TOME VII · CHAPITRE XV
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Résumé
La disgrâce de Chamillart, reçue avec une « magnanimité » qui force l'estime de son bourreau même ; caractère du ministre et de sa famille — l'honnête homme noyé par sa place. Voysin secrétaire d'État : sa femme, leur fortune, leur caractère — la créature de Mme de Maintenon ; le spectacle de l'Étang ; le « procédé infâme » de La Feuillade envers son beau-père tombé ; l'accueil du roi à Cani ; le beau procédé de Le Guerchois.
Les entrées
- Disgrâce de Chamillart
- Disgrâce de Chamillart, le dimanche 9 juin : le roi chargea Beauvilliers — qui « voulut vainement s'en décharger » et obtint de s'associer Chevreuse — d'aller demander sa démission, avec assurances d'amitié, soixante mille livres de pensions cumulées et la charge de Cavoye pour son fils. Au conseil du matin, « il ne se passa rien, même dans l'air et dans le visage du roi, qui pût faire soupçonner quoi que ce fût ». Le soir, la maréchale de Villars apprit la nouvelle à Saint-Simon : « Le Chamillart n'est plus. À ce mot, il m'échappa un cri comme à la mort d'un malade quoique dès longtemps condamné. »
- Magnanimité de Chamillart
- Magnanimité : voyant entrer les deux ducs consternés, « Qu'y a-t-il donc, messieurs ? leur dit-il d'un visage tranquille et serein. Si ce que vous avez à me dire ne regarde que moi, vous pouvez parler, il y a longtemps que je suis préparé à tout. » — « Le roi est le maître. J'ai tâché de le servir de mon mieux, je souhaite qu'un autre le fasse plus à son gré et plus heureusement. » Il écrivit sur-le-champ « une page et demie de respects et de remercîments », remit le mémoire achevé le matin même, donna ses clefs, « et s'en alla à l'Étang tête à tête avec son fils, comme s'il ne lui fût rien arrivé ». Mme Dreux, apprenant la chute, attendit une heure entière la fin du papillon de Mme la Duchesse, « les larmes lui rouloient dans les yeux », avant de lui parler.
- Caractère de Chamillart et de sa famille
- Caractère : « doux, simple, obligeant, vrai, droit, grand travailleur, aimant l'État et le roi comme sa maîtresse…, opiniâtre à l'excès, et ne croyant jamais se tromper », « trop ignorant de la cour au milieu de la cour ». Il eut « un autre malheur, extrême pour un ministre : il n'étoit environné que de gens qui n'avoient pas le sens commun » — frères stupides, cousins impertinents, filles folles hormis l'aînée, et Mme Chamillart passant « ses matinées entre son tapissier et sa couturière, son après-dînée au jeu, ne sachant pas dire deux mots ». La cabale qui l'avait mené « ne lui fut après d'aucun usage » : « M. du Maine avoit trop besoin de Mme de Maintenon pour ne lui pas sacrifier Chamillart, après lui avoir sacrifié sa propre mère. »
- Voysin secrétaire d’État ; sa femme ; leur fortune ; leur caractère
- Voysin secrétaire d'État, « créature » de Mme de Maintenon : « la pleine et parfaite roture », intendant du Hainaut, « jamais homme ne fut si intendant que celui-là…, depuis les pieds jusqu'à la tête » ; « sec, dur, sans politesse…, un homme à peine visible et fâché d'être vu, refrogné, éconduiseur…, et toujours à tout : le roi le veut ainsi ». Sa fortune fut l'œuvre de sa femme : la réception de Mme de Maintenon à Dinan, la retraite calculée — « la rareté devint la source du désir » —, et cette « belle robe de chambre, mais modeste et bien ouatée », parue dans un coin de la chambre au premier froid : « ce présent ne lui en parut que plus galant par la surprise, et par la simplicité de s'offrir tout seul ». Présentée après la nomination, le roi « l'embrassa jusqu'à deux fois différentes pour plaire à sa dame…, et la pensa faire rentrer sous terre ».
- Spectacle de l’Étang
- Spectacle de l'Étang : « quel spectacle ! une foule de gens oisifs et curieux…, une famille désolée, des femmes en pleurs dont les sanglots étoient les paroles… On étoit effrayé de voir ce mort, sur qui on venoit pleurer, marcher et parler d'un air doux, tranquille, le front serein…, tant il y paraissoit tranquille et naturel. » L'aigreur de Mme de Maintenon devant cette affluence fit que, « de peur de pis », Chamillart accepta la maison des Bruyères du duc de Lorges et s'y retira le mercredi.
- Procédé infâme de La Feuillade
- Procédé infâme de La Feuillade : ayant su la disgrâce dès le dimanche par le billet de son beau-père, il vint dès le lundi matin, « l'air libre et dégagé », prier le roi « de se souvenir qu'il avoit donné sa vaisselle, et de lui conserver le logement que Chamillart lui avoit donné. Le roi ne répondit que par un froid et méprisant signe de tête. » À l'Étang, il « voltigeoit et philosophoit sur l'instabilité des fortunes, avec une liberté d'esprit qui ne scandalisa pas moins qu'il avoit indigné le matin ».
- Accueil du roi à Cani
- Accueil du roi à Cani : le roi « s'arrêta à lui, le regarda d'un air d'affection…, et, se sentant attendrir, il se hâta d'entrer. On fut bien surpris que quelques moments après le roi rouvrit la porte du cabinet, les yeux rouges qu'il venoit d'essuyer, rappela Cani, lui répéta encore les mêmes choses, et plus fortement. On vit par là quel fut l'effort que le roi se fit pour se laisser arracher son ministre » — preuve que si Chamillart avait parlé, « il seroit demeuré en place ».
- Beau procédé de Le Guerchois
- Beau procédé de Le Guerchois : apprenant que Cani entrait au service, il « lui envoya d'où il étoit sa démission [de la Vieille-marine] sans stipulation quelconque ». « Chamillart en fut fort touché et lui en donna le prix, sans que Le Guerchois s'en voulût mêler en façon quelconque. » Le jeune Cani, « qui, par un prodige unique, ne s'étoit point gâté dans la place qu'il avoit occupée, s'y fit aimer…, et y servit le peu qu'il vécut avec une valeur, une distinction et une application » remarquées du roi même.
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