TOME IX · CHAPITRE VIII
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Résumé
Les obsèques de Monseigneur ; Mme de Maintenon à l'égard du mort et des nouveaux Dauphins ; le « genre de la douleur du roi » — vite consolé —, ses ordres et ses occupations des premiers jours. Douze mille livres de pension à Mlle Choin, « bien traitée du nouveau Dauphin et de la Dauphine » : la gêne de sa vie, la sagesse de sa conduite, la princesse de Conti qui veut en vain se raccommoder avec elle ; du Mont et Casau « justement bien traités » ; la princesse d'Angleterre cède à la Dauphine en lieu tiers ; le deuil drapé ; la situation nouvelle des Orléans.
Les entrées
- Obsèques [de Monseigneur]
- Obsèques d'une simplicité brutale : le pourpre et l'infection firent juger « également inutile et dangereuse l'ouverture de son corps ». Enseveli « les uns ont dit par des sœurs grises, les autres par des frotteurs du château, d'autres par les plombiers mêmes », couvert d'« un vieux poêle de la paroisse », il fut porté le jeudi à Saint-Denis « dans un carrosse du roi, qui n'avoit rien de deuil, et dont on ôta la glace de devant pour laisser passer le bout du cercueil », et descendu au caveau royal « sans aucune sorte de cérémonie ». « Telle fut la fin d'un prince qui passa près de cinquante ans à faire faire des plans aux autres, tandis que sur le bord du trône il mena toujours une vie privée, pour ne pas dire obscure » — et qui fut pourtant « le point aboutissant, l'âme, la vie de la cabale la plus étrange, la plus terrible, la plus profonde… qui ait existé depuis la paix des Pyrénées ».
- Mme de Maintenon à l’égard de Monseigneur et de Mgr [le duc] et de Mme la duchesse de Bourgogne
- Si Mme de Maintenon s'était sentie délivrée par la mort de Monsieur, « elle se la trouva bien plus par celle de Monseigneur, dont toute la cour intérieure lui fut toujours très-suspecte » : jamais que de l'éloignement réciproque, elle « en attention continuelle à l'observer », Mme d'Espinoy lui servant d'espion — « et peut-être d'espion double à tous les deux ». Rapprochée du nouveau Dauphin depuis la campagne de Lille, devenue pour la Dauphine « comme une bonne et tendre mère », elle regardait leur rehaussement « comme la sûreté de sa grandeur, et comme le calme et le rempart de sa vie et de sa fortune ».
- Genre de la douleur du roi
- « Pour le roi, jamais homme si tendre aux larmes, si difficile à s'affliger, ni si promptement rétabli en sa situation parfaitement naturelle. Il devoit être bien touché de la perte d'un fils qui, à cinquante ans, n'en avoit jamais eu six à son égard. » Fatigué de la triste nuit, il demeura fort tard au lit ; Mme la duchesse de Bourgogne et Mme de Maintenon l'allèrent voir dès son réveil.
- Ses ordres sur les suites de la mort de Monseigneur
- Dès son cabinet, il prit Beauvilliers et le chancelier dans une fenêtre, « y versa encore quelques larmes », et convint que « le nom, le rang et les honneurs de Dauphin devoient dès ce moment passer » au duc et à la duchesse de Bourgogne. Il régla le sort du corps, reçut de du Mont la cassette et les clefs, commit le chancelier au partage de « la légère succession », descendit « jusqu'à la réduction de l'équipage du loup », ferma Marly jusqu'au dimanche — la seule Dauphine admise à le venir voir, sans manger ni coucher —, et envoya le duc de Bouillon donner part à Saint-Germain.
- Ses occupations des premiers jours
- Occupations des premiers jours : le jeudi « il s'amusa aux listes pour Marly », attacha au nouveau Dauphin les mêmes menins, reçut sans cérémonie la reine d'Angleterre — la princesse restant dans le carrosse à cause du mauvais air ; le vendredi « il fut tirer dans son parc » ; le samedi il tint le conseil de finances, « fit sur les hauteurs de Marly la revue des gens d'armes et des chevau-légers », et travailla le soir avec Voysin chez Mme de Maintenon : la vie ordinaire reprenait à peine trois jours après la mort de son fils.
