TOME I · CHAPITRE XVII
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Résumé
Chapitre d'Église. Brias, archevêque de Cambrai, meurt ; l'abbé de Fénelon — dont Saint-Simon esquisse le portrait fascinant — lié à Mme Guyon, précepteur des enfants de France, reçoit Cambrai. Boucherat chancelier ; mort de Harlay, archevêque de Paris, ses dégoûts, sa dépouille ; Coislin, évêque d'Orléans, nommé au cardinalat ; Noailles passe de Châlons à Paris. Régularisation de La Trappe ; l'évêque-duc de Langres Gordes meurt et l'abbé de Tonnerre, d'une rare modestie, lui succède. Le maréchal de Lorges ne sert plus ; « forte picoterie » des princesses en clôture.
Les entrées
- Brias archevêque de Cambrai
- Retour à la cour pendant la campagne : M. de Brias, archevêque de Cambrai, « bon gentilhomme flamand » qui fit très bien pour l'Espagne pendant le siège « et aussi bien pour la France aussitôt après » — franchise qui plut au roi et fut toujours soutenue de l'effet. Vrai pasteur qui ne sortait presque jamais de son diocèse, « grand aumônier, libéral aux troupes », tenant une longue table « à la flamande, mais sans excès », dont il se levait « pour le moindre du peuple qui l'envoyoit chercher pour se confesser à lui… dont il s'acquittoit en vrai apôtre ».
- Sa mort
- Sa mort laisse vacant « ce grand morceau », que le roi donne à l'abbé de Fénelon, précepteur des enfants de France — regretté du roi, des ministres « et son diocèse infiniment ».
- Abbé de Fénelon
- Le fameux portrait de Fénelon : « un homme de qualité qui n'avoit rien, et qui, se sentant beaucoup d'esprit, et de cette sorte d'esprit insinuant et enchanteur… avoit aussi beaucoup d'ambition. Il avoit frappé longtemps à toutes les portes sans se les pouvoir faire ouvrir. » Rebuté des jésuites, il se tourne vers les jansénistes « pour se dépiquer », puis les quitte pour Saint-Sulpice, congrégation montante où « personne ne pût entrer en comparaison sur rien avec l'abbé de Fénelon » — il y trouve « de quoi primer à l'aise et se faire des protecteurs ». « C'étoit un esprit coquet qui, depuis les personnes les plus puissantes jusqu'à l'ouvrier et au laquais, cherchoit à être goûté et vouloit plaire. »
- Mme Guyon
- Obscur encore, il entend parler de Mme Guyon : « il la vit, leur esprit se plut l'un à l'autre, leur sublime s'amalgama. Je ne sais s'ils s'entendirent bien clairement dans ce système et cette langue nouvelle qu'on vit éclore d'eux dans les suites, mais ils se le persuadèrent. » Personne ne prend garde à leur union, « et Saint-Sulpice même l'ignora ». Plus tard, Fénelon la produit aux ducs puis à Mme de Maintenon « comme une femme tout en Dieu… qui craignoit surtout d'être connue » : « des filets si bien préparés la prirent. »
- Fénelon précepteur des enfants de France
- Beauvilliers, fait gouverneur des enfants de France « sans y avoir pensé, comme malgré lui », s'adresse à Saint-Sulpice pour choisir un précepteur : on lui vante Fénelon, « il le vit, il en fut charmé, il le fit précepteur ». L'abbé conquiert aussitôt les deux ducs unis — Beauvilliers et Chevreuse — dont il devient « le maître de leur cœur et de leur esprit et le directeur de leurs âmes », puis Mme de Maintenon elle-même, admise aux dîners « en cinquième » à la clochette, « un sanctuaire qui tenoit toute la cour à leurs pieds ». La cour s'aperçoit « des pas de géant de l'heureux abbé » ; lui se fait « bouclier de modestie ».
- Fénelon archevêque de Cambrai
- Cambrai, qu'il n'avait garde de chercher — « la moindre étincelle d'ambition auroit détruit tout son édifice » —, est pourtant « un coup de foudre » pour le petit troupeau guyonien (les duchesses de Mortemart et de Béthune, la comtesse de Guiche qui « en fut outrée jusqu'à n'en pouvoir cacher ses larmes ») : « c'étoit Paris qu'ils vouloient tous, et non Cambrai, qu'ils considérèrent avec mépris comme un diocèse de campagne. » Le sacre se fait à Saint-Cyr, « ce lieu si précieux et si peu accessible », par M. de Meaux, « le dictateur alors de l'épiscopat », devant les enfants de France et Mme de Maintenon, « portes fermées à l'empressement de faire sa cour ».
