TOME XII · CHAPITRE III

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Résumé

Le comte de Lusace et les princes allemands à la chasse du roi ; Bolingbroke à Paris « et sa catastrophe » — le ministre tory réfugié ; Stairs ambassadeur d'Angleterre, son caractère d'espion militant. Le mariage Matignon-Monaco avec ses « étranges concessions » — les Matignon devenant Grimaldi ; 500 000 livres au chancelier Voysin sur le non-complet des troupes ; Le Camus aux cérémonies de l'ordre ; morts de la comtesse d'Acigné, du duc de Richelieu, de la princesse d'Harcourt — la harpie des chapitres anciens —, de Sézanne, du docteur…

Les entrées

Le comte de Lusace et les princes d’Anhalt et de Darmstadt à la chasse avec le roi
« Le roi alla de Versailles courre le cerf dans la forêt de Marly, et y fit donner des chevaux au comte de Lusace, c'est-à-dire le prince électeur de Saxe, au palatin son gouverneur, et aux princes d'Anhalt et de Darmstadt ; et le lendemain il convia dans la galerie le comte de Lusace à la volerie, où Sa Majesté alloit. »
Bolingbroke à Paris ; sa catastrophe
« Un autre étranger arriva en même temps qui éprouva le sort ici de la princesse des Ursins » : Bolingbroke, « par les mains duquel avoit passé le traité de Londres qui força les alliés à conclure la paix d'Utrecht ». Le nouveau roi George ayant « remis les whigs en place », ceux-ci « attaquèrent les ministres de la reine Anne, et leur firent un crime d'avoir fait la paix. Prior... vendit leur secret et ce qu'il put avoir de papiers à leurs persécuteurs..., pour se tirer d'oppression par cette infamie. » Bolingbroke, « le plus noté de tous..., lutta un temps, et lorsqu'il vit qu'il n'y avoit point de ressources, il fit un discours très nerveux en plein parlement..., très libre et très fort contre la harangue du roi d'Angleterre, et tout de suite passa en France » — vivant à Paris « sans aller à la cour, ni voir publiquement nos ministres », notre cour « bien fâchée de la disgrâce de ce ministre et de n'oser le voir ».
Stairs ambassadeur d’Angleterre à Paris ; son caractère
Le lord Stairs, ambassadeur d'Angleterre, « Écossois grand et bien fait » portant l'ordre du Chardon, « portoit le nez au vent avec un air insolent qu'il soutenoit des plus audacieux propos sur les ouvrages de Mardick, les démolitions de Dunkerque..., en sorte qu'on le jugeoit moins chargé d'entretenir la paix... que de causer une rupture. Il poussa si loin la patience et la douceur naturelle de Torcy, que ce ministre ne voulut plus traiter avec lui », et le roi « prit le parti de ne le plus entendre ». « C'étoit un homme d'esprit, de toute espèce d'entreprises..., qui haïssoit merveilleusement la France » et « qui ne sut que trop bien jouer [son personnage] et faire peur, tandis qu'il en mouroit intérieurement lui-même ».
Mariage du fils unique du comte de Matignon, fait duc, avec la fille aînée du prince de Monaco, et ses étranges concessions et conditions
M. de Monaco, n'ayant que des filles et « mal dans ses affaires, cherchoit franchement à trafiquer sa dignité avec sa fille aînée ». Matignon, riche « grâce aux trésors qu'il avoit tirés du ministère de Chamillart », « se livra donc à une occasion unique d'acheter cette dignité, pour en parler franchement » : son fils unique quitterait à jamais nom, armes et livrées pour ceux de Grimaldi, paierait dettes, dots des cadettes et viager de l'abbé de Monaco. Valentinois, érigé en 1642 pour mâles seulement, subsistait encore : il fallut une érection nouvelle sur le précédent unique des Gondi de Retz. Et les concessions furent monstrueuses : si Monaco avait un fils, tout lui retournait, le fils de Matignon demeurant duc « comme un duc et pair démis », sa postérité exclue à jamais. « Ainsi M. de Monaco vendit sa dignité et sa fille très chèrement... Rien de plus monstrueux ne se pouvoit imaginer après l'habilité à la couronne. » Brevet du 24 juillet 1715, mariage à Monaco le 20 octobre, érection en décembre, enregistrement en 1716.