- Douze mille livres de pension à Mlle Choin, bien traitée du nouveau Dauphin et de la Dauphine
- Le roi chargea d'Antin « d'aller assurer de sa part Mlle Choin de sa protection, et de lui porter une pension de douze mille livres. Elle n'avoit ni demandé ni fait nommer son nom. » Le Dauphin et la Dauphine « lui envoyèrent faire toutes sortes d'amitiés, et toutes deux lui firent l'honneur de lui écrire. Sa douleur fut de beaucoup moins longue et moins vive qu'on auroit cru. Cela surprit fort, et persuada qu'elle entroit en bien moins de choses qu'on ne pensoit. »
- Gêne de sa vie
- Sa vie avait été « infiniment gênée » : jamais d'équipage, cinq ou six domestiques ; pour chaque Meudon, elle partait « la veille seule avec une femme de chambre dans un carrosse de louage, le premier venu, tout au soir », et repartait de nuit ; jamais hors de son appartement que pour la messe matinale — « la même enfermerie, la même cacherie, la même séparation » toujours. Or ses amis la disaient « personne d'esprit, sans ambition ni intérêt quelconque…, fort décente, mais gaie, naturellement libre » : « une telle contrainte, et de toute la vie, est bien pesante…, et la rupture de la chaîne apporte assez tôt consolation ».
- Sagesse de sa conduite après la mort de Monseigneur ; n’est point abandonnée
- Sagesse de sa conduite après la mort : elle continua de loger avec son ami La Croix, « riche receveur général de Paris et fort honnête homme », attenant le Petit-Saint-Antoine, « sans se répandre davantage dans le monde ». Il ne tint pas à la Dauphine que sa pension ne fût de vingt mille livres ; et Mme la Duchesse, Mlle de Lislebonne, Mme d'Espinoy, « les intrinsèques de l'entre-sol de Meudon », les Noailles « se sont constamment piqués de la voir souvent » jusqu'à sa mort, dix ou douze ans après, « qu'elle mena toujours extrêmement unie et fort réservée sur tout le passé ».
- Princesse de Conti veut inutilement se raccommoder avec Mlle Choin
- Malgré tout ce que la Choin lui avait fait essuyer jadis, Mme la princesse de Conti « avoit fait tout ce qu'elle avoit pu quelques années après pour se raccommoder avec elle et pour la voir, sans que jamais la Choin y eût voulu entendre, tant l'extrême faveur, et les idées qu'en tous états on s'en forme, enfantent d'étranges effets ».
- Du Mont justement bien traité et Casau
- Du Mont, justement traité : le gouvernement de Meudon confirmé avec une pension portant le tout « à plus de trente mille livres de rente, tristes débris de tant et de si plausibles espérances » ; Casau eut pour rien la charge de premier maréchal des logis de M. le duc de Berry. Le Dauphin, qui n'avait pas oublié que du Mont, « en honnête homme », s'était hasardé plus d'une fois à le rapprocher de Monseigneur, « ne dédaigna pas de l'en remercier avec les paroles les plus obligeantes » et lui donna une bague de deux mille pistoles que portait Monseigneur ; une autre fort belle alla à La Croix, en attendant le remboursement de ses avances, « dont le Dauphin voulut être le solliciteur ».
- Princesse d’Angleterre cède à Mme la Dauphine en lieu tierce
- La reine d'Angleterre, venue voir les enfants de Monseigneur à Versailles avec la princesse sa fille, « la fit mettre au salut… au-dessous de la Dauphine, parce qu'elle n'étoit héritière que possible et non présomptive comme le Dauphin » — cession de rang réglée par la logique des couronnes, l'une assurée, l'autre suspendue à une restauration incertaine.
