TOME XIV · CHAPITRE V

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Résumé

Albéroni compte sur l'Angleterre et poste un homme à Hanovre sur avis de Stanhope ; « pensées des étrangers » sur la négociation, que les Impériaux traversent et dont la Suède s'alarme ; affaires de Suède ; la « pernicieuse haine » d'Albéroni pour le Régent ; l'« esprit de retour en France » de la reine d'Espagne, et les « sages réflexions » du ministre sur le choix à faire « le cas arrivant » ; « quel était M. le duc d'Orléans sur la succession à la couronne » — le point capital. L'affaire Pomereu ; Mme de Cheverny gouvernante des filles d'Orléans ; la survivance de Livry.

Les entrées

[Albéroni] compte sur l’appui de l’Angleterre ; reçoit avis de Stanhope d’envoyer quelqu’un de confiance veiller à Hanovre à ce qu’il s’y traitoit avec l’abbé Dubois
« La grande ressource d'Albéroni, à son avis, étoit l'appui qu'il se promettoit de l'Angleterre et de son commerce secret et direct avec Stanhope. Ce ministre l'avoit averti d'envoyer à la Haye quelqu'un de confiance pour veiller aux intérêts du roi d'Espagne, dans une crise où il s'agissoit d'un nouveau système pour l'Europe. » Ne se fiant « à aucun Espagnol », il nomma Beretti Landi à la Haye, tandis que Claudio Ré, secrétaire du duc de Parme à Londres, recevait ordre de se rendre à Hanovre — « le dessein d'Albéroni, en se rendant maître du négociateur pour l'Espagne, étoit de se réserver l'honneur de traiter et de finir à Madrid l'essentiel de la négociation ».
Pensées des étrangers sur la négociation d’Hanovre
« Tout le monde avoit les yeux ouverts sur l'alliance qui se traitoit entre la France et l'Angleterre. Les étrangers la regardoient comme un sujet de division entre le roi d'Espagne et le régent ; ils publioient qu'il y en avoit beaucoup déjà entre eux. L'empereur la craignoit dans la prévoyance que, lorsque les Anglois et les Hollandois seroient sûrs de la France, leur attachement à ses intérêts diminueroit beaucoup. »
Les Impériaux la traversent de toute leur adresse, et la Suède s’en alarme
Les Impériaux à l'œuvre : le baron d'Hohendorff, ancien aide de camp du prince Eugène, se prétendant autorisé de lettres de créance de l'empereur, « ne cessoit d'échauffer la vivacité de Stairs..., lui disoit continuellement que le régent tromperoit les Anglois, et que le Prétendant ne sortiroit point d'Avignon. On excitoit d'un autre côté la Suède, à qui on persuadoit faussement que la France sacrifieroit ses intérêts au roi d'Angleterre, et lui garantiroit la possession de Brême et de Verden » — au point que l'ambassadeur Spaar « en prit des impressions qui lui firent tenir des discours peu mesurés ».
Affaires de Suède
Affaires de Suède : la descente projetée en Scanie échoua d'elle-même — « le czar étoit à Copenhague en dessein de passer la mer... Il s'y brouilla avec le roi de Danemark, au point que l'entreprise fut différée au printemps, les troupes renvoyées et les dépenses inutiles ». Charles XII, qui avait « des troupes, mais ni argent ni marine », voulut acheter des vaisseaux en France et en Hollande — où était Goertz, chargé de ses finances —, et fit presser à Paris « le payement des subsides », sans oser s'expliquer sur ses desseins secrets.
Pernicieuse haine d’Albéroni pour le régent
Pernicieuse haine : « Persuadé que le régent ne lui pardonneroit pas, il ne cessoit d'assurer le roi et la reine d'Espagne qu'ils ne devoient jamais compter sur la bonne foi ni sur les paroles de ce prince » ; et il ne voulait de traité avec l'Angleterre « que totalement séparé et détaché de celui de la France. Les vues sur l'avenir... ne convenoient point avec une alliance commune. »
Esprit de retour en France, surtout de la reine d’Espagne
L'esprit de retour : « Il n'ignoroit pas que le génie et les désirs de cette princesse étoient entièrement tournés vers le trône de France en cas de malheur. Elle sentoit l'importance de cacher ce sentiment pour ne pas s'exposer à perdre le certain pour l'incertain », craignant ce que diraient les Espagnols « si, après ce qu'ils avoient fait et souffert depuis quinze ans..., il les exposoit par son abandon à recevoir un nouveau roi de la main des Anglois et des Hollandois ».
