TOME XV · CHAPITRE PREMIER

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Résumé

L'Europe autour du voyage du czar : le roi de Prusse « tenté et détourné » de venir aussi, ses vues et sa conduite, sa liaison avec Pierre ; l'inquiétude du roi d'Angleterre « forcé de réformer dix mille hommes » ; la « servitude de la Hollande » ; l'union et le traité czar-Prusse ; les mesures du czar avec la France et la Pologne, et sur ses troupes du Mecklembourg ; le pape qui veut lier le czar à l'empereur contre le Turc ; et les « manèges d'Albéroni en France pour son chapeau », avec les « véritables raisons » de son changement de conduite.

Les entrées

Attention générale sur le voyage du czar à Paris
« Le voyage du czar en France, au commencement de mai, devint l'attention de toute l'Europe, en particulier de l'Angleterre » — chaque puissance cherchant à en pénétrer le motif, Königsegg, ambassadeur de l'empereur, « plus attentif qu'aucun des ministres étrangers », faisant même suivre le czar à Fontainebleau où l'on vit Ragotzi conférer avec lui.
Le roi de Prusse tenté et détourné d’y venir
« Le roi de Prusse y seroit venu en même temps si on ne lui en eût fait craindre du ridicule, et que l'empereur n'en prît un violent ombrage. Ces deux princes étoient également mécontents du roi d'Angleterre, ils ne comptoient pas d'avoir rien à espérer de l'empereur. Leur vue étoit de conclure une paix avantageuse avec la Suède. »
Vues et conduite de ce prince
Vues et conduite du roi de Prusse : il pressait le régent de faire négocier la paix du Nord par La Marck, « à profiter de la guerre du Turc, dont l'empereur ne seroit pas plutôt débarrassé qu'il voudroit agir en maître des affaires de l'empire et de celles du nord », avertissait de se défier de George — tout en prodiguant à l'empereur « tout ce qu'il espéroit lui pouvoir concilier sa protection. Il n'étoit pas aisé de compter sur le roi de Prusse, léger, inconstant, plein de variations subites. »
Liaison entre le roi de Prusse et le czar
La liaison avec le czar : il lui fit savoir « qu'ils ne devoient compter ni l'un ni l'autre sur l'empereur pour la conservation de leurs conquêtes sur la Suède..., et qu'ils ne le pourroient faire avantageusement que par le moyen de la France » ; le czar « l'assura qu'il pensoit sérieusement à un traité avec la France ; qu'il lui communiqueroit tout ce qu'il y feroit, et lui promit de ne rien conclure sans sa participation ».
Inquiétude du roi d’Angleterre sur le czar
L'inquiétude de George : connaissant « très bien le caractère de son gendre..., il tournoit toute son inquiétude sur le voyage du czar à Paris, persuadé que c'étoit dans le dessein d'y prendre des liaisons étroites, dont le séjour des troupes moscovites dans le Mecklembourg augmentoit l'alarme. »
Il est forcé de réformer dix mille hommes
« Il n'avoit plus de prétexte de conserver ses troupes. Le roi de Suède désavouoit ses ministres. Nul vaisseau ni préparatif dans le port de Gottembourg. Ainsi, Georges se trouva forcé de déclarer au parlement qu'il réformoit dix mille hommes. »
Servitude de la Hollande pour l’Angleterre
La servitude hollandaise : la république « ne voulut admettre le roi de Prusse dans la triple alliance... qu'autant que le roi d'Angleterre le désireroit » ; et sur le czar, Heinsius répondit « que l'alliance n'étoit qu'entre puissances voisines..., qu'elle deviendroit trop universelle si elle s'étendoit à des princes éloignés, et que, par même raison, il seroit étrange que le Danemark y voulût entrer ».
Union et traité entre le czar et le roi de Prusse
Le traité russo-prussien : Schaffirof remit à Kniphausen un projet en sept articles — renouvellement des traités du Nord et des conventions d'Havelsberg ; empêcher la reprise de Stralsund et Wismar ; observer le traité danois tant que le Danemark garderait sa part de Poméranie « en deçà de la rivière de Peene » ; secours mutuels contre lui s'il en disposait sans concert ; les troupes du Mecklembourg promises à cet effet ; la cession de la Poméranie antérieure au roi de Prusse garantie par le czar « suivant ce qui avoit été pratiqué à l'égard de Stettin » ; Wismar rasé et le Mecklembourg indemnisé — le septième article cédé par Schaffirof pour ne pas retarder la signature.