- Deuil drapé de Monseigneur
- Décision singulière sur le deuil : le roi « régla que, encore qu'il ne prît point le deuil, il seroit d'un an ; et que les princes du sang, les ducs, les princes étrangers, les officiers de la couronne, et les grands officiers de sa maison draperoient comme ils font lorsqu'il drape lui-même » — eux qui, parce qu'il n'avait point pris le deuil de Mme la Dauphine de Bavière, n'avaient point drapé alors.
- Situation de M. [le duc] et de Mme la duchesse de Berry
- À Versailles, le nouveau Dauphin et la Dauphine entendirent la messe de fort bonne heure, « leurs yeux secs à merveilles, mais très-compassés » ; un sourire échappé les déclara à Saint-Simon. « Leur premier soin fut de resserrer de plus en plus l'union avec M. le duc de Berry » et de faire oublier à Mme la duchesse de Berry ses fautes : dès ce jour ils allèrent les voir dans leur lit, et la Dauphine y retourna l'après-dînée. Berry, « qui n'avoit pu être ébranlé sur l'attachement à Mgr son frère », fut comblé de ces prévenances « qu'il sentoit avec bon sens, et meilleur cœur encore, qu'il avoit depuis un temps cessé de les mériter aussi parfaits » ; sa femme « paya d'esprit, de larmes et de langage », frémissant au fond « de recevoir des avances de pure générosité ».
- Les deux battants des portes, chez les fils et filles de France, ne s’ouvrent que pour les fils et les filles de France
- L'anecdote des deux battants : un huissier neuf ouvrit les deux battants à Mme la duchesse d'Orléans arrivant chez sa fille. « Mme la duchesse de Berry devint cramoisie et tremblante de colère », reçut sa mère fort médiocrement et voulut faire interdire l'huissier sur-le-champ. Mme de Saint-Simon convint de la faute — les deux battants ne s'ouvrent « que pour les fils et les filles de France » — mais refusa d'interdire « un huissier du roi qui n'étoit point à elle…, et encore pour avoir fait un trop grand honneur à Mme sa mère » : la princesse « insista, pleura, ragea ; Mme de Saint-Simon la laissa dire, gronda doucement l'huissier, et lui apprit son cérémonial ».
- Colère de Mme la duchesse de Berry
- Les maisons formées, la cour, « qui trouvoit en Mme la duchesse de Bourgogne les jeux, les ris, les distinctions, les espérances, ne se partagea point, et laissa fort solitaire Mme la duchesse de Berry » — qui s'en prit à sa belle-sœur « et fit si bien qu'elle mit M. le duc de Berry de son côté, et le brouilla avec elle. De l'aveu de Mme la duchesse de Bourgogne, rien de si sensible ne lui est jamais arrivé que cet éloignement et cette aigreur sans cause ni raison d'un prince avec qui elle avoit toujours vécu dans l'intelligence la plus intime. »
- Orage tombé sur Mme la duchesse de Berry
- L'orage creva à Marly, du vivant de Monseigneur : des contre-temps trop publics ayant ouvert les yeux du roi et de Mme de Maintenon, Mme de Saint-Simon, craignant d'être enveloppée pour son silence, parla à Mme de Maintenon, puis à la princesse même — lui offrant de se retirer « avec autant de satisfaction qu'elle y étoit entrée avec répugnance après un grand nombre de refus ». Le lendemain, le roi manda Mme la duchesse de Berry dans son cabinet : « la romancine fut longue, et de l'espèce de celles qu'on ne veut pas avoir la peine de recommencer » ; l'après-dînée, Mme de Maintenon, « sans parler si haut, ne parla pas moins ferme ». Tout le ressentiment tomba sur Mme la duchesse de Bourgogne ; la solitude augmenta, « les dégoûts lui furent peu ménagés ».
