TOME VIII · CHAPITRE X

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Résumé

Le « crayon » du duc de Bourgogne « pour lors » — le portrait du prince converti, dévot jusqu'au scrupule, que l'auteur veut rendre à l'État — et le succès de ce Discours. Puis l'intrigue du mariage de Berry : obstacles contre Mademoiselle, causes de la partialité de l'auteur, fondement de sa détermination « de former une cabale » — dont il énumère les pièces : les Orléans, les Bourgogne, la duchesse de Villeroy, Mme de Lévi, les d'O « par ricochet », du Maine par ricochet, les Chevreuse et Beauvilliers, les jésuites — avec le « nœud intime » du P. Tellier avec les deux ducs — et Boufflers.

Les entrées

Crayon de Mgr le duc de Bourgogne pour lors
Crayon du prince : « Mgr le duc de Bourgogne étoit né avec un naturel à faire trembler…, fougueux jusqu'à vouloir briser ses pendules lorsqu'elles sonnoient l'heure qui l'appeloit à ce qu'il ne vouloit pas, et jusqu'à s'emporter de la plus étrange manière contre la pluie ». « Le prodige est qu'en très peu de temps la dévotion et la grâce en firent un autre homme » — mais un novice « qui ignore les bornes des choses », excédant « dans le contre-pied de ses défauts » : témoin le bal des Rois où « hors le temps de souper avec le roi, il fut enfermé tout le soir seul dans son cabinet », le roi « piqué de se voir condamné par son petit-fils ». Amoureux passionné de son épouse, il s'amusait avec les jeunes dames « en séminariste en récréation ». Sa troisième campagne lui fut funeste : Vendôme « saisit le foible du prince…, cette dévotion si mal entendue qui fit si étrangement du marteau l'enclume et de l'enclume le marteau ».
Succès de ce Discours
Succès du Discours : Beauvilliers, à qui il « plut extrêmement », ne contesta que l'assiduité aux offices et les spectacles ; il voulut le montrer au prince sous le nom de l'auteur — « ce fut là où s'émut la plus longue et la plus vive dispute que j'aie guère eue avec lui ». Mme de Saint-Simon et Cheverny jugèrent le Discours « très dangereux à montrer à celui pour qui seul il étoit fait » ; Chevreuse trancha : ne point le donner, mais en « lâcher des morceaux détachés au prince » de loin en loin. Le roi lui-même demanda au prince s'il avait fait consulter la Sorbonne sur la guerre d'Espagne — « il n'y avoit pas seulement pensé ».
Intrigue du mariage de M. le duc de Berry
Intrigue du mariage de Berry : il faut « opposer cabale à cabale et puis lutter d'adresse et de force » — Mme la Duchesse « saisissoit toutes les avenues » pour Mlle de Bourbon et avait fait écarter l'idée d'une étrangère dans l'esprit du roi, « ennemi de toute pensée de la plus légère et la plus courte contrainte ».
Obstacles contre Mademoiselle
Obstacles contre Mademoiselle : la guerre et la misère, l'âge de Berry, la perspective d'un mariage étranger ; surtout « l'état personnel de M. le duc d'Orléans pour qui le roi n'étoit point revenu à fond », le roi d'Espagne « toujours persuadé qu'il avoit voulu usurper sa couronne », et Monseigneur « qui marquoit sans cesse jusqu'à l'indécence sa haine pour M. le duc d'Orléans », gouverné par la cabale ennemie.
Causes de ma partialité sur ce mariage
Causes de la partialité de Saint-Simon : le mariage de Mlle de Bourbon porterait Mme la Duchesse « à une grandeur et à une autorité auprès de [Monseigneur] sans bornes…, et du même coup écraseroit M. le duc et Mme la duchesse d'Orléans et moi ». « Une seule chose me retenoit, le désir extrême d'un mariage étranger qui sauvoit ce rejeton si prochain de la couronne de cette souillure de bâtardise qui me faisoit horreur » — mais le roi n'en voulant point, « je vis clairement que je ne pouvois éviter la bâtardise, et ce fut ce qui me détermina à agir ».
Fondement de ma détermination de former une cabale pour Mademoiselle
Le fondement : M. et Mme la duchesse d'Orléans, « qui s'épuisoient inutilement en désirs et qui les noyoient dans une oisiveté profonde » ; le prince surtout, « comme une poutre immobile qui ne se remuoit que par nos efforts redoublés » — Saint-Simon soupçonna toujours qu'en sachant « plus que personne sur son affaire d'Espagne, cette bride le persuadoit qu'elle étoit obstacle insurmontable ».
Duc et duchesse d’Orléans