Sages réflexions d’Albéroni sur le choix, le cas arrivant
Sages réflexions du ministre : « Il se représentoit les François turbulents, volages, hardis ; il étoit agité de la multitude des princes du sang... qui deviendroient comme des chevaux indomptés et sans bride ni frein... : le parlement de Paris lui paraissoit devenu, comme autrefois, le correctif et le fléau de l'autorité royale. Il concluoit... que le roi d'Espagne auroit fort à balancer sur le choix d'un royaume qu'il acquerroit et qu'il gouverneroit très difficilement, ou d'un autre dont il étoit en possession, qu'il pouvoit gouverner despotiquement et comme en dormant. En effet, il n'y a point de pays où la soumission soit plus entière qu'en Espagne. »
Quel étoit M. le duc d’Orléans sur la succession à la couronne
Contraste absolu à Paris : « je puis dire avec la plus exacte vérité que c'est la chose dont M. le duc d'Orléans le fut toujours le moins » occupé. « Je ne crois pas que, depuis qu'il est dans l'univers des monarchies héréditaires, aucun héritier collatéral immédiat s'en soit moins soucié, y ait moins pensé, qui ait plus sincèrement désiré que la succession ne s'ouvrît point ; dirai-je tout, et le croira-t-on ? qui ait été moins touché, plus embarrassé, plus importuné de porter la couronne. » Il tenait à son droit, mais « du côté de son honneur et de sa sûreté » seulement : « Jamais je ne l'ai surpris en aucun chatouillement là-dessus..., cela alloit à l'insipidité et à une sorte d'apathie, que je sens qui m'auroit impatienté, si le fils de Mgr le duc de Bourgogne m'eût été moins tendrement et précieusement cher. »
Affaire du nommé Pomereu
L'affaire Pomereu : le parlement, voulant « humilier d'Argenson qu'il haïssoit..., donner au régent une dure et honteuse férule..., et s'arroger celui de borner celui du régent », fit arrêter par la chambre de justice ce « drôle intelligent et adroit » dont d'Argenson se servait pour les découvertes et les arrestations secrètes. Riposte foudroyante : lettre de cachet, main-forte, « cet homme ne fut pas une heure dans la prison », le coffre de papiers emporté avec lui. La chambre députa ; le régent « se moqua d'elle, en permettant gravement aux députés de faire reprendre leur prisonnier » — introuvable. Après un jour ou deux de grève boudeuse, la chambre « se remit à travailler, et le parlement en fut pour sa levée de bouclier, et n'avoir montré que sa mauvaise volonté et en même temps son impuissance ».
Mme de Cheverny gouvernante des filles de M. le duc d’Orléans
« M. le duc d'Orléans nomma gouvernante de mesdemoiselles ses filles Mme de Cheverny dont le mari étoit déjà gouverneur de M. le duc de Chartres. Ils en étoient l'un et l'autre fort capables, et la naissance et les emplois précédents de Cheverny honorèrent fort ces places qu'ils voulurent bien accepter. »
Livry obtient pour son fils la survivance de sa charge de premier maître d’hôtel du roi
« Livry, premier maître d'hôtel du roi, obtint pour son fils la survivance de sa charge, et de conserver un brevet de retenue de quatre cent cinquante mille livres qu'il avoit dessus. »
Effiat quitte le conseil des finances et entre dans celui de régence
« Effiat, ravi d'abord d'être quelque chose, trouva enfin son mérite peu distingué par la vice-présidence du conseil des finances. Il n'y voulut plus demeurer, mais entrer dans celui de régence à la dernière place. M. le duc d'Orléans eut la pitoyable facilité de le lui accorder, à la grande satisfaction de ses bons amis le duc du Maine, le maréchal de Villeroy et le chancelier. Personne ne s'en douta que lorsque cela fut fait. »
Honneurs du Louvre accordés à Dangeau et à la comtesse de Mailly par leurs charges perdues
« Ce prince, dont la facilité se pouvoit appeler un dévoiement, accorda les honneurs du Louvre leur vie durant à Dangeau et à la comtesse de Mailly, qu'ils avoient perdus avec leurs charges... par la mort de la dernière Dauphine » — grâce d'autant moins méritée que « tous deux lui étoient fort opposés » ; Dangeau, « avec toute sa fadeur et sa politique, ne put se contenir là-dessus dans l'espèce de gazette qu'il a laissée ».
