TOME XV · CHAPITRE XV
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Résumé
Le « sage avis » de Cellamare au roi d'Espagne ; son inquiétude du prétendu mariage Piémont-Orléans « dont le régent et le roi de Sicile sont aussi éloignés l'un que l'autre » ; l'« erreur aveugle » de Beretti ; la proposition anglaise sur la Toscane ; les inquiétudes mutuelles. La division dans la famille royale d'Angleterre — le roi retranche 40 000 livres sterling au prince de Galles « et fait payer 130 000 à l'empereur, qui est fort recherché » ; les « visions » d'Albéroni, les préliminaires demandés, sa « folle conduite » et sa déclaration menaçante aux Hollandais.
Les entrées
- Sage avis de Cellamare au roi d’Espagne
- Le sage avis de Cellamare : quoique persuadé que l'empereur ne cherchait « qu'à suspendre les entreprises du roi d'Espagne, gagner temps et faire sa paix avec le Turc », il conseillait à son maître « de se comporter comme s'il écoutoit les propositions de la cour de Vienne, de peur qu'en les rejetant, il lui laissât l'avantage de persuader le monde que les Impériaux étoient véritablement dociles » ; le roi resterait « toujours le maître d'éloigner la conclusion tant qu'il voudroit, en demandant des sûretés que vraisemblablement ses ennemis ne lui accorderoient pas ».
- Est inquiet du prétendu mariage du prince de Piémont avec une fille du régent, dont le régent et le roi de Sicile sont aussi éloignés l’un que l’autre
- Sur le mariage du prince de Piémont : Provane dit franchement « n'en avoir pas fait la moindre insinuation ; que les intérêts d'État, non les liens du sang, formoient les chemins qui unissent les princes ; et que les mariages se faisoient à la fin non au commencement des comédies et des poèmes ». Saint-Simon rappelle la négociation Plénœuf, « combien peu le régent y prit, et je crois aussi peu le roi de Sicile » ; et Dubois, pour qui la négociation de Londres était « la base de sa plus haute fortune », « n'avoit garde de la laisser troubler » par un tel mariage.
- Erreur aveugle de Beretti
- L'erreur de Beretti : « l'ambassadeur d'Espagne en Hollande protestoit que, si les Anglois vouloient agir en faveur de l'empereur, ils n'auroient pour eux ni la France ni la Hollande, et que la nation angloise, trop intéressée pour son commerce, résisteroit, en ce cas, à Georges et à ses ministres. »
- Proposition des Anglois sur la Toscane
- La proposition anglaise sur la Toscane : Stairs, pressé par les Hanovriens qui appuyaient Saint-Saphorin « totalement impérial », proposa au régent « de convenir que la république de Pise seroit rétablie, que Livourne lui appartiendroit, et que le fils de la reine d'Espagne se contenteroit de Florence et de la partie de la Toscane qui avoit autrefois été de la dépendance de cette ville » — les Hanovriens trouvant Dubois même « trop aheurté sur cet article ».
- Inquiétudes mutuelles
- Les inquiétudes mutuelles : le ministre piémontois se défiait de Dubois « qui ne lui communiquoit rien de la négociation » ; Monteléon « ne trouva bientôt plus que réserve et mystère en ses discours » ; et Stanhope couvrait l'armement pour la Méditerranée du prétexte de Peterborough : « ce voile étoit bien clair ; il y avoit longtemps que Peterborough avoit été relâché..., et que le pape épouvanté avoit fait toutes les excuses possibles. »
- Division dans la famille du roi d’Angleterre, qui retranche quarante mille livres sterling de rente au prince de Galles, et fait payer cent trente mille livres sterling à l’empereur, qui est fort recherché
- La division dans la famille royale anglaise : George fit déclarer au prince de Galles « que, sur les cent mille livres sterling qui lui étoient assignées pour la dépense de sa maison, il lui en retranchoit quarante mille » ; en même temps il « fit passer en parlement qu'on payeroit à l'empereur cent trente mille livres sterling pour reste des subsides de la dernière guerre... Ainsi la cour de Vienne profitoit de tout », recherchée jusque par le roi de Sicile « qui ne songeoit qu'à apaiser sa colère, et ne croyoit d'alliance solide qu'avec elle ».
- Visions d’Albéroni
- Les visions d'Albéroni : l'alarme du Portugal calmée — troupes retirées des frontières, offre portugaise de réduire ses prétentions de moitié —, il publia partout « la chimère qu'on a déjà vue de ses raisonnements sur l'union de la France et de l'Espagne pour abaisser l'empereur, la tranquille joie qu'en auroit la Hollande, et l'inutilité des secours que Georges, démenti par l'intérêt de commerce de la nation angloise, voudroit donner aux Allemands ».
