TOME II · CHAPITRE PREMIER

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Résumé

1697, dernière campagne de la guerre : mort « étrange » de Charles XI de Suède et tableau de sa tyrannie ; les princes Sobieski repartent sans le collier du Saint-Esprit ; en Pologne, la conduite de l'abbé de Polignac désapprouvée et l'abbé de Châteauneuf envoyé la rectifier, tandis que le prince de Conti marque sa froideur pour cette couronne. Les plénipotentiaires travaillent à Delft et à La Haye. Chartres et du Maine ne servent plus ; Catinat prend Ath, Vendôme prend Barcelone et en est fait vice-roi. Saint-Simon rejoint l'armée de Choiseul qui passe le Rhin, admire sa belle retraite sous les inondations générales, et enrage du beau projet avorté par ordre de la cour.

Les entrées

Mort étrange de Charles XI, roi de Suède
Charles XI, roi de Suède, meurt le 15 avril 1697 à Stockholm, à quarante-deux ans : « le genre obscur et cruel de la longue maladie dont il mourut a fait douter entre la main de Dieu vengeresse et le poison. » Fils du célèbre Charles Gustave, roi à cinq ans, vainqueur des Danois avant vingt-cinq ans, il fut aussi le médiateur accepté de la paix qui se traitait — « et c'est le père de Charles XII qui depuis a fait tant de bruit en Europe et achevé de ruiner la Suède ».
Sa tyrannie
Sa tyrannie : dès 1680, « il s'affranchit de tout ce qui bridoit l'autorité royale, parvint au pouvoir arbitraire, et, incontinent après qu'il l'eut affermi, le tourna en tyrannie ». États généraux abolis, sénat anéanti, « destruction radicale de toute l'ancienne et grande noblesse, à laquelle il substitua des gens de rien » ; sa chambre de révisions fit rapporter grâces, intérêts et fruits depuis Gustave Adolphe « et confisqua tous les biens sans miséricorde » : « les plus grands et les plus riches tombèrent dans la dernière misère. »
Son palais brûlé
La punition poursuivit jusqu'au cadavre : « le feu prit au palais où il étoit encore exposé en parade. Ce fut avec grande peine qu'on le sauva des flammes qui consumèrent tout le palais de Stockholm. »
Princes Sobieski s’en retournent sans recevoir le collier du Saint-Esprit
Les princes Sobieski « se lassèrent d'un incognito qui ne leur donnoit rien ici, et qui marquoit seulement qu'ils n'y pouvoient obtenir les distinctions dont ils s'étoient flattés » : ils renoncent à recevoir l'ordre du Saint-Esprit et partent à la mi-avril, disant vouloir arriver en Pologne avant l'élection.
Conduite désapprouvée de l’abbé de Polignac en Pologne
Les nouvelles de Pologne se gâtent : on apprend « avec étonnement » que l'abbé de Polignac s'est engagé à ce que le prince de Conti prenne à ses dépens Kamieniec occupée par les Turcs, « et qu'il feroit cette conquête avant son couronnement, sans quoi son élection demeureroit nulle » — exposer la fortune d'un prince du sang « à toutes les trahisons de ceux qui se trouveroient intéressés à le faire échouer ». La cour, choquée, envoie Ferval y voir clair ; le gentilhomme du cardinal-primat Radziejowski donne des espérances « mais peu d'opinion de la conduite de l'abbé de Polignac », brouillé avec la reine « jusqu'aux éclats et à l'indécence ».
Abbé de Châteauneuf y va la rectifier
On dépêche l'abbé de Châteauneuf « lui servir d'évangéliste », porteur d'ordres très précis de ne rien faire que de concert avec lui : deux frères savoyards « de beaucoup d'esprit et de belles-lettres… l'aîné avec plus de manège, l'autre avec encore plus de fond et de sens ».
Froideur et plus du prince de Conti pour la Pologne
La froideur du prince de Conti, magnifiquement expliquée : « il étoit fort éloigné de désirer le succès d'une élévation à laquelle il n'avoit jamais pensé. Il alloit jusqu'à le craindre. » Estime et affection publiques, compassion de sa disgrâce, espérances sur Monseigneur dont il était l'intime — « enfin il étoit passionnément amoureux de Mme la Duchesse : elle étoit charmante, et son esprit autant que sa figure… M. le prince de Conti ne laissoit pas d'être parfaitement heureux. C'en étoit trop pour que le brillant d'une couronne pût prévaloir sur les horreurs de s'expatrier pour jamais. »
Plénipotentiaires à Delft et à la Haye
Les plénipotentiaires partent : brouille dès Lille — Le Normand ayant donné de bons chevaux à Crécy « et que des colliers et des charrettes » à Harlay ; à Courtrai, il faut attendre par courrier le caractère d'ambassadeurs pour parer les chicanes de cérémonial. Installation à Delft près de Callières, les alliés à La Haye, et entre deux le château de Ryswick « ouvert par divers côtés, afin que chacun pût entrer et sortir par le sien, et s'asseoir vis-à-vis de son entrée autour d'une table ronde pour éviter toute dispute de rang ». Le fils d'Harlay y fit « toutes les extravagances les plus outrées… sans que le père parût y donner la plus légère attention ».
