TOME XVI · CHAPITRE XI

Lire le texte intégral du chapitre →

Résumé

Une « belle et véritable maxime, bien propre à Torcy » ; les Anglais « frémissent des succès espagnols en Sicile et veulent détruire leur flotte » — Passaro approche ; les applaudissements « étranges et vains » d'Albéroni, son opiniâtreté, ses menaces au Régent, son « ivresse » ; ses menaces au pape, son « insolence sur les grands d'Espagne » ; le pape désapprouve la clôture de la nonciature ; l'« exécrable caractère du nonce Bentivoglio » contre la « sagesse d'Aldovrandi » ; l'« audacieuse déclaration » à Nancré — et le traité France-Angleterre-empereur signé à Londres ; trêve…

Les entrées

Belle et véritable maxime, et bien propre à Torcy
La belle maxime d'ouverture — que la table rapporte à Torcy : « ce siècle étoit celui des négociations, en même temps celui où régnoit entre les souverains une défiance réciproque, leurs ministres bannissant la bonne foi et se croyant habiles autant qu'ils savoient le mieux tromper » ; et sa conséquence : « il ne suffit pas que la probité des princes soit connue et hors de doute, si la réputation de ceux dont ils se servent dans leurs affaires les plus importantes n'est aussi sans tache ni susceptible, par leur conduite passée, d'accusation ni même de soupçon. »
Les Anglois frémissent des succès des Espagnols en Sicile et veulent détruire leur flotte
Les Anglais frémissent : « la Sicile étoit soumise au roi d'Espagne à la fin de juillet. Cette conquête si rapide et si facile déplaisoit aux Anglois » ; leurs agents en Italie représentaient « qu'il étoit de l'intérêt de cette couronne d'anéantir la flotte d'Espagne, sinon qu'elle seroit bientôt employée en faveur du Prétendant..., [et] qu'il seroit impossible à l'Espagne de réparer la perte qu'elle auroit faite et de ses vaisseaux et de son armée ».
Étranges et vains applaudissements et projets d’Albéroni
Les applaudissements d'Albéroni : « il admiroit qu'une flotte de cinq cents voiles, partie de Barcelone le 27 juin, eût débarqué heureusement dans le port de Palerme, le 3 juillet » ; pour colorer l'entreprise, il « supposa que le roi d'Angleterre avoit intention d'engager le duc de Savoie de livrer la Sicile à l'archiduc, contre les dispositions du traité d'Utrecht » portant réversion à l'Espagne ; son projet était « d'entretenir en Sicile une armée de trente-six mille hommes..., pour tenir en inquiétude les Allemands dans le royaume de Naples ».
Son opiniâtreté
Son opiniâtreté : la conquête devint pour le roi d'Espagne un nouveau motif « de rejeter absolument le traité d'alliance..., et de s'irriter de la facilité que le régent avoit eue d'acquiescer » ; « on ne comprend pas, disoit Albéroni, comment le régent ne connoît pas une vérité si évidente, comment il veut s'unir à un ministère si incertain et avec une nation sur qui on ne peut pas compter. »
Menace le régent
Sa menace au régent : « si Son Altesse Royale veut signer une ligue si détestable, le roi d'Espagne fera les pas qu'il estimera convenables aux intérêts du roi son neveu, aussi bien qu'à la conservation d'une monarchie et d'une nation qu'il protégera et qu'il défendra jusqu'à la dernière goutte de son sang... Enfin curavimus Babylonem » ; et : « je suis las de parler davantage de modération, Leurs Majestés Catholiques commencent à s'ennuyer de cette chanson. »
Ivresse d’Albéroni
Son ivresse : tel fut « l'échantillon des conférences de Nancré avec Albéroni », le cardinal concluant « que le régent auroit été convaincu de la solidité des réponses du roi d'Espagne, s'il eût été question de persuader l'entendement et non la volonté ».
Il menace le pape et les siens