Cinq cent mille livres, etc., sur le non-complet des troupes, données au chancelier Voysin
« Le roi fit présent à Voysin, chancelier et secrétaire d'État ayant le département de la guerre, du revenant-bon du non-complet des troupes, qu'il dit aller à cinq cent mille livres. Cette libéralité étoit bien due aux services de cette âme damnée de la constitution, de Mme de Maintenon et de M. du Maine, et à l'unique dépositaire des manèges et du testament du roi ; mais il fit étrangement crier le public dont ce front d'airain eut toute honte bue. »
Le Camus, premier président de la cour des aides, prévôt et grand maître des cérémonies de l’ordre
« Sa Majesté accorda à Le Camus, encore fort jeune, la place et l'exercice de premier président de la cour des aides qu'avoit son grand-père, et l'agrément de la charge de prévôt et grand maître des cérémonies de l'ordre que lui vendit Pontchartrain en retenant les marques de l'ordre. »
Mort de la comtesse d’Acigné ; du duc de Richelieu ; de la princesse d’Harcourt ; de Sézanne, dont la Toison est donnée à un de ses neveux
« La comtesse d'Acigné, dernière, par elle et par son défunt mari, de cette bonne et ancienne maison de Bretagne, mourut fort âgée à Paris. Le duc de Richelieu, son gendre..., la suivit de fort près, à quatre-vingt-six ans » ; puis la princesse d'Harcourt, sœur de la duchesse de Brancas, « qui ne laissa de regrets à personne ». Sézanne, frère du duc d'Harcourt, était mort d'une longue maladie rapportée d'Italie « à laquelle les médecins ne connurent rien » : « le duc de Mantoue avoit un sérail de maîtresses dont il étoit fort jaloux. Sézanne ne s'en contraignit pas, et on crut qu'il en avoit été payé à l'italienne. » Son frère envoya reporter en Espagne le collier de sa Toison, « dans l'espérance qu'il lui seroit donné » pour un de ses fils, « en quoi son espérance ne fut pas trompée ».
Mort du docteur Burnet, évêque de Salisbury, et de l’abbé d’Estrades
« Le fameux docteur Burnet, évêque de Salisbury, si connu par ses ouvrages, et par le secret qu'il eut de l'entreprise du prince d'Orange sur l'Angleterre..., le plus déclaré pour ce parti [whig] malgré son épiscopat, mourut en ce même temps. L'abbé d'Estrades mourut aussi à Chaillot, où sa pauvreté lui avoit fait louer une maison » : fils du maréchal d'Estrades, il « avoit très bien réussi à Venise et à Turin » comme ambassadeur, mais s'y était endetté. « On auroit pu se servir fort utilement de lui, mais on ne vouloit que des gens qui pussent et voulussent bien se ruiner, et non pas de ceux qui s'étoient déjà ruinés en ambassades. »
Mariage de Castelmoron avec la fille de Fontanieu ; d’Heudicourt avec la fille de Surville ; du troisième fils du duc de Rohan avec la comtesse de Jarnac ; de Cayeux avec la fille de Pomponne ; de Saint-Sulpice avec la fille du comte d’Estaing. Éclipse de soleil
M. de Lauzun maria Castelmoron, son neveu peu riche, « à la fille de Fontanieu, qui de laquais de Crosat étoit devenu son commis, puis son caissier », et enfin garde-meuble de la couronne. « Heudicourt épousa, pour se recrépir, une fille de Surville » ; Cayeux, fils de Gamaches, la petite-fille du ministre Pomponne. Le troisième fils du duc de Rohan épousa sa cousine la comtesse de Jarnac, riche veuve qui « stipula qu'il quitteroit le service et Paris, et qu'il iroit avec elle vivre à Jarnac... Elle parloit en héritière très riche à cadet qui n'avoit rien. » Saint-Sulpice-Crussol épousa la fille du comte d'Estaing. Enfin, le vendredi 3 mai, le roi « s'arrêta dans ses jardins avant la messe, pour s'y amuser à voir une éclipse de soleil..., Cassini, fameux astronome, y étoit venu de l'Observatoire avec des lunettes ».
