TOME VII · CHAPITRE IX

Lire le texte intégral du chapitre →

Résumé

Mort de M. le Prince — le petit-fils du Grand Condé, fou et féroce, dont le caractère est un chef-d'œuvre de noirceur ; Mlle de Tours chassée par ordre obtenu du P. Tellier ; les visites en manteaux et mantes exécutées « d'une manière ridicule » ; l'eau bénite. L'époque de l'entrée des domestiques des princes du sang dans le carrosse du roi, « suite de cette usurpation », autres entreprises et nouveautés ; grand dégoût du duc de Bouillon ; le corps conduit à Valery par M. de Fréjus — le futur Fleury — et reçu par l'archevêque de Sens.

Les entrées

Mort de M. le Prince ; son caractère
Mort de M. le Prince, la nuit de Pâques au 1er avril, à soixante-six ans : « personne n'a eu plus d'esprit et de toutes sortes d'esprit…, jamais tant de talents inutiles, tant de génie sans usage, tant et si vive imagination, uniquement propre à être son bourreau et le fléau des autres ». « Fils dénaturé, cruel père, mari terrible, maître détestable, pernicieux voisin, sans amitié, sans amis…, la fougue et l'avarice étoient ses maîtres. » Mme la Princesse, « également laide, vertueuse et sotte », essuyait « injures fréquentes, coups de pied et de poing » ; il escroqua la capitainerie de Senlis aux Saint-Simon « à force de caresses ». Fou sur la fin : sautant sur le lit de la maréchale de Noailles — « Ah ! le bon lit ! » —, ouvrant la bouche « comme un chien qui aboie, mais sans faire de bruit » au coucher du roi, et se croyant mort, refusant de manger « [parce] que les morts ne mangeoient point » — Finot dut lui produire des morts qui mangeaient. Il vit en secret le P. de La Tour, mené de nuit par des détours obscurs ; les jésuites, « cruellement trompés », ne purent même faire payer le voyage du P. Lucas. Il mourut occupé « des honneurs qu'il vouloit à ses obsèques » et des beautés de Chantilly. « Qui que ce soit ne regretta M. le Prince » ; Mme la Princesse « eut honte de ses larmes jusqu'à en faire excuse ».
Mlle de Tours chassée de chez Mme la princesse de Conti, fille de M. le Prince, par ordre du roi, obtenu par le P. Tellier
Vengeance des jésuites, « coup d'essai du P. Tellier » : ne pouvant se prendre aux princes, « ils se ruèrent sur Mlle de Tours », demoiselle sans bien accusée d'avoir introduit le P. de La Tour. Mme la princesse de Conti « eut ordre précis de la mettre hors de chez elle » ; « pas un couvent dans Paris qui osât la recevoir ». Les jésuites « ne prirent seulement pas la peine de chercher [un prétexte], et voulurent que le crime imputé fût la matière connue et seule de la punition ».
Ducs et princes et leurs femmes font leurs visites sur la mort de M. le Prince en manteaux et en mantes, par ordre du roi, et l’exécutent d’une manière ridicule
Visites en manteaux ordonnées par le roi : personne n'y étant venu, il fallut un ordre après que le comte de Toulouse y fut allé en grand manteau. Tous y allèrent alors « d'une manière si indécente qu'elle tint fort de l'insulte » : « cravates de dentelles au lieu de rabats de deuil…, des rubans de couleur dans la tête ; les hommes, des bas de couleur blancs ou rouges…, en un mot, une franche mascarade. On se regardoit les uns les autres en riant » ; on jetait son manteau avant d'être hors de vue. Les princes du sang, « contents de leur victoire, n'osèrent rien dire » — ils tenaient même « des piles [de manteaux] à leur porte ».
Eau bénite de M. le Prince
L'eau bénite, le 9 avril : le prince de Conti, accompagné du duc de Tresmes, la donna de la part du roi, cérémonie pareille à celle du feu prince de Conti.
Époque de l’entrée des domestiques des princes du sang dans le carrosse du roi
Époque de l'entrée des domestiques des princes du sang dans le carrosse du roi : La Noue, gouverneur du duc d'Enghien, y monta, puis celui du prince de Conti — « la première [fois] où jamais domestique de prince du sang, même chevalier de l'ordre, ait mis le pied dans les carrosses ». Les fils de France n'osèrent se plaindre à cause des bâtards.
Suite de cette usurpation
Suite de l'usurpation : « cette entreprise, qui ne fut pas répétée du vivant du roi, se déborda dans tous les excès lorsque après lui M. le Duc fut le maître, d'où il résulta qu'il n'y eut plus de distinction, de bornes ni de mesures à manger avec le roi et à entrer dans ses carrosses, une des grandes sources de la confusion d'aujourd'hui ».
Autre entreprise
