TOME I · CHAPITRE VI
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Résumé
Court chapitre de campagne, 1693 : le roi, parti pour la Flandre avec un immense appareil, rebrousse brusquement chemin vers Versailles — décision que Saint-Simon tient pour une faute et une énigme — tandis que Monseigneur gagne le Rhin avec le maréchal de Boufflers et Monsieur les côtes. Tilly est défait, Huy se rend au maréchal de Villeroy, et le maréchal de Luxembourg remporte à Neerwinden la plus sanglante victoire de la guerre, que la cour célèbre et que le mémorialiste raconte en soldat qui y portait les armes.
Les entrées
- Départ subit du roi pour Versailles, et de Monseigneur avec le maréchal de Boufflers pour le Rhin
- La faute stratégique de l'été 1693, contée de l'intérieur : le roi, joint à Boufflers au camp de Gembloux à une demi-lieue de Luxembourg, tient le prince d'Orange acculé à l'abbaye de Parc, retranché à la hâte, écrivant à Vaudémont « qu'il était perdu et qu'il n'y avait que par un miracle qu'il en pût échapper ». Et le 8 juin, le roi déclare qu'il s'en retourne à Versailles, envoyant Monseigneur en Allemagne avec un gros détachement. Luxembourg représente tout : la facilité de forcer les retranchements, la victoire certaine, quatre grands mois de campagne — il « se mit à deux genoux devant le roi et ne put rien obtenir » : les larmes de Mme de Maintenon et ses lettres « l'emportèrent sur les plus pressantes raisons d'État, de guerre et de gloire ». Le lendemain, le jeune capitaine, allant seul à l'ordre, tombe sur le prince de Conti qui, « mourant de rire », lui conte la retraite « et la chamarra bien » ; congé pris du roi au milieu du degré ; l'effet fut « incroyable jusque parmi les soldats », les officiers parlant « avec une licence qui ne put être contenue » — et le prince d'Orange manda que sa délivrance « était un miracle qui ne se pouvait imaginer ».
- Monsieur sur les côtes
- Le volet côtier du dispositif : Monsieur commande toutes les côtes de l'Océan contre les descentes anglaises — Humières sous lui, Chaulnes en Bretagne, d'Estrées en Aunis-Saintonge-Poitou, Bellefonds en Normandie —, tandis que le roi rentre à Versailles le 25 juin avec les dames « pour ne revenir plus sur la frontière » : la phrase tombe comme une pierre — Louis XIV ne reverra jamais ses armées.
- Tilly défait
- L'affaire d'Heylesem (14 juillet) : averti de la marche de Tilly et de six mille chevaux venus se poster sur ses convois, Luxembourg fait monter à cheval dans la nuit quarante-quatre escadrons de sa droite avec les princes. Prévenus « par un moine d'Heylesem », les ennemis attendent sur une hauteur derrière des ravines ; Marsin, du Rosel et l'exempt Sanguinet attaquent par trois endroits — Sanguinet, « pour s'être trop pressé », culbuté et tué ; le duc de Montfort balafré de six coups de sabre ; Thianges, accouru volontaire, blessé « par les nôtres » qui, à son habit toujours bizarre, le prennent pour un ennemi. Les six mille sont enfoncés « et mis tellement en fuite qu'on ne put presque faire de prisonniers ».
- Huy rendu au maréchal de Villeroy
- Huy prise en trois jours par le maréchal de Villeroy avec un gros détachement, couvert par Luxembourg — un sous-ingénieur et quelques soldats pour toute perte. Saint-Simon voit sortir « une assez mauvaise garnison de diverses troupes », fort inquiétée par nos officiers autorisés par la capitulation à rechercher leurs déserteurs, visite la place — remise à un commandant sous Guiscard, gouverneur de Namur — puis suit l'armée réunie jusqu'au camp de Lexhy, à trois lieues de Liège, où l'ordre de préparer quantité de fascines fait croire qu'on marchera aux lignes de Liège… avant l'ordre nocturne de les brûler et de se tenir prêts.
- Bataille de Neerwinden
- Neerwinden (29 juillet 1693), racontée d'après la relation que le jeune homme écrivit le lendemain pour sa mère : la marche de nuit après huit lieues, « la joie des troupes » ; la position formidable — deux villages retranchés, un long retranchement à redoutes entre les deux, la cavalerie française « fouettée étrangement » six heures durant par le canon « sans branler que pour resserrer les rangs » ; les attaques repoussées, Montchevreuil tué, la cavalerie ramenée trois fois « avec la même furie » sur des retranchements infranchissables ; le colloque des maréchaux et des princes dans le petit fond, « presque à la tête du Royal-Roussillon » ; puis les gardes françaises et suisses, Conti en tête, emportant Neerwinden maison par maison ; la cavalerie défilant par les jardins et les granges « dont on abattit ce que l'on put de murailles », cinq charges dans la plaine, l'ennemi poussé dans la Gette « où un nombre infini fut noyé ». Le duc de Chartres charge « avec une valeur digne de sa naissance » et manque d'être pris ; le prince d'Orange, voyant l'immobilité de la cavalerie française sous son canon, tourne bride en s'écriant : « Oh ! l'insolente nation ! ». Saint-Simon lui-même fait cinq charges sur deux chevaux — croupière coupée, agrément d'or déchiré —, son gouverneur emporté deux fois vers l'ennemi par un cheval fou, son deuxième gentilhomme disparu dont l'effronterie au retour le fait congédier ; le gigot de mouton sauvé de la veille scelle la réconciliation de d'Achy et Puyrobert « qui s'embrassèrent de bon cœur ». Le bilan est terrible : Montchevreuil, Lignery, le duc d'Uzès « les deux jambes emportées », cinq brigadiers dont Montfort et Quoadt — tué d'un coup de canon sous ses yeux, La Feuillade reparaissant « poudré et paré d'un beau surtout rouge » après être allé faire sa toilette en pleine bataille —, et le cousin germain Chanvalon, fils unique de la tante maternelle « qui ne s'en est jamais consolée » ; vingt mille hommes aux ennemis, « près de la moitié » aux vainqueurs — « la victoire se peut dire complète », tout le canon pris, et rien d'exploité.
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