TOME X · CHAPITRE XII

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Résumé

Le roi à Rambouillet ; mort de Ribeire, sa place à La Bourdonnaie ; mort de Godolphin — le grand trésorier anglais tombé. Le Quesnoy repris « à discrétion », Bouchain et sa garnison prisonnière — les fruits de Denain se cueillent ; Valory et Varennes gouverneurs ; Châtillon brigadier « depuis duc et pair et gouverneur de Mgr le Dauphin » ; perte de la Quenoque ; campagnes finies et retours ; Montesquiou commande en Flandre. La princesse des Ursins aux eaux de Bagnères et sa « pompe » ; survivances des Villeroy à Lyon ; Villars gouverneur de Provence.

Les entrées

Le roi à Rambouillet
« Le roi alla les premiers jours d'octobre passer une semaine chez M. le comte de Toulouse à Rambouillet, avec un très-court accompagnement. Excepté sa propre table, M. le comte de Toulouse fit et magnifiquement la dépense de tout le reste. »
Mort de Ribeire, conseiller d’État ; sa place donnée à La Bourdonnaie, son gendre
À Rambouillet, le roi « fit une chose contre sa coutume » : il permit à La Bourdonnaie de venir lui parler « et de lui donner la place de conseiller d'État, vacante par la mort de Ribeire, son beau-père, car il évitoit toujours ces espèces de successions dans les familles. Le beau-père étoit d'une grande réputation et parfaitement intègre ; le gendre s'en étoit acquis dans les grandes intendances. »
Mort de Godolphin
On y apprit « la mort de Godolphin, naguère grand trésorier d'Angleterre, espèce de premier ministre, et le chef du parti whig », mort de la taille à la campagne chez le duc de Marlborough, dont son fils avait épousé la fille — « et ces deux hommes ne furent jamais qu'un. Ce fut un grand soulagement pour la reine et pour son nouveau ministère, un grand abattement pour le parti qui lui étoit opposé, et le dernier coup du revers de la fortune pour le duc de Marlborough. »
Le Quesnoy rendu à discrétion
Le roi reçut aussi à Rambouillet « la nouvelle de la prise du Quesnoy par M. de Châtillon… La place se rendit à discrétion. Ils étoient encore onze à douze cents hommes sous les armes, et il s'y trouva un grand amas d'artillerie et de munitions » — revanche prompte de la perte de juillet.
Bouchain ; la garnison prisonnière
« Aussitôt après, le maréchal de Villars fit le siége de Bouchain, qui se rendit peu de jours après, la garnison prisonnière de guerre. » Il envoya la nouvelle par le comte de Choiseul, son beau-frère, « et la garnison à Reims, avec le gouverneur, parce que c'étoit lui qui avoit fait, cette même campagne, une course en Champagne qui avoit fort effrayé ce pays » — vengeance symbolique offerte à la province pillée.
Valory et Varennes gouverneurs
« Valory eut le gouvernement de la place [du Quesnoy] dont il avoit conduit les travaux du siége », et « le gouvernement de Bouchain fut rendu à Varennes qui l'avoit auparavant ».
Châtillon brigadier, depuis duc et pair et gouverneur de Mgr le Dauphin
« Châtillon fut fait brigadier pour la nouvelle » — ce Châtillon « qui a fait depuis une si grande fortune et si peu espérée », gendre de Voysin qui l'amena au travail du roi : il sera un jour duc et pair et gouverneur de Mgr le Dauphin.
Perte de la Quenoque
« Cette conquête fut une consolation de la perte de la Quenoque, qui venoit d'être surpris par un partisan d'Ostende à l'ouverture des portes, qui s'étoit faite par l'aide-major, sans découverte ni la moindre précaution. »
Les campagnes finies
« Ainsi finit la guerre cette année. Les armées d'Allemagne et de Savoie venoient de se séparer » — dernière campagne complète de la guerre de Succession, refermée sur le miracle de Denain.