Ses menaces au pape et aux siens : « il menaçoit déjà la maison Albane d'une estafilade que le roi d'Espagne pouvoit aisément lui donner. Il voulut aussi avoir une liste exacte des cardinaux et prélats romains possesseurs d'abbayes ou de pensions ecclésiastiques dans la Sicile » ; il bravait les censures : « puisque Sa Sainteté n'avoit pas osé en lancer la moindre contre le cardinal de Noailles, qui s'étoit fait chef d'une hérésie en France, elle oseroit encore moins faire un coup d'éclat contre le roi d'Espagne. »
Son insolence sur les grands d’Espagne
Son insolence sur les grands d'Espagne : Rome se trompait « si elle comptoit sur l'ancienne superstition espagnole. Altri tempi... Ces superstitions étoient l'ouvrage des grands..., mais ces mêmes grands étoient sans autorité, sans crédit, toujours dans la crainte et le tremblement, enfin comptant pour beaucoup de vivre en repos. »
Le pape désapprouve la clôture du tribunal de la nonciature faite par Aldovrandi
Le pape désapprouva la clôture de la nonciature « faite par Aldovrandi » sans ordre — « le ministre de Sa Sainteté faisoit tort à la juridiction que le saint-siège s'étoit attribuée et maintenoit dans ce royaume. Ainsi le pape fit voir par un bref postérieur que son intention avoit été seulement de suspendre les grâces et privilèges que ses prédécesseurs avoient accordés aux rois d'Espagne. »
Exécrable caractère du nonce Bentivoglio
L'exécrable caractère de Bentivoglio : « impétueux, violent, sans érudition, uniquement occupé que du désir effréné de parvenir au cardinalat..., persuadé que le moyen le plus sûr, le plus prompt, le plus aisé d'obtenir cette dignité étoit d'irriter le pape et de mettre le feu dans l'Église de France ; il n'oublioit rien pour arriver à son but. »
Sagesse d’Aldovrandi
La sagesse d'Aldovrandi : « plus sage que celui qui résidoit en France, [il] avoit aussi mieux connu de quelle importance il étoit pour le saint-siège de ménager les grandes couronnes ; il jugea donc qu'il étoit essentiel pour le bien de l'Église de conserver une voie à l'accommodement, lorsque le temps auroit un peu calmé l'aigreur de part et d'autre. »
Représentations d’Aubenton à ce nonce pour le pape
Les représentations d'Aubenton : venu trouver Aldovrandi « la veille de son départ de Madrid, et le priant de ne le nommer jamais dans ses lettres », il le chargea de représenter au pape « quel mal il feroit s'il fermoit la voie à tout accommodement ; que déjà la cour d'Espagne se croyoit méprisée..., et que l'intérêt d'un particulier tel qu'Albéroni ne devoit point causer de pareils désordres ».
Audacieuse déclaration d’Albéroni à Nancré
L'audacieuse déclaration à Nancré : le roi d'Espagne souhaitait que le régent abandonnât le traité ou en suspendît l'exécution — « en ce cas, Sa Majesté Catholique s'engageroit à regarder les intérêts du régent comme les siens propres. Au contraire, le ressentiment d'un refus seroit tel que ni le temps ni même les services ne le pourroient effacer, et qu'il auroit en toute occasion le roi d'Espagne pour ennemi personnel. » Nancré refusa d'en dépêcher un courrier, le traité devant être déjà signé ; « Albéroni répliqua que, lorsque le roi d'Espagne seroit assuré de la signature, Nancré ne demeureroit pas encore un quart d'heure à Madrid. »
Le traité entre la France, l’Angleterre et l’empereur, signé à Londres
« En effet, le traité étoit signé à Londres, et le roi d'Angleterre avoit conseillé au duc de Savoie d'y souscrire comme le meilleur parti qu'il pût prendre pour résister à l'invasion des Espagnols. La flotte angloise naviguoit en même temps vers la Sicile », et les ministres anglais déclarèrent à Monteléon que leur maître « n'avoit pu se dispenser d'envoyer ses vaisseaux pour maintenir la neutralité d'Italie ».
Trêve ou paix conclue entre l’empereur et les Turcs
La trêve turque : « la conclusion d'une trêve entre l'empereur et les Turcs, dont la nouvelle étoit récemment arrivée » — l'un des deux motifs, avec la difficulté de réduire les places de Sicile, qui pouvaient porter l'Espagne à consentir aux propositions de Stanhope ; le régent y voyait aussi le moyen de dégager le duc de Savoie, en vue du mariage d'une de ses filles avec le prince de Piémont.
