva à Couperay se mettant à table. « Non pas cela, lui dit le duc de Montbazon, vous êtes venu de la part du roi, vous me ferez l'honneur de dîner avec moi » — il le prit par la main, le fit passer devant lui aux portes, le mit « à la belle place », le servit « de tout le premier », but à la santé du roi, et « n'en partit point qu'il ne l'eût vu monter à cheval. Cela s'appelle savoir vivre, ajouta le roi. Il a fait ce conte souvent [...], je pense, pour instruire les gens de ce qui lui étoit dû, et de quelle sorte les seigneurs anciens savoient en faire leur devoir. »
- Comte d’Ayen duc par démission de son père
- « Le duc de Noailles, au commencement de cette année, obtint enfin le consentement de Mme de Maintenon pour céder son duché à son fils, le comte d'Ayen, qui prit le nom de duc de Noailles et le père celui de maréchal. Mme de Maintenon ne voulut jamais que sa nièce fût assise en se mariant, et lui fit acheter son tabouret par le délai de quelques années. Elle avoit de ces modesties qui sentoient fort le relan de son premier état, mais qui pourtant ne passoient pas l'épiderme. »
- Mort de Sainte-Mesme
- « Sainte-Mesme, d'une branche séparée de celle des maréchaux de L'Hôpital et de Vitry, mourut en ce commencement d'année. Je le remarque par la grande réputation qu'il s'étoit acquise parmi tous les savants de l'Europe ; grand géomètre, profond en algèbre et dans toutes les parties des mathématiques ; ami intime, et d'abord disciple du P. Malebranche, et si connu lui-même par son livre des Infiniment petits » — le marquis de L'Hôpital, dont l'analyse porte encore le nom.
- Mort du baron de Bressé
- « En même temps mourut le baron de Bressé à Paris, celui même dont j'ai parlé sur le siège de Namur ; il étoit fort vieux et cassé, et avoit du roi autour de vingt mille livres de rente, et lieutenant général. »
- Mort de Mme de Boisdauphin
- « Mme de Boisdauphin mourut aussi à Paris à quatre-vingts ans », sœur de Barentin et riche héritière, mère de Mme de Louvois par son premier mariage Courtenvaux : « M. de Louvois, toute sa vie, avoit eu une grande considération pour elle, et ses enfants après lui : c'étoit une femme aussi qui savoit se faire rendre. »
- Mort de Termes et sa cruelle aventure
- Termes, cousin germain de M. de Montespan, mourut aussi : il avait « un palais d'argent qui lui rendoit la parole fort étrange ; mais ce qui surprenoit c'est qu'il n'y paroissoit plus dès qu'il chantoit avec la plus belle voix du monde ». Soupçonné de tout rapporter au roi, « il n'étoit reçu dans aucune maison, ni abordé de personne [...], tellement qu'il vivoit dans une solitude entière au milieu du plus grand monde ». Sa cruelle aventure : après un souper de M. le Duc et du prince de Conti chez Langlée dont le roi leur lava la tête, ils le crurent le délateur et le firent rouer de coups par « quatre ou cinq Suisses qui l'attendoient [...] à une heure après minuit, et l'accompagnèrent, toujours frappant, tout le long de la galerie. [...] Les auteurs se trouvèrent sitôt qu'ils ne se trouvèrent plus », et le roi « fit semblant d'ignorer les auteurs ».
- Mort de l’infante de Portugal
- « L'infante aînée de Portugal mourut bientôt après. Elle avoit huit ans, et, nonobstant ce peu d'âge, on avoit flatté la cour de Lisbonne que l'archiduc l'épouseroit » — mort d'enfant qui dérangeait déjà les combinaisons matrimoniales de la coalition.
