TOME XIV · CHAPITRE VI

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Résumé

Albéroni au forcing romain : « manèges de menaces et de promesses » pour hâter son chapeau, jusqu'à une « offre monstrueuse » ; sa conduite avec Aubenton et la « souplesse du jésuite » — qui « baise le fouet dont il le frappe » ; réflexion sur les entreprises de Rome ; Gesvres, archevêque de Bourges, trompé par le pape, lui-même « moqué et de plus en plus menacé » ; la reine d'Espagne faite écrire « jusqu'à se prostituer » ; triste situation de l'Espagne ; l'« abattement politique » de Daubenton qui sacrifie une lettre du Régent ; « audacieux et pernicieux » procédés.

Les entrées

Albéroni continue ses manèges de menaces et de promesses au pape pour hâter son drapeau ; y fait une offre monstrueuse
« Albéroni n'avoit proprement qu'une unique affaire, c'étoit celle de son chapeau, à laquelle toutes celles d'Espagne, dont il étoit entièrement le maître, étoient subordonnées. » Répondant aux avis d'Aldovrandi, il manda que sans la promotion « la reine d'Espagne ne consentiroit jamais à aucune de toutes les choses que le pape pourroit désirer » ; et l'offre monstrueuse : « il offrit à ce prix une renonciation perpétuelle du roi d'Espagne au droit de nomination de couronne » — « ce plus loin fait frémir dans la réflexion de ce que peut un ecclésiastique premier ministre, et jusqu'à quel excès monstrueux la passion d'un chapeau le transporte ».
Sa conduite avec Aubenton
« En même temps il affectoit d'aimer et de louer Aubenton, parce qu'il le savoit bien avant dans l'estime et dans l'affection du pape. Ces sentiments toutefois dépendoient du besoin qu'il pouvoit avoir du confesseur, et de sa soumission entière pour lui, nonobstant le crédit et la confiance que sa place lui donnoit auprès du roi d'Espagne. Le jésuite en fit bientôt l'expérience » — pour avoir montré au roi, sans passer par Albéroni, la lettre de Paulucci sur la dépouille des évêques.
Souplesse du jésuite
Souplesse du jésuite après la semonce : « Aubenton, sentant à qui il avoit affaire, enraya tout court. Il manda même à Rome que sans Albéroni il ne pouvoit rien, et que le moyen sûr de le perdre, et en même temps les affaires, étoit d'en tenter par lui sans le premier ministre. Aussi lui fut-ce une leçon..., pour ne hasarder plus de parler au roi de quoi que ce fût que de concert avec un premier ministre si jaloux et si maître. »
Réflexion sur les entreprises de Rome
Réflexion sur Rome à propos de la demande des dépouilles épiscopales : « à ce trait... on reconnoît bien le chancre rongeur de Rome sur les États qui s'en laissent subjuguer. Le tribunal de la nonciature d'une part ôte aux évêques tout le contentieux... ; et d'autre part celui de l'inquisition leur enlève tout ce qui regarde la doctrine et les mœurs..., en sorte qu'il ne leur reste que les fonctions manuelles ; et quant à l'argent, quel droit a le pape sur la dépouille des évêques morts, et de frustrer leurs héritiers et leurs créanciers ! » — avec un mot sur « la folle prostitution de la France à l'égard de Rome » depuis l'Unigenitus.
Albéroni se soumet Aubenton avec éclat, qui baise le fouet dont il le frappe, et fait valoir à Rome son pouvoir et ses menaces
Albéroni frappa avec éclat : « défense sévère et précise » au confesseur « de se plus mêler d'aucune affaire de Rome », et avertissement par le duc de Parme que « si les différends ne s'accommodoient promptement, le nonce ne seroit point reçu à la cour d'Espagne, laquelle n'enverroit au pape aucune sorte de secours contre les Turcs ». Aubenton « baisa le fouet dont il le frappoit » et servit désormais à faire « valoir à Rome son pouvoir et ses menaces ».
