TOME VI · CHAPITRE V
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Résumé
Éclat scandaleux entre Chamillart et Pontchartrain sur la nouvelle de la retraite de Savoie ; le fils de Tessé maréchal de camp — « folie de Tessé et de Pontchartrain » ; Suse prise ; Tessé de retour. Naissance du prince des Asturies ; perte du royaume de Naples, avec la belle action de Villena indignement traité ; conspiration découverte à Genève ; bains de Forges « inutiles au moins ». Cérémonial : le service de la communion du roi ôté aux ducs ; colère du roi sur Mme de Torcy — les femmes de robe ne mangent point avec les filles de France ; princesses du sang rarement au grand couvert.
Les entrées
- Scandaleux éclat entre Chamillart et Pontchartrain à l’occasion de la nouvelle de la retraite du duc de Savoie
- Scandaleux éclat entre Chamillart et Pontchartrain : la nouvelle de la retraite du duc de Savoie arriva le 26 août par un courrier de Langeron à Pontchartrain, « qui aussitôt fut la porter au roi ». Chamillart, prévenu de huit heures, « fit un étrange vacarme…, comme d'une entreprise formelle sur sa charge ». « Jamais on ne vit mieux qu'en cette occasion la folie universelle, et qu'on ne juge jamais des choses par ce qu'elles sont, mais par les personnes qu'elles regardent » : « Pontchartrain n'eut pas une seule voix pour lui, et Chamillart, qui dans ce fait méritoit pis que d'être sifflé, les eut toutes. » Le roi, le premier intéressé à être délivré dix heures plus tôt de son inquiétude, « n'eut pas la force de se déclarer entre les deux, ni de dire une seule parole. Telle étoit la faiblesse du roi pour ses ministres » — comme en 1702, quand le duc de Villeroy avait caché la nouvelle de Luzzara en attendant Chamillart.
- Le fils de Tessé fait maréchal de camp
- Le fils de Tessé, envoyé huit heures après le courrier de Langeron, arriva à l'Étang d'où Chamillart l'amena au cabinet du roi, « bien honteux tous deux d'avoir été prévenus. Le courrier ne sut du tout rien de ce qu'il conta au roi…, et se fit fort moquer de lui. Il n'en fut pas moins fait maréchal de camp ; il n'y avoit pas un mois qu'il étoit brigadier. »
- Folie de Tessé et de Pontchartrain
- Folie de Tessé et de Pontchartrain : chargé de « la plus capitale [affaire] de l'État » — Toulon perdu, c'était « le royaume pris à revers », la Provence, Arles, le Languedoc « fumant encore de fanatiques » —, Tessé « trouvoit le temps d'écrire à Pontchartrain tous les ordinaires…, dans le style de don Quichotte, dont il se disoit le triste écuyer et le Sancho ». « Pontchartrain me montroit ses lettres, il mouroit de rire, il les admiroit… Moi cependant j'admirois un homme farci de ces fadaises en faire son capital pour rendre compte de l'affaire la plus importante et la plus délicate de l'État. Cela me paroîtroit incroyable si je ne l'avois pas vu. »
- M. de Savoie prend Suse
- M. de Savoie, occupé à rétablir ses troupes « fort diminuées », prit en octobre « Suse abandonné à une très foible garnison qu'il eut prisonnière de guerre. Ce fut à quoi se terminèrent tous ses exploits. »
- Tessé de retour
- Tessé revint un mois après : « sa réception y fut au-dessous du médiocre. Nous étions à table à Meudon avec Monseigneur lorsqu'il vint lui faire sa révérence. Je ne vis jamais si maigre accueil, mais ses souterrains ne mirent guère à le rejeter en selle. » Médavy demeura seul en chef à sa place.
- Naissance du prince des Asturies
- « La joie de la naissance du prince des Asturies vint en cadence augmenter celle de la délivrance de la Provence. » Brancas eut la commission d'en faire les compliments du roi en Espagne, et « le duc d'Albe donna chez lui, à Paris, une superbe fête qui dura trois jours de suite, et toujours variée ».
- Perte du royaume de Naples
- Perte du royaume de Naples : les troupes impériales, « n'ayant plus d'occupation dans toute l'Italie », y entrèrent sans résistance — les habitants « ne respirent continuellement que les changements de maîtres » — « où elles eurent le plaisir de voir briser aussitôt après la statue de Philippe V par les mêmes mains qui l'y avoient élevée ».
- Belle action de Villena, vice-roi indignement traité par les Impériaux
- Belle action de Villena, ou duc d'Escalone, vice-roi : dans Gaëte, seule place fidèle, « dénué de tout, il fit des prodiges de patience, de capacité, de valeur ». Trahi par les habitants qui livrèrent la place, « il ne s'étonna point. Il se barricada et se défendit de rue en rue…, et ne se voulut jamais rendre. » Le procédé des Impériaux fut indigne : « au lieu d'admirer une si magnanime défense…, ils envoyèrent le généreux vice-roi prisonnier, les fers aux pieds, à Pizzighettone, contre toutes les lois de la guerre et de l'humanité ».