Retour des généraux d’armée à la cour
« Les maréchaux d'Harcourt et de Berwick arrivèrent à la cour incontinent après, et en même temps le maréchal de Villars. »
Montesquiou demeure à commander en Flandre
« Montesquiou demeura à commander en Flandre » — le vrai vainqueur de Denain gardait la frontière pendant que Villars recueillait les honneurs à la cour.
Princesse des Ursins aux eaux de Bagnères ; Chalois l’y va trouver ; pompe de cette dame
« Mme des Ursins fit en même temps un voyage à Bagnères pour une enflure de genou, escortée par un détachement des gardes du corps du roi d'Espagne, en avant-goût de la souveraineté dont elle se flattoit. Chalois l'y alla trouver de Paris. Son retour à Madrid ne fut pas moins pompeux. »
Survivance du gouvernement de Lyon, etc., au duc de Villeroy, et les lieutenances à ses fils
Le maréchal de Villeroy « eut pour le duc de Villeroy la survivance de son gouvernement ; la lieutenance générale qu'il en avoit, pour le marquis de Villeroy son petit-fils, et la lieutenance de roi de celui-ci à son frère » — trois générations pourvues d'un coup dans le Lyonnais, premier fruit de la nouvelle faveur.
Villars gouverneur de Provence ; Saillant gouverneur de Metz ; Tessé général des galères
« Le maréchal de Villars obtint le gouvernement de Provence ; celui de Metz qu'il avoit fut donné à Saillant ; la charge de général des galères au maréchal de Tessé, absent, et qui ne l'avoit pas demandée, avec le pareil brevet de retenue de M. de Vendôme et les appointements échus depuis sa mort. »
Les frères Broglio gouverneurs de Gravelines et du Mont-Dauphin
« Le gouvernement de Mont-Dauphin et celui de Gravelines [furent donnés] aux deux Broglio, l'un gendre de Voysin, l'autre qui a fait une si grande fortune » — le vainqueur de l'Écluse et des dix-huit cents chevaux récompensé avec son frère.
Dangeau donne à son fils son gouvernement de Touraine
« Dangeau eut permission de céder à son fils le gouvernement de Touraine en en retenant l'autorité et les appointements » — transmission sans dépouillement, à la manière du personnage.
Comte de Toulouse et d’Antin achètent leurs maisons à Paris
« La Vrillière, assez mal dans ses affaires, vendit sa magnifique maison vis-à-vis la place des Victoires au comte de Toulouse, et d'Antin en acheta une autre fort belle…, qui avoit été bâtie pour Chamillart. On ne laissa pas d'être surpris que ces deux hommes qui tenoient de si près au roi…, et courtisan au suprême, fissent ces acquisitions dans Paris » — signe des temps : on commençait à préparer l'après-Versailles.
Quatre cent mille livres d’augmentation de pension à M. le duc de Berry ; il entre au conseil de dépêches
« Peu de temps après, le roi suppléa à la modicité de l'apanage de M. le duc de Berry par une pension de quatre cent mille francs », et lui donna une distinction « plus touchante par l'entrée au conseil des dépêches qui étoit le chemin des autres conseils » — apprentissage du métier d'héritier présomptif après le Dauphin d'un an.
La musique du roi à la messe de Mme la duchesse de Berry
Le roi « ordonna à sa musique de se trouver tous les jours à la messe de Mme la duchesse de Berry, comme à la sienne, qui fut une très-sensible distinction pour elle et pour M. le duc de Berry ».