Gesvres, archevêque de Bourges, trompé par le pape, qui est moqué et de plus en plus menacé et pressé par Albéroni, qui fait écrire vivement par la reine d’Espagne jusqu’à se prostituer
Le pape louvoyait : Gesvres, archevêque de Bourges, était assuré de l'un des trois chapeaux à venir — « qui ne le fut pourtant qu'en 1719, avec les couronnes, et un an après Albéroni ». Celui-ci, « piqué de la remise de sa promotion à l'attente de la vacance de trois chapeaux », rappela brusquement de Messine à Cadix l'escadre que le pape voulait faire hiverner sur la côte de Gênes — tout en accablant le pape « de protestations de n'avoir jamais d'autres volontés que les siennes ». Et il obtint de la reine une lettre pressante à Acquaviva où cette princesse « s'abaissoit à dire qu'indépendamment de ce qu'elle étoit..., elle croyoit pouvoir se flatter qu'en considération d'une dame il sortiroit des règles générales » — la reine d'Espagne prostituée aux besoins du parvenu.
Triste situation de l’Espagne
« Tout étoit dans le dernier désordre en Espagne, tout le monde crioit ; personne ne pouvoit remédier à rien. Au fond tout trembloit devant un homme dont on jugeoit aisément que l'arrogance et la conduite feroient enfin sa perte, mais qui en attendant étoit maître absolu des affaires, des grâces, des châtiments..., et qui n'épargnoit qui que ce fût. Toutes les avenues d'approcher du roi étoient absolument fermées. »
Abattement politique du P. Daubenton, qui sacrifie à Albéroni une lettre du régent au roi d’Espagne
L'abattement politique du confesseur : le régent, mécontent du renvoi de Louville, écrivit au roi d'Espagne et fit passer sa lettre « par le P. du Trévoux au P. Daubenton pour la remettre immédiatement au roi d'Espagne. Dès que le confesseur l'eut reçue il l'alla dire au premier ministre pour en avertir la reine » — sacrifiant la confiance du régent à la peur d'Albéroni.
Audacieux et pernicieux usage qu’en fait Albéroni
L'usage audacieux : « Albéroni s'emporta jusqu'aux derniers excès. Il cria à l'ingratitude » — lui qui avait fait rendre une barque française et payer quelques sommes dues aux troupes ! — et fit de la trahison d'Aubenton un titre : dans sa lettre à Monti, « il eut l'audace de marquer que ce jésuite auroit été perdu sans la sage conduite qu'il avoit eue d'informer la reine de ce dont il étoit chargé ».
Il fait au régent une insolence énorme
L'insolence énorme : la lettre à Monti, écrite « avec ordre de la montrer à ce prince », prêtait aux ministres d'Angleterre et de Hollande le propos « qu'en leur pays tout le monde étoit persuadé que M. le duc d'Orléans ne songeoit qu'à s'assurer de la couronne, et que, lorsque toutes les mesures seroient bien prises, la personne du roi ne l'embarrasseroit pas » — l'accusation d'empoisonneur et de régicide en puissance, servie au régent en pleine face — et concluait « par déplorer le malheur de M. le duc d'Orléans, et gémir sur l'opinion qu'il prétendoit que le public avoit prise de lui ».
Réflexion
Réflexion : « qui n'admirera l'horreur de ce propos, et l'impudence sans mesure de ne l'écrire que pour le faire voir à M. le duc d'Orléans ? Remettons-nous en cet endroit les énormes discours semés... sur la mort de nos princes, leur germe, leurs sources, leurs appuis..., et l'étonnante situation d'Effiat entre M. le duc d'Orléans et le duc du Maine » — Effiat, correspondant attitré d'Albéroni, sourdement lié au duc du Maine ; et cette fois le canal choisi fut « un étranger isolé qui ne tenoit à personne ». « Que dire d'une pareille insulte d'un abbé Albéroni au régent de France ? »
Albéroni, dans l’incertitude et l’embarras des alliances du régent, consulte Cellamare
« Au milieu de cette incroyable audace, il se trouvoit également embarrassé des alliances que formoit la France et des moyens de les traverser. Tantôt il pensoit que l'Espagne devoit se contenter d'observer..., tantôt il vouloit, disoit-il, contre-miner les batteries du régent... ; et dans ces incertitudes il demandoit conseil au prince de Cellamare, auquel il promettoit le plus profond secret. »
Efforts des Impériaux contre le traité désiré par le régent
« L'empereur étoit fort fâché de ces nouvelles liaisons que la France étoit sur le point de former. Ses ministres dans les Pays-Bas ne le dissimuloient point. Le même Prié, qu'on a vu en son lieu si audacieux à Rome..., passant à la Haye pour se rendre à Bruxelles, il fit tous ses efforts pour empêcher la conclusion du traité. »
Conduite des Hollandois avec l’Espagne
« Les Hollandois en même temps n'oublioient rien pour flatter le roi d'Espagne par Riperda..., et par leurs protestations à Beretti..., de ne conclure rien au préjudice du roi son maître avec Prié. » Conférence importante : Beretti leur représenta le danger de garantir à l'empereur ses prétentions, distinguant que l'Angleterre, hors d'atteinte, « ne promettoit que pour l'honneur du traité ; au lieu que les Provinces-Unies, entourées de troupes impériales, seroient bien forcées de recevoir la loi » — et « que, si la Hollande ne faisoit que suivre l'exemple de l'Angleterre, l'Espagne n'avoit pas besoin de tenir un ambassadeur près d'eux ».
