TOME XVI · CHAPITRE IV
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Résumé
Les forces d'Espagne en Sardaigne et la disposition de la Sicile — l'expédition se prépare ; le roi Jacques propose au roi d'Espagne « un projet pour gagner l'escadre anglaise » tendant à son rétablissement, appuyé par Acquaviva ; Albéroni « fait étaler les forces d'Espagne aux Hollandais » et continue ses déclamations « contre le traité et contre le régent » — accusant Monteléon de lâcheté, faisant « d'assez justes » reproches à l'Angleterre et au Régent ; le roi d'Espagne veut « demander compte aux États généraux du royaume de la conduite du régent » — l'ingérence énorme — et ne se fie point au roi de Sicile.
Les entrées
- Forces d’Espagne en Sardaigne
- Les forces en Sardaigne : « il y avoit en Sardaigne un corps de dix-sept mille hommes effectifs, dont trois mille cinq cents hommes étoient cavalerie ou dragons, outre ce qui devoit être embarqué sur la flotte qu'on attendoit d'Espagne » — l'objet de l'entreprise, en mai 1718, « encore ignoré de toute l'Europe », quoiqu'on commençât « à soupçonner qu'elle pouvoit regarder la Sicile ».
- Disposition de la Sicile
- La disposition de la Sicile : « les troupes du duc de Savoie en Sicile se réduisoient à huit mille hommes, composés en partie de gens du pays mal affectionnés à leur prince, et disposés à se soulever dès que les vaisseaux d'Espagne paroîtroient à la côte » — et l'on comptait qu'ils arriveraient bien avant la flotte anglaise.
- Le roi Jacques fait proposer au roi d’Espagne un projet pour gagner l’escadre anglaise et tendant à son rétablissement
- Le projet du roi Jacques : l'officier Commock proposait de gagner l'escadre anglaise — une lettre au chevalier Bing « avec promesse, si Bing y déféroit, de cent mille livres sterling, et de le revêtir du titre de duc d'Albemarle » ; vingt mille livres sterling et une commission d'officier général « à chaque capitaine de vaisseau de ligne qui amèneroit son navire au service de Sa Majesté Catholique » ; au lieutenant « qui saisiroit son capitaine refusant les offres », la commission de capitaine, le titre de chevalier et cinq mille livres ; au capitaine Scott, le titre de « comte d'Angleterre, amiral de l'escadre bleue », et trente mille livres. « Le roi Jacques ne risquoit rien à tenter le succès des visions de Commock », offrant même de rembourser les dépenses « quand il seroit rétabli ».
- Le cardinal Acquaviva l’appuie en Espagne
- Acquaviva appuya ces vues, « soit qu'elles lui parussent solides, soit qu'il voulût faire plaisir à ce prince que la fortune persécutoit depuis qu'il étoit né », observant seulement « que les gens attachés au roi Jacques étoient gens abattus par leurs malheurs, presque au désespoir..., et qu'enfin ceux qui désirent voient pour l'ordinaire les choses plus faciles que les indifférents ».
- Albéroni fait étaler les forces d’Espagne aux Hollandois
- L'étalage aux Hollandais : Beretti eut ordre de déclarer que son maître « hasarderoit tout plutôt que de recevoir les conditions que l'Angleterre prétendoit lui imposer », et de détailler les forces : « quatre-vingt mille hommes..., trente navires de guerre, onze en construction, chaque navire de quatre-vingts pièces de canon..., trente-trois mille hommes de troupes réglées destinées pour le débarquement..., et l'attente du retour de soixante-treize vaisseaux qui revenoient des Indes » — d'où Albéroni concluait « qu'il y auroit poltronnerie et bassesse à céder..., même s'il étoit nécessaire de périr, périr les armes à la main ».
- Albéroni continue ses déclamations contre le traité et contre le régent ; accuse Monteléon, qu’il hait, de lâcheté, de paresse ; lui fait d’autres reproches ; en fait d’assez justes à l’Angleterre et au régent
- Ses déclamations : le projet « chimérique » pour l'Espagne, « monstrueux » pour l'empereur, un « hircocerf » ; « les Anglois traitent le roi d'Espagne comme un roi de plâtre » ; Monteléon accusé « de ne parler que par l'organe de l'abbé Dubois » — « le roi, la reine, ni le premier ministre d'Espagne, ne pouvoient lire ses lettres sans indignation » ; et contre le régent, des reproches assez justes : ses instances aux Hollandais prouvaient que sa conduite « n'étoit pas celle d'un médiateur, mais celle d'une partie intéressée aux avantages de l'ennemi irréconciliable des deux couronnes ».