Hammer à la cour ; merveilleusement reçu ; quel est cet Anglois
« Il parut à la cour un personnage singulier qui y fut reçu avec des empressements et des distinctions surprenantes » : le chevalier Hammer, Anglais « d'un peu plus de trente ans, de bonne mine et parfaitement bien fait…, fort riche », passant pour avoir « beaucoup d'esprit et de crédit dans la chambre des communes », que la reine avait tenu toute la campagne auprès du duc d'Ormond. Il demeura un mois ou six semaines, « également couru et recherché ». « Je n'ai point su alors ce qu'il étoit venu faire, ni même s'il étoit chargé de quelque chose, comme l'accueil qu'il y reçut porte à le croire… On n'en a guère ouï parler dans la suite. »
Duchesses, etc., conservent leur nom et leur rang en se remariant au-dessous de leur premier mari en Angleterre
Hammer avait épousé la fille unique et héritière de milord Harrington, « veuve du duc de Grafton, qui s'en étoit éprise, et qui conserva de droit son nom et son rang de duchesse de Grafton, comme il se pratique toujours en Angleterre en faveur des duchesses, marquises et comtesses qui étant veuves se remarient inégalement » — usage anglais que le duc et pair français relève avec curiosité.
Marlborough se retire en Allemagne : quelle y étoit sa principauté de l’empire
Le duc de Marlborough « venoit enfin de sortir [d'Angleterre] avec permission et de passer à Ostende avec très-peu de suite. Son dessein étoit de se retirer en Allemagne, où il étoit prince de l'empire ou plutôt de l'empereur Léopold, qui lui avoit donné le titre de prince de Mindelen, sans la principauté, mais de l'argent pour acheter des terres en Souabe… ; mais il avoit gardé l'argent et n'avoit point acquis de terres » — trait final d'avarice chez le grand capitaine déchu.
Renonciation du roi d’Espagne à la couronne de France en pleines cortès
« Il arriva un courrier d'Espagne avec la copie de l'acte de renonciation du roi d'Espagne passé le 5 novembre en pleines cortès, en présence de l'ambassadeur d'Angleterre. Ce courrier apporta aussi un projet pour celle de M. le duc de Berry » — l'Espagne accomplissait de son côté, dans les formes pleines de ses états, ce que la France refusait de faire dans les siennes.
Lettre tendre qu’il écrit là-dessus à M. le duc de Berry
Le courrier portait aussi « une lettre de la main du roi d'Espagne à ce prince, la plus tendre, la plus forte, la plus précise, pour lui témoigner sa sincérité dans cet acte qui l'avançoit en sa place à la succession à la couronne de France, et avec quelle joie son amitié pour lui le lui avoit fait faire. Lui et M. le duc d'Orléans me la montrèrent… Elle me parut si importante, que je leur recommandai beaucoup de la conserver soigneusement comme une pièce tout à fait importante pour eux ; ils ne s'en étoient seulement pas avisés. »
Mort de l’abbé d’Armagnac
« L'abbé d'Armagnac étant allé voir sa sœur à Monaco y mourut de la petite vérole : il avoit trente ans, de bonnes mœurs, deux grosses abbayes en attendant mieux, et M. le Grand comptoit qu'il auroit pour lui la nomination du Portugal au chapeau, que son frère avoit autrefois perdue par l'avarice de Mme d'Armagnac. »
Mort du duc de Chevreuse
« La mort de M. de Chevreuse arriva à Paris le samedi 5 novembre, entre sept et huit heures du matin. » Portrait de l'ami de quarante ans : « beaucoup d'esprit naturel…, une justesse d'expression sans recherche et qui couloit de source », élevé par les solitaires de Port-Royal ; « amoureux par nature des voies obliques en matière de raisonnement, mais toujours de la meilleure foi du monde » — ce goût le livra à la Guyon et à M. de Cambrai, perdit ses affaires et sa santé. « Jamais homme ne posséda son âme en paix comme celui-là ; comme dit le psaume, il la portoit dans ses mains. » Il se tua par régime : Saint-Simon le surprit prenant en cachette du quinquina sans manger et lui prédit « qu'il se perceroit l'estomac » ; il tendait à la diète de Cornaro. « Il souffrit d'extrêmes douleurs avec une patience et une résignation incroyables…, et mourut paisible et tranquille… On l'ouvrit, et on lui trouva l'estomac percé. »
Anecdotes sur sa famille, sur lui, sur la duchesse sa femme