Conférence importante avec Beretti
Caractère de Beretti Landi : « homme d'esprit, mais grand parleur, plein de bonne opinion de lui-même, attentif à se faire valoir des moindres choses, à faire croire en Espagne que personne ne réussissoit plus heureusement que lui en affaires..., surtout d'en persuader Albéroni » — à qui il mandait la défiance du Pensionnaire pour Riperda, vraie, mais dictée par la crainte de se voir « enlever la négociation ».
Caractère de cet ambassadeur d’Espagne
Le sentiment de Cadogan, ministre d'Angleterre à la Haye : il « blâmoit les desseins chimériques de l'empereur, les tenoit contraires aux intérêts de cette couronne » ; le mécontentement anglais lui persuadait « qu'on y manquoit moins de volonté que de chef et de moyens pour faire une révolution ; que la paix assurée avec la France éteignoit toutes ces espérances et tout péril de rébellion » — et l'on remarquait qu'« à mesure que le traité avançoit avec la France, le ministère anglois changeoit de sentiments et de maximes sur les affaires générales de l'Europe ».
Sentiment de Cadogan, ambassadeur d’Angleterre à la Haye, sur l’empereur
L'étrange réponse du roi d'Espagne, remise par Cellamare au régent et dictée par Albéroni : « tout ce qui avoit été exécuté à l'égard de Louville s'étoit fait par ses ordres ; et que, pour ce qui étoit d'entretenir un commerce secret de lettres avec lui par la voie de son confesseur, il désiroit que les lettres qu'il voudroit désormais lui écrire fussent remises à son ambassadeur à Paris. Cette réponse fut un nouveau triomphe pour Albéroni » — qui broda dessus des mensonges : sa « probité incorruptible que la France n'avoit pu corrompre », l'offre dédaignée du paiement de sa vieille pension, et Louville envoyé « avec ordre exprès (quel hardi mensonge !) de ne rien faire que par sa direction ».
Étrange réponse d’un roi d’Espagne au régent dictée par Albéroni, qui triomphe par des mensonges
Nouveaux leviers : les coupes anglaises et hollandaises de bois de Campêche « dans les forêts du roi d'Espagne aux Indes » lui donnèrent occasion « d'ouvrir toutes les lettres du nouveau monde » ; il prétendit « qu'il y en avoit quantité qui touchoient à la religion. Il ne manqua pas d'en faire sa cour au pape » — pendant que la frayeur pontificale du grand armement turc pour les mers d'Italie servait ses menaces et promesses, portées par « ses agents ordinaires..., Aubenton par écrit, Acquaviva et Aldovrandi de vive voix ».