Mesures du czar avec la France et avec le roi de Pologne
Les mesures avec la France et la Pologne : « le czar en même temps cherchoit à traiter avec la France. L'article des subsides qu'il demandoit en faisoit la difficulté principale. » Aux deux envoyés de Pologne, Schaffirof confia « sous le secret » que le czar pourrait consentir à un traité pareil à la triple alliance, « mais à bonnes enseignes, et à condition qu'elle abandonneroit la Suède », avec « une porte ouverte au roi de Pologne pour y entrer » — Los suivant cependant le czar « en espion plutôt qu'en ministre ».
Mesures sur le séjour des troupes moscovites dans le Mecklembourg
Le Mecklembourg : l'empereur « souffroit avec impatience le séjour des troupes russiennes » ; le czar les y gardait pour « sa propre sûreté... pendant qu'il étoit hors de ses États » ; mais à Vienne le projet était fait d'intimer un terme court, de le déclarer sinon « ennemi de l'empire », et George, « comme directeur du cercle de la basse Saxe », devait camper le 15 juin vers Lauenbourg avec les troupes de Danemark, Hanovre, Wolfenbüttel, Gotha et Munster.
Le pape veut lier le czar avec l’empereur contre le Turc
« Tandis que ces mesures se prenoient, dont le pape étoit très mal informé, il pensoit à faire une ligue entre l'empereur et le czar pour la défense de la chrétienté, et il donna ordre à son nonce Bentivoglio, à Paris, de travailler secrètement et prudemment à la former » — sur les exemples de saint Pie V et d'Innocent XI écrivant aux grands-ducs de Moscovie.
Manèges d’Albéroni en France pour son chapeau
Les manèges en France : Albéroni, qui avait tant crié contre Borromée « vendu aux Allemands », « prit un ton tout différent en France, dans la crainte que cette couronne ne se mît en prétention d'un chapeau, en équivalent. Il y devint l'avocat du pape, soutint que le chapeau de Borromée n'étoit qu'une affaire de famille » — et Cellamare eut ordre de représenter au régent « que sa prétention ne feroit que retarder inutilement celle d'Albéroni ».
Véritables raisons du changement de conduite d’Albéroni à l’égard du pape
Les véritables raisons du changement : « il voyoit une grande facilité à se servir de la flotte promise au pape, pour ses vues particulières sur l'Italie, pendant la guerre du Turc, qui lioit les bras à l'empereur... Mais avant de tromper le pape sur l'usage de la flotte, dont l'espérance du secours lui devoit valoir le chapeau, il falloit le tenir bien réellement, à quoi tout délai étoit empêchement dirimant pour le chapeau et pour l'entreprise qu'il méditoit par cette flotte. »
Le pape écrit au czar ; il le veut liguer avec l’empereur et obtenir le libre exercice de la religion catholique dans ses États
Le bref au czar : le pape, espérant par Kurakin « le libre exercice de la religion catholique » en Russie, écrivit un bref où, contre l'usage, « il énonça toutes les qualités que le czar prenoit », à remettre par Bentivoglio si la patente était accordée — « à condition toutefois que ce ne fût pas avec celle de la permission d'introduire le schisme grec dans aucun pays catholique » — et voulut envoyer un ministre auprès du czar, en informant le régent de tout « mais de ne lui point parler des ordres secrets » sur la ligue impériale.
Le czar l’amuse et se moque de lui
Le czar l'amusa : Kurakin assura que les catholiques jouissaient déjà de la liberté en Moscovie, « où il y avoit même déjà des maisons de jésuites et de capucins établies à Moscou » ; Schaffirof promit un couvent de capucins à Pétersbourg et remit tout au retour du czar ; sur la ligue, Bentivoglio ayant fait miroiter la reprise d'Azoff, « Kurakin lui fit voir par de bonnes raisons combien cette place leur étoit indifférente » — tout en laissant espérer qu'après la paix suédoise le czar se lierait « avec l'empereur, avec les Vénitiens, enfin avec le pape ».
