TOME IV · CHAPITRE XVIII

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Résumé

Catastrophes privées : Tracy, Reineville retrouvé, Rigoville ; mort et conversion de la comtesse d'Auvergne ; mort du prince d'Espinoy ; l'assassinat de Vervins et la singularité de sa fin. Voyage de Fontainebleau par Sceaux ; Villeroy à la cour puis à Bruxelles ; les électeurs de Bavière et de Cologne à Bruxelles et Lille ; « petits exploits » de La Feuillade ; anecdote curieuse. L'« état brillant » de la duchesse de Bourgogne — et les ombres : Nangis, Mme de La Vrillière, Maulevrier et sa femme, le manège dangereux que Saint-Simon suggère ; Maulevrier part avec Tessé, voit la princesse des Ursins à Toulouse ; Tessé grand d'Espagne en arrivant ; Toulouse chevalier.

Les entrées

Tracy ; sa catastrophe ; sa mort
« La triste destinée que le pauvre Tracy acheva en ce temps-ci put servir de grande leçon aux ambitieux » : gentilhomme de Bretagne pauvre, exempt puis enseigne des gardes, un des meilleurs partisans de l'armée — « ce fut lui qui, étant dehors, sauva l'armée de M. de Luxembourg lors du combat de Steinkerque ». La fortune ne le servant pas aussi vite qu'il l'attendait, « sa tête s'altéra » ; écarté de Versailles, « son mal redoubla et se tourna bientôt en fureur, qui obligea de le mettre à Charenton, chez les pères de la Charité, où le roi fit prendre grand soin de lui, et où il mourut. [...] Ce fut grand dommage, je le connoissois extrêmement, et je n'ai guère trouvé un plus galant homme. »
Reineville retrouvé
« En ce même temps Reineville, lieutenant des gardes du corps, qu'on a vu disparoître en 1699, coulé à fond par le jeu, fut reconnu et retrouvé caché et servant pour sa paye dans les troupes de Bavière » — l'énigme de la disparition de 1699 enfin résolue par les hasards de la guerre.
Mort de Rigoville
Moururent aussi Rigoville, lieutenant général « fort vieux et homme d'honneur, de valeur et de mérite », longtemps commandant des mousquetaires noirs ; et le vieux La Rablière à Lille, frère de la maréchale de Créqui : « il but du lait à ses repas toute sa vie, et mangeoit bien et de tout jusqu'à quatre-vingt-sept ou huit ans, et la tête entière. Il avoit été très bon officier, mais un assez méchant homme. »
Mort et conversion de la comtesse d’Auvergne
La comtesse d'Auvergne mourut « d'une hydropisie de vents », sans enfants. Sa conversion mérite le récit : les Chardon, célèbres huguenots aux abjurations simulées, furent touchés un matin devant Notre-Dame — Mme Chardon, contemplant le grand portail, réfléchit « qu'il y avoit bien des siècles avant Luther et Calvin que toutes ces figures de saints avoient été faites [...] ; que cette nouveauté lui rendoit suspects les autres dogmes ». Un an d'étude secrète, une abjuration nouvelle et sincère, et Mme Chardon, devenue savante en controverse, « convertit beaucoup de huguenots » — dont la comtesse, que le comte d'Auvergne lui fit voir. « Tous les Bouillon, outrés de ce mariage, l'avoient reçue fort froidement ; sa vertu, sa douceur, ses manières à la fin les charma », et elle fut « extrêmement regrettée ».