- Tessé en Italie ; sa bassesse
- Tessé, « qui n'avoit servi que de chausse-pied en Dauphiné à La Feuillade », partit pour Milan. « Il prévit en habile et bas courtisan que M. du Maine et Mme de Maintenon l'emporteroient tôt ou tard sur la fermeté que le roi lui avoit marquée » : il alla joindre Vendôme « en poste seul et en carabin », « mit dans sa poche sa commission pour commander l'armée et M. de Vendôme même, et ne prétendit qu'à l'état de volontaire. Vendôme ne lui fit pas la moindre civilité d'aucune déférence, et continua en sa présence à donner l'ordre et à commander, comme si Tessé n'y eût pas été. C'étoit bien connoître le roi et le crédit de son intérieur [...], et en même temps faire peu de cas de son bâton et de soi. »
- Petit combat en Italie
- « Peu de jours après, M. de Vendôme battit une partie de l'arrière-garde du comte de Staremberg [...] : quatre cents hommes tués, cinq cents prisonniers, trois chariots remplis de pain firent du bruit à Versailles. M. de Vendôme assaisonna cette nouvelle de la promesse d'attaquer les ennemis le lendemain. Il savoit bien qu'il n'en feroit rien. »
- Conduite de Vendôme
- « Ses courriers étoient sans nombre, ou pour des bagatelles qu'il faisoit valoir et qui trouvoient des prôneurs, ou pour des assurances de choses qui ne s'exécutoient point et qui trouvoient leurs excuses dans les mêmes personnes, et le roi s'en laissoit persuader » — le système Vendôme : M. du Maine et Mme de Maintenon lui avaient dévoué Chamillart, et le mérite de sa naissance faisait le reste.
- Flatterie artificieuse de Vaudémont
- « M. de Vaudemont écrivit de Milan au roi sur cette bagatelle une félicitation, comme assuré que ses ennemis seroient incontinent chassés d'Italie. C'étoit la même cabale et les mêmes applaudissements : tout cela s'avaloit et réussissoit à merveille. »
- Autre action en Italie
- « Mais pour cette fois, M. de Vendôme fit encore quelque chose : il culbuta huit cents chevaux et six bataillons de l'arrière-garde de Staremberg dans l'Orba. Bezons et Saint-Frémont, à la tête de notre cavalerie, et Albergotti avec quinze cents grenadiers, firent cette expédition. [...] Il en coûta mille hommes aux Impériaux, tués ou pris. Solari, qui commandoit ceux-ci, tué, et le prince de Lichtenstein pris fort blessé. »
- Tessé en Savoie
- « Tessé s'en étoit retourné à Pavie, d'où il regagna Milan, et au commencement de février s'en retourna commander en Savoie » — l'aller-retour du maréchal-volontaire, sa cour faite à Vendôme, s'achevait sur le théâtre alpin qui lui était destiné.
- La Feuillade en Dauphiné, fait lieutenant général seul
- « En même temps La Feuillade fut fait lieutenant général seul, demeura en son gouvernement de Dauphiné, et fut destiné pour l'armée de M. de Vendôme. Ainsi maréchal de camp tout d'un coup, en chef en Dauphiné aussitôt après, et sans presque aucun intervalle lieutenant général, c'est le train que Chamillart mena un homme pour qui le roi lui avoit déclaré qu'il ne feroit jamais rien. »
- Grand prieur général d’armée
- « Tout de suite le grand prieur, si mal avec le roi et qui avoit eu tant de peine à servir, puis à aller avec son frère, fut envoyé commander les troupes dans le Mantouan et le Milanois, et incontinent après eut une petite armée avec le nom, la patente, les appointements et le service de général d'armée en chef, séparément de M. de Vendôme, avec qui il fut comme sont deux maréchaux de France qui ont chacun une armée à part dans les mêmes pays, qui se concertent, mais dont l'ancien des deux conserve la supériorité. »
- Le fils unique de Vaudémont feld-maréchal des armées de l’empereur
- « En même temps le fils unique de Vaudemont fut fait feld-maréchal par l'empereur, avec Staremberg, Heister et Rabutin [...] : ainsi Vaudemont prospéroit des deux côtés, et le roi lui savoit toujours le meilleur gré du monde » — le père général du roi d'Espagne, le fils feld-maréchal de l'empereur, et la confiance de Versailles intacte.
- Maréchal de Villeroy et la marquise de Bedmar à Versailles
- Villeroy vint à la mi-janvier « faire un tour à la cour, où le roi le reçut, après neuf mois d'absence, avec des marques de faveur très distinguées ». La marquise de Bedmar, allant joindre son mari en Flandre, fut présentée au roi par la duchesse du Lude, accompagnée de la duchesse d'Albe et de la maréchale de Cœuvres, grandes d'Espagne : « le roi la baisa et lui fit toutes sortes d'honnêtetés ; il lui dit qu'il avoit résolu de faire son mari chevalier de l'ordre » et ordonna qu'on la reçût dans toutes les places françaises « avec les mêmes honneurs que dans celles de la Flandre espagnole ».