Distribution des armées
La distribution des armées : la même que l'année précédente, mais les princes ne servent point ; le comte de Toulouse, seul, commande la cavalerie chez Boufflers.
M. de Chartres, prince du sang, et M. du Maine ne servent plus
Le roi en était convenu avec Monsieur pour M. de Chartres, avec M. le Prince pour M. le Duc et le prince de Conti : parti pris « par le contraste de M. de Vendôme qui commandoit une armée, et par ce qui s'étoit passé en Flandre de M. du Maine qui, ayant fait encore une campagne depuis, en fut dispensé pour toujours ».
Ath pris par le maréchal Catinat
Catinat, désœuvré d'Italie, reçoit une armée en Flandre et ouvre la campagne par le siège d'Ath, « qui étoit mal pourvu, et se défendit mollement ; la place se rendit le 7 juin, et le chevalier de Tessé en eut le gouvernement ».
Siège et prise de Barcelone par le duc de Vendôme, qui est fait vice-roi de Catalogne
Le grand morceau : le siège de Barcelone par Vendôme, la flotte d'Estrées fermant le port. Vingt-cinq mille défenseurs, chaleurs excessives, « beaucoup d'actions très-vives et très-belles » — Birkenfeld fait brigadier avant la fin du siège, Lesdiguières aux premières armes brillantes. Le coup décisif : averti d'une sortie combinée avec le vice-roi Velasco, Vendôme marche de nuit aux deux camps ennemis — « tout prit la fuite, et le vice-roi même tout en chemise » —, huit cents hommes tués ou pris, la cassette du vice-roi saisie. Capitulation le 5-8 août, honorable « comme la méritoient de si braves gens qui, par leur belle défense, s'étoient montrés vrais Espagnols » : trente canons, tous les privilèges de la ville « excepté l'inquisition que M. de Vendôme ne voulut pas souffrir ». Neuf mille tués ou blessés de notre côté ; Vendôme reçu vice-roi de Catalogne en grande cérémonie.
J’arrive à l’armée du maréchal de Choiseul, qui passe le Rhin
Saint-Simon arrive à Landau fin mai ; l'armée s'assemble, et le maréchal de Choiseul, inquiet pour Fribourg, obtient de passer le Rhin : départ secret dans sa chaise, jonction au fort Louis, « de toutes parts l'ordre et l'extrême diligence de l'exécution furent admirables » — pendant qu'Huxelles, resté presque seul à Spire, trompe le prince de Bade « à force trompettes, cymbales et tambours ». Camp derrière la Murg à Niederbühl ; le 8, la débandade générale des fourrageurs jusque sous les vedettes ennemies — « les ennemis la prirent pour un piège qu'on leur tendoit ; jamais pas un d'eux ne branla… Je ne pense pas que jamais folie ait été en même temps et si générale et si heureuse. »
Belle retraite du maréchal de Choiseul
La belle retraite du 19 juillet : les fourrages épuisés, Choiseul monte sur la hauteur retranchée de sa droite et dispose tout « avec tant de justesse, qu'avec le signal d'un bâton levé en l'air avec du blanc au bout… cette grande armée disparut en un moment, en plein jour, aux yeux des ennemis ». Le prisonnier Somières rapporta que le prince de Bade, accouru aux bords de la Murg, « demanda à ce qui l'accompagnoit s'ils avoient jamais rien vu de pareil » — « fière, belle, bien entendue, savante, et digne enfin d'un général qui avoit si bien appris sous les plus grands maîtres ». Seule ombre : la colonne de Blansac, surprise de nuit par des Impériaux égarés criant « Sauvons-nous », se fusille elle-même — cinq capitaines tués.
Inondations générales
« Cet été ne fut que pluies universelles, et débordements partout qui interrompoient le commerce. Paris et ses environs furent inondés, à ce qu'on nous mandoit, et ce que nous éprouvions ne nous donnoit pas de peine à le croire. »
Beau projet du maréchal de Choiseul avorté par ordre de la cour, qui fait repasser le Rhin à l’armée
Le beau projet avorté : attaquer les lignes gardant « les gorges qui sont à l'entrée de la Franconie, de la Souabe et de la Bavière », s'ouvrir des quartiers d'hiver en pays abondant. Mais Huxelles, « l'homme du monde qui aimoit le moins les entreprises, et qui craignoit le plus de se commettre », alarmé par des paysans d'un pont ennemi à Germersheim, recule jusqu'à Lauterbourg et communique « toute sa peur pour l'Alsace » à Barbezieux : ordre positif du roi de repasser le Rhin « toutes choses, toutes raisons et toutes représentations cessantes ». Le maréchal, la munition déjà distribuée pour marcher le lendemain, « se voyoit arracher sa gloire et une exécution dont l'importance influoit si fort sur la paix qui se traitoit » — il obéit, repasse à Strasbourg « à travers des eaux et des fanges inconcevables », et l'armée revient camper à Musbach, où l'on apprendra l'élection du prince de Conti.

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