Bout de l’an de M. le duc de Berry
« Le lendemain on fit, à Saint-Denis, le bout de l'an de M. le duc de Berry, où l'évêque de Séez, Turgot, officia, qui avoit été son premier aumônier ; M. le duc d'Orléans et quelques princes du sang s'y trouvèrent. »
Le roi fait quitter le grand deuil avant le temps à Mme la duchesse de Berry, et la mène jouer dans le salon à Marly
« Dès le lendemain le roi fit quitter le grand deuil à Mme la duchesse de Berry, qui devoit durer encore six semaines, et la mena lui-même dans le salon, où il la fit jouer. On a vu souvent ici combien le roi étoit peiné du grand deuil, et le peu de mesure qu'il y garda dans sa plus proche famille. »
Elle en obtient quatre dames pour la suivre : Mmes de Coettenfao, de Brancas, de Clermont, de Pons
Mme la duchesse de Berry, qui souhaitait des dames « à l'instar des dames du palais », en obtint quatre, « mais sans titre de dames du palais » : Mme de Coettenfao, femme de son chevalier d'honneur ; la marquise de Brancas ; Mme de Clermont, fille de Mme d'O ; et Mme de Pons — les maris des deux dernières ayant servi M. le duc de Berry. « Elles furent toutes quatre acceptées par le roi pour accompagner Mme la duchesse de Berry, et deux à deux à Marly, avec quatre mille livres d'appointements. »
Mmes d’Armentières et de Beauvau succèdent peu après aux deux premières
« La marquise de Brancas n'en fit jamais de fonctions et s'en alla en Provence, d'où elle ne revint plus ; et Mme de Coettenfao mourut fort peu de temps après cette nomination. Quelque temps après Mmes d'Armentières et de Beauvau eurent leurs places. »
Mort de Mme de Coettenfao, qui me donne presque tout son bien, que je rends sans y toucher à M ; de Coettenfao
« La mort de Mme de Coettenfao me donna des affaires auxquelles je ne m'attendois pas. » Son mari, ami intime de Saint-Simon, lui avait confié une cassette trois campagnes durant ; mourante, elle la lui fit remettre « sans me rien dire au delà ». Ouverte chez le lieutenant civil, on y trouva un testament « par lequel elle me donnoit tout ce dont elle pouvoit disposer, qui alloit à plus de cinq cent mille francs. J'entendis aisément, sans que personne m'en ouvrît la bouche, ce que c'étoit que ce grand présent » : un fidéicommis tacite pour son mari. « Je le dis à Coettenfao et à son frère, évêque d'Avranches, et je pris toutes mes mesures pour recueillir cette succession et la remettre sur-le-champ à Coettenfao », contre la mère et les héritiers qui se préparaient à la disputer.
Précaution nouvelle et extraordinaire du parlement de Paris contre les fidéicommis
Or le parlement de Paris venait d'introduire, contre les fidéicommis, « une nouveauté... dont il n'y avoit point encore eu d'exemple » : à l'abbé de Thou, légataire universel de Mme d'Isenghien-Rhodes, il exigea non seulement le serment accoutumé « qu'il n'avoit eu aucune connoissance du legs..., ni que ce legs fût en effet un fidéicommis », mais « son serment de garder le legs à son profit, et de ne le donner à personne, à faute de quoi le testament seroit cassé et déclaré nul ». L'abbé de Thou « sauta le bâton, et prêta le serment ». Saint-Simon, « qui ne voulois du mien que pour le remettre à M. de Coettenfao..., ne voulus pas hasarder le serment » : il évoqua l'affaire au parlement de Rouen, s'y rendit en personne huit ou dix jours pour montrer qu'il plaidait sérieusement, et le procès finit par un accommodement dont « la plus grande partie me fut cédée » — aussitôt remise, « sans entrer en mes mains, entre celles de M. de Coettenfao ».