Anecdotes : son père, le duc de Luynes, retiré à Port-Royal, en fut tiré par le père de Saint-Simon, puis épousa par dispense — « avec de l'argent, qui fait tout à Rome » — sa propre tante, novice, de quarante ans la cadette de sa sœur Mme de Chevreuse. Le fils épousa en 1667 la fille aînée et bien-aimée de M. Colbert, dont il tira des biens immenses, le duché vérifié, la Guyenne. Il se ruina « géométriquement » : chemin pavé inutile, canal dont il fit les deux tiers avant de voir « qu'il n'y passeroit jamais un muid d'eau ». Distrait légendaire : ses chevaux attelés quinze heures fracassèrent la cour de Vaucresson sans le distraire un instant ; Sconin, oublié du matin au soir, alla faire ses affaires à Paris et en revint pour l'audience. Le chancelier disait de lui et de Beauvilliers « qu'ils n'étoient qu'un cœur et qu'une âme…, mais que, pour l'exécution, M. de Beauvilliers avoit un bon ange qui le préservoit d'agir en rien comme M. de Chevreuse ». Mme de Chevreuse, « d'une vertu admirable », unique dame à qui le roi permit de venir sans corps à ses particuliers, avec trente mille livres de pension ; après la mort du roi « elle se donna pour morte » et vécut en patriarche adorée des siens jusqu'à l'été de 1732, passé quatre-vingts ans.
Mort du duc Mazarin
« Le duc Mazarin mourut dans ses terres, où il s'étoit retiré depuis plus de trente ans. Il en avoit plus de quatre-vingts, et ce ne fut une perte pour personne, tant le travers d'esprit, porté à un certain point, pervertit les plus excellentes choses. » Il avait tout eu : esprit agréable, magnificence, valeur, l'intime familiarité du roi, vingt-huit millions prouvés « en pleine grand'chambre » de sa femme, l'Alsace. Mais « la piété…, empoisonna tous [ses talents] » : il fit fuir sa femme par le monde « avec le dernier scandale », raconta au roi ses visions sur ses maîtresses, « mutila les plus belles statues, barbouilla les plus rares tableaux », voulut arracher les dents de devant de ses filles « de peur qu'elles y prissent trop de complaisance », défendit aux femmes de traire les vaches, chassa ceux qui éteignaient l'incendie de son château comme « attentant au bon plaisir de Dieu », et promena des années le cercueil de Mme Mazarin de terre en terre.
Anecdotes sur lui, sur sa famille, sur leur fortune
Curiosité sur cette fortune : le nom de famille était La Porte, venu, prétend-on, d'un portier de conseiller au parlement. L'avocat La Porte, avocat de l'ordre de Malte et de M. de Richelieu, releva la maison ruinée de celui-ci en prenant son fils pour gendre : ce furent les père et mère du cardinal de Richelieu, qui n'oublia pas les siens — l'oncle devint grand prieur de France, le neveu, La Meilleraye, « homme de grand sens dans le cabinet, de grande valeur », reçut « de la main même de Louis XIII le bâton de maréchal de France sur la brèche de Hesdin qu'il venoit de prendre d'assaut ». En mourant, l'avocat recommanda les petits Richelieu à son clerc Bouthillier — origine de la fortune des Bouthillier ; et c'est chez Bouthillier que Barbin, le petit procureur de Melun qui courtisait Léonora Galigaï « par de petits présents de fruits », connut M. de Luçon et le fit connaître à Léonora — « fondement » de la fortune du futur cardinal. Le cardinal Mazarin enfin choisit le fils du maréchal « comme le plus riche parti qu'il connût pour en faire son héritier » ; le père résista : « ces biens lui faisoient peur, et leur immensité accableroit et feroit périr sa famille. »
Mort de la duchesse de Charost
« La duchesse de Charost mourut en même temps, à cinquante et un ans, après plus de dix ans de maladie, sans avoir pu être remuée de son lit, voir aucune lumière, ouïr le moindre bruit, entendre ou dire plus de deux mots de suite…, ni changer de linge plus de deux ou trois fois l'an, et toujours à l'extrême-onction après cette fatigue. Les soins et la persévérance des attentions du duc de Charost dans cet état furent également louables et inconcevables : et elle les sentoit, car elle conserva sa tête entière jusqu'à la fin avec une patience, une vertu, une piété, qui ne se démentirent pas un instant. »
Mort du duc de Sully
« Le duc de Sully fut trouvé mort dans son lit par ses valets tout à la fin de l'année, à quarante-huit ans… Il y avoit longtemps qu'il en étoit menacé, et qu'il s'endormoit partout et à toute heure. C'eût été un honnête homme et de mise s'il n'eût point été si étrangement et si obscurément débauché. Il se ruina avec des gueuses. » Sans enfants, il laissa sa dignité au chevalier de Sully son frère, avec « les bagatelles qu'il avoit du roi » — huit mille livres de rente de gouvernements.