Origine de cette grâce à leurs charges
Origine de la grâce : au mariage de Monseigneur, Mme de Maintenon, voulant « un titre pour se recrépir », fut faite seconde dame d'atours à côté de la maréchale de Rochefort, et prit modestement les honneurs du Louvre ; Richelieu vendit sa charge de chevalier d'honneur cinq cent mille livres à Dangeau, à qui Mme de Maintenon fit donner les mêmes honneurs, puis à la comtesse de Mailly, « fille de son cousin germain, qu'elle avoit élevée chez elle comme sa nièce ».
Ce que c’est que les honneurs du Louvre
« Ces honneurs du Louvre ne sont rien autre chose que le privilège d'entrer dans son carrosse, ou en chaise avec des porteurs de sa livrée, dans la cour réservée où il n'entre que les carrosses et les porteurs en livrée des gens titrés. »
Style de la république de Venise écrivant au Dauphin ; d’où venu
Curiosité diplomatique : « la trop fameuse Marie Stuart..., garda et communiqua à François II, son mari, Dauphin, le nom et le rang de reine et de roi d'Écosse en l'épousant ; d'où vient... que la république de Venise a conservé de là l'usage, en écrivant à nos Dauphins, de les traiter à la royale, et de suscrire leur lettre au roi dauphin. »
Entreprise de la nomination du prédicateur de l’Avent devant le roi
L'entreprise de l'Avent : le cardinal de Rohan, grand aumônier, « qui n'ignoroit ni ne pouvoit ignorer l'interdiction des jésuites, en voulut nommer un » — le P. de La Ferté — pour prêcher devant le roi, « sans voir ni faire rien dire au cardinal de Noailles » : « cette affectation de nommer un jésuite ne pouvoit avoir d'objet qu'une insulte. » Noailles, au lieu d'interdire personnellement le prédicateur (son droit incontestable), « prit le mauvais parti de nommer un prédicateur pour la chapelle..., dont il n'avoit pas le droit ». Le régent, « emporté par ses plus vrais ennemis », décida pour La Ferté « au scandale de tout le monde non confit en cabale de Constitution » ; mais huit jours après la Toussaint, le jésuite lui-même demanda dispense « pour ne point être un sujet de discorde » — pris au mot « avidement ». Le duc de Noailles, visant au premier ministère, n'avait pas dit le mot qui eût tout sauvé « pour un oncle dont il n'avoit plus besoin ».
M. de Fréjus officie devant le roi sans en dire un seul mot au cardinal de Noailles
Fleury montre les cornes : « M. de Fréjus commença, à la même fête, tout petit garçon qu'il étoit encore..., à vérifier la prophétie que le feu roi lui avoit faite... : qu'il se repentiroit de l'avoir fait évêque... M. de Fréjus dit pontificalement la grand'messe devant le roi sans en demander permission ni en faire la moindre civilité, suivant le droit et la coutume jusque-là non interrompue, au cardinal de Noailles, qui le sentit et le méprisa. » Et la duchesse de La Ferté quêta au sermon de son beau-frère — « une autre nouveauté de voir quêter une vieille femme ».
