TOME V · CHAPITRE II
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Résumé
La goutte du roi empêche la cérémonie de l'ordre ; prisonniers échappés de Pierre-Encise ; le procès de la coadjutorerie de Cluny jugé devant le roi. Morts de l'abbé d'Hocquincourt, de Mme de Florensac, de Mme de Grignan — la fille de Sévigné —, de la duchesse de Coislin, de Mme de Vauvineux ; mariage Sézanne-Nesmond ; nouveau brevet à Torcy ; le duc de Grammont de retour ; Amelot entre dans la junte d'Espagne. Morts de l'amirante en Portugal et de Villafranca ; conspirations en Espagne, Legañez arrêté et conduit au château Trompette ; la princesse des Ursins reprend sa route.
Les entrées
- Goutte du roi empêche la cérémonie ordinaire de l’ordre de la Pentecôte
- « La goutte du roi l'empêcha de faire à la Pentecôte la cérémonie ordinaire de l'ordre, ce qu'il n'avoit jamais manqué de faire trois fois l'année aux jours destinés » — dérogation notable dans la mécanique immuable du règne, suite de cette longue goutte de Marly qui avait déjà retranché le coucher public.
- Prisonniers échappés de Pierre-Encise
- Le roi « eut quelque dépit de l'entreprise de cinq prisonniers d'État enfermés à Pierre-Encise, qui trouvèrent moyen de poignarder les soldats qui les gardoient » ainsi que Manville, gouverneur du château, ancien lieutenant-colonel du régiment lyonnois, « et de se sauver si bien qu'ils n'ont jamais été repris ».
- Procès jugé devant le roi sur l’arrêt de la coadjutorerie de Cluny rendu au grand conseil
- Le cardinal de Bouillon exilé et l'abbé d'Auvergne, vainqueurs du procès de la coadjutorerie de Cluny contre les moines, accusaient Vertamont, premier président du grand conseil, d'avoir altéré leur arrêt en le signant. L'affaire, revue par le grand conseil qui n'y changea rien, fut enfin portée devant le roi au conseil des dépêches : l'arrêt fut maintenu, « mais il fut laissé des voies ouvertes au cardinal et à son neveu ». Saint-Simon traduit : « pour des gens en disgrâce on ne voulut pas réformer l'arrêt, et la justice empêcha pourtant la confirmation de ce dont ils crioient. Cela ne fit pas honneur à Vertamont », qui se vanta néanmoins d'avoir « maintenu son honneur ».
- Mort de l’abbé d’Hocquincourt
- Mort de l'abbé d'Hocquincourt, petit-fils du maréchal « et le dernier de cette maison de Mouchy, ancienne et illustre », dont sa sœur Mme de Feuquières demeura héritière — « mais qui la fut du peu qui restoit à une maison ruinée ».
- Mort de Mme de Florensac
- Mort à trente-cinq ans de la marquise de Florensac, « la plus belle femme qui fût peut-être en France ». Fille de Saint-Nectaire, fort riche, « elle fit bien des passions, et fut accusée de n'être pas toujours cruelle ; d'ailleurs la meilleure femme du monde, la plus douce et la plus simple dans sa beauté ». Elle fut exilée pour Monseigneur, « dont l'amour commençoit à faire du bruit » ; son mari, frère du duc d'Uzès, menin de Monseigneur « et le plus sot homme de France, ne s'en aperçut point, et l'aimoit passionnément ». Elle mourut en deux jours, ne laissant qu'une fille, « qui est aujourd'hui duchesse d'Aiguillon, Dieu sait comment ».
- Mort de Mme de Grignan
- « Mme de Grignan, beauté vieille et précieuse, dont j'ai suffisamment parlé, mourut à Marseille bien peu après, et, quoi qu'en ait dit Mme de Sévigné dans ses lettres, fort peu regrettée de son mari, de sa famille et des Provençaux. » Cruelle oraison funèbre de la fille adorée de la marquise. Dans le même temps, Berwick achevait « d'anéantir les fanatiques » en Languedoc : il surprit cinq ou six chefs dans Montpellier « dont il fit fermer les portes, et les fit pendre », découvrit leur cache de poudre « et à la fin éteignit tout à fait ces misérables, et remit le calme et la sûreté dans cette province et dans les Cévennes ».
- Mariage de Sézanne avec Mlle de Nesmond
- Sézanne — « frère de père du duc d'Harcourt et de mère de la duchesse sa femme, chose tout à fait singulière » — épouse la fille de Nesmond, « mort lieutenant général fort distingué des armées navales », riche héritière : la fortune des Harcourt continue de se bâtir méthodiquement.