Coettenfao m’envoie furtivement pour soixante mille livres de belle vaisselle, qu’il me force après d’accepter
« À quatre ou cinq mois de là, lui et son frère firent faire une belle et bonne vaisselle à mes armes, avec un secret profond..., laissée par des crocheteurs, sans dire ce que c'étoit que ces ballots, ni de quelle part. Ils s'enfuirent dès qu'ils les eurent déchargés. » Il y en avait « pour plus de vingt mille écus ». « Nous en parlâmes à Coettenfao, qui nia tant qu'il put..., et qui ne la voulut jamais reprendre. Nous n'en avions que de faïence depuis que tout le monde avoit envoyé la sienne à la Monnaie. Ainsi l'affaire de cette succession finit de la sorte galamment des deux parts. » Coettenfao, lieutenant général « distingué par ses actions et par son désintéressement », reçut plus tard du régent la parole — jamais tenue — d'être fait chevalier de l'ordre.
Dernier voyage du roi à Marly
« Le roi partit le mercredi 12 juin pour Marly : ce fut son dernier voyage. »
La reine d’Angleterre à Plombières
« La reine d'Angleterre partit le lendemain en litière pour aller prendre les eaux de Plombières, plus encore pour y voir le roi son fils. »
Chamlay, en apoplexie, va à Bourbon
« Chamlay, dont j'ai parlé souvent, et qui étoit de tous les voyages de Marly, tomba en apoplexie, et partit aussitôt pour Bourbon. »
Effiat à Marly
« Son logement fut donné au marquis d'Effiat. La santé du roi diminuoit à vue d'œil, et M. du Maine, à qui le marquis d'Effiat étoit vendu de longue main, sans que M. le duc d'Orléans le voulût croire ni rien diminuer de sa confiance en lui, étoit nécessaire à M. du Maine dans un aussi long Marly, où le roi pouvoit mourir, et où il étoit si important d'être bien informé des mesures de M. le duc d'Orléans, et de lui en faire inspirer de fausses. »
Crayon de ce personnage
« C'étoit un homme de sac et de corde, d'autant plus dangereux qu'il avoit beaucoup d'esprit et de sens, fort avare, fort particulier, fort débauché, mais avec sobriété pour conserver sa santé. » Grand chasseur, vivant « fort seul avec les chiens de M. le duc d'Orléans », il avait, « comme on l'a vu, empoisonné la première femme de Monsieur, avec le poison que le chevalier de Lorraine lui avoit envoyé de Rome, duquel il fut toute sa vie intime, et du maréchal de Villeroy ». « Je n'ignorois pas ses menées avec M. du Maine, même avec Mme de Maintenon, et tout me déplaisoit en lui. »
Étrange trait de lui avec moi
Mme la duchesse d'Orléans arracha à Saint-Simon de proposer au duc d'Orléans de confier ses affaires délabrées au marquis d'Effiat, l'assurant que celui-ci l'appuierait. Devant le prince, Saint-Simon fit « ma représentation, et tout de suite ma conclusion » — sur quoi le duc nia tout dérangement, et Effiat, interpellé, assura que les affaires « étoient dans le meilleur ordre du monde, les mieux administrées » : « ils se renvoyèrent même la balle l'un à l'autre avec complaisance, tandis que j'étois plongé dans un silence d'admiration et d'indignation. » Il courut chez la duchesse « à qui je dis d'arrivée de ne me parler de sa vie de son marquis d'Effiat » ; elle en parut étonnée « mais point déprise du marquis d'Effiat, qui tenoit à elle par des endroits plus chers ; mais j'y gagnai qu'elle n'osa jamais plus me nommer son nom ».