- Boucherat, chancelier, ferme sa porte aux carrosses mêmes des évêques
- La nouveauté du chancelier Boucherat : « dès qu'il fut dans cette grande place », il ferme sa porte aux carrosses des magistrats, des gens de condition sans titre, « enfin des prélats » — distinction qu'aucun chancelier n'avait imaginée, quand « les princes du sang n'ont jamais fermé la porte de la cour à aucun carrosse ». « On cria, on se moqua, mais chacun eut affaire au chancelier… on subit. » La députation du clergé menée par l'archevêque de Bourges trouve porte close et refuse de le voir chez lui : tout se finit par accommodement « dans la pièce du château où le chancelier tient le conseil des parties ».
- Harlay archevêque de Paris
- Harlay, archevêque de Paris, qui « avoit toujours régné sur le clergé par la faveur déclarée et la confiance du roi », essuie à la dernière assemblée toutes sortes de dégoûts : le P. de La Chaise l'a exclu de la distribution des bénéfices, et Mme de Maintenon, « à qui il avoit déplu d'une manière implacable en s'opposant à la déclaration du mariage dont il avoit été l'un des trois témoins, l'avoit coulé à fond » — ses mœurs galantes, jamais nuisibles jusque-là, « devinrent des crimes entre ses mains ».
- Dégoût de ses dernières années
- Le dégoût des dernières années : le clergé « se plut à se venger de la domination quoique douce et polie qu'il en avoit éprouvée », le monde « qui n'eut plus besoin de lui pour des évêchés et des abbayes, l'abandonna ». Il se renferme avec « sa bonne amie la duchesse de Lesdiguières » à Conflans, au jardin si propre que « des jardiniers les suivoient à distance pour effacer leurs pas avec des râteaux ». Les vapeurs tournent en attaques d'épilepsie, qu'il fait cacher si étroitement à ses domestiques « qu'il ne fut que trop bien obéi ».
- Sa mort
- Le 6 août, à Conflans, son maître d'hôtel vient l'avertir que le dîner est servi : « il le trouva dans son cabinet, assis sur un canapé et renversé ; il étoit mort. » L'oraison funèbre du P. Gaillard à Notre-Dame — « la matière étoit plus que délicate, et la fin terrible » — fut « un chef-d'œuvre d'éloquence et de piété » : il loua ce qui méritait de l'être, « puis tourna court sur la morale ». « Le roi se trouva fort soulagé, Mme de Maintenon encore davantage. »
- Sa dépouille
- La dépouille : M. de Reims eut la place de proviseur de Sorbonne, M. de Meaux celle de supérieur de la maison de Navarre, M. de Noyon son cordon bleu — la nomination au cardinalat et l'archevêché demandant « un peu plus de discussion ».
- Coislin, évêque d’Orléans, nommé au cardinalat
- La scène du cabinet, le lundi 8 août : le roi va droit à l'évêque d'Orléans — Coislin —, « le prit par le bras sans lui dire un mot, et le mena en laisse à l'autre bout du cabinet aux cardinaux de Bouillon et de Furstemberg » : « Messieurs, je crois que vous me remercierez de vous donner un confrère comme M. d'Orléans, à qui je donne ma nomination au cardinalat. » L'évêque se jette à ses pieds. Suit le portrait du saint homme « gros, court, entassé… avec un air de candeur, de bénignité, de vertu qui captivoit en le voyant » : jeunesse si pure à la cour que « jeunes et vieux n'osoient dire devant lui une parole trop libre », tout le revenu de son évêché « en entier tous les ans en bonnes œuvres », et une modestie que la nomination ne changea en rien.
- Noailles, évêque-comte de Châlons, archevêque de Paris, et son frère, évêque-comte de Châlons
- Paris devient « le fruit du sage sacrifice du duc de Noailles » : son frère, évêque-comte de Châlons — translation qu'il n'avait acceptée jadis « que par un ordre exprès d'Innocent XI », résident exact, « il y porta son innocence baptismale » —, est nommé à son insu et à l'insu du P. de La Chaise : Mme de Maintenon, appuyée des Missions étrangères qu'elle avait mises à la mode « pour contrecarrer les jésuites », emporte tout. « Le camouflet étoit violent, aussi les jésuites ne l'ont-ils jamais pardonné à ce prélat » — qui ne plia « qu'à force d'ordres réitérés ». Grâce entière : la domerie d'Aubrac et l'évêché de Châlons vont à l'abbé de Noailles, le plus jeune frère.