Mort et caractère du prince d’Espinoy
« Le prince d'Espinoy ne le fut pas tant à beaucoup près. Il mourut de la petite vérole à Strasbourg, par l'opiniâtreté d'avoir voulu changer de linge trop tôt et faire ouvrir ses fenêtres. » Élevé avec Saint-Simon, plein d'esprit et de valeur, « mais je n'ai connu personne plus follement glorieux ni plus continuellement avantageux [...], et il fut le fléau de sa femme » — jalouse rage contre le rang de la maison souveraine dont elle sortait. « Presque personne de la cour ni des armées ne le plaignit. »
Assassinat, extraction, caractère de Vervins ; singularité de sa fin
« Il arriva en ce mois de septembre un étrange assassinat » : Vervins, sur le point de gagner tous ses procès contre ses cousins, fut attaqué dans son carrosse « sur le quai de la Tournelle » par les hommes de l'abbé de Grandpré, qui s'enfuit à l'étranger et fut condamné « à être roué vif ». Après la généalogie des Comminges prétendus, le portrait stupéfiant : ce grand homme bien fait, riche, « fort le vol des femmes », se confina un beau jour dans une terre de Picardie « sans aucune cause de dégoût ni de déplaisir [...], sans vue de piété, [...] et ce qui est incompréhensible, sans bouger de son lit, que le temps de le faire faire. Il y dînoit et y soupoit tout seul [...], et, depuis qu'il avoit les yeux ouverts jusqu'à ce qu'il les fermât, y travailloit en tapisserie [...], et a persévéré jusqu'à la mort dans cette étrange sorte de vie, si uniquement singulière que j'ai voulu la rapporter. »
Voyage de Fontainebleau par Sceaux
« Le roi alla à Fontainebleau, où il arriva le 12 septembre, ayant séjourné un jour à Sceaux ; la cour de Saint-Germain y vint le 23 [...]. En y arrivant le roi apprit que les armées alliées avoient toutes passé le Rhin sur le pont de Philippsbourg, et bientôt après que Landau étoit assiégé par le prince Louis de Bade, qui attendoit le roi des Romains qui y arriva le 25 septembre », Eugène et Marlborough couvrant le siège sur la Lauter, Marsin observant sous Haguenau.
Maréchal de Villeroy à la cour, puis à Bruxelles
« Le maréchal de Villeroy et son fils s'en allèrent de leurs personnes en Flandre, passant à Fontainebleau, où ils demeurèrent quelques jours » — le favori regagnait son commandement d'hiver après les caresses accoutumées.
Électeur de Bavière à Bruxelles
« Ils allèrent après trouver l'électeur de Bavière à Bruxelles » — le prince dépossédé de ses États s'établissait au gouvernement des Pays-Bas espagnols, seule compensation que les deux couronnes pussent lui offrir.
Électeur de Cologne à Lille
« Chemin faisant ils virent l'électeur de Cologne à Lille, où il avoit établi sa demeure, en même temps que son frère étoit allé à Bruxelles après avoir passé ensemble quelques jours » — les deux frères Wittelsbach, chassés l'un de Bavière, l'autre de Cologne, réfugiés de la cause française.
Petits exploits de La Feuillade
Villars acheva « à peu près de dissiper les fanatiques » — les chefs tués, accommodés ou retirés à Genève. Vendôme prit Ivrée « après un siège assez court [...] avec onze bataillons prisonniers de guerre ». Quant à La Feuillade, il « n'épargnoit pas les courriers pour annoncer ses conquêtes dans les vallées des Alpes : tantôt un petit fort pris, défendu par des milices, tantôt quelque peu de troupes réglées forcées derrière un retranchement [...]. Tout cela étoit célébré, comme si c'eût été quelque chose. Chamillart, ravi, en recevoit les compliments, et savoit faire valoir ces merveilles au roi et à Mme de Maintenon. »
Anecdote curieuse
« Il se présente ici une anecdote très sage à taire, très curieuse à écrire à qui a vu les choses d'aussi près que j'ai fait [...] : les trônes de tous les siècles et de toutes les nations fourmillent d'aventures pareilles. Faut-il donc le dire ? nous avions une princesse charmante, qui s'étoit emparée du cœur et des volontés du roi, de Mme de Maintenon et de Mgr le duc de Bourgogne. [...] Dans cette situation brillante le sien ne fut pas insensible. » L'aveu préliminaire du secret le mieux gardé de la cour : le cœur de Mme la duchesse de Bourgogne.
État brillant de Mme la duchesse de Bourgogne
Son état : « en particulier, elle sautoit au cou du roi à toute heure, se mettoit sur ses genoux, [...] visitoit ses papiers, ouvroit et lisoit ses lettres en sa présence, quelquefois malgré lui. Dans cette extrême liberté, jamais rien ne lui échappa contre personne ; gracieuse à tous et parant même les coups [...] ; elle étoit l'âme de la cour, elle en étoit adorée ; tout manquoit à chacun en son absence, tout étoit rempli en sa présence » — et le roi, malgré la trahison de son père, « n'ouvrit jamais la bouche de rien de ce qui pouvoit regarder le duc son père ».
