TOME VI · CHAPITRE XVIII

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Résumé

Les coulisses du pouvoir en pleine crise : l'intrigue d'Harcourt pour entrer au ministère ; les mouvements sourds du maréchal de Villeroy ; situation, vues et manèges de d'Antin ; le caractère et les manèges de Mme la Duchesse, son éloignement des duchesses de Bourgogne et d'Orléans ; la duchesse de Villeroy — caractère et « chemins » — intime de la duchesse d'Orléans et en faveur près de la duchesse de Bourgogne ; les convenances de liaison entre les deux princesses ; l'embarras de d'Antin entre toutes — dont il se tire « enfin avec toutes ».

Les entrées

Intrigue d’Harcourt pour le ministère
Intrigue d'Harcourt : refroidi avec Mme de Maintenon, « dont l'humeur volage étoit de prendre en gré…, et de laisser là sans cause », il accourut de Normandie à Fontainebleau « sans y être attendu », jouant « le bon citoyen qui cède à ses alarmes ». « Son but fut toujours le ministère ; il se flatta d'y parvenir » aux dépens de Chamillart, sans se rendre contraire M. du Maine « dont il avoit toujours été le client ». Faute de Mme de Caylus, « il s'abaissa à courtiser Mme d'Heudicourt, et même Mme de Dangeau », qui alarmèrent si bien Mme de Maintenon qu'elle l'entretint.
Mouvements sourds du maréchal de Villeroy
Mouvements sourds de Villeroy : de sa maison de Villeroy, le maréchal, « las de s'enfoncer dans le désespoir », reprenait « haleine jusqu'à la joie et à l'orgueil, à mesure du danger de la Flandre et des fautes du réparateur des siennes ». Mme de Maintenon, « épouvantée sur la Flandre jusqu'à se prendre à tout », l'entretenait « avec le plus grand mystère » et lui demandait des mémoires. « Il tomboit rudement » sur Vendôme et Chamillart, « et plut plus qu'Harcourt, parce qu'il ne garda aucune mesure sur le duc de Vendôme » ; « ce maréchal, si profondément abîmé, commençoit à voir de loin la clarté du jour ».
Situation, vues et manéges de d’Antin
Situation et manèges de d'Antin : « il ne bougeoit de l'intérieur des cabinets », brillant sur les cartes de Flandre — « s'il on déployoit une carte, il s'en saisissoit à l'instant » — « toujours au poids de la flatterie ». La duchesse de Bourgogne, voyant « les valets à M. du Maine, à Bloin », eut recours à lui : il lui rendit compte de tout, jusqu'à consulter « ses plus importantes réponses » aux lettres de son époux. Il visa dès lors la place de Chamillart — non sa charge, mais « entrer dans le conseil, avec une inspection sur la guerre » ; « Harcourt et lui étoient ainsi rivaux sans le savoir ».
Caractère, vues, manéges de Mme la Duchesse, et son éloignement de Mme la duchesse de Bourgogne et de Mme la duchesse d’Orléans
Portrait de Mme la Duchesse : « dans une taille contrefaite…, sa figure étoit formée par les plus tendres amours » ; « n'aimant personne, connue pour telle, on ne se pouvoit défendre de la rechercher » ; « méprisante, moqueuse, piquante, incapable d'amitié et fort capable de haine…, féconde en artifices noirs et en chansons les plus cruelles dont elle affubloit gaiement les personnes qu'elle sembloit aimer. C'étoit la sirène des poètes, qui en avoit tous les charmes et les périls. » Liée à la Choin et aux nièces de Vaudemont, tenant Monseigneur, seule « Mme la duchesse de Bourgogne l'offusquoit », dont les privances avec le roi et Mme de Maintenon la mettaient « sans cesse au désespoir ».
Duchesse de Villeroy intime de Mme la duchesse d’Orléans et fort en faveur de Mme la duchesse de Bourgogne
La duchesse de Villeroy, d'abord retirée, s'était liée d'une « amitié étroite qui dura toujours intime » avec Mme la duchesse d'Orléans par la maréchale de Rochefort ; puis le maréchal obtint de Mme de Maintenon qu'elle approchât la duchesse de Bourgogne, et l'engouement passager de la maréchale d'Estrées la lia si fortement qu'« elle demeura de son chef une espèce de favorite, et la demeura toujours depuis ».
Caractère de la duchesse de Villeroy et ses chemins
Caractère de la duchesse de Villeroy : « fort peu d'esprit, mais de sens, de vues, de conduite, haute, courageuse, franche et vraie, fort altière…, même volontiers brutale », se rendant « si nettement et si publiquement justice sur sa naissance qu'elle en embarrassoit très souvent » ; « grande, un peu haute d'épaules, de vilaines dents et un rire désagréable avec le plus grand air, le plus noble, le plus imposant ». Le roi, gardant « un goût et un penchant pour les femmes aimables », la mit des voyages de Marly.
Convenances de liaison entre Mme la duchesse de Bourgogne et Mme la duchesse d’Orléans
Convenances de la liaison entre les deux princesses, œuvre de la duchesse de Villeroy « plus hardie » que Mme d'O : « les deux princesses ne se convenoient guère, et néanmoins leur liaison très véritable dura toujours ». La duchesse de Bourgogne y trouvait de quoi démentir l'accusation « de dédaigner les princesses » ; la duchesse d'Orléans, « isolée au milieu de la cour, épouse par force d'un prince… toujours amoureux ailleurs avec éclat », chargée de trois filles, y voyait le chemin du mariage de l'aînée avec M. le duc de Berry.
Conduite de Mme la Duchesse à l’égard de Mme la duchesse de Bourgogne
Conduite de Mme la Duchesse : piquée du personnage que la duchesse de Bourgogne soutint sur Audenarde — la cour comprit « qu'elle pourroit bien vouloir et se mettre en état de devenir la maîtresse roue de la machine de la cour et peut-être encore de l'État. Ce fut le poignard qui perça le sein de Mme la Duchesse » —, elle passa des empressements à « une indifférence insolemment marquée », hasarda « de se moquer d'elle, d'en parler licencieusement, de mêler des menaces sur Monseigneur » devant des personnes propres à les rapporter. Ces propos n'excitèrent « qu'une haine dont il ne lui seroit pas aisé d'éviter les coups ».
Embarras de d’Antin avec Mme la Duchesse sur Mme la duchesse de Bourgogne
Embarras de d'Antin : Mme la Duchesse, « fort unie avec d'Antin par les plaisirs…, peut-être encore plus par la sympathie des mêmes voies et des mêmes vertus », lui reprocha ses ménagements pour la duchesse de Bourgogne « comme une liaison prise avec son ennemie ». « D'Antin glissa, badina, mais ne se détourna point » ; elle éclata jusqu'à « vouloir donner des ridicules à son frère et à Mme la duchesse de Bourgogne » — ceux qui pénétraient l'intrigue se divertissaient « de le voir enrager plus à découvert qu'il n'eût voulu de ne pouvoir être en deux lieux à la fois ».
Il se conserve bien enfin avec toutes deux
« À la fin l'heureux gascon fut assez habile pour en sortir sans avoir aliéné Mme la duchesse de Bourgogne et sans s'être gâté avec Mme la Duchesse. » Saint-Simon savait tout par les filles de Chamillart, « qui le voyoient en plein chez Mme la Duchesse…, et qui y passoient presque toutes leurs soirées jusque bien avant dans la nuit ».

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