Autre entreprise : le prince de Conti, « au lieu de retourner dans le carrosse du roi reprendre le sien dans la cour des Tuileries, se fit ramener dans le carrosse du roi de l'hôtel de Condé droit chez lui » — « à chaque occasion, entreprises nouvelles que le roi passoit par divers égards, tous réversibles à ses bâtards ».
Autre nouveauté
Autre nouveauté : la mort de M. le Prince « est la première époque de l'invitation des princes étrangers comme parents, avec des ducs » — M. le Duc, « piqué des manteaux contre les ducs », invita Tarente, Rohan, Roucy, Blansac et Lassay ; « les ducs furent peu touchés d'une préférence et d'une concurrence insipide qui ne touche en rien leur naissance ni leur rang ».
Grand dégoût au duc de Bouillon
Grand dégoût au duc de Bouillon : ayant défendu au duc d'Albret de se trouver à l'eau bénite, « M. le Duc le prit avec tant de hauteur qu'il obtint du roi un ordre à M. de Bouillon de lui aller faire excuse ».
Le corps de M. le Prince conduit à Valery par M. de Fréjus, depuis cardinal de Fleury, et reçu par l’archevêque de Sens, en présence de M. le Duc et de ses seuls domestiques
Le corps fut porté « en grande pompe » droit à Valery, où l'évêque de Fréjus — « aujourd'hui cardinal Fleury et maître du royaume » — le présenta à l'archevêque de Sens, en présence des seuls M. le Duc, duc d'Enghien et leurs domestiques. « Qui eût dit alors à ces princes que M. le duc d'Enghien seroit un jour premier ministre…, qu'il seroit chassé, exilé…, par ce même évêque, qui prendroit sa place…, je pense qu'à la fin ils se seroient moqués du prophète. »
Service à Notre-Dame en présence des cours supérieures
« Tout se termina par un superbe service à Notre-Dame aux dépens du roi, en présence des cours supérieures comme premier prince du sang » ; le P. Gaillard, jésuite, fit l'oraison funèbre, « qui fut très mauvaise à ce que tout le monde trouva ».
Ducs parents invités
M. le Duc « envoya un gentilhomme en manteau long inviter parents et qui il lui plut. Plusieurs ducs le furent. Je le fus aussi : j'étois à la Ferté » — retiré exprès « jusqu'à ce que tout fût fini, et même qu'on n'en parlât plus, pour n'être mêlé en rien ».
Cardinal de Noailles officiant, se retire à la sacristie après l’évangile, parce que la parole fut adressée à M. le Duc à l’oraison funèbre
Le cardinal de Noailles officiant : « il y eut dispute à qui, du cardinal officiant ou de M. le Duc, [le P. Gaillard] adresseroit la parole. À la fin le roi décida que ce seroit à M. le Duc, mais qu'aussitôt après l'évangile, le cardinal se retireroit à la sacristie comme pour se reposer et ne reviendroit que l'oraison funèbre achevée. »
Méchanceté atroce de M. le Duc sur moi absent
Méchanceté atroce de M. le Duc : parlant au roi sur les manteaux, il « avoit eu la bonté de lui dire que c'étoit dommage de mon absence, et que j'en ferois de bonnes là-dessus, si j'étois à la cour, à quoi je sus aussi que le roi n'avoit rien répondu ». Saint-Simon s'en dépiqua : à la naissance du comte de Clermont, « je ne fus ni chez M. le Duc ni chez elle…, et je ne me contraignis pas de dire que je ne le verrois de ma vie. En effet, je l'ai tenu très hautement. »
Le roi ni les fils de France ne visitent Mme la princesse de Conti ni Mme la Princesse qu’à Versailles
« Le roi ne voulut point aller à Paris, ni que les fils de France y fussent voir Mme la princesse de Conti, ni Mme la Princesse…, tellement qu'il fallut enfin qu'elles vinssent à Versailles, où le roi les visita. Cette différence de Paris à Versailles fut nouvelle pour les princes du sang, et les mortifia beaucoup. »
Progression des biens de la maison de Condé
Progression des biens de Condé : le grand-père « n'avoit en tout de bien que douze mille livres de rente » et profita « lestement de l'immense confiscation des biens du dernier duc de Montmorency » ; le défunt jouissait avec Mme la Princesse « de un million huit cent mille livres de rentes » ; et M. le Duc premier ministre laissa en 1740 « deux millions quatre cent mille livres de rente, sans le portefeuille qui est demeuré ignoré », après une dépense « toujours plus que royale en tout genre ».
M. le Duc ne change point de nom
« M. le Prince fut le dernier de cette branche qui ait porté ce nom ; il n'étoit premier prince du sang que de grâce… M. le Duc conserva ce nom, et ne prit point celui de M. son père ; le roi le régla ainsi. »

◀ Chapitre précédent · ← Retour à la table des chapitres · Chapitre suivant ▶

© 2025-2026 - Jonathan Teyssandier - All rights reserved