Abbé de Breteuil en tabouret, rochet et camail, près du prie-Dieu du roi, comme maître de la chapelle, condamné de cette entreprise comme n’étant pas évêque
Autre querelle de la même messe : « L'abbé de Breteuil, mort depuis évêque de Rennes, y parut sur un tabouret, en rochet et camail noir, joignant le prie-Dieu du roi à gauche en avant, comme maître de la chapelle, charge qu'il avoit achetée du cardinal de Polignac. » Les aumôniers du roi « traitèrent son tabouret et son camail d'entreprise, parce qu'il n'étoit pas évêque. Les plaintes en furent portées à M. le duc d'Orléans qui, perquisition faite, condamna l'abbé de Breteuil. »
Quel fut le P. de La Ferté, jésuite
Le P. de La Ferté : « séduit au collège », jésuite « malgré le maréchal son père », « grand, très bien fait, très bel homme..., éloquent..., beaucoup d'esprit et d'agrément ; le jugement n'y répondoit pas ». Mot du duc de La Ferté traîné à son sermon : « L'acteur m'a paru assez bon, mais la pièce assez mauvaise. » « Sans ses vœux, il auroit été duc et pair à la mort de son frère... À la fin les jésuites et lui, lassés de lui et lui d'eux, le malmenèrent, puis le confinèrent à la Flèche où il vécut peu et tristement. » Sur quoi Noailles « interdit les trois maisons des jésuites de Paris, et ôta les pouvoirs au peu à qui il les avoit laissés ».
L’abbé Fleury, confesseur du roi
« L'abbé Fleury, qui avoit été sous-précepteur des trois princes fils de Monseigneur..., fut nommé confesseur du roi. Le maréchal de Villeroy ni M. de Fréjus n'y vouloient point de jésuite. » Homme « d'une grande retraite et d'une grande piété toute sa vie », sans part à la Constitution « parce qu'il ne songea jamais à être évêque » : « L'exacte et savante Histoire ecclésiastique qu'on a de lui, et ses excellentes et savantes préfaces... rendront à jamais témoignage de son savoir et de son amour pour la vérité. Il eut peine à consentir à son choix. »
Mort de la duchesse de Richelieu et de Mme d’Arnemonville
« Mme d'Armenonville mourut de la petite vérole, qui fit sur jeunes et vieux bien du ravage toute cette année. Peu de jours après la duchesse de Richelieu en mourut aussi sans enfants. Elle étoit fille unique du marquis de Noailles... C'étoit une très jeune femme, mais de vertu, d'esprit et de beaucoup de mérite, que le bel air de son mari n'avoit pas rendue heureuse. »
Mort et caractère du maréchal de Châteaurenaud
« Le maréchal de Châteaurenaud mourut à plus de quatre-vingts ans. C'étoit un fort homme d'honneur ; très brave, très bon homme, et très grand et heureux homme de mer, où il avoit eu de belles actions, que le malheur même de Vigo ne put ternir. Avec tout cela, il se peut dire qu'il n'avoit pas le sens commun. » Trois jours avant sa mort, Noailles avait « furtivement obtenu » un brevet de retenue de cent vingt mille livres pour sa sœur sur la vice-amirauté, « qui jamais n'avoit été vendue » — présenté à Coëtlogon « qui n'en voulut pas payer un denier. On fut honteux à la fin de cette espièglerie..., on lui donna la vice-amirauté », le régent jetant le brevet au feu et le roi payant les cent vingt mille livres.