Il en parle très sensément au maréchal de Tessé
Le propos à Tessé : « le czar avoit dit au maréchal de Tessé qu'il ne s'éloigneroit pas de reconnoître le pape pour premier patriarche orthodoxe, mais aussi qu'il ne s'accommoderoit pas de certains assujettissements que la cour de Rome prétendoit imposer aux princes, au préjudice de leur souveraineté ; qu'il vouloit bien croire le pape infaillible, mais à la tête du concile général. C'est que la vérité et la raison sont de tous pays, et ce monarque, presque encore barbare, nous faisoit une excellente leçon. »
Molinez, inquisiteur général d’Espagne, revenant de Rome en Espagne, arrêté à Milan
L'arrestation de Molinez : le grand inquisiteur d'Espagne, rentrant de Rome muni de passeports du pape et d'assurances impériales, « ne laissa pas d'être arrêté à Milan, par ordre du prince de Loewenstein, gouverneur général du Milanois, qui étoit frère de Mme de Dangeau ». Acquaviva proposa au pape d'en faire son affaire — réclamer Molinez, « parler haut..., refuser toute audience » aux ministres de l'empereur — ou de laisser le roi d'Espagne se venger par ses vaisseaux comme d'une « infraction manifeste à la neutralité d'Italie ».
Embarras et caractère du pape
Portrait de Clément XI dans l'embarras : « il étoit plus susceptible qu'aucun de ses prédécesseurs, de frayeur, d'agitation et de trouble, et plus incapable que personne du monde de se décider... Il mécontentoit ordinairement tous ceux dont il n'avoit point affaire ; il traitoit avec hauteur ceux dont il croyoit n'avoir rien à craindre ; il se comportoit avec tant de bassesse et de timidité à l'égard de ceux dont il appréhendoit la puissance, qu'ils ne lui savoient aucun gré de ce qu'ils en arrachoient par force... Les larmes, dont il avoit une source et une facilité abondante, étoient sa ressource dans tous ses embarras ; mais elles ne l'en tiroient pas. Au fond, un très bon homme et honnête homme, doux, droit et pieux, s'il fût resté particulier sans affaires. » Effrayé du discours d'Acquaviva, il promit de vives plaintes à Vienne.
Promotion d’Albéroni est l’unique affaire
« Mais au fond, la détention de Molinez occupoit peu ceux qui devoient y être les plus sensibles. La promotion d'Albéroni étoit l'affaire unique » — que le pape « vouloit éluder, malgré tant de paroles positives, et malgré le départ tant désiré de l'escadre espagnole. Il craignoit de déplaire à l'empereur, de révolter Rome et le sacré collège. »
Il se moque de Molinez, s’assure du régent sur sa promotion
Albéroni se moquait de Molinez : « il n'avoit nulle estime pour lui, et l'appeloit ordinairement solemnissima bestia. Il disoit qu'il méritoit bien cette aventure, qu'il demeureroit longtemps au château de Milan s'il en étoit cru, et qu'il ne valoit pas la peine de déranger les projets de l'escadre pour la délivrance de cet oracle des Espagnols. » Et il s'assura du régent : « une lettre du régent au cardinal de La Trémoille, par laquelle il lui mandoit de suspendre toute demande capable de traverser sa promotion. »
Ses vanteries
Ses vanteries : « il avoit armé trente vaisseaux en moins de huit mois, envoyé six cent mille écus à la Havane pour employer en tabac..., cent cinquante mille écus en achats de provisions pour la marine, cent quatre-vingt mille écus en bronze pour l'artillerie..., et cent vingt mille pistoles pour la citadelle de Barcelone. Enfin, ajoutoit-il, l'Espagne n'en avoit pas tant fait en trois siècles » — avec les projets d'avenir : marine établie, troupes payées, fonds sûr des maisons royales, et toujours la demande de lever des Anglais ou Irlandais.