Idées du régent sur le nord
Les idées du régent sur le Nord : « soit pour en être plus sûr, soit que le génie dominant du siècle fût de négocier, Son Altesse Royale vouloit que les monarques du nord, particulièrement le czar, crussent que la conclusion du traité... ne l'empêcheroit pas de s'unir avec ces princes, même, s'il étoit nécessaire, qu'elle renouvelleroit de concert avec eux la guerre contre l'empereur ; mais, soit vérité, soit dessein d'amuser, les ministres de ces princes... ajoutèrent peu de foi à de tels discours. »
Cellamare travaille à unir le czar et le roi de Suède pour rétablir le roi Jacques
Cellamare pour le roi Jacques : le duc d'Ormond, « nouvellement arrivé à Paris, où il se tenoit caché », demandait l'argent d'Espagne ; Cellamare, connaissant « l'état de l'Espagne et son impuissance », voulut engager le czar et le roi de Suède à s'unir pour venger leurs griefs contre George : « il alla secrètement trouver [le ministre de Moscovie] à la campagne..., le pressa de dépêcher au plus tôt un courrier à Pétersbourg », informa le roi de Suède « par une voie détournée », et « cherchoit encore à détacher du service du roi des gens dont le nom, plutôt que le mérite peu connu, pouvoit faire plus d'impression dans les pays étrangers ».
Artifices des Anglois pour alarmer tous les commerces par la jalousie des forces maritimes des Espagnols
Les artifices anglais sur le commerce : l'Europe s'étonnait d'avoir vu « comme sortir du fond de la mer une flotte en ordre, armée par une couronne qui ne s'étoit pas distinguée par ses armements de mer depuis le règne de Philippe II » ; les Anglais « croyoient aisément, et publioient que la véritable vue du conseil d'Espagne... étoit de s'opposer généralement à tout commerce que les nations étrangères pourroient faire aux Indes occidentales ».
Attention d’Albéroni à rassurer là-dessus
L'attention d'Albéroni à rassurer : Beretti dut assurer négociants hollandais et anglais « que jamais Sa Majesté Catholique n'altéreroit les lois établies, et ne manqueroit aux traités ; que le peu de forces que le roi son maître avoit en mer étoit seulement pour la sûreté de ses côtes... et la conduite de ses galions », et que malgré la déclaration de Bing, ordre était donné « de ne pas toucher aux effets qui appartiendroient aux Anglois sur la flotte nouvellement arrivée à Cadix ».
Inquiétude et projets d’Albéroni
Ses inquiétudes : « son projet n'étoit pas encore bien formé, et ses résolutions incertaines dépendoient de l'événement... L'escadre angloise lui donnoit de justes inquiétudes ; il savoit qu'elle voguoit vers le Levant, mais depuis assez longtemps il ignoroit sa route » ; le château de Palerme se rendit le 14 juillet, le vice-roi de Naples esquissait un secours pour Messine — démonstrations, disait-on, pour les Piémontais, car « si les troupes allemandes secouroient Messine, ce ne seroit pas pour la rendre aux Piémontois » ; et la défiance était telle que le pape même passait pour « secrètement uni avec le roi d'Espagne ».
Albéroni se déchaîne contre M. le duc d’Orléans
Son déchaînement contre le régent : « ce prince s'est déclaré à la face de tout l'univers ami d'une puissance ennemie d'un roi son parent... Le maréchal d'Huxelles, qui a consenti à cette alliance pour n'avoir point de guerre, verra la France agir contre le roi d'Espagne, qui... se vengera de ceux qui prétendent le forcer à l'accepter. Si Stanhope veut parler du ton de législateur, il sera mal reçu..., [et] le roi d'Espagne ne veut pas qu'on parle présentement des États de Toscane et de Parme, se réservant d'user de ses droits en temps et lieu. »
Fautes en Sicile