- Le roi d’Espagne veut demander compte aux États généraux du royaume de la conduite du régent ; ne se fie point aux protestations du roi de Sicile
- La menace des états généraux : « Cellamare eut ordre de répandre dans Paris que son maître ne recevroit la loi de personne, encore moins du régent que de qui que ce soit ; que Sa Majesté Catholique croyoit pouvoir s'adresser aux états généraux du royaume, et leur demander compte de la conduite de M. le duc d'Orléans. » Quant au roi de Sicile, aux protestations de Lascaris, le cardinal, « persuadé que le ministre confident du roi de Sicile seroit le premier que ce prince tromperoit pour mieux tromper le roi d'Espagne », répondit par de simples civilités.
- Divers faux raisonnements
- Les faux raisonnements du public : « on disoit sourdement qu'il y avoit une intelligence secrète entre cette couronne et celle d'Espagne », confirmée par « la douceur qui régnoit dans les conférences fréquentes que le cardinal avoit avec Nancré », par les « articles secrets » supposés, et par les bâtiments français frétés pour le transport des troupes ; d'autres croyaient que la France « désiroit seulement de voir [le roi d'Espagne] engagé à faire la guerre en Italie, et forcé de s'épuiser pour la soutenir. Enfin chacun raisonnoit à sa manière. »
- Malignité insultante et la plus partiale des ministres anglois pour l’empereur sur la Sardaigne et sur les garnisons
- La malignité anglaise sur la Sardaigne : les ministres « assurèrent Monteléon que leur maître étoit très affligé de ne pouvoir acquiescer à une demande si raisonnable », feignant que, déclarée plus tôt, elle eût réussi — « l'argent auroit été bien employé pour y parvenir, et l'Angleterre auroit volontiers concouru avec la France pour assembler une somme » — mais que l'engagement pris avec l'empereur rendait tout changement impossible.
- Monteléon de plus en plus mal en Espagne
- Monteléon de plus en plus mal : « Albéroni avoit trop de soin de le représenter au roi et à la reine d'Espagne comme vendu aux Anglois », d'autant plus aisément que la cour d'Angleterre, « donnant de grandes espérances au roi d'Espagne, ne tenoit rien de ce qu'elle avoit promis quand il s'agissoit de l'exécution ».
- Friponnerie anglaise de l’abbé Dubois sur les garnisons
- La friponnerie sur les garnisons : les ministres anglais promirent à Dubois qu'il serait permis de mettre des garnisons espagnoles en Toscane et à Parme ; « Monteléon fit des instances pour obtenir que la déclaration d'une condition si essentielle lui fût donnée par écrit. L'abbé Dubois lui promit de refuser sa signature au projet, si cette condition n'étoit auparavant bien assurée. Nonobstant les assurances et les promesses, les Anglois refusèrent de la passer. »
- Maligne et insultante partialité des ministres anglois pour l’empereur sur la Sicile
- La partialité sur la Sicile : Stanhope répondit à l'envoyé de Savoie « que le duc de Savoie, qui se plaignoit d'être abandonné par l'Angleterre, ne savoit pas reconnoître les obligations qu'il avoit à cette couronne ; qu'elle soutenoit seule les intérêts de ce prince..., et qu'actuellement sa plus grande peine à Vienne étoit de vaincre la répugnance presque insurmontable que l'empereur montroit à renoncer à ses droits sur la monarchie d'Espagne en faveur de la maison de Savoie ».