- Préliminaires demandés par l’Espagne à l’empereur
- Les préliminaires demandés : un engagement formel de l'empereur « 1° qu'il n'enverroit plus de troupes en Italie ; 2° qu'il n'exigeroit aucune contribution, sous quelque prétexte que ce pût être ; 3° qu'il promettroit de concourir de bonne foi aux mesures qu'on jugeroit nécessaires pour assurer l'équilibre de l'Italie et le repos général de l'Europe » — à ces conditions seulement, Monteléon put « écouter les propositions ».
- Folle conduite d’Albéroni
- Sa folle conduite : « son plan étoit fait ; il le vouloit suivre, persuadé qu'il étoit impossible de préserver l'Italie de sa perte totale, tant que les Allemands y conserveroient un pouce de terre » ; il disait « que le pis qu'il en pût arriver à l'Espagne seroit d'avoir à défendre son continent, qui avoit des forces suffisantes pour le défendre, et que tout l'enfer ne pouvoit attaquer » ; il « traitoit de visions les conditions offertes par les médiateurs, et s'espaçoit en dérisions de toute leur négociation ».
- Il fait faire une déclaration menaçante aux Hollandois pour en acheter des vaisseaux
- La déclaration aux Hollandais : s'apercevant « du peu de volonté des Hollandois de l'accommoder de vaisseaux, il ordonna à Beretti de déclarer aux États généraux que, s'ils y formoient quelque opposition, le roi d'Espagne la regarderoit comme une offense publique faite à sa personne, et qu'il pourroit même en venir aux dernières extrémités » — Castagneta, envoyé avec l'argent comptant, devant revenir en diligence « la chose faite ou manquée ».
- Riperda rappelé ; résolu depuis longtemps de revenir s’établir en Espagne
- « Les États venoient de rappeler cet ambassadeur [Riperda]. Il avoit pris depuis longtemps la résolution de retourner s'établir en Espagne, après qu'il auroit rendu compte aux États de son ambassade. Il y avoit même acquis déjà quelques terres, et une maison appartenant autrefois à l'amirante de Castille et depuis tombée dans la confiscation de ses biens. »
- Mauvois état de la personne du roi d’Espagne
- Le mauvais état du roi d'Espagne, « bien plus malade d'esprit que de corps » : « se croyant sur le point de mourir à chaque instant, et persuadé que ses forces l'abandonnoient, il mangeoit pour les réparer avec tant d'excès que tout en étoit à craindre. Il se confessoit tous les soirs après son souper, et il retenoit son confesseur auprès de son lit jusqu'à ce qu'il se fût endormi. Il n'étoit pas permis à la reine de le quitter un seul instant. »
- Pouvoir sans bornes d’Albéroni
- « Ce prince étant donc hors d'état d'entendre parler d'aucune affaire, le pouvoir d'Albéroni étoit plus souverain que jamais. Il régloit tout et disposoit de tout au nom du roi ; qui que ce soit n'osoit le contredire, et il avoit déclaré plusieurs fois aux secrétaires d'État que, si quelqu'un d'eux manquoit à son devoir pour l'exécution de ses ordres, il lui en coûteroit la vie. »
- Aubenton et Aldovrandi excitent l’Espagne en faveur de la constitution
- La constitution en Espagne : Daubenton, agent du pape et du cardinal de Bissy, sollicitait évêques et chapitres d'écrire en sa faveur — tout en voulant « modérer leur zèle sur l'infaillibilité du pape, et sur la supériorité qu'ils lui attribuoient sur les conciles », en vain ; Aldovrandi, de son côté, pressait « de faire au plus tôt une acceptation universelle, publique et positive », voulant montrer à Rome « que cette cour n'avoit pas lieu d'être aussi sûre qu'elle le croyoit des sentiments de la nation espagnole ».
- Fortes démarches et menaces terribles de l’empereur au pape
- Les menaces terribles de l'empereur : il refusa de recevoir le bref du pape, ses ministres produisant une lettre de del Maro prouvant que le bref du 25 août n'avait jamais été présenté au roi d'Espagne — « preuve, dirent-ils, de l'intelligence du pape avec le roi d'Espagne » ; ils déclarèrent la négociation de paix cessée, prétendirent une ligue déjà faite avec le roi de Sicile, et l'empereur « demanda pour sûreté... la ville de Ferrare pour en faire sa place d'armes..., de plus le logement dans l'État ecclésiastique pour douze mille hommes » ; le nonce à Vienne fut interdit de tout commerce avec la cour.