- Nouveau brevet de retenue à Torcy
- Torcy, « dont la conduite avoit plu au roi à l'égard de Mme des Ursins, eut une augmentation de brevet de retenue de cent cinquante mille livres sur ses charges » — récompense discrète du ministre qui avait su plier à temps.
- Mort de la duchesse de Coislin
- Mort de la duchesse de Coislin, « pauvre et retirée à la campagne depuis la mort de son mari, sans avoir plus vu personne ». Riche héritière de Bretagne, du nom de du Halgoet, « femme de mérite et de vertu », mère de la duchesse de Sully, du duc de Coislin et de l'évêque de Metz.
- Mort de Mme de Vauvineux ; sa famille
- Mort à Paris de Mme de Vauvineux, « qui avoit été fort belle, vertueuse et dans la bonne compagnie ». Note personnelle : « elle étoit fort des amies de ma mère, et sa cousine germaine par son défunt mari », du nom de Cochefilet, fils de Vaucelas, ambassadeur en Espagne. Le prince de Guéméné avait épousé sa fille unique « et n'eut d'enfants que d'elle ». Elle était Aubry, « d'une famille de Paris, comme la mère de la princesse des Ursins » — transition que le mémorialiste ménage vers son grand sujet.
- Duc de Grammont de retour
- Le duc de Grammont, arrivé à Bayonne puis à Paris, y est « médiocrement reçu » — fin sans gloire de l'ambassade d'Espagne, tandis que Mme des Ursins, « toujours également brillante », tient ses conseils secrets à Paris « avec une liberté que Marly ne comportoit pour personne ».
- Amelot dans la junte
- Amelot et Orry sont à Madrid, et le premier « admis dans la junte avec toutes les grâces de la reine et l'autorité dans les affaires que, pour elle-même, Mme des Ursins lui avoit ménagée ». La princesse « s'étoit bien gardée de rien laisser soupçonner en Espagne de sa tentation de n'y plus retourner », prétextant sa santé et « la nécessité de concerter ici des mesures solides ».
- Mort de l’amirante en Portugal
- « L'amirante étoit mort, délaissé et méprisé en Portugal » — fin misérable du grand transfuge de la monarchie espagnole, dont on trouvera bientôt les lettres dans les papiers des conspirateurs.
- Mort à Madrid du marquis de Villafranca
- Mort à Madrid du marquis de Villafranca, majordome-major du roi et chevalier du Saint-Esprit, « demeuré dans la première considération ». Le duc d'Albe regardait cette première charge de la cour « comme la récompense de sa ruineuse ambassade, et tout en lui l'exigeoit : naissance (il étoit Tolède comme Villafranca), dignité, âge, emploi, fidélité… » Le roi voulut bien s'intéresser pour lui ; Mme des Ursins, à qui les Albe « avoient fait une cour assidue, promit tous ses bons offices, qu'elle se garda bien de tenir » : elle ne pardonnait pas l'attachement du duc aux Estrées. « Il en coûta cette grande charge au duc d'Albe. »
- Conspirations en Espagne ; Legañez arrêté et conduit au château Trompette, à Bordeaux
- Découverte de conspirations à Grenade et à Madrid, qui devaient éclater le jour de la Fête-Dieu : « le projet étoit d'égorger tous les François dans ces deux villes, et de se saisir de la personne du roi et de la reine ». On en crut chef le marquis de Legañez, « homme d'esprit et de courage » passé par les premiers emplois de la monarchie, toujours attaché à la maison d'Autriche, qui s'était toujours dispensé de prêter serment à Philippe V. Serclaës l'arrête le 10 juin dans les jardins du Retiro et le fait conduire « très diligemment à Pampelune ». On fit mourir à Grenade plusieurs convaincus ; on trouva des lettres de l'amirante, du prince de Darmstadt « et de l'archiduc même ». Quoiqu'il n'y eût « que des présomptions et point de preuves », Legañez fut amené à Bordeaux, « où on le mit dans le château Trompette ».
- Princesse des Ursins prend congé et diffère encore son départ un mois
- Mme de Maintenon « commençoit à avoir impatience de s'en trouver débarrassée » : on presse le départ. « C'est où Mme des Ursins les attendoit. » Elle s'explique alors sur le poids dont elle va être chargée dans un pays « d'où elle étoit partie avec tous les affronts d'une criminelle », et sur la nécessité que quelque chose de public annonce la confiance des deux rois : « l'éloquence, l'adresse, le tour, les grâces, la finesse de l'expression… tout fut bien déployé et bien remarqué sous les voiles de la simplicité ». Elle prend congé à Marly le 15 juin, « plus que contente » — mais demande à revoir le roi à Versailles, puis encore à Marly, tenant bon « sous différents prétextes » jusqu'à ce que toutes les grâces fussent expédiées. Elle ne part qu'à la mi-juillet.