Belle anecdote sur le maréchal de Coetlogon
La belle anecdote sur Coëtlogon — « un des plus braves hommes et des meilleurs hommes de mer qu'il y eût », d'une « douceur..., justice..., probité » universellement estimées : retiré chez les jésuites, sollicité par d'Antin et le comte de Toulouse de vendre sa vice-amirauté pour un petit-fils, avec le bâton de maréchal en perspective, il « demeura inflexible, dit qu'il ne vendroit point ce qu'il n'avoit pas voulu acheter, protesta qu'il ne feroit point ce tort au corps de la marine ». Mourant, apprenant par son confesseur le bâton enfin obtenu à son insu : « il répondit qu'autrefois il y auroit été fort sensible ; mais qu'il lui étoit entièrement indifférent dans ces moments où il voyoit plus que jamais le néant du monde..., et le pria de ne lui parler plus que de Dieu... Il mourut quatre jours après sans avoir pensé un instant à son bâton. »
Mort de la duchesse d’Orval
« La duchesse d'Orval mourut à quatre-vingt-dix ans. Elle étoit belle-fille du célèbre Maximilien de Béthune, premier duc de Sully, et belle-sœur du fameux duc de Rohan... La duchesse d'Orval étoit Harville, sœur de Palaiseau. »
Mort de d’Aguesseau, conseiller d’État ; son éloge
Mort de d'Aguesseau père, conseiller d'État, à quatre-vingt-deux ans, « père du procureur général, qui tôt après fut fait chancelier. C'étoit un petit homme de basse mine, qui, avec beaucoup d'esprit et de lumières, avoit toute sa vie été un modèle, mais aimable, de vertu, de piété, d'intégrité..., représentant au naturel ces vénérables et savants magistrats de l'ancienne roche qui sont disparus avec lui... La bonté et la justice sembloient sortir de son front. Il avoit laissé en Languedoc... les regrets publics et la vénération de tout le monde. »
Saint-Contest fait conseiller d’État, en quitte le conseil de guerre
Sa place fut disputée : Saint-Simon la demandait pour son ami Le Guerchois, gendre du défunt ; mais Bâville, « ce funeste roi de Languedoc plutôt qu'intendant », se démit en faveur de son fils Courson ; le régent donna la place vacante à Saint-Contest et celle de Bâville à Courson. « En même temps les conseillers d'État obligèrent Saint-Contest à quitter le conseil de guerre, pour n'y pas céder aux gens de qualité qui en étoient » — suite de la « rare prétention » née à Bade avec La Houssaye.
L’empereur prend Temeswar ; perd son fils unique
« L'empereur fit, par le prince Eugène, la conquête de Temeswar, en Hongrie, et perdit son fils unique âgé de sept mois » — la victoire et le deuil dynastique dans la même phrase, avec toutes leurs conséquences sur la succession autrichienne.
La duchesse de Saint-Aignan va trouver son mari en Espagne avec trente mille livres de gratification
« La duchesse de Saint-Aignan alla trouver son mari en Espagne, pour lequel j'obtins une gratification qu'elle emporta. Elle fut de trente mille livres » — secours à l'ambassadeur que la disgrâce d'Albéroni laissait fort mal en cour.
Mort, caractère et famille de M. d’Étampes
« M. d'Étampes mourut dans un âge avancé. Il étoit riche, honnête homme et fort brave », chevalier d'honneur de Madame puis capitaine des gardes de Monsieur. Généalogie savoureuse par sa grand-mère Mme de Puysieux, qui n'appelait jamais son frère conseiller d'État que « mon frère le bâtard, parce que son frère aîné étoit chevalier du Saint-Esprit..., un autre archevêque de Reims, un autre cardinal » — la robe tenue pour bâtardise dans une maison d'épée ; et qui ruina son fils « en dépenses extravagantes, entre autres à manger pour cent mille écus de collets de points de Gênes ».
Mort de la comtesse de Roucy
« En même temps mourut la comtesse de Roucy, sans nous donner signe de vie ni de repentir. J'ai été trop de ses amis, et j'en ai été trop mal payé depuis, pour vouloir rien dire d'elle, d'autant que j'ai suffisamment exposé ma conduite et la sienne, et celle de son mari, dans l'éclat qu'ils jugèrent à propos de faire. »
Mort de Mme Fouquet ; sa famille
« Peu après mourut à Paris Mme Fouquet dans une grande piété, dans une grande retraite et dans un exercice continuel de bonnes œuvres toute sa vie. Elle étoit veuve de Nicolas Fouquet, célèbre par ses malheurs, qui... paya les millions que le cardinal Mazarin avoit pris, la jalousie de MM. Le Tellier et Colbert, un peu trop de galanterie et de splendeur, et trente-quatre ans de prison à Pignerol, parce qu'on ne put lui faire pis malgré tout le crédit des ministres et l'autorité du roi, dont ils abusèrent jusqu'à avoir mis tout en œuvre pour le faire périr. » « Lui et cette dernière femme, grand'mère de Belle-Île, seroient maintenant bien étonnés de la monstrueuse et complète fortune qu'il a su faire. »
Force grâces au maréchal de Montesquiou, au grand prévôt, aux ducs de Guiche, de Villeroy, de Tresmes, et au comte de Hanau
Pluie de grâces : au maréchal de Montesquiou, « tout à M. du Maine, le commandement de Bretagne » et la commission des états ; « cent mille écus de brevet de retenue au grand prévôt sur sa charge fort inutilement » ; aux ducs de Villeroy et de Guiche « la survivance de leurs charges pour leurs fils aînés tout jeunes, et celle encore de leurs gouvernements » ; au duc de Tresmes celle de premier gentilhomme de la chambre. Et au comte de Hanau, « une grâce également étrange et préjudiciable à l'État » : la transmission anticipée de ses fiefs messins masculins à sa fille mariée à un Hesse-Darmstadt — abandonnant « de riches présents domaniaux qui se présentent si rarement » et laissant des princes allemands enclavés « au milieu, pour ainsi dire, du royaume, qui y font des amis et des espions ».