Albéroni profite de la peur des Turcs et de l’embarras du pape sur sa constitution Unigenitus, pour presser sa promotion par menaces et par promesses
Les offres du pape : « un million d'écus sur le clergé des Indes, pour tenir lieu de l'imposition appelée sussidio y escusado..., et ce million n'étoit payable qu'une fois ; ainsi l'offre ne répondant pas à la demande, Acquaviva ne voulut pas s'en contenter, et le pape y ajouta un million cinq cent mille livres à lever sur le clergé d'Espagne. »
Offres du pape sur le clergé des Indes et d’Espagne
Le monstrueux abus des franchises : « tout ecclésiastique est exempt, jusque dans son patrimoine, de quelque sorte d'imposition que ce puisse être. Mais ce n'est pas tout... : tout le bien d'une famille se mettoit sur la tête d'un ecclésiastique qui lui donnoit sous main de bonnes sûretés ; à ce moyen elle jouissoit de son bien à l'ombre ecclésiastique, et n'en payoit pas un sou d'aucune imposition. »
Monstrueux abus de la franchise des ecclésiastiques en Espagne
Réflexion : « Ajoutez cela à la nécessité de recourir au pape pour obtenir des secours d'un clergé qui regorge des biens du siècle, et au pouvoir du tribunal de l'inquisition et de celui de la nonciature, qui anéantit totalement les évêques, et on verra, et encore en petit, jusqu'où va la domination romaine, quand on a la faiblesse et l'aveuglement de s'en laisser dompter. »
Réflexion
« Les Espagnols ne pouvoient supporter de voir toutes les affaires de la monarchie entre les mains des Italiens... ; et leurs cris, fondés sur l'indignité du personnage, l'honneur de la pourpre, le respect de l'Église, la réputation du pape..., ne laissoient pas de l'ébranler beaucoup. Mais bientôt après les lettres d'Aubenton réparoient tout. »
Le pape ébranlé sur la promotion d’Albéroni par les cris des Espagnols, raffermi par Aubenton
« Le pape si défiant ne se pouvoit défier de l'ambition ni de l'esclavage de ce jésuite, dans la pleine conviction où il lui avoit plu de s'établir du dévouement sans réserve d'Aubenton à sa personne et à son autorité..., et c'étoit de ces témoignages dont Aldovrandi faisoit boucher pour raffermir le pape sur cette promotion, et sur l'accommodement des différends avec l'Espagne. »
Confiance du pape en ce jésuite
« Ce prélat craignit de la part des neveux de Giudice qui étoient à Rome..., mais il n'y trouva nul obstacle à vaincre. Cellamare leur aîné, sage et habile, mais bas courtisan, craignant pour sa fortune, leur avoit écrit de façon qu'il n'y eût rien à appréhender de leur part » — la famille entière abandonnant le vieux cardinal à ses ennemis.
Basse politique de Cellamare et de ses frères à Rome
« Aldovrandi étoit en peine aussi que la France ne mît des obstacles, mais il fut rassuré par le cardinal de La Trémoille, qui lui promit de contribuer plutôt que de traverser parce que le pape ne pouvoit refuser de donner un chapeau à la France, lorsqu'il en accorderoit un au premier ministre d'Espagne, ce que l'événement ne vérifia pas. » Et Aldovrandi demanda « une nouvelle lettre de la main de la reine..., et voulut qu'elle contînt des menaces contre quiconque la voudroit traverser ».
Cardinal de La Trémoille dupé sur la promotion d’Albéroni, pour laquelle la reine d’Espagne écrit de nouveau
Le sentiment d'Albéroni sur les alliances du régent : « Il ne s'expliquoit point sur la ligue qui se négocioit entre la France, l'Angleterre et la Hollande ; il ne jugeoit pas que le roi d'Espagne fût encore en état de prendre aucun parti, et qu'il ne falloit laisser pénétrer rien de ce qu'il pouvoit penser », concluant « que l'Europe ne pouvoit subsister dans l'état où elle étoit », et « que la situation du roi d'Espagne étoit meilleure que celle de toutes les autres puissances ». Il soutenait cependant ses promesses romaines « par ses préparatifs » : l'argent des galions, les travaux de Cadix et du Ferrol abandonnés, « une flotte au mois de mars dans les mers d'Italie, telle qu'il ne s'en étoit point vu depuis Philippe II, si le pape... lui envoyoit la barrette ».
Sentiment d’Albéroni sur les alliances traitées par le régent
« Néanmoins il consulta Cellamare sur la conduite qu'il estimoit que le roi d'Espagne dût tenir dans la situation présente » — l'ambassadeur à Paris, mieux placé que personne pour juger « des dispositions du royaume ».