Nangis
Nangis, « que nous voyons aujourd'hui un fort plat maréchal de France, étoit alors la fleur des pois » : élevé dans la galanterie par sa grand-mère la maréchale de Rochefort et sa mère Mme de Blansac, « il n'avoit d'esprit que celui de plaire aux dames [...] et de s'assurer les plus désirables par une discrétion qui n'étoit pas de son âge et qui n'étoit plus de son siècle ». Les regards de la princesse « tombèrent sur Nangis, et bientôt ils redoublèrent. Nangis n'en fut pas ingrat, mais il craignit la foudre, et son cœur étoit pris. » Le prince son mari, « passionnément amoureux de son épouse, [...] est mort sans soupçonner jamais qu'elle eût des regards pour un autre que pour lui. »
Mme de La Vrillière
Mme de La Vrillière, fille de Mme de Mailly, « sans beauté, étoit jolie comme les amours » : la jalousie l'éclaira, et « bien loin de céder à la princesse, elle se piqua d'honneur de conserver sa conquête, de la lui disputer, de l'emporter ». Nangis, entre la maîtresse capable d'éclater et la princesse « qui pouvoit tant, qui pourroit tout un jour », vivait « d'étranges embarras ». « Toute la cour assidue et éclairée s'aperçut [...] ; mais, soit crainte, soit amour de cette princesse qu'on adoroit, cette même cour se tut, vit tout, se parla entre elle et garda le secret qui ne lui étoit pas même confié. » Saint-Simon, informé jour par jour par les dames du palais, la duchesse de Villeroy et sa belle-sœur, avoue : « rien ne me divertissoit davantage. »
Maulevrier et sa femme
Survint Maulevrier, neveu de Colbert, gendre de Tessé : « point un visage agréable [...], une ambition démesurée, et rien qui la pût retenir, laquelle alloit jusqu'à la folie. » Pour rester à la cour, « il fit le malade de la poitrine, se mit au lait, fit semblant d'avoir perdu la voix, et sut être assez maître de soi pour qu'il ne lui échappât pas un mot à voix intelligible pendant plus d'un an » — s'octroyant ainsi le droit de parler à l'oreille de la princesse « devant toute la cour, sans indécence et sans soupçon ». La jalousie le transporta enfin : lui donnant la main au sortir de la messe, « il chanta pouille sur Nangis à la princesse, l'appela par toutes sortes de noms, la menaça de tout faire savoir au roi, à Mme de Maintenon, au prince son mari, lui serra les doigts à les lui écraser, en furieux ». La princesse, « tremblante et prête à s'évanouir », se réfugia auprès de Mme de Nogaret — qui le conta le jour même aux Saint-Simon « dans le dernier secret » — ; et Nangis, brave contre tout autre péril, « en pâmoit d'effroi ».
Maulevrier va avec Tessé en Espagne, passe par Toulouse, y voit la princesse des Ursins
Tessé, averti, « fit un trait d'habile homme » : il persuada son gendre de le suivre en Espagne, et gagna Fagon, « homme d'infiniment d'esprit », qui « entendit à demi-mot » et prescrivit doctement « l'air des pays chauds » pour l'extinction de voix — le roi et Mme de Maintenon « le prirent pour bon et ne se doutèrent de rien ». Puis Tessé obtint, par Mme de Maintenon, la permission de passer par Toulouse : une visite à Mme des Ursins « ne pouvoit influer sur rien », mais « plairoit infiniment au roi et à la reine d'Espagne ». « Tessé y demeura trois jours ; il n'y perdit pas son temps » — chargé des lettres et des ordres de l'exilée pour Madrid.