- Fausseté insigne d’Albéroni à l’égard de la Sardaigne, ainsi qu’il avoit fait sur les garnisons
- La fausseté d'Albéroni sur la Sardaigne : pendant qu'il l'exigeait des médiateurs, « il donnoit ordre à Cellamare de confier à Provane que, nonobstant la déclaration que Sa Majesté Catholique avoit faite à l'égard de la Sardaigne, elle n'avoit nulle intention d'accepter le projet, quand même cette condition lui seroit accordée ; qu'elle vouloit seulement, par une telle demande, exclure la proposition de l'échange de la Sicile. »
- Les Impériaux inquiets sur la bonne foi des ministres anglois, très mal à propos
- L'inquiétude déplacée des Impériaux : Penterrieder « parut très inquiet de la demande faite par Sa Majesté Catholique, et de la prétention qu'elle formoit de mettre actuellement des garnisons espagnoles dans les places de Toscane et de Parme..., [nouveautés] que Penterrieder traitoit d'extravagantes » — mais « les ministres anglois ne lui donnoient aucun sujet de soupçonner ni leur conduite ni leurs intentions ».
- Efforts de Cadogan et de Beretti pour entraîner et pour détourner les Hollandois d’entrer dans le traité
- Amsterdam disputée : « on prétendoit que [Cadogan] répandoit de l'argent que le prince, naturellement aussi ménager que l'ambassadeur, n'épargnoit pas dans une occasion où il s'agissoit de gagner les bourgmestres et les magistrats d'Amsterdam. Cadogan s'étoit marié dans cette ville, et les parents de sa femme agissoient » ; Beretti, lui, « parloit mal à propos, donnoit des mémoires mal composés, souvent peu sensés », mais la crainte de la guerre était telle que « les États de Hollande s'assembloient, mais ils se séparoient sans décider ».
- Tous deux avouent que le régent seul en peut emporter la balance
- « Ces deux ambassadeurs, directement opposés l'un à l'autre, convenoient également que le régent seul pouvoit entraîner la balance du côté qu'il voudroit favoriser » — Cadogan, « chose nouvelle ! réduit à recourir aux offices de la France », demandant des ordres « clairs et positifs » pour Châteauneuf, « car il avouoit qu'au moindre doute les affaires seroient absolument ruinées ».
- Beretti appliqué à décrier Monteléon en Espagne
- « Un point encore plus sensible pour [Beretti] étoit de décrier Monteléon en toutes occasions, de le rendre suspect à son maître, et d'attribuer au dévouement qu'il avoit pour les Anglois les conseils faibles et timides de s'accommoder au temps » — mais les princes d'Italie, jugeant Monteléon supérieur, « confioient à Monteléon ce qu'ils vouloient faire savoir au roi d'Espagne ».
- Ouverture et plainte, avis et réflexions du grand-duc, confiés par Corsini à Monteléon pour le roi d’Espagne
- L'ouverture du grand-duc, confiée par Corsini : lui et son fils auraient désiré qu'on leur communiquât l'idée avant de disposer de leur succession ; ils ne pouvaient « recevoir de consolation plus touchante que de voir l'infant don Carlos destiné... à recueillir après eux la succession de leurs États », mais s'affligeaient « de la loi nouvelle et dure qu'on imposoit à l'infant de recevoir de l'empereur l'investiture », plaidaient les droits de l'électrice palatine, et tenaient les garnisons espagnoles pour un déshonneur : « c'étoit douter de sa bonne foi que d'exiger de telles précautions. »
- Faible supériorité impériale sur les États de Toscane
- La faible supériorité impériale : « la liberté du domaine de Florence étoit indubitable, et depuis Côme de Médicis il ne s'étoit fait aucun acte capable d'y porter le moindre préjudice » — la confirmation impériale de l'élection des Médicis « ne pouvant passer pour une investiture féodale ».