Berwick en Roussillon, etc
« Le roi fit partir le duc de Berwick le 28 novembre, et marcher en Roussillon quarante bataillons et quarante escadrons, pour faire lever le blocus que Staremberg faisoit de Girone, où le marquis de Brancas, longtemps depuis maréchal de France…, commandoit et n'avoit plus de vivres dans la place que pour jusqu'à la fin de décembre. »
Chamillart revoit le roi
Deux jours auparavant, le roi « avoit vu pour la première fois Chamillart dans son cabinet, depuis sa disgrâce. Bloin l'amena par les derrières… Il lui fit mille amitiés, et lui permit de le voir de temps en temps. Il est plaisant à dire que le roi le désiroit depuis longtemps…, ce qui ne fut pas du goût de Mme de Maintenon. » Chamillart « s'en retourna aussitôt à Paris, où il avoit toujours grande et bonne compagnie de la cour et de la ville. J'y soupois presque tous les soirs dans le peu que j'allois à Paris. »
Plénipotentiaires d’Espagne
« Des trois plénipotentiaires venus d'Espagne pour aller à Utrecht, il n'y eut que le duc d'Ossone qui demeura à Paris, en attendant de pouvoir être admis au congrès. Bergheyck retourna en Espagne, et Monteléon passa en Angleterre avec le caractère d'ambassadeur » — le même Monteléon que Vaudemont avait jadis donné « pour évangéliste » à Tessé.
Besons joué par Mme la duchesse de Berry
Mme la duchesse de Berry, grosse, eut à choisir une gouvernante. Le vieux maréchal de Besons, pauvre, désirait la place pour sa femme ; la princesse « parut ravie de la vanité d'avoir la femme d'un officier de la couronne…, le combla, et le pressa fort de parler au roi ». Or d'Antin et Sainte-Maure l'avaient « tonnelée » pour leur cousine de Pompadour : le roi, étonné, répondit à Besons « que Mme la duchesse de Berry s'étoit moquée de lui, qu'elle et M. le duc de Berry lui avoient demandé la place pour Mme de Pompadour ». « Besons fut outré d'être joué de la sorte, et si gratuitement, et ne le laissa pas ignorer à Mme la duchesse de Berry, qui se trouva confondue. »
Mme de Pompadour gouvernante des enfants de M. le duc de Berry
Mme de Pompadour fut déclarée quatre ou cinq jours après : « une précieuse du premier ordre, affolée de la cour jusqu'à avoir marié sa fille unique au fils de Dangeau pour s'y fourrer », toute dans la main de Mme de Maintenon par Mme de Dangeau, par sa sœur la duchesse d'Elbœuf, « et par être fille de Mme de Noailles, et petite-fille de Mme de Neuillant, qui avoit pris chez elle Mme de Maintenon arrivant des îles » ; son mari, « un sot de beaucoup d'esprit », frère de la mère de Chalois, tenait à la princesse des Ursins — « directement opposé à M. le duc d'Orléans et à Mme sa fille ». Mme de Saint-Simon dit son avis à la princesse, « qui fut outrée, mais il n'étoit plus temps », et fit donner la place de sous-gouvernante à Mme de Vaudreuil, « femme d'un vrai mérite » dont le mari était gouverneur général du Canada.