- Régularisation de la Trappe
- La régularisation de la Trappe : Saint-Simon va « se réjouir avec M. de la Trappe de la solidité que le roi venoit de donner à son ouvrage ». Un successeur commendataire « n'auroit pas laissé de quoi vivre à ce grand nombre de pénitents » : le roi accorde à Rancé de choisir un successeur régulier et promet « qu'il n'y auroit point de commendataire tant que la régularité subsisteroit » — le pape y consentant par une précaution canonique expresse. Rancé nomme son prieur, se démet, « et parut encore plus grand en cet état qu'il n'avoit fait dans la réforme et le gouvernement de cet admirable monastère ». En passant, l'hommage à Nicole, mort à Paris : ses ouvrages « développent le cœur humain avec une lumière qui apprend aux hommes à se connoître ».
- Évêque-duc de Langres
- M. de Langres — Simiane — meurt presque en même temps : « un vrai gentilhomme et le meilleur homme du monde… on l'appeloit volontiers le bon Langres », pas fait pour être évêque, joueur du plus gros jeu du monde. L'anecdote du billard est savoureuse : plumé par Vendôme et M. le Grand, il s'enferme six mois à Langres pour étudier les adresses du billard, se fait presser à son retour comme un homme battu, « joua d'abord médiocrement, puis mieux, et fit grossir la partie ; enfin il les gagna tous de suite, puis se moqua d'eux ».
- Gordes
- Rappel de la famille : son père Gordes, premier capitaine des gardes, faisait arrêter le carrosse de Louis XIII — « Sire, vous ne voulez pas qu'on crève, faites donc arrêter, s'il vous plaît » — « et il descendoit pour pisser. Le roi rioit et le considéroit. Mon père qui l'a vu arriver cent fois me l'a conté. »
- Sa mort
- Sa mort : il avait « un grand désir de l'ordre, et de toutes façons étoit fait pour l'avoir, et mourut fort vieux sans y être parvenu ».
- Abbé de Tonnerre évêque-duc de Langres
- Langres est donné à l'abbé de Tonnerre, neveu de M. de Noyon, aumônier du roi servant auprès de Monseigneur.
- Sa modestie
- Sa modestie fait sa réputation : invité par Monseigneur à se mettre à sa table comme nommé à un évêché-pairie, il s'en défend — M. d'Orléans, évêque et premier aumônier, ne pouvant avoir cet honneur, « il seroit trop peiné de lui donner ce dégoût, lui n'étant encore que nommé ». « Il fut extrêmement loué de cette modestie », et Monseigneur le laissa maître de s'asseoir à sa table quand il voudrait.
- M. le maréchal de Lorges ne sert plus
- Le maréchal de Lorges, de retour de Vichy, paraît à la cour « encore en plus mauvais état qu'il n'avoit fait à Paris ». Le roi comprend « qu'après deux aussi fortes maladies et si près à près, il ne seroit plus en état de servir » et charge La Rochefoucauld, « son ami le plus intime de tous les temps », de le lui faire entendre. Le maréchal obtient une audience, « mais il ne put changer de pensée, et M. de Lorges s'y soumit de bonne grâce, quoique très-peiné de devenir inutile, surtout par rapport à moi et à ses neveux » — « nous en fûmes aussi fort affligés, par la différence infinie que cela faisoit pour nous à l'armée ».
- Forte picoterie des princesses
- La picoterie des princesses, au premier Marly de Saint-Simon : le roi ayant joué « aux olives » avec Mme la Duchesse, il lance sèchement à la princesse de Conti « que sa gravité ne s'accommodoit pas de leur ivrognerie » ; celle-ci réplique à Mme de Châtillon « qu'elle aimoit mieux être grave que sac à vin » — et Mme de Chartres, « de sa voix lente et tremblante, qu'elle aimoit mieux être sac à vin que sac à guenilles », allusion cruelle à Clermont et aux gardes du corps chassés. Le mot court partout ; chansons salées de Mme la Duchesse, dîner de réconciliation « aride » à Meudon, pipes fumées au château avec le tabac du corps de garde suisse — « la fumée les avoit trahies » —, jusqu'à la menace finale du roi : « elles avoient chacune des maisons de campagne où il les enverroit pour longtemps… La menace eut son effet, et le calme et la bienséance revinrent et suppléèrent à l'amitié. »
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