Mme de Nassau à la Bastille
Le marquis de Nesle avait une sœur « fort laide » mariée à un Nassau de branche très cadette : « c'étoit la faim et la soif ensemble ». Le mari, « fort honnête homme et brave, d'ailleurs un fort pauvre homme », avait laissé sa femme « brelander... à son gré, qui vivoit de ce métier et de l'argent des cartes » ; elle avait eu « des aventures vilaines qui avoient fait du bruit ». Le mari présenta au roi un placet demandant permission « d'accuser sa femme d'adultère » et prétendait « avoir preuve en main qu'elle avoit voulu l'empoisonner. Les Mailly s'effrayèrent de l'échafaud et obtinrent qu'elle seroit conduite à la Bastille ; elle en est sortie depuis et a bien fait encore parler d'elle. »
Maladie de Mme la duchesse d’Orléans, dont on tâche de profiter
Ceux qui n'avaient rien oublié pour imputer à M. le duc d'Orléans « les malheurs domestiques de la maison royale » ne laissèrent pas tomber une maladie de Mme la duchesse d'Orléans, « bizarre, longue, et où les médecins dirent qu'ils n'entendoient rien. Elle étoit pourtant facile à comprendre » : la princesse s'était fait un cabinet d'un « bouge cul-de-sac » avec une niche creusée dans un gros mur, enduite de plâtre neuf, où elle passait ses journées couchée. Saint-Simon l'avait avertie — rappelant « la mort de cette forte et robuste maréchale d'Estrées, qui mourut pour avoir eu les prémices d'une chambre neuve à Marly. Rien ne prit ; elle en fut châtiée. » Lassée des remèdes, « elle guérit parfaitement sans secours, au grand regret, je pense, de qui en avoit préparé l'affreux paquet à M. le duc d'Orléans ».
Paris ouverts en Angleterre sur la mort prochaine du roi, qui par hasard les voit dans une gazette de Hollande
La santé du roi déclinant sensiblement, « les paris s'ouvrirent donc en Angleterre que sa vie passeroit ou ne passeroit pas le 1er septembre ». Torcy, lisant au roi les gazettes de Hollande, « rencontra ces paris à l'article de Londres ; il s'arrêta, balbutia et les sauta ». Le roi insista ; Torcy, rougissant « jusqu'au blanc des yeux », dut « lui lire les paris tout du long. Le roi ne fit pas semblant d'en être touché, mais il le fut profondément » : à table, il en parla « en regardant la compagnie » — Saint-Simon, présent, baissa les yeux ; Cheverny fit « une assez longue et mauvaise rapsodie » de bruits semblables. « On vit qu'il fit ce qu'il put pour manger et pour montrer qu'il mangeoit avec appétit. Mais on remarquoit en même temps que les morceaux lui croissoient à la bouche. »
Prince de Dombes visité par les ambassadeurs comme les princes du sang
« Il parut que cette aventure fut un coup d'éperon pour combler de plus en plus la grandeur des bâtards. » Rien n'avait été « si long ni plus difficile que de ployer les ambassadeurs à traiter les bâtards du roi comme les princes du sang » ; M. du Maine voulut que ses enfants eussent le même honneur. Ce fut le bailli de Mesmes, ambassadeur de Malte et frère de sa créature le premier président, « qui, le premier de tous les ambassadeurs, visita en pleine cérémonie le prince de Dombes, comme il avoit visité tous les princes du sang et les deux bâtards. Cette démarche fit grand bruit et déplut également aux ambassadeurs, pour qui la planche étoit faite, et aux princes du sang. »
Adresse là-dessus du duc du Maine
L'adresse de M. du Maine fut de se servir « du dernier de tous les ambassadeurs et du frère de sa créature la plus abandonnée » : « l'ordre de Malte est trop sous la main du roi de France pour oser lui déplaire et contester un cérémonial si désiré. » Puis, huit jours après, il « présenta une requête au parlement dans le cours du procès de la succession de M. le Prince, dans laquelle il prenoit la qualité de prince du sang », s'y croyant fondé par l'édit d'habilité à succéder. « M. le Duc s'y opposa, et, avec M. le prince de Conti..., demanda juridiquement la radiation de la qualité de prince du sang, mal à propos prise par le duc du Maine : cela fit grand bruit, mais il fut court. »
Il obtient la qualité et le titre de prince du sang pour lui et sa postérité, et pour son frère, par une nouvelle et très précise déclaration du roi, incontinent enregistrée au parlement
Huit jours après encore, « il parut une nouvelle déclaration qui enjoignit au parlement d'admettre en tous actes judiciaires et jugements le titre et la qualité de prince du sang pour le duc du Maine, sa postérité et le comte de Toulouse, et de n'en faire en quoi que ce soit la moindre différence d'avec les princes du sang, toutefois après le dernier de tous. La déclaration témoigne surprise, et quelque chose de plus, de ce que cette qualité et titre avoit pu être contestée... Celui-ci fut aussi enregistré tout aussitôt qu'il fut porté au parlement. »
Sainte-Maure conserve les livrées et les voitures de M. le duc de Berry
« Sainte-Maure, qui avoit été premier écuyer de M. le duc de Berry, s'avisa en quittant son deuil de demander permission au roi de conserver, sa vie durant, et à ses dépens, les livrées de ce prince et ses armes à ses voitures » — les armes pour entrer partout comme ceux qui ont les honneurs du Louvre, les livrées « pour en épargner les habits ». Sur le précédent de Hautefort, premier écuyer de la reine, « le roi l'accorda à Sainte-Maure ».