- Elle avoue à Mme de Saint-Simon ses étranges projets, avortés par la mort de Monseigneur, laquelle l’exhorte à n’oublier rien pour se raccommoder avec Mme la Dauphine
- Dans l'excès de sa douleur, Mme la duchesse de Berry « eut la légèreté, pour en parler sobrement, d'avouer à Mme de Saint-Simon les desseins qu'elle avoit imaginés » avec la cabale de Meudon. Mme de Saint-Simon, étonnée « d'entendre de si étranges projets », lui en fit comprendre « l'absurdité, l'horreur et la folie », et la pressa de se raccommoder avec une belle-sœur « bonne, douce, commode à vivre, qui l'avoit mariée ». Mais la nécessité même « aigrissoit le courage » de l'orgueilleuse : ce rang de Dauphine qui allait tant les séparer « combloit son désespoir ». Après bien des plaintes, des larmes et des élans, pressée surtout « par ses besoins qu'elle sentoit malgré elle », elle promit d'aller le lendemain demander une audience.
- Mme la duchesse de Berry se raccommode avec Mme la Dauphine
- Le jeudi — jour où Monseigneur fut porté à Saint-Denis « et avec lui tous les beaux projets de Mme la duchesse de Berry » —, elle tint parole. « Son aimable belle-sœur lui en aplanit tout le chemin, et entra en propos la première » : la Dauphine « agit et parla comme si elle-même eût offensé Mme la duchesse de Berry, comme si elle lui eût tout dû » ; l'entretien dura plus d'une heure, et elles sortirent « avec un air naturel de satisfaction réciproque qui réjouit autant les honnêtes gens qu'il déplut à ceux qui n'espèrent qu'en la division ». M. le duc de Berry en fut si content que sa douleur en fut adoucie ; la Dauphine le prit en particulier l'après-dînée « et ils pleurèrent ensemble de tendresse ».
- Service de M. [le duc] et Mme la duchesse de Berry à Mgr le Dauphin et à Mme la Dauphine
- Pierre d'achoppement : le service à rendre aux nouveaux Dauphins. Quand Mme de Saint-Simon insinua d'aller donner la chemise, « Mme la duchesse de Berry s'éleva avec fureur », prétendit qu'entre frères ce service n'était point dû « et s'emporta fort contre ce devoir, qu'elle appeloit un valetage » ; elle maltraita son mari, menaça de « le dernier mépris », pleurs, sanglots, hauts cris. M. le duc d'Orléans accourut ; la peur « de l'ordre, de la romancine et de l'affront » arracha enfin la permission. Berry servit son frère dès qu'ils eurent vu le roi — le Dauphin, la chemise reçue, « embrassa tendrement M. son frère » ; la duchesse de Berry, après plusieurs jours encore, donna la chemise et présenta la « sale » à la toilette de la Dauphine, qui « reçut ces services avec toutes les grâces imaginables », comme si elle n'avait rien su.
- Singulier avis de Mme de Maintenon à Mme la Dauphine
- Singulier avis de Mme de Maintenon à la Dauphine, dès le lendemain de la mort : « se parer avec quelque soin, parce que la négligence de son ajustement déplaisoit au roi ». La princesse, qui aurait cru « commettre une grande faute contre la bienséance », trouva l'expédient : « elle porta le jour suivant de quoi s'ajuster en cachette chez Mme de Maintenon, où elle le quitta de même avant d'en revenir à Versailles, pour, sans choquer le goût du roi, ne pas blesser le goût du monde ». La comtesse de Mailly et Mme de Nogaret, « qui toutes deux aimoient Monseigneur, me le contèrent et en étoient piquées ».
