TOME VII · CHAPITRE X
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Résumé
Digression sur les noms singuliers : M. le Prince, M. le Comte, M. le Duc — origine et extinctions ; la dernière succession du comté de Soissons ; le comte de Toulouse ; la « chimère avortée d'arrière-petit-fils de France » ; les enfants d'Henri II ; Monsieur, Madame — pourquoi les filles de France sont « de tout temps tout court Madame » —, Mademoiselle et le brevet de Mlle de Charolois ; et l'« adroit et insensible établissement » de l'usage de dire Monseigneur aux princes du sang et bâtards — dont M. de Vendôme fait son profit.
Les entrées
- Digression sur les noms singuliers, leur origine, etc. : M. le Prince, M. le Comte, M. le Duc
- Digression sur les noms singuliers : le premier prince de Condé, chef des huguenots, « le seul du sang royal dans ce parti », y fut appelé M. le Prince tout court — « son nom étoit leur honneur, leur grandeur et en partie leur force » —, usage qui gagna le parti catholique et passa à ses successeurs. Le comte de Soissons, piqué « de voir son aîné M. le Prince tout court », se fit appeler M. le Comte ; M. le Prince en prit l'idée de faire appeler son fils aîné M. le Duc : « rien n'égale la promptitude et la facilité des François à suivre les modes, et à se soumettre aux prétentions ».
- Succession dernière du comté de Soissons
- Succession de Soissons : la branche finit au second M. le Comte, tué à la Marfée en 1641 ; une sœur porta le comté au prince Thomas de Savoie-Carignan, d'où le comte de Soissons mari de la nièce de Mazarin — laquelle, dans sa splendeur, « imagina d'abuser de la servitude française » et se fit appeler Mme la Comtesse tout court, usage qui s'interrompit à sa disgrâce.
- Comte de Toulouse
- Le comte de Toulouse : le roi, « parlant de lui, ne disoit jamais que le Comte », et toute sa maison de même ; mais ce nom « n'a jamais pu l'être dans le public » — « ni comment ce monarque, si flatté, si redouté…, n'a jamais pu venir à bout de ce qui tout de plain-pied avoit réussi à la nièce du cardinal Mazarin ».
- Extinction du nom tout court de M. le Prince
- Extinction du nom de M. le Prince : à la mort du dernier, le roi, jugeant ce nom attaché au premier prince du sang, « ne voulut pas qu'il passât à M. son fils », qui garda M. le Duc.
- Chimère avortée d’arrière-petit-fils de France
- Chimère avortée : Mme la duchesse d'Orléans, « non contente du moderne rang de petit-fils de France…, ne pouvoit souffrir que ses enfants ne fussent que princes du sang, et vouloit imaginer un entre-deux, avec un nom d'arrière-petit-fils de France » — ce qui empêcha le duc de Chartres de s'appeler M. le Prince.
- Extinctions du nom de M. le Duc tout court
- Extinction du nom de M. le Duc : à la mort du premier ministre en 1740, « ce nom a péri avec lui » ; son fils enfant fut appelé « le prince de Condé, sans que jusqu'à présent, dans l'hôtel de Condé même, on l'ait encore nommé M. le Prince tout court ».
- Enfants d’Henri II
- Les frères de Charles IX se trouvent parfois appelés M. le Duc ou Monsieur tout court dans les Mémoires du temps, « mais le gros du monde n'y prit point » : ces noms « vinrent de leurs maisons, et ils y demeurèrent ».
- Monsieur
- Monsieur : « on doit regarder Gaston comme le premier qui ait véritablement porté le nom de Monsieur », qu'il garda jusqu'à sa mort, cédant pourtant au duc d'Anjou frère de Louis XIV — « parce que les rangs, honneurs et distinctions une fois acquis, ne se perdent point ». Le duc de Berry ne le prit point, « parce qu'il n'étoit pas frère du roi de France, quoiqu'il le fût du roi d'Espagne ».