Prince électoral de Saxe prend congé du roi dans son cabinet à Marly
« Le comte de Lusace, c'est-à-dire le prince électoral de Saxe, maintenant électeur et roi de Pologne après son père, vint prendre congé du roi dans son cabinet à Marly, qui lui fit beaucoup d'honnêtetés. » Le roi lui envoya « une épée de diamants de quarante mille écus », son portrait enrichi de diamants au palatin de Livonie, et un présent moindre au baron Haageri. « Il se conduisit avec beaucoup de sagesse, de politesse, et pourtant de dignité, et vit fort la meilleure compagnie. »
Mme de Maintenon lui fait les honneurs de Saint-Cyr
Le prince avait « témoigné souhaiter fort de voir Saint-Cyr ». Mme de Maintenon l'attendait le dimanche 2 juin avec, après la visite de la maison, « la comédie d'Esther, jouée par les demoiselles ; mais la fièvre prit au prince », et la partie fut remise au mardi 11 juin, où il put s'y rendre. Il partit peu de jours après pour la Saxe.
Mort de Ducasse ; sa fortune, son caractère
« Ducasse mourut fort âgé, et plus cassé encore de fatigues et de blessures. Il étoit fils d'un vendeur de jambons de Bayonne... Il aima mieux s'embarquer que suivre le métier de son père, et se fit flibustier », dont ses actions firent bientôt un chef ; puis capitaine de vaisseau, chef d'escadre, lieutenant général, « grades dans lesquels il fit glorieusement parler de lui, et où il eut encore le bonheur de gagner gros sans soupçon de bassesse ». Il servit si bien le roi d'Espagne « qu'il eut la Toison, qui n'étoit pas accoutumée à tomber sur de pareilles épaules ». « C'étoit un grand homme maigre..., qui avec l'air d'un corsaire, et beaucoup de feu et de vivacité, étoit doux, poli, respectueux, affable, et qui ne se méconnut jamais... Il aimoit l'État et le bien pour le bien, qui est chose devenue bien rare. »
Mort de Nesmond, évêque de Bayeux
« Nesmond, évêque de Bayeux, mourut aussi doyen de l'épiscopat en France, à quatre-vingt-six ans. C'étoit de ces vrais saints qui attirent, malgré eux, une vénération qu'on ne peut leur refuser, et dont la simplicité donne à tous les moments à rire » : au curé qui s'excusait d'une noce par l'exemple des noces de Cana — « Voyez-vous, monsieur le curé, ce n'est pas là ce qu'il a fait de mieux. » « Vrai pasteur, toujours résidant », doublant les revenus de son évêché sans grever personne, « au bout de l'année, il ne lui restoit pas un écu, et tout alloit aux pauvres » — dix mille écus par an au roi Jacques, jamais sus qu'après sa mort. Et l'inénarrable sollicitation de Rouen : refusant de voir la maîtresse du président — « c'est une vilaine... et que cela est honteux à un magistrat comme lui de maltraiter, comme il fait, Mme sa femme » — « le rare est qu'il gagna son procès, et que ce président l'y servit à merveille ». « J'ai connu si peu d'évêques qui ressemblassent à celui-ci que je n'ai pu me refuser tout cet article. »

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