TOME XV · CHAPITRE III

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Résumé

Le comité des finances : la conduite de l'auteur ; sa proposition au chancelier d'une « réforme de quelques troupes distinguées » — approuvée mais enterrée « par la faiblesse du régent » ; la fin du comité « mise en édit ». Démêlé du premier président avec les enquêtes sur les commissaires ; le parlement « veut qu'on lui rende compte des finances avant d'opiner » — et l'obtient, enregistrant « enfin avec peine » : « misère du régent ; peur et valetage du duc de Noailles » — l'autorité qui se défait.

Les entrées

Comité pour les finances
« Le comité qui s'assembloit plusieurs fois la semaine pour les finances alloit son train. Le duc de Noailles y montra, comme il voulut, l'état présent des finances » — cette langue de finance « dont on a su faire une science, et, si ce mot se peut hasarder, un grimoire, pour que l'intelligence en soit cachée à ceux qui n'y sont pas initiés, et qui, magistrats et traitants, banquiers, etc., ont grand intérêt que les autres en demeurent dans l'ignorance ».
Ma conduite à cet égard
Sa conduite : « j'écoutois de toutes mes oreilles, malgré mon dégoût de la matière, et ce que je n'entendois pas, je n'étois pas honteux de le dire et de me le faire expliquer » ; il soutint même souvent l'avis de Noailles, « l'avis du duc de Noailles, bon ou mauvais, et sa personne, étoient pour moi deux choses absolument distinctes et séparées ». Au dîner du chancelier, il ne resta que retenu « comme par force », et « à condition encore que le duc de Noailles se placeroit au plus loin de moi » ; Noailles, « tout désinvolte qu'il est, fort empêtré », « se trouva mal ou en fit le semblant » au milieu du repas. « Je n'en sourcillai jamais. »
Je propose en particulier au chancelier la réforme de quelques troupes distinguées avec les raisons et la manière de la faire
La réforme proposée au chancelier : réformer la gendarmerie, les gens d'armes, les chevau-légers et les mousquetaires en augmentant les gardes du corps — « il n'y a point d'escadron de ces troupes... qui ne coûte quatre escadrons de cavalerie ordinaire » ; leurs officiers vieillissent « anciens officiers généraux sans savoir plus et souvent moins qu'un lieutenant de cavalerie » ; l'école des mousquetaires « n'apprend que l'exercice et à escadronner, à obéir, et force pédanteries » pendant que la jeunesse passe un an « à se débaucher dans Paris » ; ces troupes, « à la valeur près, n'étoient bonnes que pour la magnificence et la décoration des revues, auxquelles le feu roi ne s'étoit que trop plu ».
Il l’approuve ; mais elle demeure entre nous deux par la faiblesse du régent
« Le chancelier goûta infiniment toutes ces raisons » ; mais tous deux convinrent « que nous ne viendrions jamais à bout de lui en inspirer la résolution, ou que... jamais les cris et les brigues des intéressés ne la lui laisseroient exécuter. Cette prodigieuse faiblesse, qui perdit constamment une régence qui auroit pu être si belle, si utile au royaume, si glorieuse au régent..., fut l'obstacle continuel à tout bien... Cette considération nous ferma donc la bouche, et la chose en demeura entre nous deux. »
Fin et résolution du comité des finances mises en édit
Les résolutions mises en édit : « ne point toucher aux rentes de l'hôtel de ville ; ôter le dixième, tant pour tenir la parole si solennellement donnée..., que parce que, dans le fait, on n'en pouvoit presque plus rien tirer » ; le fonds des bâtiments réduit de moitié, retranchements de pensions, les menus plaisirs du roi réduits à moitié et sa garde-robe à vingt-quatre mille livres — « à l'âge du roi tout cela s'en alloit en pillage ». Le tout réglé au conseil extraordinaire du 19 août pour être envoyé au parlement.
Démêlé ajusté entre le premier président avec les enquêtes pour le choix et le nombre des commissaires du parlement, quand il en faut nommer
Le démêlé du premier président avec les enquêtes sur le choix des commissaires : « après bien du bruit, ils convinrent que la grand'chambre auroit seule sept députés, et les cinq chambres des enquêtes et les deux des requêtes chacune un... Cette affaire ne se passa pas bien pour le premier président, qui demeura assez mal avec la compagnie, laquelle depuis longtemps le regardoit comme un double fripon, dont le métier étoit de tirer tant qu'il pouvoit d'argent de M. le duc d'Orléans. »
Le parlement veut qu’on lui rendre compte des finances avant d’opiner sur l’enregistrement de l’édit, et l’obtient