La duchesse de Bourgogne : elle avait « à redouter une autre elle-même…, une princesse au même degré du roi qu'elle, qui, plus jeune, le pourroit amuser par des badinages nouveaux et enfantins qui lui avoient si bien réussi, mais qui n'étoient plus guère de son âge » ; conduite par Mme la Duchesse, cette belle-sœur « deviendroit un espion dangereux dans le plus intérieur de son sein…, une rivale cuisante et dominante ». Mais « douce, légère, facile peut-être à l'excès », il fallait le lui « fortement inculquer ».
Duc et duchesse de Bourgogne
La duchesse de Villeroy, « infiniment propre par une fermeté souvent peu éloignée de la rudesse qui, jointe au bon sens, tient quelquefois lieu d'esprit, et frappe plus fortement et plus utilement des coups que plus d'esprit avec plus de mesure ».
Duchesse de Villeroy
Mme de Lévi, « instrument triplement considérable » : « infiniment d'esprit », une fermeté « quelquefois supérieure à celle de la duchesse de Villeroy », l'intimité de la duchesse de Bourgogne, l'accès de Mme de Maintenon, et le crédit dans la famille de Chevreuse — « elle et moi concertâmes souvent les choses qu'il ne falloit pas leur présenter trop crues, ni toujours par la même main ».
Mme de Lévi
Les d'O, par ricochet : Mme d'O « dans l'intime confidence de Mme la duchesse de Bourgogne », d'O attaché aux deux ducs — « jamais je ne leur fus nommé, mais je les dirigeois par la duchesse de Villeroy en gros, qui me rendoit exactement tout le détail ».
M. et Mme d’O, par ricochet
Le duc du Maine, par ricochet : Mme la duchesse d'Orléans et d'O « lui montrèrent les enfers ouverts sous ses pieds par le mariage de Mlle de Bourbon » — procès, rang, survivances, rang de ses enfants perdus face à la haine de Mme la Duchesse. « Son propre salut le mit d'autant plus puissamment en œuvre qu'il conçut dès lors le dessein de s'en faire payer comptant » par le mariage d'une sœur de Mademoiselle avec son fils — « chose qui me coûta bien du manège à éviter ».
Duc du Maine, par ricochet
Chevreuse et Beauvilliers : Saint-Simon leur représenta « le schisme radical de la cour, l'abîme certain de Mgr le duc de Bourgogne si Mlle de Bourbon prévaloit…, la haine inévitable entre les deux frères », et le spectre du retour de Mme des Ursins. « Je m'assurai d'eux…, ce n'étoit pas peu faire avec des gens de système si fort mesuré…, moines profès d'indifférence et d'impuissance, mais qui se souvenoient parfois qu'ils n'en avoient pas fait les vœux. »
Ducs et duchesses de Chevreuse et de Beauvilliers
Les jésuites : haïssant d'Antin et craignant Mme la Duchesse, affectionnant le duc d'Orléans, ils furent saisis par le P. du Trévoux — « petit homme assez ridicule…, de sens assez court » mais ami intime du P. Tellier — et surtout, à l'insu des Orléans, par le P. Sanadon : « je disois effectivement la vérité, je ne craignis pas de la présenter toute nue et dans toute son âpreté ». Le P. Tellier et « ce conseil si étroit, si inconnu même des autres jésuites » s'affectionnèrent à l'affaire « comme à la leur propre ».
Jésuites
Nœud secret : lors du quiétisme, le « sanhédrin secret » des jésuites avait servi Cambrai sous main, et « dans cette intimité de parti le P. Tellier avoit toujours tenu les premiers rangs » — « c'étoit là le nœud secret de l'union du P. Tellier avec les deux ducs ». Le mot du duc d'Orléans — que maître des affaires, « le premier courrier qu'il dépêcheroit seroit à [Cambrai], pour le faire venir et lui donner part dans toutes » — « ne tomba pas » : Saint-Simon le porta aux deux ducs, où il « fonda une bienveillance qui germa toujours ».
Noeud intime de la liaison du P. Tellier avec les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers
Cette union des ducs et des jésuites : « l'accord si peu connu, si sûr, si profond de tous ces ressorts, par des motifs divers et si cachés, fut un bonheur très rare. Je me gardai bien d'en découvrir toutes les trames à la paresse de Mme la duchesse d'Orléans, ni à la nonchalance et à l'indiscrétion de M. le duc d'Orléans. »
Maréchal de Boufflers
Boufflers enfin : « une fois bien persuadé en faveur de Mademoiselle, capable de porter de grands coups », enclin au duc d'Orléans par la confidence de la rupture, et piqué contre d'Antin ami de Villars. « Il y avoit cela de commode avec le maréchal de Boufflers que promettre et tenir, et bien exécuter, étoit pour lui même chose. » « Telles furent les machines et les combinaisons de ces machines…, que l'espace du carême commença et perfectionna, dont je savois toutes les démarches par tous ces divers côtés qui me répondoient, et que tous les jours aussi je remontois en cadence réciproque. »

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