Il consulte Cellamare
La réponse de Cellamare : « le roi d'Espagne devoit vendre cher ce qu'il ne voudroit pas garder, supposé qu'il prît la résolution de l'abandonner (c'est-à-dire ses droits sur la couronne de France), ou de surmonter à quelque prix que ce fût les difficultés capables d'éloigner l'acquisition d'un bien qu'il désiroit » — le programme, déjà, de toute la conspiration future.
Réponse de cet ambassadeur
« Le roi d'Angleterre eut beau assurer l'empereur qu'il n'y avoit aucun article dans ce traité qui fût préjudiciable aux intérêts de la maison d'Autriche, il ne put calmer ses soupçons. Ses ministres redoublèrent d'activité pour le traverser..., et le suspendirent quelque temps par les difficultés qu'ils eurent le crédit de faire former par quelques villes de Hollande, que les ambassadeurs de France, sincèrement secondés par celui d'Angleterre, eurent beaucoup de peine à surmonter. »
Manèges des Impériaux contre les alliances que traitoit le régent
Les altercations sur la Barrière servent le traité : l'empereur se prétendait dégagé du paiement de 1 500 000 livres pour les garnisons hollandaises, arguant que le revenu des Pays-Bas « n'alloit pas à huit cent mille par an ». « Ces altercations ne nuisirent point au traité, non plus que les manèges et les instances de Prié qui..., laissa échapper quelques menaces qui firent sentir aux Hollandois le besoin qu'ils avoient de se faire des amis et des protecteurs contre les entreprises et les chicanes de l'empereur, maître de les inquiéter par ces mêmes états qu'ils avoient eu tant de soin de lui procurer à la paix d'Utrecht. »
Altercations entre eux et les Hollandois sur leur traité de la Barrière, qui ouvrent les yeux à ces derniers et avancent la conclusion des alliances
Beretti abusé : il mandait que la crainte de l'empereur « rendoit [les Hollandois] François », citait Welderen avouant qu'ils avaient « été les dupes de l'empereur et des Anglois », et croyait « avec bien d'autres » que le traité avait « coûté un million à la France ; et qui dans la vérité n'avoit pas coûté un écu ». Il épiait les ambassadeurs de France jusqu'à remarquer « qu'ils n'avoient point de portrait du roi chez eux, et qu'ils ne nommoient jamais son nom » — mais « il étoit dans le vrai sur l'opposition constante que la Hollande apportoit à l'union des deux monarchies sur la même tête ».
Beretti abusé
Revirement d'Albéroni : il « ordonna [à Beretti] de déclarer au Pensionnaire que le roi d'Espagne étoit prêt à traiter avec la république, et de demander que les pouvoirs en fussent envoyés à Riperda, parce que c'étoit à Madrid que le roi d'Espagne vouloit traiter. Beretti se voyant enlever la négociation vit les personnages principaux de la république et leurs intentions avec d'autres yeux. »
L’Espagne veut traiter avec les Hollandois
Froideur du Pensionnaire : « Heinsius lui répondit, avec une froide joie des bonnes intentions du roi d'Espagne, que ses maîtres étant actuellement occupés à traiter avec la France, il falloit achever cet ouvrage, et laisser au temps à mûrir les affaires... Beretti lui voulut faire craindre les desseins de l'empereur. Le Pensionnaire ne disconvint pas que la conduite de Prié à la Haye n'eût ouvert les yeux..., mais il évita toujours d'approfondir la matière, d'où Beretti conclut qu'Heinsius vouloit faire le traité avec l'Espagne, non à Madrid, mais à la Haye. »
Froideur du Pensionnaire, qui élude
Bilan implicite du chapitre entier, donné par Saint-Simon en tête : toutes les affaires d'Espagne « ne se traitoient que suivant la convenance de l'unique » — le chapeau. La diplomatie européenne de l'hiver 1716 tourne autour de la barrette d'un parvenu : flottes promises et rappelées, reine mendiante, confesseur espion, pape marchandé — tableau que le mémorialiste juge « curieux et instructif » entre tous sur ce que peut la toute-puissance d'un favori.

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