La cour d’Espagne à l’Escurial malgré la reine
La cour à l'Escurial malgré la reine : le roi ayant eu « des évanouissements qui firent craindre pour les suites », on accusa l'air de Ségovie ; « il voulut aller à l'Escurial. On n'a point su pourquoi la reine s'y opposa fortement ; mais le roi lui parla avec tant de hauteur, qu'étourdie d'un langage si inusité pour elle, elle n'osa hasarder une résistance, pour conserver son pouvoir despotique dans les choses importantes. »
Aldovrandi y arrive
« Aldovrandi y arriva le 10 juin, et y fit la jalousie des ministres étrangers par les distinctions qu'il y reçut, et qui montrèrent qu'Albéroni ne connoissoit d'autre affaire que celle de sa promotion, et qu'il étoit inutile de lui parler d'aucune autre. »
Manèges d’Albéroni
Les manèges : « lui et Aubenton, en bons serviteurs du pape, se mirent à disposer avec le nonce les affaires à une heureuse fin. Ils lui conseillèrent d'attendre qu'elles fussent comme conclues avant de voir Leurs Majestés Catholiques... Il louoit sans cesse Albéroni sur l'escadre, et ce dernier se plaignoit du pape avec un modeste mépris » — tout en rassurant Cellamare contre les effets de l'arrivée de son oncle à Rome.
L’Angleterre reprend la négociation de la paix entre l’empereur et l’Espagne
La négociation reprise : Whitworth vint dire à Beretti, par ordre de Sunderland, « que le roi d'Angleterre avoit dépêché un courrier à l'empereur pour l'obliger enfin à déclarer s'il vouloit traiter la paix avec le roi d'Espagne ; que ces instances se faisoient de concert avec la France ; que lorsqu'il en seroit temps, les états généraux seroient invités... comme médiateurs et comme arbitres. » Beretti, sans ordres et sans confiance, « n'oublia rien pour donner de la crainte à cet envoyé ».
Divisions domestiques en Angleterre
Les divisions anglaises : « le prince de Galles cabaloit ouvertement contre le roi son père, et faisoit porter contre Cadogan des accusations au parlement. Tout y étoit en mouvement sur celles du comte d'Oxford, prêtes à être jugées. Les ennemis de la cour, qui faisoient le plus grand nombre, étoient affligés de son union avec le régent. »
Son inquiétude sur le czar
L'inquiétude sur le czar : elle redoubla de ce qu'il « avoit été voir la reine douairière d'Angleterre, et avoit paru touché de son état et de celui du roi Jacques son fils. Les suites que cette compassion pouvoit avoir alarmèrent Stairs », qui prit audience du czar et vit Schaffirof avec force protestations.
Troupes russiennes sortent du Mecklembourg
La sortie du Mecklembourg : le régent l'obtint enfin — mais Schaffirof, à qui Stairs parlait des troupes, « se contenta de lui répondre qu'il en rendroit compte au czar, sans lui montrer que la résolution de la sortie de ces troupes étoit prise et l'ordre envoyé... Ainsi ils eurent l'adresse de faire valoir au régent et au roi d'Angleterre l'exécution d'une résolution, que la crainte de se voir tomber une puissante armée sur les bras ne leur avoit plus permis de différer. »
Le Danemark, inquiet sur le nord, éprouve le mécontentement de la Russie
Le Danemark éconduit : inquiet « d'être attaqué lui-même en Norvège », il demandait au czar une diversion. « Le czar, peu content de ce prince, éluda ses demandes » : rien à entreprendre sans les vaisseaux promis, « et le roi d'Angleterre étoit seul, et sans lui assez puissant pour garantir les États du roi de Danemark... Les Danois entendirent bien la signification de cette réponse. »
Le czar veut traiter avec la France