- Noirmoutiers duc vérifié, et autres grâces à la princesse des Ursins
- « Les grâces qu'elle obtint furent prodigieuses » : vingt mille livres de pension, trente mille pour le voyage ; son frère Noirmoutiers, « bien qu'aveugle depuis l'âge de dix-huit ou vingt ans, fut fait duc héréditaire » — « duc vérifié au parlement un aveugle sans enfants, et qui n'en bougea jamais de sa chaise » ; et pour l'abbé de La Trémoille, le chapeau de cardinal, arraché au prix du désistement des deux couronnes de leur droit à un cardinal chacune et de la levée de l'opposition royale à la promotion du duc de Saxe-Zeitz. « C'est néanmoins ce qu'elle obtint, tant Mme de Maintenon étoit pressée de se défaire d'elle, et de l'envoyer régner en Espagne, pour y régner elle-même. » Partie mi-juillet, elle trouve « le roi et la reine au-devant d'elle, à près d'une journée de Madrid ».
- Vie et caractère de Noirmoutiers
- Vie de Noirmoutiers : beau, plein d'esprit et d'ambition, il perd les deux yeux à vingt ans d'une petite vérole qui « repoussa et lui creva les deux yeux ». Vingt ans enfermé chez lui « à se faire lire », il devient « une excellente tête » ; le fidèle comte de Fiesque l'apprivoise peu à peu à la compagnie, et « il devint à la mode d'être en commerce avec M. de Noirmoutiers » : sa maison « devint un tribunal où il n'étoit pas indifférent d'être blâmé ou approuvé », et lui, « sans sortir de sa chambre, l'homme le mieux informé de tout ce qui se passoit à la cour et dans le monde ». Ses deux mariages de finance font crier sa sœur « à la mésalliance — comme si leur mère n'eût pas été Aubry » ; mais la chute d'Espagne les rapproche : « gloire de famille d'une part, besoin de l'autre », il devient avec l'archevêque d'Aix « l'âme » du conseil de Mme des Ursins.
- Vie et caractère de l’abbé depuis cardinal de La Trémoille
- L'abbé de La Trémoille « étoit un petit bossu fort vilain, fort débauché, qui n'avoit jamais voulu rien apprendre ni rien faire de conforme à l'état qu'il n'avoit pris que pour réparer sa pauvreté par des bénéfices ». De l'esprit, « mais qui n'avoit aucune solidité, et tout tourné au plaisir ». À Rome, où il attrape l'auditorat pour la France, « l'obscurité, la bouffonnerie et le jeu… le perdirent d'honneur et de réputation ». Brouillé avec sa sœur pour avoir pris le parti de son mari, il est dénoncé par elle à l'inquisition « pour de fâcheuses débauches » : il s'enfuit à Naples, sous la protection du cardinal de Bouillon, jusqu'à ce que la sœur, « contente de lui avoir fait la peur entière », le reçoive à pardon. C'est cet homme, « dans le dernier mépris », qu'elle entreprit de faire cardinal — « pour réfléchir sur elle-même ce rayon de gloire qu'elle vouloit faire briller aux yeux des deux monarchies ».
- Prétention de la princesse des Ursins de draper en violet de son mari, qui la brouille pour toujours avec le cardinal de Bouillon
- Devenue veuve du duc de Bracciano, Mme des Ursins « prétendit la distinction de draper en violet » — privilège des têtes couronnées et des cardinaux. Le cardinal de Bouillon, alors à Rome « et qui jusqu'alors avoit été intimement avec elle, prit cette prétention avec une grande hauteur, et s'en brouilla irréconciliablement avec elle ». Lui-même venait d'essuyer un dégoût sur ce chapitre en France, « c'est ce qui le rendit encore plus vif sur la prétention de sa veuve » — brouille pour toujours entre deux orgueils romains.
- Raison pour laquelle les cardinaux ne drapent plus en France
- Origine de cette querelle d'étiquette : le cardinal de Bouillon avait introduit en France l'usage du drap violet pour les cardinaux. « À la fin, Monsieur se fâcha de ne voir que le roi et les cardinaux drapés en violet, tandis que les fils de France, le Dauphin même, et la reine, quand il y en avoit une, ne l'étoient qu'en noir. » Le roi finit par défendre aux cardinaux de draper en violet ; Bouillon, « outré et ne pouvant soutenir un usage si nouveau, si peu fondé », obtint par un effort de crédit « que les cardinaux ne draperoient plus ni pour deuils de cour ni pour ceux de famille, et depuis cette époque, aucun n'a drapé en France ».
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