« Messieurs opinèrent qu'il leur falloit faire voir un détail des revenus et des dépenses du roi avant qu'ils décidassent s'ils enregistreroient l'édit. » Le régent dit à leur députation « qu'il ne souffriroit point qu'il fût donné la moindre atteinte à l'autorité royale » — puis eut la faiblesse, « poussé par la frayeur qui avoit saisi le duc de Noailles », de faire discuter les articles restants par ce duc devant les quatorze députés, avec « le sieur Law pour leur expliquer les avantages qui en reviendroient à la compagnie du Mississipi. De tout cela pas un mot au conseil de régence. »
Il l’enregistre enfin avec peine
L'enregistrement pénible : suppression du dixième et des francs salés enregistrée d'abord, prorogation au 14, remontrances au roi le jeudi 9 — « le roi leur dit que le chancelier leur expliqueroit sa volonté » — et « enfin, le lendemain matin vendredi 10, l'édit entier fut enregistré avec une déclaration du roi qui en expliquoit quelques endroits ». « Ainsi, le parlement, qui se prétend le tuteur des rois mineurs et des majeurs aussi quand il peut, voulut montrer ici que ce n'est pas en vain, et en fit une fonction solennelle. »
Misère du régent ; peur et valetage du duc de Noailles
La misère du régent : « le parlement s'enorgueillit jusqu'à l'ivresse, l'autorité du régent déchut... Pour le duc de Noailles, qui mouroit toujours de peur de la robe à qui il étoit accoutumé de faire une cour servile, il ne s'en fit que mépriser. » Le régent, « en tenant bon et se moquant d'une prétention aussi dangereuse qu'inepte, auroit hautement forcé le parlement à enregistrer son édit, ayant le public derrière lui » — au lieu de quoi il « ouvrit la voie à ceux qui par divers intérêts se réunissoient entre eux, pour brouiller, réduire son autorité ».
Évêques prétendent inutilement des carreaux à l’anniversaire du feu roi
À l'anniversaire du feu roi à Saint-Denis — « la reconnoissance n'est plus à la mode depuis longtemps », très peu de cour —, les évêques « s'avisèrent de vouloir avoir des carreaux : le rare est qu'il n'y eut que le cardinal de Polignac qui s'y opposa, et qui l'empêcha... Jamais ils n'en avoient eu ni prétendu », la règle étant « que chacun est en présence du corps ou de sa représentation comme il étoit en présence de cette même personne vivante ».
Entreprise de nouveau condamnée entre les princesses du sang, femmes et filles, au mariage de Chalmazel avec une sœur du maréchal d’Harcourt
Au contrat de Chalmazel avec une sœur du maréchal d'Harcourt, Mme la duchesse d'Orléans fit signer ses filles « avec elle, et immédiatement après elle », ôtant aux femmes des princes du sang tout espace pour signer au-dessus — reprise d'une prétention « solennellement et contradictoirement jugée et condamnée par le feu roi », dont le but était « de faire de ses enfants un ordre nouveau, d'arrière-petits-fils de France..., et de s'élever par là imperceptiblement elle-même à celui des fils et filles de France. Elle s'y trompa. » Les princesses portèrent leurs plaintes, règlement à la main ; « M. le duc d'Orléans leur fit des excuses, et leur promit que ce dont elles se plaignoient n'arriveroit plus ».
Mme la duchesse d’Orléans achète Bagnolet
« Dans sa mauvaise humeur, dégoûtée de son appartement de Montmartre, d'où elle ne voyoit que des toits, des minuties des religieuses pour des clefs et des passages..., elle acheta la maison de Bagnolet, et peu à peu plusieurs voisines, dont elle fit un lieu immense et délicieux » — voulant une maison « qui ne fût qu'à elle et que pour elle ».
Maison donnée à Paris aux chanceliers ; et Champ donné à la princesse de Conti pour La Vallière, aux dépens du financier Bourvalois
La galanterie de Noailles aux dépens du roi : Bourvalois, « un des plus riches traitants et des plus maltraités par la chambre de justice, fut dépouillé d'une superbe maison qu'il avoit bâtie dans la place de Vendôme, et d'une maison de campagne à Champ, qu'il avoit rendue charmante ». « Mme la princesse de Conti eut Champ pour une pièce de pain qu'elle donna à La Vallière, et la maison de Paris devint la chancellerie » — les chanceliers n'ayant jamais eu de maison à Paris.
Ragotzi s’en va en Turquie ; ce qu’il devient jusqu’à sa mort
Le chiaous « principalement venu pour débaucher le prince Ragotzi, y réussit ». Saint-Simon s'étonne : « il est inconcevable comment un homme qui, après tant de tempêtes, goûte un tel port, se rejette de nouveau à la merci des vagues ; et mille fois plus inconcevable encore comment il s'est pu conserver dans son même genre de vie jusqu'à la mort..., et chez les Turcs. » Reçu avec distinction à Constantinople mais inutile « à cause du changement des conjonctures », il habita « un beau château sur la mer Noire..., où la chasse et la prière partagèrent presque tout son temps », puis une île de l'Archipel où il mourut, « content de son sort, et tout abandonné à la Providence ».
Victoire du prince Eugène sur les Turcs