- Filles de France de tout temps tout court Madame, et pourquoi
- Les filles de France « de tous temps ont été appelées Madame…, tout court, parce que n'ayant point d'apanage comme les fils de France, elles n'ont point de nom que celui de leur baptême et celui de France ».
- Mademoiselle
- Mademoiselle : la fille de Gaston, « dix-huit ans fille unique » chez Monsieur, voulut « une distinction au-dessus » de ses sœurs du second lit ; ne s'étant point mariée, « à son très grand regret, elle fut tout court Mademoiselle toute sa vie » — d'où l'usage de dire « la grande Mademoiselle » pour la distinguer de la fille de Monsieur, « dont la taille étoit en effet fort haute ».
- Brevet accordé à Mlle de Charolois pour être appelée tout court Mademoiselle
- Brevet à Mlle de Charolois : M. le Duc premier ministre, pour consoler sa sœur aînée « qui avoit plus de trente-deux ans, et n'avoit pas mené une vie à se marier », « fit ce qui n'avoit jamais été imaginé…, il fit donner un brevet à Mlle de Charolois pour être désormais appelée Mademoiselle tout court. Le monde cria, murmura ; il n'en fut autre chose. »
- Monseigneur
- Monseigneur : « jamais Dauphin jusqu'au fils de Louis XIV n'avoit été appelé Monseigneur » ; le roi « par badinage » commença, la cour imita, « et le nom de Dauphin disparut ». Montausier ne lui dit jamais que Monsieur et « demandoit plaisamment si ce prince étoit devenu évêque » — allusion aux évêques qui, s'étant « monseigneurisés » entre eux par délibération, firent rire tout le monde mais tinrent bon.
- Adroit et insensible établissement de l’usage de dire Monseigneur aux princes du sang et bâtards, puis de ne plus dire autrement parlant à eux
- Adroit établissement du Monseigneur aux princes du sang : parti de leurs domestiques à l'armée, gagné par « l'imitation et la fatuité » jusqu'aux officiers généraux, puis à Paris — « nos François ne connoissent ni bornes ni barrières ». Après la mort du roi, « presque personne de tout âge et de toutes conditions ne le leur dit plus [autrement] ». Saint-Simon, lui : « de ma vie, ni en public ni en particulier, je ne [lui] ai dit Monseigneur » au régent — « je tins bon, et jamais il ne m'a fait apercevoir qu'elle lui fût désagréable…, et jusqu'à présent encore je me suis conservé ce pucelage ».
- M. de Vendôme se fait appeler Monseigneur à l’armée, et le maréchal de Montrevel en Guyenne
- « M. de Vendôme dans son apogée l'introduisit à l'armée d'Italie, où qui que ce soit peu à peu n'osa plus lui dire Monsieur…, mais il échoua tout à fait à Paris et à la cour. » Le maréchal de Montrevel l'établit en Guyenne, « le premier commandant qui l'ait osé », trouvant « tout publiquement très mauvais que qui que ce fût portant l'épée lui dit Monsieur. D'abus en abus, quand on les souffre, jusqu'où ne tombe-t-on pas ? »
- Altesse simple, sérénissime
- L'Altesse : Gaston prit le premier l'Altesse Royale ; M. de Savoie l'obtint « pièce à pièce » des cours étrangères ; les souverains ajoutèrent le Sérénissime, les princes du sang le prirent « parce qu'ils ne cèdent à aucuns souverains ». MM. de Guise, « si maîtres en France durant la Ligue, n'ont jamais été traités d'Altesse » ; quand Rohan et Bouillon se firent donner l'Altesse par leurs gens, les princes lorrains « ne purent souffrir la communauté d'Altesse, et y ajoutèrent le Sérénissime » — que Rohan et Bouillon se firent donner à leur tour, la Sorbonne étant « le seul lieu où ils l'aient obtenu en France ».
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