Tessé grand d’Espagne en arrivant à Madrid
La récompense fut immédiate : « le lendemain qu'il eut fait la première révérence au roi et à la reine, il fut fait grand d'Espagne de la première classe. Il dépêcha un courrier au roi pour lui demander la permission d'accepter cette grande grâce, qui la lui accorda aussitôt. Tel fut le lien qui les unit, Mme des Ursins et lui, intimement pour tout le reste de leur vie. »
Comte de Toulouse chevalier de la Toison d’Or
« En même temps le roi d'Espagne envoya au comte de Toulouse une Toison d'or de diamants admirable, et le collier de cet ordre qu'il reçut, à son retour à Versailles, des mains de M. le duc de Berry, dans la chambre de ce prince, et son portrait avec des diamants au maréchal de Cœuvres » — les honneurs de Malaga distribués par Madrid.
Mort du prince de Montauban ; caractère de sa femme
« Un frère de M. de Guéméné mourut en ce temps-ci. Il se faisoit appeler le prince de Montauban. C'étoit un homme obscur et débauché que personne ne voyoit jamais. » Sa femme, la Bautru bossue au tabouret escroqué par Monsieur : « rien de si effronté, de si débordé, de si avare, de si étrangement méchant que cette espèce de monstre, avec beaucoup d'esprit et du plus mauvais » — « pleine de blanc, de rouge et de filets bleus pour marquer les veines », conservés « jusqu'à plus de quatre-vingts ans qu'elle est morte ». Par Monsieur, le jeu, Mme de Soubise et la princesse d'Harcourt, elle parvint à tous les Marlys, « bien que l'horreur de tout le monde [...], sans se donner la peine du mérite des repenties », survécut au roi, « tira gros de M. le duc d'Orléans, quoiqu'il la méprisât parfaitement, et mourut tout comme elle avoit vécu ».
Mort du fils du comte de Grignan ; mot impertinent de sa mère
Saint-Simon perdit le fils unique du comte de Grignan « et de cette Mme de Grignan si adorée dans les lettres de Mme de Sévigné, sa mère, dont cette éternelle répétition est tout le défaut ». Ruinés, ils l'avaient marié à la fille d'un riche fermier général — et Mme de Grignan, la présentant, « disoit qu'il falloit bien de temps en temps du fumier sur les meilleures terres. Elle se savoit un gré infini de ce bon mot, qu'avec raison chacun trouva impertinent » ; Saint-Amant, le père, l'apprit « et ferma le robinet ». Le jeune homme, distingué à Hochstedt, mourut de la petite vérole à Thionville ; sa veuve, « une sainte, mais la plus triste et la plus silencieuse que je vis jamais », s'enferma vingt ans « sans en sortir que pour aller à l'église ».
Mort de Coigny
Coigny mourut sur la Moselle au commencement d'octobre, à la tête de son petit corps : « il n'avoit pu se consoler de n'avoir pas compris l'énigme de Chamillart, et d'avoir, sans le savoir, refusé le bâton en refusant d'aller en Bavière. [...] Il ne fit plus que tomber. [...] Son fils fut plus heureux, et son petit-fils aussi, à qui on voit maintenant une si brillante fortune. »
Mort de M. de Duras ; sa fortune et son caractère
« Précisément en même temps mourut aussi M. le maréchal de Duras, doyen des maréchaux de France, et frère aîné de huit ans de mon beau-père. » Portrait éclatant du grand seigneur à la langue libre : « toujours en garde contre les favoris et les ministres, toujours tirant sur eux » — au roi même : traînant Brissac par le bras, « si le mérite d'un major est d'être haï, voici bien le meilleur de France » ; et sur le P. de La Chaise : « ce qui m'étonne, c'est qu'il puisse, lui, trouver un confesseur, car celui-là se damne bien sûrement avec lui, et pour cela n'en a pas un morceau de plus [...]. Il faut être fou pour se damner à si bon marché. » Meilleur officier de cavalerie du roi, dégoûté par les incendies du Palatinat, il « envoya tout promener ». Domestiquement : le démon Beaufremont brouilla son ménage, puis la Saumery, fille de Besmaux, le gouverna jusqu'à son déjeuner — on ne l'appelait plus que « la connétable ». Sur ses petits-fils cavaliers : ils ne seraient jamais à cheval « que des paires de pincettes. Il tint parole et eux aussi. » Mourant, il prit congé du roi « qui s'attendrit jusqu'aux larmes », lui demanda ce qu'il pouvait pour lui : « il ne demanda rien et n'eut rien aussi. »