- Duc de La Rochefoucauld prétend la garde-robe du nouveau Dauphin, et la perd contre le duc de Beauvilliers
- Ridicule dispute sur la garde-robe du nouveau Dauphin : le vieux duc de La Rochefoucauld, « qui aimoit encore, tout vieux et aveugle qu'il étoit, à tenir et à conserver », prétendit en disposer par sa charge. Saint-Simon rappelle au passage l'anecdote du drap rayé : le roi, « qui avoit le coup d'œil fort juste », reconnut sur un habit de Monseigneur un drap étranger contrefait dont Mme d'Uzès avait été attrapée, au temps où il bannissait les draps étrangers. Beauvilliers allégua ses provisions de premier gentilhomme et maître de la garde-robe du prince « et l'exemple dernier du duc de Montausier. Il n'en fallut pas davantage, et le duc de La Rochefoucauld fut tondu. »
- Soumission et modération de Mgr le Dauphin ; veut être nommé et appelé Monsieur, et non Monseigneur
- Soumission et modération du nouveau Dauphin : averti que le roi ne verrait pas volontiers des voyages à Meudon, « ce prince déclara qu'il n'y mettroit pas le pied, et qu'il ne sortiroit point des lieux où le roi se trouveroit ». Le roi lui voulut donner les cinquante mille livres par mois de Monseigneur : « M. le Dauphin en remercia. Il n'avoit que six mille livres par mois, il se contenta de les doubler. » Il déclara aussi ne vouloir être appelé « ni nommé Monseigneur…, mais M. le Dauphin, ni, quand on lui parleroit, autrement que Monsieur », et « reprenoit ceux qui dans les commencements n'y étoient pas accoutumés » — au léger embarras des princes du sang, qui gardèrent leur Monseigneur « qu'il ne leur auroit pas laissé s'il fût devenu le maître ». « Ces augures d'un règne sage et mesuré firent concevoir de grandes espérances. »
- Marly repeuplé
- Le dimanche 18 avril finit la clôture : « la famille royale et les personnes élues parmi les demandeurs repeuplèrent ce lieu qui avoit été quatre jours entiers si solitaire ». Les deux fils de France et leurs épouses, arrivés ensemble après le salut, entrèrent chez Mme de Maintenon où le roi les embrassa ; « le roi soupa avec les dames, et la vie ordinaire recommença à l'exception du jeu. La cour prit le deuil ce même jour, qui fut réglé pour un an comme de père. »
- Châtillon et Beauvau obtiennent de draper
- Le comte de Châtillon obtint de draper par Voysin, qui « étala au roi la grandeur de la maison de Châtillon », le duché de Bretagne, les alliances royales — se gardant bien de dire « que de toute cette splendeur il n'en rejaillissoit rien ou comme rien sur son gendre, dont la mère et la grand'mère paternelle étoient de la lie du peuple », et que son bisaïeul Boisrogues avait été gentilhomme servant de Gaston. « Il n'avoit point de contradicteur, et son gendre drapa. » Cette nouveauté réveilla La Vallière et Mme la princesse de Conti pour les Beauvau : sur la sixième aïeule paternelle du roi, « Mme la princesse de Conti obtint aussi de faire draper les Beauvau, qui non plus que les Châtillon n'y avoient jamais songé jusqu'alors ».
- Deuil singulier pour Monseigneur
- Deuil singulier : « les différences de rang à porter les deuils s'étoient peu à peu réduites à rien depuis dix ou douze ans…, tout s'étoit réduit à celle de draper, qui jusqu'à ce deuil s'étoit maintenue dans les règles. Plusieurs petits officiers de la maison du roi, comme capitaines des chasses et autres, l'usurpèrent en celui-ci ; et, comme on aimoit la confusion pour anéantir les distinctions, on les laissa faire. »
- Bâtards obtiennent d’être visités en fils de France sur la mort de Monseigneur
- Coup de maître des bâtards : M. du Maine, qui n'avait plus affaire qu'au Dauphin, fit demander par le duc de Tresmes — « plus valet que nul valet d'extraction » — si l'on irait faire les révérences de deuil à ses enfants naturels « comme étant frères et sœurs de Monseigneur ». Le roi « trouva d'abord la proposition ridicule », mais sans négative absolue ; Mme de Maintenon le laissa dans la balance ; et le lundi, « entre le conseil et le petit couvert, M. du Maine secondé de son fidèle second l'emporta ». L'ordre fut publié comme le roi se mettait à table, la cérémonie commençant à deux heures : « point de temps à raisonner…, et on obéit. Par cette adresse les bâtards furent pleinement égalés aux fils et aux filles de France…: pierre d'attente pour laquelle le roi n'a pas tout à fait assez vécu. »
- Manteaux et mantes à Marly
- Le lundi 20 avril, compliments muets en manteaux et en mantes : le roi debout, appuyé sur la table de son cabinet, la famille royale en grand demi-cercle au-dessous de lui — bâtards compris. « Tout Paris, vêtu d'enterrement ainsi que tout Marly », défila : douze ou quinze duchesses d'abord, puis dames mêlées, puis l'archevêque de Reims suivi d'une quinzaine de ducs, puis tous les hommes « mêlés au hasard » — quatre ou cinq Rohan qui s'étaient mis « à la file en rang d'aînesse » furent coupés exprès par des gens de qualité. On faisait au roi une profonde révérence « qu'il rendoit fort marquée à chaque personne titrée, homme et femme, et point du tout aux autres ».