Le czar et la France : Schaffirof confia après le départ « que le traité auroit été conclu si l'envoyé de Prusse n'en eût pas arrêté la signature. Il ajouta que le principal but du czar, en prenant avec la France des engagements apparents, qui dans le fond ne l'obligeoient à rien, avoit été de brouiller la France avec la Suède..., et s'ouvrant tout à fait, il avoua qu'il la désiroit par l'espérance des présents aux ministres qui font la signature. »
Obstacles du traité
Les vrais obstacles : « Schaffirof ne disoit pas tout. La Suède, bien moins que l'Angleterre, avoit été la pierre d'achoppement... Le czar, qui avoit beaucoup de grand, n'avoit pu refuser son estime au roi de Suède. Content de l'avoir réduit..., il ne vouloit pas l'accabler, mais il cherchoit, au contraire, à s'en faire un ami..., [et] à obliger [l'Angleterre et le Danemark] à restituer ce qu'ils avoient pris ou usurpé sur la Suède... Mais il trouva l'Angleterre si absolue dans le cabinet du régent, qu'il perdit bientôt toute espérance de faire restituer par aucun moyen Brême et Verden. »
Le czar en mesure avec l’empereur à cause du czarowitz
Le czarowitz : « dont la tragique histoire est entre les mains de tout le monde », enfui de Russie à Vienne pendant l'absence du czar, caché par l'empereur à Naples où le czar le découvrit et le réclama. L'empereur, quoique sans raison de chérir un prince qui avait tué sa belle-sœur « grosse, d'un coup de pied dans le ventre, sans autre cause que sa férocité », faisait « beaucoup de difficultés de rendre un prince qui s'étoit jeté entre ses bras..., à un père aussi irrité qu'étoit le czar » — d'où le ménagement forcé du czar pour Vienne.
Plaintes et avis du roi de Prusse
Les plaintes du roi de Prusse : « que la France ne pressoit pas assez la paix entre la Suède et lui », menaçant « que, si elle n'étoit faite avant la fin de la guerre de Hongrie, la ligue du nord se jetteroit entre les bras de l'empereur, dont elle achèteroit l'appui tout ce qu'il le lui voudroit vendre. Ces plaintes étoient injustes. »
Offices du régent sur le nord
Les offices du régent : « il n'oublioit rien pour calmer les troubles du nord. Il avoit disposé le roi d'Angleterre à relâcher le comte de Gyllembourg, dès que le roi de Suède eut désavoué ses ministres » ; restait Goertz en Hollande, dont la prison « faisoit tort au commerce des Hollandois dans le nord, et ils se lassoient d'être les geôliers du roi d'Angleterre » — les ministres anglais s'appuyant du crédit du régent pour la prolonger.
Scélératesse du nonce Bentivoglio
La scélératesse de Bentivoglio : l'intelligence anglo-française lui servait « à décrier à Rome le régent, qui sacrifioit, disoit-il, la religion pour s'appuyer des protestants ; car tout étoit bon à ce furieux pour mettre le feu du schisme, de l'interdit, de la guerre civile, s'il eût pu, en France, dans la folle persuasion que cela seul le feroit subitement cardinal. » Sur le jugement des bâtards : « leur privation de l'habilité de succéder à la couronne étoit l'ouvrage des jansénistes, et le plus funeste coup porté à la religion... Pourroit-on imaginer que des propos si diamétralement contraires à l'Évangile sortissent de la bouche d'un archevêque, représentant le pape ? »
Le Prétendant à Rome ; y sert Albéroni
Le Prétendant à Rome : le pape n'y alla, « à vingt mille écus près qu'il lui donna », que d'honneurs et de compliments. « Il n'espéroit d'assistance que de l'Espagne. Il voulut donc flatter Albéroni, et dans une audience qu'il eut du pape, il le pressa sur sa promotion » — s'attirant un « reproche tendre » par don Alexandre, puis, Gualtieri ayant plaidé sa nécessité, le repentir du pape, « chose qui lui arrivoit souvent après ses démarches ».
