TOME V · CHAPITRE IV

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Résumé

Morts et justice : la première présidente Lamoignon et sa famille, avec le caractère du premier président Lamoignon et la « corruption des premiers présidents successeurs de Bellièvre » — illustrée par la catastrophe singulière de Fargues, le pendu de Lésigny. Mort et singularités de Ninon de L'Enclos, l'illustre courtisane philosophe ; morts de Rossignol le déchiffreur et du comte de Tonnerre. La Feuillade proposé par le roi à Chamillart pour faire en chef le siège de Turin — gratitude et grandeur d'âme de Vauban, dont le plan est dédaigné ; Vendôme « grand courtisan » ; le siège différé ; Darmstadt tué devant Montjuïc ; Lérida et Tortose aux Catalans révoltés ; Badajoz dégagé ; Barcelone rendue à l'archiduc.

Les entrées

Mort de la première présidente Lamoignon ; sa famille
Mort de la première présidente Lamoignon — l'occasion d'une pointe contre « ces avocats renforcés qui, du barreau où ils gagnoient leur vie il n'y a pas longtemps, sont devenus des magistrats considérables, [et] ont pris le de ». Elle était Potier, fille du secrétaire d'État Ocquerre, mère de Lamoignon président à mortier, de Bâville — « conseiller d'État, intendant ou plutôt roi de Languedoc » —, de Mme de Broglio et de la défunte femme d'Harlay. « Elle mourut dans une grande et longue piété. Avec tant d'enfants bien pourvus, elle ne laissa pas de mourir avec plus de un million cinq cent mille livres de bien. »
Caractère et fortune du premier président Lamoignon
Retour sur le premier président Lamoignon : « beau, agréable, et sachant fort le monde et l'intrigue », porté à la place en 1658 par les ministres qui craignaient l'humeur de Novion. « Les grâces de sa personne, son affabilité, le soin qu'il prit de se faire aimer du barreau…, son attention singulière à capter les savants de son temps, lui acquirent une réputation qui dure encore. Il est pourtant vrai qu'à lui commença la corruption de cette place qui ne s'est guère interrompue jusqu'à aujourd'hui. »
Corruption des premiers présidents successeurs de Bellièvre
La corruption des successeurs de Bellièvre en raccourci : « ainsi le beau-père et le gendre s'enrichirent successivement dans la même charge, l'un du sang de l'innocent, l'autre du dépôt que son ami lui avoit confié à garder, qu'il déclara ensuite au roi qui le lui donna ». Entre les deux, « Novion, qui fut entre-deux depuis 1677 jusqu'en 1688, ne fut chassé que pour avoir sans cesse vendu la justice ».
Catastrophe singulière de Fargues
« Catastrophe singulière de Fargues » : des seigneurs égarés à la chasse — Guiche, du Lude, Vardes, Lauzun « qui me l'a conté » — reçoivent l'hospitalité parfaite d'un inconnu au château de Courson. Ils s'en louent au roi, qui reconnaît le nom : Fargues s'était « fort signalé dans tous les mouvements de Paris contre la cour et le cardinal Mazarin », mais était couvert par l'amnistie. Le roi et la reine mère, « qui ne lui avoient pardonné que par force », chargent Lamoignon « d'éplucher secrètement la vie et la conduite de Fargues ». Le premier président, « avide et bon courtisan », l'implique dans un vieux meurtre des troubles : malgré l'amnistie et les efforts des courtisans, « Fargues eut très promptement la tête coupée, et sa confiscation donnée en récompense au premier président. Il n'y a guère qu'une lieue de Bâville à Courson. »
Mort et singularités de Ninon, dite Mlle de L’Enclos
Mort de Ninon, « courtisane fameuse », « exemple nouveau du triomphe du vice conduit avec esprit, et réparé de quelque vertu ». Sommée de se retirer dans un couvent, elle choisit « celui des grands cordeliers de Paris » et rend la lettre de cachet « avec une belle révérence » — la reine mère « la trouva si plaisante qu'elle la laissa en repos ». Un amant à la fois, congédié franchement ; le fameux « Oh ! le bon billet qu'a La Châtre ! » ; chez elle, « jamais ni jeux, ni ris élevés, ni disputes, ni propos de religion ou de gouvernement » — il devint « à la mode d'être reçu chez elle ». Amie de jeunesse de Mme de Maintenon, qui « n'osoit la désavouer » ; reparties immortelles au maréchal de Choiseul (« si je vous y prends encore, je vous nommerai vos camarades » ; « Seigneur, que de vertus vous me faites haïr ! »). « Elle donna à Dieu ses dernières années, et sa mort fit une nouvelle. »