Le duc de La Force vice-président du conseil des finances
« Le duc de La Force, qui grilloit d'être de quelque chose, et qui en étoit bien capable, intrigua si bien qu'il eut la place de vice-président du conseil des finances qu'avoit quittée le marquis d'Effiat. » Saint-Simon l'en dissuada en vain : « il ne lui convenoit pas de se parer de la robe sale d'Effiat », d'être noyé « parmi un tas de gens de robe... qui ne le reconnoîtroient en rien », exposé à la jalousie de Noailles « parmi son sucre, son miel et ses caresses », et aux « embarras fâcheux » qui suivraient les opérations de la chambre de justice. « Il se trouva très malheureusement dans la suite que je n'avois que trop bien rencontré. »
Augmentation de la paye de l’infanterie
L'augmentation de la paye de l'infanterie : « six deniers par soldat, avec un profit dessus pour chaque capitaine d'infanterie, qui coûtèrent au roi pour toujours sept cent mille livres par an » — obtenue par Broglio dans le cabinet, « dans un temps de paix et de désordre des finances qui ne pouvoient suffire aux plus pressants besoins ». « Tous deux se trompèrent lourdement » : l'augmentation « ne tint lieu de rien, et le gros des troupes ne s'en aperçut seulement pas », et Broglio « ne mit plus le pied dans le cabinet ».
Caractère de Broglio, fils et frère aîné des deux maréchaux de ce nom
Portrait de ce Broglio, gendre de Voysin, « fils et frère aîné des maréchaux de Broglio, dont il fut toute sa vie le fléau. C'étoit un homme de lecture, de beaucoup d'esprit, très méchant, très avare, très noir..., pleinement et publiquement déshonoré sur le courage et sur toute sorte de chapitres... Je n'ai guère vu face d'homme mieux présenter celle d'un réprouvé que la sienne ; cela frappoit. » Cassé plus tard par Fleury pour ses propos licencieux, il maria son fils « et voulut la clause expresse que son fils ne serviroit point, et que lui ni sa femme ne verroient jamais le roi, la reine ni la cour. Je pense que voilà le premier exemple d'une si audacieuse folie. »
Le duc de Valentinois reçu au parlement, où les princes du sang ni bâtards n’assistent point
« Le duc de Valentinois fut enfin reçu le 14 décembre au parlement. Les princes du sang ni bâtards ne s'y trouvèrent point ; M. le duc d'Orléans le leur avoit fait promettre pour éviter tout inconvénient entre eux. » Il donna aussi à d'Antin « la survivance de sa charge des bâtiments pour son second fils », le marquis de Bellegarde.
Mariage du fils unique d’Estaing avec la fille unique de Mme de Fontaine-Martel, et la survivance du gouvernement de Douai
« M. d'Estaing maria son fils à la fille unique de Mme de Fontaine-Martel, qui étoit une riche et noble héritière, ce qui fut un mariage très assorti. » Le régent, qui aimait Mme de Fontaine-Martel « et tout ce qui portoit le nom de M. d'Arcy, son beau-frère », et affectionnait d'Estaing « qui avoit fort servi sous lui, et qui étoit un très galant homme, leur donna sous la cheminée la survivance du gouvernement de Douai ».