Soupçons de nouveaux délais de sa promotion
Les soupçons de nouveaux délais : le pape parlant soudain d'« un projet d'édit du roi d'Espagne qu'Aldovrandi devoit lui envoyer », Acquaviva « en inféra qu'il y vouloit trouver occasion de délais, pour laisser vaquer plusieurs chapeaux, et en contenter à la fois l'Espagne et les autres couronnes..., et ce soupçon étoit très conforme au caractère du pape. »
Hauteurs et manèges du pape
Hauteurs et manèges pontificaux : promesses redoublées — « sitôt que les différends seroient terminés à sa satisfaction, il feroit la promotion sans attendre de vacances » — mêlées de reproches (deux mois perdus « en plaintes inutiles sur celle de Borromée ») et de conditions : le décret royal signé « sans aucune variation » avant la promotion, les assurances du duc de Parme, la nonciature rouverte immédiatement après, « et l'éloignement de quelques personnes notées à la cour de Rome : salaire trop accoutumé de la fidélité et de la capacité de ceux qui ont le mieux servi les rois contre les entreprises de cette dangereuse et implacable cour ».
Départ de Cadix de la flotte d’Espagne
« La flotte d'Espagne, si désirée du pape, partit enfin de Cadix, composée de douze vaisseaux de guerre, un pour hôpital, un pour les magasins, et deux brûlots. Albéroni flattoit toujours le pape qu'elle prenoit le plus court chemin du Levant, sans toucher aux côtes d'Italie, pour abréger de cent lieues. »
Scélératesse d’Albéroni
La scélératesse d'Albéroni : « à ce qu'on a cru depuis, [il] avoit averti le duc de Parme de la véritable destination de la flotte » — pendant qu'il trompait le pape ; il blâmait le voyage du Prétendant à Rome « comme une curiosité dévote qui ne seroit pas applaudie en Angleterre », et, « voulant tout mettre à profit pour plaire au pape dans cette crise de sa promotion, le pressoit de se faire obéir en France par quelque coup d'éclat sur la constitution ».
Giudice à Rome
Giudice à Rome : « d'abord sèchement visité par Acquaviva ; on le soupçonnoit de se vouloir donner à l'empereur. Il étoit accusé d'en avoir fort avancé le traité, en 1714, avec le comte de Lamberg..., et de l'avoir brusquement rompu, lorsque la princesse des Ursins fut chassée... Lamberg même ne le nommoit plus depuis que le double traître. »
Misère de sa conduite, de sa position, de sa réputation
La misère de sa position : à Turin, le roi de Sicile « ne s'étoit ouvert en rien... avec lui » ; à Gênes, la princesse des Ursins « l'avoit crûment refusé, sous prétexte de son respect pour le roi d'Espagne » ; à Rome, seul La Trémoille le vit souvent, « avec une confiance fort déplacée avec un homme moins franc et plus rusé que lui, sur un mauvais pied à Rome, et d'une réputation peu entière ».
Friponnerie d’Ottobon
La friponnerie d'Ottobon : « on prétendit que le cardinal Ottobon ne s'oublia pas, dans ce qu'il sut démêler de ces deux cardinaux, pour gagner la confiance du roi d'Espagne et se réconcilier l'empereur. Il s'empressoit pour la promotion d'Albéroni pendant qu'il faisoit tous ses efforts pour effacer les soupçons de la cour de Vienne, et retirer par ce moyen une partie des revenus de ses bénéfices situés dans l'État de Milan, que les Allemands avoient confisqués. »
Chiaous à Marseille
« Un chiaous, dépêché par le Grand Seigneur, arriva en France... La Porte vouloit savoir des nouvelles du gouvernement de France depuis la mort du roi, dans le dessein de vivre toujours bien avec elle. Elle vouloit aussi exciter des mouvements en Transylvanie, et proposer des partis avantageux à Ragotzi pour y retourner. »
Vie solitaire et pénitente de Ragotzi
La vie de Ragotzi : « il s'étoit aussitôt après [la mort du roi] tout à fait retiré... aux Camaldules de Grosbois. Il y avoit peu de domestiques, n'y voyoit presque personne, vivoit très frugalement dans une grande pénitence, au pain et à l'eau une ou deux fois la semaine, et assidu à tous les offices du jour et de la nuit » — ne voyant à Paris que Dangeau, Tessé, le comte de Toulouse pour quelques chasses, « d'ailleurs beaucoup de bonnes œuvres, mais toujours fort informé de ce qui se passoit en Transylvanie..., sincèrement retiré, pieux et pénitent, et charmé de sa vie solitaire ».

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