- Grande sévérité du conseil de guerre de Vienne
- « Le conseil de guerre de Vienne donna, vers ces temps-ci, un grand exemple de sévérité. Par son jugement, le comte d'Arco eut la tête coupée, pour avoir mal défendu Brisach avec Marcilly, à qui le bourreau cassa l'épée et lui en donna plusieurs coups sur la tête ; le lieutenant de roi [...] et le major de la place furent dégradés des armes. La mauvaise humeur des progrès des mécontents put un peu contribuer à cette sévérité, qui fit beaucoup murmurer les officiers impériaux. »
- Progrès des mécontents de Hongrie
- Les mécontents de Hongrie « inquiétoient l'empereur jusque dans Vienne », pillèrent un faubourg de la capitale, prirent Agria, les villes des mines, Strigonie avec sa garnison, coupèrent la communication de Bohême, forcèrent Eugène à quitter Presbourg, ravagèrent son île du Danube et la grande île de Schutt, prirent Mongatz et Hermanstadt « capitale de la Transylvanie », coururent jusqu'à Graz : « ils brûlèrent les environs de cette demeure impériale, d'où on voyoit les feux et d'où on ne pouvoit sortir ni entrer librement », et rejetèrent toutes les propositions, y compris la médiation de l'envoyé de Hollande.
- Villeroy en Flandre
- « Le maréchal de Villeroy s'en retourna à Bruxelles après quelque séjour à la cour » — reprenant le commandement général des frontières de Flandre pour la campagne qui s'annonçait.
- Baron Pallavicin
- Il « s'y prit d'affection pour le baron Pallavicin », grand homme de trente-cinq ans, « de beaucoup d'esprit, de valeur et de talents pour la guerre et pour l'intrigue, dont on n'a jamais bien démêlé l'histoire » : arrêté avec les troupes de Savoie, il refusa de rentrer en Piémont sur la parole donnée ; menacé de l'indignation de son maître, il « abandonna le service de Savoie et se donna à celui de France, sans qu'on ait jamais pu savoir la cause du procédé du maître ni du sujet ». « Le maréchal de Villeroy, qui aimoit les étrangers et les aventuriers, s'infatua de celui-ci qui devint son homme de confiance [...], où cette faveur du général excita beaucoup de jalousie. »
- Mariage du fils aîné de Tallard avec la fille unique de Verdun
- « Le maréchal de Tallard s'en alla en Forez marier son fils aîné à la fille unique de Verdun, très riche héritière et qui en avoit aussi l'humeur et la figure. Tallard et Verdun étoient enfants des deux frères et avoient ensemble des procès à se ruiner que ce mariage termina. Verdun étoit un homme de beaucoup d'esprit, mais singulier, [...] et qui n'avoit jamais fait grand cas de son cousin Tallard, ni guère aussi de la cour et de la fortune. »
- Tallard sur le Rhin ; Coigny sur la Moselle
- « Tallard partit bientôt après vers le Rhin et Coigny sur la Moselle, commander un corps comme faisoit ordinairement M. d'Harcourt » — les dispositions du début de la fatale campagne de 1704 se mettaient en place.
- Deux cent mille livres d’augmentation de brevet de retenue au maréchal de Boufflers sur sa charge, qui ne sert point
- « Le maréchal de Boufflers ne servit point cette année, le roi tâcha de l'en consoler par une augmentation de deux cent mille livres de brevet de retenue sur sa charge » — le vainqueur d'Eckeren écarté, et dédommagé en argent.