La victoire du prince Eugène : assiégeant Belgrade, il s'y trouva « assiégé lui-même par une puissante armée de Turcs, commandée par le grand vizir ». « Dans cette extrémité subite, le prince Eugène ne vit de ressource que dans le hasard d'une bataille. Il profita de la sécurité des Turcs... Un grand et long brouillard couvrit ses promptes dispositions..., et il eut le bonheur de remporter une victoire complète le 16 août, en quatre heures de temps. M. le comte de Charolois et le prince de Dombes s'y distinguèrent. »
Prise de Belgrade
« Les Turcs y perdirent infiniment de monde, tous leurs canons et tous leurs bagages. Ils se retirèrent avec assez de confusion. Belgrade capitula aussitôt » — victoire dont le plus grand fruit pour l'empereur fut « de reculer sa frontière aussi loin, et de faire avec les Turcs une paix prompte et avantageuse ».
Mort de Villette et d’Estrade
« Estrades eut une jambe emportée auprès de lui, dont il mourut peu après ; et Villette, qui s'étoit battu à Paris avec Jonsac, y fut tué. »
Le fils du dernier obtient sa mairie de Bordeaux
« La mairie de Bordeaux de vingt mille livres de rente qu'avoit d'Estrades après son père, et le maréchal son grand-père, fut donnée à son fils qui s'étoit trouvé à la bataille. »
Mme de Mouchy et Rion, dame d’atours et premier écuyer en second de Mme la duchesse de Berry
Mme la duchesse de Berry « voulut doubler en faveur » de Mme de Mouchy, sa favorite confidente, et de Rion, « son favori d'une autre sorte », les charges de dame d'atours et de premier écuyer « qu'avoient Mme de Pons et le chevalier d'Hautefort, qui en furent fort affligés ».
Changement parmi ses dames
Le changement parmi ses dames : Mmes de Beauvau et de Clermont, lasses « des préférences et des façons de Mme de Mouchy » et ne restant « que par amitié et par considération pour Mme de Saint-Simon », « ne purent soutenir de la voir tout à coup dame d'atours..., et quittèrent leurs places avec grand éclat, dont Mme la duchesse de Berry fut vivement piquée ». Mmes de Laval et de Brassac, « femmes de mérite et de nom », les remplacèrent avec la place de feu Mme d'Aydie, sœur de Rion.
Diverses grâces de M. le duc d’Orléans
Diverses grâces : trois mille livres de pension à Marsillac — « ce prince n'étoit pas toujours heureux à placer ses bienfaits » ; l'archevêché de Besançon « mieux placé » à l'abbé de Mornay, digne ambassadeur de Portugal ; Nantes à l'abbé de Tressan, et Vannes à l'abbé de Caumartin sur la proposition de Saint-Simon ; l'abbaye de Montmartre pour Mme de Montpipeau ; la charge de secrétaire du cabinet à Verneuil, « son nom est Chassepoux, sieur de Croquefromage ; celui de sa femme est Bigre. Je n'ai pu retenir le ridicule de ces noms. »
Retour de Hongrie des François
« Le prince de Dombes, et ce qui étoit allé en Hongrie de François en revinrent, excepté M. le comte de Charolois. »
Mort du duc de Ventadour ; extinction de son duché-pairie
« Le duc de Ventadour mourut retiré, depuis quelques années, aux Incurables, séparé de sa femme..., ne laissant qu'une très riche héritière mariée au prince de Rohan... C'étoit un homme fort laid et fort contrefait qui, avec beaucoup d'esprit et de valeur, avoit toujours mené la vie la plus obscure et la plus débauchée. Par sa mort son duché-pairie fut éteint. »
Mort de Moncault
« Moncault, soldat de fortune, et qui la devoit au maréchal de Duras et à son esprit, mourut en même temps. Il étoit lieutenant général et gouverneur de la citadelle de Besançon. Il avoit su s'enrichir et marier son fils à une fille d'Armenonville. »
J’achète pour mes enfants deux régiments de cavalerie
La présentation des enfants : Saint-Simon y résista tout l'hiver, « parce que je voulus leur apprendre ce qu'ils devoient à la mémoire de Louis VIII [XIII], qui nous doit être si précieuse et si sacrée, et que les prémices de leurs hommages lui fussent rendues. Je les menai donc à son anniversaire à Saint-Denis..., et ce devoir si principal pour nous rempli, je les présentai. » Puis il acheta pour eux « deux régiments à vendre, tous deux de cavalerie, et gris », du duc de Saint-Aignan et de Villepreux.
Abbé Dubois repasse en Angleterre
« L'abbé Dubois partit dans le même temps pour retourner à Londres. »
Peterborough arrêté dans l’État ecclésiastique
« On apprit que le comte de Peterborough avoit été arrêté voyageant en Italie par ordre du légat de Bologne. C'étoit un homme fort remuant, qui toute sa vie s'étoit mêlé de beaucoup d'affaires en Angleterre et de beaucoup d'autres au dehors..., et à qui les plus grands et les plus fréquents voyages ne coûtoient rien. Il avoit la Jarretière, tantôt bien, tantôt mal avec le gouvernement d'Angleterre, mais craint et ménagé. »

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