Bonneval obtient son abolition en épousant une fille de Biron
L'abolition de Bonneval : le déserteur d'Italie devenu favori du prince Eugène et lieutenant général impérial désira « des lettres d'abolition, et d'oser revenir se remontrer dans sa patrie. Biron en profita pour lui faire épouser une de ses filles pour rien, lui pour son dessein du crédit de Biron » — Biron, pauvre alors, « s'étoit enrôlé parmi les roués ». Au conseil de régence, Saint-Simon « opina contre, et appuya longtemps sur les raisons de n'en jamais accorder pour pareil crime » — en vain. « Bonneval vit le roi, le régent et tout le monde... Je n'ai point vu d'homme moins embarrassé. » Dix ou douze jours après la noce, « Bonneval s'en retourna à Vienne, et n'a pas vu sa femme depuis... La catastrophe unique de Bonneval n'est ignorée de personne » — le futur Bonneval-Pacha.
Dispute entre les grands officiers de service et le maréchal de Villeroy, qui, comme gouverneur du roi, prétend faire leur service et le perd
Le maréchal de Villeroy, « à l'ombre de Mme de Ventadour sa bonne amie, de l'enfance du roi », s'était « peu à peu insinué à faire toutes les fonctions » des grands officiers du service, prétendant les leur ôter « tant que le roi auroit un gouverneur, quoique condamné par l'exemple de son père ». Grand chambellan, premiers gentilshommes, grand maître et maîtres de la garde-robe présentèrent un mémoire ; « le maréchal n'eut à leur opposer que ses grands airs, son importance, son entreprise... À la fin pourtant il l'eut [le démenti], et tout du long, et sans réserve ; et les grands officiers maintenus dans toutes leurs fonctions, même jusqu'à lui ôter leur service s'ils arrivoient après qu'il l'auroit commencé. »
Grande aigreur entre les princes du sang et bâtards sur les mémoires publiés par les derniers
« L'année finit dans une grande aigreur et fort marquée entre les princes du sang et légitimés » : les deux mémoires de Davisard pour les bâtards « étoient peu mesurés. Il se crut au temps du feu roi... L'égalité étoit peu ménagée » — travail à la manière du P. Daniel et de son Histoire de France. Les princes du sang, attendant leur réplique, « se contraignirent peu en discours », et chaque parti cherchait à s'autoriser du régent, « qui en fut fort embarrassé ».
Étonnante apathie de M. le duc d’Orléans
L'étonnante apathie : le régent avait tout pour vouloir briser le duc du Maine — « justice, vérité, raison, religion, nature, intérêt de naissance, intérêt de pouvoir, intérêt d'honneur, intérêt de sûreté..., intérêt si puissant de vengeance » contre l'homme des « horreurs inventées » qui avait voulu « le perdre, et le déshonorer par ce qu'il y a de plus horrible ». « Qui en sa place n'eût pas acheté bien cher le bonheur d'une telle position ? Elle ne fit pas la plus légère sensation sur M. le duc d'Orléans ; et pour comble de la plus incroyable apathie, un détachement de soi-même si prodigieux... ne lui fut d'aucun mérite, ni pour ce monde..., ni pour l'autre... Hélas ! la main de Dieu étoit sur lui et sur le royaume ; et il étoit dans cette affaire la proie et le jouet d'Effiat, et des autres gens de cette espèce que le duc du Maine avoit auprès de lui. »
Ma façon d’être avec le duc de Maine et le comte de Toulouse
La conduite personnelle de Saint-Simon : silence complet avec le régent sur les bâtards comme sur le parlement — « l'intérêt de rang... me rendoit suspect, et... il étoit honteux et empêtré avec moi ». Aucune civilité au duc du Maine après la requête, « quoique revenus ensemble sur un pied d'honnêteté » ; mais au comte de Toulouse, « au premier conseil qui se tint depuis la requête présentée je lui en fis civilité, et je le priai de se souvenir que ce n'étoit, même fort tard, que ce que j'avois toujours dit que nous ferions... Cela fut honnêtement reçu, et les manières entre lui et moi n'en furent pas depuis le moins du monde altérées » — les après-dînées chez Mme la duchesse d'Orléans, en tiers, parfois la duchesse Sforze en quatrième, continuant comme devant.

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