- Adoration de la croix ôtée aux ducs
- Le coup du vendredi saint : M. le Grand demanda « avec un audacieux empressement » d'aller avec sa maison à l'adoration de la croix, où les ducs allaient de tout temps ; refusé, il demanda à les précéder — « non qu'il l'espérât, mais pour réussir à ce qui arriva. Le roi fut embarrassé [...] et en sortit par lui dire que ni ducs ni princes n'iroient. » Le maréchal de Noailles ne défendit le droit des ducs que « mollement » ; M. de La Rochefoucauld « se mit à pester, et n'osa jamais aller trouver le roi » et s'en alla ronger son frein aux Basses-Loges. « Ainsi cette distinction fut perdue en échange de celle que les princes étrangers s'étoient voulu faire de la quête, et qui avoit avorté, et personne n'alla plus depuis à l'adoration de la croix que les princes du sang et les bâtards. Je m'en allai tout de suite à Paris sur cette nouvelle. »
- Mort du duc d’Aumont ; sa dépouille
- « Le duc d'Aumont mourut d'apoplexie le matin du mercredi saint. Villequier, son fils aîné, qui étoit premier gentilhomme de la chambre en survivance, eut le gouvernement de Boulogne et du pays boulonnois qu'avoit son père, et prit le nom de duc d'Aumont. »
- Mort du cardinal Norris
- « Le cardinal Norris, moine augustin, a laissé un si grand nom parmi les savants que je ne veux pas omettre sa mort. Il étoit d'origine irlandaise [...]. Ce docte cardinal fut des congrégations de Rome les plus importantes, et il avoit succédé au cardinal Casanata, si célèbre par son savoir et par cette bibliothèque si nombreuse et si recherchée qu'il avoit assemblée, et qu'il donna à la Minerve, dans la place de bibliothécaire de l'Église. »
- Mort de Mme de Lyonne ; ses enfants
- Mme de Lyonne, veuve du secrétaire d'État « mort en 1671, le plus grand ministre du règne de Louis XIV », mourut à Paris : « femme de beaucoup d'esprit, de hauteur, de magnificence et de dépense », elle « avoit tout mangé il y avoit longtemps, et vivoit dans la dernière indigence dans sa même hauteur ». Ses fils : l'aîné, qui perdit la survivance du secrétariat donnée à Pomponne, « passoit sa vie à présider aux nouvellistes des Tuileries » — son propre fils « se perdit par son mariage avec la servante d'un cabaret de Phalsbourg » ; un autre « riche abbé débauché » ; un troisième « évêque de Rosalie in partibus et missionnaire à Siam et à la Chine. Et voilà ce que deviennent les familles des ministres ! »
- Mort et deuil d’un fils de l’électeur de Bavière
- « L'électeur de Bavière perdit aussi un de ses fils. Le roi, pour le gratifier, en prit le deuil pour quinze jours. Il avoit l'honneur d'être beau-frère de Monseigneur, mais sa parenté avec le roi étoit fort éloignée » — deuil de complaisance politique pour l'unique allié d'Allemagne.
- Duchesse de Ventadour gouvernante survivancière des enfants de France
- La duchesse de Ventadour, dont « l'âge avoit dépassé de beaucoup celui de la galanterie », servie par le maréchal de Villeroy auprès de Mme de Maintenon « qui, par raison de ressemblance, aimoit bien mieux les repenties que celles qui n'avoient pas fait de quoi se repentir », fut déclarée survivancière de la maréchale de La Mothe pour les enfants de France. La vieille maréchale, qui trouvait « ridicule de mettre auprès des enfants de France une femme qui n'avoit jamais eu d'enfants », fut emportée à son insu et « ne se contraignit pas sur son dépit ». Mme de Ventadour, « si transportée, si éperdue de joie, qu'oubliant ce qu'elle étoit, elle se jeta à genoux en entrant et se traîna ainsi jusqu'à Mme la duchesse de Bourgogne », et en fit autant devant le roi, « dont la surprise de cette action fut extrême ; jamais personne ne fut si hors de soi ». Elle eut douze mille livres d'augmentation de pension — et l'avenir dira ce que cette charge fit d'elle auprès de Louis XV.
- Maréchal de Châteaurenauld lieutenant général de Bretagne
- « Le maréchal de Châteaurenauld eut bientôt après la lieutenance générale de Bretagne, vacante depuis la mort de Lavardin, comme je l'ai dit d'avance » — préparant le mariage de son fils avec une Noailles, la charge servant « pour une seconde fois de dot ».
- Walstein mis en liberté
- « Le roi permit en même temps à Walstein, ambassadeur de l'empereur à Lisbonne, pris sur mer en s'en retournant, de s'en aller » — fin de la captivité surveillée de Bourges.
- Phélypeaux et Vernon échangés
- Le roi « fit partir Vernon, ambassadeur de Savoie, toujours accompagné de son gentilhomme ordinaire, pour aller sur la frontière de Provence et des États de Savoie être échangé avec Phélypeaux » — l'intraitable ambassadeur retrouvait enfin la liberté après ses mois de quasi-cachot turinois.