La Mouchy et son mariage
Mme la duchesse de Berry maria sa « petite favorite de bas étage, bien faite, jolie, d'esprit » — fille de Porcadel, commis aux parties casuelles, et d'une première femme de chambre — à Mouchy, « homme de qualité, avancé en âge, et dans le service, franc bœuf d'ailleurs à embâter », parent des Estrées. Voulant assister à la noce sans savoir où la faire, « elle pria tant et si bien Mme de Saint-Simon qu'elle en eut la complaisance. Le festin très-nombreux, le coucher, le dîner du lendemain se fit dans notre appartement, et nous n'eûmes que vingt-quatre heures pour le nommer… Cette Mouchy fut une étrange poulette, comme on le verra en son temps. »
Mariage de Meuse avec Mlle de Zurlauben
« Le marquis de Meuse, de la maison de Choiseul, qui avoit un régiment, épousa en même temps chez la duchesse d'Antin une fille de feu Zurlauben, lieutenant général et, bien que Suisse, homme de qualité, et de la sœur de Sainte-Maure. »
Musiques et scènes de comédies chez Mme de Maintenon
« L'ennui gagnoit le roi chez Mme de Maintenon, dans les intervalles de travail avec ses ministres. Le vide qu'y laissoit la mort de la Dauphine ne se pouvoit remplir… Les musiques, qui y devenoient fréquentes, par cela même languissoient. On s'avisa de les réveiller par quelques scènes détachées des comédies de Molière, et de les faire jouer par des musiciens du roi vêtus en comédiens » — Molière en contrebande chez la dévote, pour désennuyer un roi vieilli.
Le maréchal de Villeroy y est admis
« Mme de Maintenon, qui avoit fait revenir le maréchal de Villeroy sur l'eau pour amuser le roi par les vieux contes de leur jeunesse, l'introduisit seul aux privances de ces petites ressources, pour les animer de quelque babil. C'étoit un homme de tout temps dans sa main, et qui lui devoit son retour. »
Dessein sur lui
Le dessein était plus profond : Villeroy « étoit propre à hasarder certaines choses qui n'étoient pas de la sphère des ministres, qu'elle vouloit qui lui revinssent après par le roi pour la sonder ». La mort des princes, « le pis que néant où la plus noire et fine politique avoit réduit M. le duc d'Orléans, et le tremblement inné de M. le duc de Berry…, ouvroient un vaste champ à l'ambition démesurée de M. du Maine et à l'affolement pour lui de sa toute-puissante gouvernante. Le maréchal de Villeroy étoit un vil courtisan et rien de plus, nul instrument ne leur étoit plus propre. »
Gouvernement de Guyenne donné au comte d’Eu
« Peu de jours après, le roi déclara, allant à la messe, qu'il avoit donné le gouvernement de Guyenne au comte d'Eu. Ainsi les deux fils du duc du Maine, revêtus déjà des survivances de Languedoc, des Suisses et de l'artillerie, se trouvèrent passablement pourvus. » La cour, « quelque accoutumée qu'elle fût à des accroissements gigantesques de ses bâtardeaux…, ne laissa pas d'être également surprise et consternée de cette énorme augmentation, et de le laisser apercevoir à travers ses flatteries, dont M. du Maine fut assez embarrassé. »
Conduite des ducs de La Rochefoucauld dans leur famille
« Les ducs de La Rochefoucauld s'étoient accoutumés depuis longtemps à ne vouloir chez eux qu'un successeur pour recueillir tous les biens et toute la fortune du père, à ne marier ni filles ni cadets, qu'ils comptoient pour rien, et à les jeter à Malte et dans l'Église. » Du premier duc, quatre filles abbesses, une religieuse ; la troisième, « plus coriace que les autres », fut donnée sans dot à Sillery, l'alliance tenant lieu de dot. Du second duc — l'auteur des Maximes —, trois filles « moururent sibylles dans un coin de l'hôtel de La Rochefoucauld, où on les avoit reléguées, ayant à peine de quoi vivre ».