- Roideur des Anglois sur la Sardaigne, et leur fausseté sur les garnisons espagnoles
- La roideur anglaise : sur la Sardaigne, « ni le roi leur maître ni le régent ne pouvoient se départir du plan proposé tel qu'il avoit été accepté par l'empereur..., la moindre variation renverseroit absolument un projet qui avoit coûté tant de peine » — avec le motif personnel glissé à la reine et à Albéroni « que l'état incertain de la santé du roi d'Espagne devoit les porter tous deux à suivre les conseils du roi d'Angleterre » ; sur les garnisons, un consentement affecté, « pourvu toutefois qu'il en obtînt le consentement de ces princes » — « les Anglois savoient bien qu'ils ne risquoient rien..., les deux princes ne le donneroient jamais volontairement. »
- Mouvements de Beretti et de Cellamare
- Les mouvements des deux ambassadeurs : « Beretti se vantoit de suspendre par sa dextérité l'accession des États généraux » ; Cellamare faisait valoir ses démarches auprès des ministres de la régence — les uns défendant le projet « si faiblement », les autres approuvant, « la nation en général, ennemie du nom autrichien, montrant ouvertement son respect et son attachement pour le roi d'Espagne (et tout cela étoit parfaitement vrai, mais parfaitement inutile). »
- Fourberie d’Albéroni
- La fourberie d'Albéroni envers les Piémontois : « il falloit tromper le duc de Savoie jusqu'à ce que le moment fût arrivé de faire éclater le véritable objet de l'armement du roi d'Espagne » — il se contentait de dire « qu'on verroit bientôt si le duc de Savoie, demandant à s'unir avec l'Espagne, parloit sincèrement ».
- Sa fausseté sur la Sardaigne
- Sa fausseté sur la Sardaigne encore : il prétendit « qu'il n'avoit tenu qu'à [l'Espagne] d'obtenir des médiateurs la condition de conserver la Sardaigne, si elle eût voulu, moyennant cette addition, souscrire aux engagements du traité », et que le colonel Stanhope la lui avait offerte — « ces offres prétendues étoient bien opposées aux discours que les ministres anglois avoient tenus à Londres à Monteléon. »
- Fureur d’Albéroni contre Monteléon ; aime les flatteurs ; écarte la vérité
- Sa fureur contre Monteléon : il l'accusait d'infidélité et jusqu'à l'incapacité, disant « que les réponses qu'il faisoit au sujet du traité étoient discours d'un homme ivre » ; « celui qui a tout pouvoir ne manque jamais de flatteurs..., telles gens étoient écoutés avec plaisir par Albéroni ; d'autres plus sages, mais en moindre nombre, ne pénétroient pas jusqu'à lui. On écartoit avec soin ceux qui... ne pouvoient parler sincèrement et découvrir à Leurs Majestés Catholiques le péril où le royaume alloit être exposé. » La nation, elle, « se flattoit de chasser les Allemands d'Italie ».
- Chimères, discours, étalages d’Albéroni
- Ses chimères et étalages : « il se figuroit que l'empereur seroit obligé de faire encore une campagne en Hongrie », comptait sur une descente suédoise au Mecklembourg, sur les « bons républicains » hollandais ; « l'un de ces princes, disoit-il, songe à se maintenir roi, l'autre à le devenir » ; il traitait Dubois de « visionnaire » — Saint-Simon retournant le trait : « c'étoit le régent qui étoit l'instrument de toutes les mauvaises intentions de l'abbé Dubois..., l'Albéroni de la France..., qui, sciens et volens, sacrifioit la France, l'Espagne, la réputation de son maître à son ambition de se faire cardinal. » Suivait le « détail magnifique » : trente-trois navires d'au moins quarante-cinq canons, cinq mois de vivres, « dix-huit mille fusils de réserve prêts à distribuer aux gens de bonne volonté » ; « la flotte et l'armée de terre marchoient avec les fiocques. Il avouoit cependant que Dieu étoit sur tout. »
- Friponnerie d’Albéroni sur les garnisons
- Sa friponnerie sur les garnisons : « il employoit l'ascendant qu'il croyoit avoir sur l'esprit du duc de Parme pour lui persuader de protester qu'il ne recevroit jamais de garnison espagnole dans ses places. Il n'est pas difficile d'inspirer aux petits princes la crainte de cesser d'être maîtres chez eux. »
- Il fait le marquis de Lede général de l’armée, et se moque de Pio et l’amuse
- « Le marquis de Lede fut nommé général de cette armée, et la flotte partit de Cadix pour Barcelone le 15 mai. » Le prince Pio, qui s'était flatté du commandement, fut amusé : Leurs Majestés « avoient besoin de garder en Espagne un homme tel que lui..., et il verroit par la destination qu'elles avoient faite in petto sur son sujet l'opinion qu'elles avoient de son mérite » — assurances enveloppées qu'il devait recevoir « comme des marques certaines de la franchise de cœur et de la sincérité » du cardinal.
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