TOME VI · CHAPITRE XII

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Résumé

Chapitre de morts : Mansart — fortune et caractère du surintendant des bâtiments parvenu, avec la place des bâtiments « fort diminuée » donnée à d'Antin ; La Frette ; Montgivrault et son frère Le Haquois ; la jeune marquise de Bellefonds ; et la comtesse de Grammont — naissance, conduite, famille, caractère : la belle Hamilton, l'ornement anglais de la cour.

Les entrées

Mort, fortune et caractère de Mansart
Mort subite de Mansart, surintendant des bâtiments : « un grand homme bien fait…, et de la lie du peuple » — « d'abord tambour, puis tailleur de pierres, apprenti maçon, enfin piqueur », soupçonné bâtard du grand Mansart dont il prit le nom. « Ignorant dans son métier », tirant tout du dessinateur L'Assurance « qu'ils tenoient tant qu'ils pouvoient sous clef », son art était de montrer au roi « des plans imparfaits qui tout seuls lui missent le doigt sur la lettre », puis de s'écrier « qu'auprès de lui il n'étoit qu'un écolier ». Ses ponts de Moulins et de Blois partirent « à vau-l'eau » — le mot de Charlus au roi est resté : « je le crois bien à Nantes présentement ». « Il tiroit un fils de France par la manche, et frappoit sur l'épaule d'un prince du sang. » La chapelle de Versailles, « qui semble un enfeu par le haut », fut faite exprès disproportionnée pour forcer à élever le château d'un étage. Il mourut d'une colique de douze heures, quelques jours après avoir été « rudement tancé » par le roi sur ses comptes ; on parla des fermiers des postes ; et le roi, « si dégagé sur une perte » pareille, fit poser les scellés à trois reprises.
Place des bâtiments fort diminuée, et fort singulièrement donnée à d’Antin
La place fut « fort diminuée » — le roi se déclara lui-même surintendant et n'établit qu'un directeur général, répétant le coup de Colbert après Fouquet — et « fort singulièrement donnée à d'Antin » : le roi avait pourtant demandé à Monseigneur si d'Antin, tenant son chapeau plein de son gain au jeu, avait bien été surpris « empochant votre argent de dedans le chapeau » — Monseigneur, baissant la tête, « témoigna que le fait étoit vrai. Je vous entends, Monseigneur, je ne vous en demande pas davantage. » Le premier écuyer et La Vrillière, candidats, crurent d'Antin « solidement exclu » : quatre jours après, il avait les bâtiments. « Et puis raisonnez conséquemment dans les cours ! » D'Antin « eut bientôt plus d'autorité et de revenu que Mansart…, il devint personnage, et le fut toujours depuis de plus en plus. »
Mort ; état et caractère de La Frette
Mort subite de La Frette, du fameux duel qui l'avait exilé avec son frère — « peut-être les deux hommes de France les mieux faits et les plus avantageux ». Revenus par l'entremise du pape Clément X, ils vécurent sous « la protection tacite du roi, qui fit toujours semblant de les ignorer » : quand Monsieur se plaignit qu'on les tolérât dans Paris, le roi promit de les faire arrêter sous vingt-quatre heures — « en même temps, il les fit avertir d'en sortir sur-le-champ pour deux ou trois jours », et ordonna une recherche éclatante qu'on ne commença qu'après leur départ. « Jamais gens ne surent mettre à si grand profit une mort civile, l'honneur d'un duel…, ni vivre si largement de procès et de petites tyrannies. »
Mort de Montgivrault ; son caractère, son état, et de son frère Le Haquois
Mort du chevalier de Montgivrault, ingénieur « scandaleusement chassé du service » par Louvois, devenu « une espèce d'important à force d'esprit, de galanterie, de commodité pour autrui et d'excellente chère » — jusqu'à mettre ses armes « sur toutes les portes, les cheminées et les plafonds » de Courcelles. Son frère aîné Le Haquois, « demeuré fort pauvre », avocat général « d'une grande réputation d'éloquence, de savoir et de probité », « éloquent jusque par son silence », vieil ami intime du chancelier de Pontchartrain chez qui, « sans sortir de son état de petit bourgeois de Paris », il était « comme le maître de la maison » ; sa piété finale le rendit si silencieux qu'on l'appelait « leur muet ».
Mort de la jeune marquise de Bellefonds
« Le marquis de Bellefonds, petit-fils du maréchal, perdit sa femme toute jeune et mariée depuis peu ; elle étoit Hennequin, fille d'Égvilly, qui avoit le vautrait. »
Mort, naissance, conduite, famille et caractère de la comtesse de Grammont
Mort de la comtesse de Grammont, née Hamilton, « de cette grande maison d'Écosse si puissante, si ancienne…, si souvent alliée avec les Stuarts » — généalogie remontée jusqu'au duc de Châtellerault, régent d'Écosse. Élevée à Port-Royal des Champs, « elle en avoit conservé tout le goût et le bon, à travers les égarements de la jeunesse, de la beauté, du grand monde et de quelques galanteries » ; le goût « si marqué et si constant » du roi pour elle inquiéta toujours Mme de Maintenon. « Une grande femme qui avoit l'air d'une reine…, haute, glorieuse, mais sans prétention et sans entreprise. » Chose prodigieuse : elle ne put se consoler de la mort de son mari qu'elle connaissait si bien, « et elle-même en étoit honteuse ». Mourante, elle écrivit au roi et à Mme de Maintenon pour demander sa pension pour ses deux filles sans bien : « de ces deux lettres, l'une fut dédaignée, l'autre négligée. Tel est le crédit des mourants les plus aimés et les plus distingués durant leur vie. Il n'y eut ni réponse ni pension. »

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