État de cette famille
État présent : le duc de La Rocheguyon avait eu huit garçons et deux filles ; les morts successives ne lui laissaient que trois fils — l'aîné, abbé de vingt-cinq ans « chargé des abbayes de ses oncles et grands-oncles » avec plus de soixante mille livres de rente en bénéfices ; le comte de Durtal, « jeté sur mer », celui des galions de Ducasse ; et le commandeur de Malte. « Cela se trouvoit fort mal arrangé. Pour bien faire il eût fallu que Durtal eût été l'aîné, c'est ce que voulurent les père et mère. »
Désir, jalousie, vains efforts des ducs de La Rochefoucauld pour le rang de prince étranger
À ces manèges tenait une passion ancienne : le second duc « n'avoit jamais pu digérer le rang de prince donné à MM. de Bouillon. Il se croyoit d'aussi bonne maison qu'eux, et il n'avoit pas tort » ; mais il ne put atteindre à leur considération ni à leur réputation. « Ce ver rongeur de princerie passa du père au fils. Il espéra ce rang d'une faveur constante qui obtint sans cesse tout ce qu'elle voulut ; mais ce rang, qu'il demanda souvent à un maître qui étoit son ami, il ne put jamais l'arracher » — et ce dépit aggrava encore « la disgrâce des puînés et des filles de la maison ».
Duc de La Rochefoucauld obtient la distraction du duché de La Rocheguyon avec la dignité pour son second petit-fils et sa postérité, au préjudice de l’aîné
L'abbé refusant obstinément et les ordres et l'abandon de ses bénéfices — « il avoit vu tous ses frères constamment traités comme de petits garçons, et manquer à tout âge du plus nécessaire » —, le vieux duc de La Rochefoucauld, « aveugle et retiré au chenil, se fit mener dans le cabinet du roi… Il cria, il pleura, il se désespéra » ; et le roi, « moitié compassion de ce vieillard qu'il avoit si longtemps aimé, moitié désir de finir une scène si importune, lui accorda ce qu'il lui demanda, contre toutes les lois et les règles » : la permission de céder le duché vérifié de La Rocheguyon au second petit-fils, « en en dépouillant son aîné et sa postérité qui y étoit uniquement et distinctement appelé » — grâce calquée sur l'édit de 1711 fait pour les seuls bâtards. « L'étonnement de la cour, pour ne rien dire de plus, surpassa encore la joie de MM. de La Rochefoucauld père et fils. »
Ce cadet duc par démission de son père
« Ce dernier se démit, dès que les patentes furent faites, de la terre et de la dignité de La Rocheguyon, en faveur du comte de Durtal, qui prit aussitôt le nom et le rang de duc de La Rocheguyon. Ce fut par donation entre vifs pour la terre, dont le père retint les revenus qui sont de quatre-vingt mille livres de rente, avec un superbe château, et les plus beaux droits du monde, au bord de la Seine et près de Paris. L'abbé, qui se voyoit si étrangement frustré, espéra bien y revenir en d'autres temps. »
Nouveaux efforts inutiles sur l’abbé de La Rochefoucauld, qui, moyennant un bref, prend l’épée et va mourir à Bude
Le vieux duc obtint encore que le roi parlât à l'abbé pour l'engager à opter : « le roi lui parla avec une bonté de père, et l'abbé lui répondit avec tant de respect, de sagesse et de raison qu'il le désarma. » On imagina alors « un bref du pape qui permît à l'abbé d'aller à la guerre en conservant ses bénéfices » — mille exemples existaient, tel Forbin « mort abbé et lieutenant général des armées du roi ». « Rome ne fit aucune difficulté. Le pauvre abbé de La Rochefoucauld prit donc l'épée » et partit pour la guerre de Hongrie : « en arrivant à Bude, la petite vérole le prit en 1717, à trente ans, et en délivra son père, et son frère duc à ses dépens. Ce qui est arrivé depuis dans cette famille n'a pas donné lieu de croire que Dieu ait béni ces arrangements. »

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