Les fautes en Sicile : il reprochait au marquis de Lede « le flegme de ce général, et sa lenteur à finir une conquête aisée » — la prise de Palerme ayant « mis en mouvement toutes les puissances infernales » —, d'avoir laissé Maffeï « la liberté entière de se retirer à Syracuse », sans le faire suivre d'un détachement ; il exhortait Patiño « pour l'amour de Dieu... à donner un peu plus de chaleur au naturel froid de son ami » : « s'il est bon d'épargner les troupes quand on le peut, il faut aussi songer qu'elles sont faites pour fatiguer et pour crever quand il convient ; à plus forte raison, on doit en user de même à l'égard des bêtes. »
Projets d’Albéroni
Ses projets : « Albéroni comptoit déjà que la France, l'Angleterre, l'empereur et le duc de Savoie s'uniroient contre l'Espagne ; le projet du cardinal étoit en ce cas de laisser quinze mille hommes en Sicile, pour en faire la conquête entière ; et lorsqu'elle seroit achevée, il prétendoit transporter toutes ces troupes en Espagne. »
Il se moque des propositions faites à l’Espagne par le roi de Sicile
Sa moquerie des propositions savoyardes : Lascaris était venu, « au moment que la flotte partoit, déclarer qu'il avoit un pouvoir de son maître dans la forme la plus solennelle, pour conclure une ligue offensive et défensive à des conditions véritablement à faire rire » — deux millions d'écus d'avance, soixante mille écus de subside par mois, douze mille hommes espagnols pour le Milanais ; Albéroni jugeait « qu'on ne pouvoit s'assurer sur la foi du duc de Savoie tant qu'il seroit maître de la Sicile ».
Albéroni pense à entretenir dix mille hommes de troupes étrangères en Espagne ; fait traiter par leurs Majestés Catholiques, comme leurs ennemis personnels, tous ceux qui s’opposent à lui
Les troupes étrangères et les ennemis personnels : il prit des mesures « pour maintenir sur pied huit ou dix mille hommes de troupes étrangères », consultant Cellamare — confiance qui jurait avec le séquestre de « tous les revenus des bénéfices que [Giudice] possédoit en Sicile » ; « il n'oublioit rien pour engager [Leurs Majestés Catholiques] à regarder et à traiter comme leurs ennemis personnels ceux qui se déclaroient contre leur premier ministre. »
Inquiet de la lenteur de l’expédition de Sicile, il introduit une négociation d’accommodement avec Rome
La négociation avec Rome : « il changea cependant de conduite, lorsque la lenteur de l'expédition de Sicile lui donna lieu de craindre qu'après de beaux commencements, la fin de l'entreprise ne répondît pas à ses espérances. » Acquaviva eut ordre de flatter don Alexandre, « neveu chéri de Clément XI » : l'accommodement lui vaudrait l'honneur, la nonciature de Madrid et le cardinalat — « mais pour y réussir sûrement, il seroit absolument nécessaire qu'il y vînt porteur des bulles de Séville, préliminaire indispensable ».
Son artifice
Son artifice : la menace — sinon, Leurs Majestés « s'engageroient sans retour à suivre les projets formés par le conseil de Castille, et par la junte des théologiens et des canonistes » — mêlée d'espérance : le pape devait « profiter d'une porte qui lui étoit ouverte pour sortir d'un engagement qui dureroit autant que sa vie » ; et la vanterie : les finances si bien tenues « qu'il n'avoit pas été détourné ni employé un seul maravédis sur les fonds de l'année suivante ».
Les Espagnols dans la ville de Messine
« On apprit en France au commencement d'août que les Espagnols, continuant leurs progrès en Sicile, étoient entrés sans résistance dans la ville de Messine, aux acclamations unanimes du sénat et du peuple, les troupes piémontaises s'étant retirées dans la citadelle. Mais en même temps on apprit que la flotte angloise étoit à Naples, événements dignes d'occuper l'attention des princes de l'Europe et de leurs ministres. Il est par conséquent à propos de rappeler ce qui s'étoit passé depuis l'année 1716. »

◀ Chapitre précédent · ← Retour à la table des chapitres · Chapitre suivant ▶

© 2025-2026 - Jonathan Teyssandier - All rights reserved