- Mort d’Harlay, conseiller d’État
- « En ce même temps mourut Harlay, conseiller d'État, qui avoit été premier ambassadeur plénipotentiaire à la paix de Ryswick, duquel j'ai assez parlé précédemment pour n'avoir plus rien à en dire. »
- Mort de Cohorn
- « Les ennemis perdirent le meilleur des officiers hollandois, qui de plus étoit leur Vauban pour les places et les sièges, qui étoit le général Cohorn, qui mourut à la Haye » — l'ingénieur qui avait forcé les lignes du Brabant disparaissait à la veille de la grande campagne.
- Villars en Languedoc et Montrevel en Guyenne
- Villars, oisif et « reçu comme s'il n'eût pas pris des trésors », voulait « absolument être de quelque chose » : il ne resta que le Languedoc, « pour le décorer au moins de finir cette petite guerre ». Montrevel, échangé contre la Guyenne « entièrement paisible », dut « aller jouer au lansquenet à Bordeaux ». Villars « dit assez plaisamment qu'on l'y envoyoit comme un empirique où les médecins ordinaires avoient perdu leur latin. Ce mot outra Montrevel, qui fit si bien que, tandis que Villars étoit en chemin, il battit deux fois les fanatiques et la dernière fois en personne et avec un grand succès, et tout de suite s'en alla droit à Bordeaux. »
- On me fait une opération pour une saignée
- « Je tombai en ce temps-là dans un fâcheux accident » : une saignée mal faite — le tendon piqué, selon Maréchal et Fagon — enfla le bras « plus gros que la cuisse, avec la fièvre et de grandes douleurs ». M. de Lauzun alla demander Maréchal au roi, qui lui permit de venir, découcher et séjourner : « en arrivant le matin, il m'ouvrit le bras d'un bout à l'autre. Il étoit temps, l'abcès gagnoit le coffre, et se manifestoit par de grands frissons. [...] L'adresse et la légèreté de l'opération, des pansements, et de me mettre commodément passe l'imagination. » Des poids gardèrent au bras sa longueur, « et je ne m'en suis pas senti depuis ».
- Chamillart m’avoit raccommodé avec le roi ; Maréchal achève
- « Il prit prétexte de cet accident, pour parler de moi au roi, qui après que je fus guéri m'accabla de bontés. Chamillart étoit enfin venu à bout de me raccommoder avec lui quelque temps auparavant. Tout ce que dit Maréchal acheva » — le raccommodement complet, œuvre conjointe du ministre ami et du chirurgien fidèle.
- Avidité mal reçue du comte de Marsan
- L'avidité du comte de Marsan pendant la maladie : Tribouleau, le chirurgien de garde, conta qu'il l'arrêtait dans les rues pour demander des nouvelles « avec des détails et un intérêt infini. La vérité étoit qu'il vouloit mon gouvernement et qu'il le demanda. Le roi lui demanda à son tour si je n'avois pas un fils, et le rendit muet et confus. Chamillart, sans qu'on l'en eût prié, s'en étoit assuré pour mon fils, en cas que je n'en revinsse pas. Je ne fis pas semblant dans la suite de savoir le procédé de M. de Marsan. »
- Mort du célèbre Bossuet, évêque de Meaux, et du cardinal de Fürstemberg ; leur dépouille
- « L'Église et le siècle perdirent en ce même temps les deux prélats qui fussent alors chacun à l'une et à l'autre avec le plus d'éclat, le fameux Bossuet, évêque de Meaux, pour l'un, et le célèbre cardinal de Fürstemberg, pour l'autre » — Bossuet « toujours à regretter, et qui le fut universellement, et dont les grands travaux faisoient encore honte, dans cette vieillesse si avancée, à l'âge moyen et robuste des évêques, des docteurs, et des savants les plus instruits » ; Fürstemberg, « après avoir si longtemps agité et intéressé toute l'Europe, étoit devenu depuis longtemps un poids inutile à la terre ». Dépouilles : Chamillart eut la charge de premier aumônier de la duchesse de Bourgogne « pour l'imbécile évêque de Senlis, son frère » ; La Hoguette la place de conseiller d'État d'Église ; et Bissy — le « prestolet » de la prophétie paternelle — accepta enfin Meaux, « qui, en le tenant sans cesse à portée, favoriseroit son savoir-faire qu'il ne fut pas longtemps à manifester ».
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