Comédies, bienséances
Vignette des bienséances : le roi s'étant fâché à Fontainebleau « de ce que les dames négligeoient de s'habiller pour la comédie », Mmes de Saint-Simon et de Lauzun, aux nouvelles de l'extrémité de leur oncle Duras, durent « capituler » par la duchesse de Bourgogne : venir habillées à la comédie, « en sortir aussitôt sous prétexte de n'y avoir plus trouvé place ». « Je marque cette très légère bagatelle, pour montrer combien le roi ne comptoit que lui et vouloit être obéi, et que ce qui n'auroit pas été pardonné [ailleurs] aux nièces de M. de Duras [...] y étoit un devoir qui eut besoin d'adresse et de protection. »
Ruse d’orgueil de M. de Soubise inutile
Aux obsèques, « M. de Soubise, alerte surtout, [...] envoya proposer à la famille de mener le deuil. Celui qui le mène est en manteau et précède toute la parenté. Je leur fis remarquer que ce n'étoit que pour cela que M. de Soubise s'y offroit, et dire après qu'il avoit précédé la famille [...]. On se moqua de moi, mais je tins ferme, et leur déclarai que si l'offre étoit acceptée, je me retirerois [...]. M. de Soubise fut remercié, et ce qui montra la corde, il ne vint point à l'enterrement ni son fils, et il fut fort piqué. »
Régiment des gardes arraché par ruse au maréchal de Boufflers pour le duc de Guiche, et le maréchal fait capitaine des gardes du corps
Le trébuchet des Noailles : le lendemain de la mort de Duras, le roi appela Boufflers, « le surprit par un compliment d'estime, de confiance, et jusqu'à la tendresse », lui donna la charge de capitaine des gardes du corps — « et sans lui laisser le moment de dire une parole, dispose tout de suite de la charge de colonel du régiment des gardes, et lui dit qu'il compte lui faire une double grâce de la donner au duc de Guiche ; autre surprise, autre révérence pendant laquelle le roi tourne le dos [...], et laisse le maréchal stupéfait, qui se crut frappé de la foudre. Il sortit du cabinet sans avoir pu proférer un seul mot, et chacun lui vit les larmes aux yeux. » Comble : les Noailles « eurent le front de le prier de demander au roi pour le duc de Guiche le même brevet de cinq cent mille livres » — il avala « ce dernier calice ». « Ils essayèrent de consoler le maréchal comme un enfant avec un hochet » : le logement de colonel conservé, et les drapeaux à ses armes.
Duchesse de Guiche
L'âme du piège : la duchesse de Guiche, sœur aînée de la duchesse de Noailles, figure « encore charmante » quoique sans rouge, « infiniment d'esprit, du souple, du complaisant, [...] raffolée de M. de Cambrai, de Mme Guyon, de leur doctrine et de tout le petit troupeau, et dévote comme un ange ». Sa retraite calculée faisait que « Mme de Maintenon croyoit recevoir une faveur toutes les fois qu'elle venoit chez elle ». « Sa dévotion, montée sur le ton de ce petit troupeau à part, étoit, comme la leur, compatible avec la plus haute et la plus vive ambition [...]. Quoique son mari n'eût rien d'aimable, même pour elle, elle en fut folle d'amour toute sa vie. Pour lui plaire [...], elle ne songeoit qu'à sa fortune. »
Tallard gouverneur de la Franche-Comté ; mot salé de M. le duc d’Orléans
« Le gouvernement de la Franche-Comté fut donné à Tallard, à l'étonnement et au scandale de tout le monde. M. le duc d'Orléans dit là-dessus plaisamment qu'il falloit bien donner quelque chose à un homme qui avoit tout perdu. Comme il le dit sur-le-champ et tout haut, ce bon mot vola de bouche en bouche, et il déplut fort au roi » — le vaincu de Blenheim « magnifiquement récompensé », comme annoncé.
Quarante mille livres de pension au fils enfant du prince de Conti
« Peu de jours après, le roi donna quarante mille livres de pension au petit comte de La Marche, tout enfant, fils du prince de Conti. Cela parut prodigieux et l'étoit en effet pour lors. Pour aujourd'hui, à ce qu'en ont tiré ces princes depuis la mort du roi, ce seroit une goutte d'eau. »

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