- Indécence et confusion parfaite
- Indécence et confusion parfaite : la mante et le grand manteau, jadis distinction « réservée aux gens d'une certaine qualité », avait tellement disparu « qu'il en passa devant le roi que ni lui ni pas un du demi-cercle ne connut…, et il y en eut plusieurs de la sorte. Il s'y mêla aussi des gens de robe. » La bigarrure eut son effet : « le roi eut quelquefois peine à se retenir, et même il succomba une fois avec toute l'assistance au passage de je ne sais plus quel pied plat à demi abandonné de son équipage ».
- Burlesque ruse de Mme la Princesse
- Burlesque ruse de Mme la Princesse : au dégagement du cabinet de Mme la Duchesse, par où sortait la file des visiteurs, « on y trouva Mme la Princesse qui se présentoit à la compagnie pour recevoir les révérences, qui ne lui étoient ni dues ni ordonnées. On en fut si surpris que beaucoup de gens passèrent sans la voir, beaucoup plus sans faire semblant de s'apercevoir d'elle. » Du Maine et Toulouse reçurent ensemble chez le premier, qui « se dépeça en excuses embarrassées » ; Mme de Vendôme, admise chez le roi « en rang d'oignon », ne fut point visitée, « parce que la bâtardise de son mari venoit de plus loin ».
- Mgr [le Dauphin] et Mme la Dauphine en mante et en manteau à Saint-Germain
- Le mardi 21, les fils et filles de France allèrent en mante et grand manteau à Saint-Germain : chez la reine d'Angleterre, six fauteuils, et M. du Maine sur un ployant — « il étoit allé les y attendre pour jouir de cet honneur, et s'y égaler à un petit-fils de France ». La reine s'excusa de n'être pas en mante, « parce que le roi le lui avoit défendu. Cette excuse fut le comble de la politesse » : le roi, attentif à ne rien faire sentir à cette reine de sa triste situation, n'avait garde de lui laisser prendre le grand deuil de cérémonie « d'un Dauphin et qui n'étoit pas roi ». La princesse d'Angleterre fut envoyée chercher pour éviter les difficultés de fauteuils ; de toute la cour de Saint-Germain, seul Berwick parut en manteau long, « à cause de ses dignités françaises ».
- Ministres étrangers à Versailles, où les compagnies haranguent Mgr le Dauphin, traité par le parlement de Monseigneur par ordre du roi
- Le lundi suivant, le roi revint à Versailles recevoir les compliments des ministres étrangers, des ordres religieux, puis « les harangues du parlement, de la chambre des comptes, de la cour des aides, de celle des monnaies, et de la ville de Paris », le grand conseil séparé d'une heure du parlement pour cause de compétence, enfin l'Université et l'Académie française, « pour laquelle Saint-Aulaire porta fort bien la parole ». Le parlement alla aussi haranguer le Dauphin : « le premier président ne voulut pas lui laisser ignorer que c'étoit par ordre du roi qu'il le haranguoit et qu'il le traitoit de Monseigneur. Cette insolente bagatelle mériteroit des réflexions. »
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