- Conspiration découverte à Genève
- « On découvrit en septembre une conspiration dans Genève, que M. de Savoie y avoit tramée pour s'en rendre le maître. Plusieurs magistrats de cette petite république y trempèrent. Beaucoup furent exécutés. Il y en eut d'assez ennemis de leur patrie pour encourager les conjurés de dessus l'échafaud, et leur crier de ne rien craindre, qu'ils n'avoient rien avoué ni nommé personne » — le duc imitant ses pères, qui ont toujours considéré Genève « comme une des plus importantes acquisitions qu'ils pussent faire ».
- Bains à Forges inutiles au moins
- Saint-Simon à Forges pour une fièvre tierce « que le quinquina ne faisoit que suspendre » ; curiosité de médecine : Fagon y fit baigner Mme de Pontchartrain dans l'eau de la fontaine « la plus forte et la plus vitriolée », la Cardinale — « jamais personne ne s'étoit baigné dans l'eau d'aucune, et Mme de Pontchartrain n'y trouva rien moins que du soulagement ». Au retour, à Fontainebleau, le roi rappela lui-même le boudeur qui s'éclipsait : « il sentoit quand il avoit fait peine ou injustice, et quelquefois il cherchoit à faire distinction ».
- Service de la communion du roi ôtée aux ducs avec les princes du sang
- Le service de la communion du roi ôté aux ducs : cérémonie décrite en détail — les deux ducs les plus anciens, nommés par le roi, tenaient les coins de la nappe à ses côtés. À l'Assomption, « M. le Duc servit seul à la communion du roi, sans qu'aucun duc fût averti » : usurpation des princes du sang, « faite dans les ténèbres » pour se dédommager de la distinction du duc d'Orléans. Saint-Simon fit vérifier les registres de Desgranges, qui lui donnèrent raison ; « mais la mollesse et la misère des ducs n'osa branler ». Le duc d'Orléans en parla au roi à son retour d'Espagne : « le roi s'excusa…, bref, il n'en fut autre chose, et cela est demeuré ainsi ». Saint-Simon, piqué, ne servit plus jamais à ces communions.
- Colère du roi sur Mme de Torcy
- Colère mémorable du roi sur Mme de Torcy, qui s'était mise à table au-dessus de la duchesse de Duras : il n'ôta les yeux de dessus elle de tout le dîner, puis éclata chez Mme de Maintenon contre cette « insolence » d'une « petite bourgeoise, fille de Pomponne, mariée à un Colbert » — enfilant la généalogie des Arnauld et des Colbert et le conte de leur prétendu roi d'Écosse. Puis, chose inouïe, il « se mit à exalter la dignité des ducs…, la première de l'État, la plus grande qu'il pût donner à son propre sang…, et qu'il vouloit bien qu'on sût que leur refuser les honneurs et les respects qui leur étoient dus, c'étoit lui en manquer à lui-même ». Quatre jours durant, la vesperie reprit à chaque particulier ; Torcy dut écrire une lettre « de plainte et de douleur respectueuse ». Et pourtant, note Saint-Simon, « pour ce qui est d'ailleurs du rang et de la dignité des ducs, son règne entier, avant et depuis, s'est passé à y donner les plus grandes atteintes ».
- Femmes de la plus haute robe ne mangent point avec les filles de France, et les servent
- Les femmes de la plus haute robe ne mangent point avec les filles de France, et les servent : à la Muette, au souper magnifique d'Armenonville après la cavalcade du bois de Boulogne, la duchesse de Bourgogne « pendant tout le repas fut servie par Mme d'Armenonville debout derrière elle » ; de même Mme de Fourcy, fille du chancelier Boucherat, avait servi la Dauphine de Bavière au dîner de l'hôtel de ville. « C'est un honneur auquel la robe la plus distinguée n'a jamais osé prétendre » que de s'asseoir.
- Princesses du sang très rarement au grand couvert, et sans conséquence
- Mademoiselle, fille du duc d'Orléans, soupa au grand couvert du roi : « cette distinction fit du bruit ; les princesses du sang ne mangent point au grand couvert, honneur réservé aux fils, filles, petits-fils et petites-filles de France ». Rappel des rares exceptions — les filles du roi entre les deux Dauphines, la cour d'Angleterre à Fontainebleau — et des cris de M. le Prince quand Mme la Princesse n'y était pas admise « tandis que Mme la Duchesse, sa belle-fille, et Mme du Maine, sa fille, l'étoient » : le roi y fit manger un peu Mme la Princesse, « puis n'y en fit plus manger pas une, et se restreignit au droit ».
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