- Consternation de Rome
- « Ces nouvelles causèrent une étrange consternation dans le palais. Le pape, tremblant, ne connoissoit d'autres voies, pour apaiser la colère de l'empereur, que la soumission, même la bassesse... Ses neveux, encore plus consternés, étoient aussi plus empressés que leur oncle, parce qu'il s'agissoit pour eux de perdre les revenus dont l'empereur les faisoit jouir dans le royaume de Naples, qui étoit le plus bel article de leurs finances. »
- Ses soumises et basses résolutions
- Ses basses résolutions : n'osant se plaindre à Vienne, « il porta ses plaintes à Madrid ; et, comme il croyoit cette cour plus foible que l'autre, il y joignit les menaces » ; il alla jusqu'aux supplications, demandant « à la piété du roi d'Espagne de restituer la Sardaigne à l'empereur », exigea la réponse au bref du 25 août, accabla Aldovrandi de reproches et lui ordonna « très expressément de retirer les brefs contenant les concessions qu'il avoit faites au roi d'Espagne ».
- Politique et ruse odieuse de Vienne
- La ruse de Vienne : « la colère étoit factice, politique, utile aux Impériaux de paroître persuadés de ce dont ils ne l'étoient point, pour avoir prétexte de tirer du pape tout ce qu'ils pourroient en places et en subsistances de troupes, et pour l'appesantir sur l'Espagne, au point de causer à cette couronne tous les embarras possibles au dedans et au dehors. »
- Le pape, dans sa frayeur de l’empereur, tombe pour l’apaiser sur l’Espagne et sur Aldovrandi
- La congrégation devant le pape : recevoir Gallas toutes les fois qu'il le demanderait — mais l'ambassadeur « déclara avec hauteur qu'il n'iroit plus au palais » ; sur l'excommunication des ministres impériaux séquestrant les revenus ecclésiastiques de Naples, « unanimement résolu de temporiser : maxime favorite de tout ce pontificat, surtout quand il s'agissoit des Allemands » ; envoyer à Vienne un cardinal légat « avec des facultés très amples » — le pape désirant son neveu Albane sans le témoigner ; et écrire au roi d'Espagne « un bref plus doux que celui du 25 août ».
- Brefs ne sont point reçus par l’empereur ni par les rois de France et d’Espagne, sans que leurs copies n’aient été vues par leurs ministres, qui les admettent ou les rejettent
- Les brefs contrôlés : « Albéroni, bien averti de toutes ces délibérations, étoit maître d'empêcher Aldovrandi de présenter aucun bref sans en avoir auparavant communiqué la copie, ainsi qu'on en usoit en France et à Vienne » — libre ensuite de le rejeter ou d'y faire une réponse dure, laquelle n'aurait pas déplu au pape, qui « en auroit fait usage pour se justifier auprès de l'empereur ».
- Opinion générale prise du pape à l’égard de l’Espagne
- L'opinion générale : « les Allemands n'étoient pas les seuls qui... croyoient que le pape regarderoit intérieurement comme son salut d'être aidé par l'Espagne ; qu'il avoit voulu seulement que le public trompé pût croire que les secours qu'il recevroit lui seroient donnés contre sa volonté, et que la source de ce ménagement étoit la crainte que, les Espagnols ne réussissant pas, toute la fureur allemande ne retombât sur lui. »
- Les Impériaux veulent qu’Aldovrandi soit rappelé et châtié
- « Ils demandoient pressamment qu'Aldovrandi fût châtié, le regardant comme le promoteur et le confident de l'intelligence secrète qu'ils supposoient entre le pape et le roi d'Espagne. »
- Faibles manèges du pape à cet égard ; jugement qu’ils en font porter
- Les faibles manèges : voulant « complaire aux Impériaux par quelque mortification légère à son nonce, sans toutefois le rappeler », le pape ordonna au neveu d'Aldovrandi, qui devait porter la barrette à Albéroni, « de partir dans l'instant non pour Madrid, mais pour Bologne sa patrie » ; et pendant que Paulucci portait ces refus à Acquaviva, il faisait passer à ce dernier « par des voies souterraines ses gémissements et ses larmes » — « autorisant les discours de ceux qui ne se contraignoient pas de publier que tout n'étoit que fiction dans Sa Sainteté, excepté la frayeur des Impériaux, et le désir extrême de les apaiser ». Aussi éludait-il de répondre sur les affaires de Sicile, malgré les instances du cardinal de La Trémoille.
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