Mort de Rossignol
Mort de Rossignol, président aux requêtes du palais, fils du « plus habile déchiffreur de l'Europe » : « aucun chiffre ne lui échappoit, il y en avoit qu'il lisoit tout de suite. Cela lui donna beaucoup de particuliers avec le roi et en fit un homme important. » Le fils, instruit par le père, « y devint habile, mais non pas au point de son père. C'étoient d'honnêtes gens et modestes », que le roi paya gros, jusqu'à laisser cinq mille livres de pension « à sa famille qui n'étoit pas d'âge à déchiffrer ».
Inquisition de ce prince
L'« inquisition de ce prince » dévoilée par l'aventure de Courtenvaux, fils aîné de Louvois et capitaine des Cent-Suisses. Le roi, « plus avide de savoir tout ce qui se passoit, et plus curieux de rapports qu'on ne le pouvoit croire », entretenait par Bontems puis Bloin des Suisses secrets « chargés de rôder, les soirs, les nuits et les matins, dans tous les degrés, les corridors, les passages…, d'écouter tout ce qu'ils pouvoient entendre ». Quand le roi remplace les Cent-Suisses par ces espions dans la pièce carrée de Fontainebleau, près de chez Mme de Maintenon, Courtenvaux éclate en menaces. Le roi le mande le soir : colère « si terrible… qu'il fit trembler non seulement Courtenvaux, mais princes, princesses, dames » ; « Sortez d'ici ! » Le vrai crime : Courtenvaux « avoit mis le doigt sur la lettre à toute la cour » d'un espionnage que le roi « cachoit avec le plus grand soin ».
Mort du comte de Tonnerre
Mort du comte de Tonnerre, « un autre homme encore plus méprisé ; ce n'est pas que la naissance ou l'esprit lui manquassent ; mais tout le reste entièrement. Avec une poltronnerie qui lui faisoit tout souffrir, il s'attiroit cent affaires par son escroquerie et ses bons mots, et il étoit tombé enfin à un tel point d'abjection qu'on avoit honte de l'insulter quand il disoit quelque sottise. » Il avait été premier gentilhomme de la chambre de Monsieur.
La Feuillade proposé par le roi à Chamillart pour faire en chef le siège de Turin
Le siège de Turin, « si mal à propos annoncé dès l'entrée du printemps », demeure résolu. Le roi, « occupé de plaire à son ministre par l'endroit qui lui étoit le plus sensible », propose lui-même à Chamillart de charger son gendre La Feuillade « de ce grand siège en chef ». Chamillart, « surpris et comblé, s'en excusa faiblement ». Rien ne manque au favori : « soixante bataillons, soixante-dix escadrons, onze cent milliers de poudre, quarante mortiers, quatre-vingts pièces de canon de batterie ».
Gratitude et grandeur d’âme de Vauban
« Vauban fit là une grande action » : il s'offre au roi pour aller à Turin donner ses conseils, se tenant entre-temps « à deux lieues de l'armée, sans s'y mêler de rien », ajoutant « qu'il mettroit son bâton derrière la porte, qu'il n'étoit pas juste que l'honneur auquel le roi l'avoit élevé le rendît inutile à son service, et que, plutôt que cela fût, il aimeroit mieux le lui rendre. Cette offre romaine ne fut point acceptée ; le contraste de Vauban et de La Feuillade eût été trop grand et l'obscurcissement de ce dernier trop accablant. »
Vendôme grand courtisan
Vendôme grand courtisan : par un courrier « arrivé en cadence », il appuie le projet de La Feuillade d'attaquer par la citadelle sans circonvallation, assure « qu'il n'y avoit rien à craindre du prince Eugène », presse le siège de Turin et offre même ses troupes. « Il fit sa cour au roi, plut au ministre, ce fut tout. »
Siège de Turin différé
Le siège est pourtant différé : Dreux repart « avec l'ordre de ne point faire ce siège ». La Feuillade, « opiniâtre, dépêcha Marignane, qui ne vit point le roi, et que Chamillart, qui gardoit sa chambre pour un torticolis, renvoya sur-le-champ ». Force lui est d'obéir : il contremande tout, quitte la Vénerie « où il s'étoit établi », et envoie un gros détachement à Vendôme.
Darmstadt tué devant le mont Joui
Devant Barcelone, les assiégeants emportent le 16 septembre les ouvrages du mont Joui : « la résistance fut grande, ils y perdirent huit cents hommes, et le prince de Darmstadt dont il a été tant parlé y fut tué ». La garnison du mont Joui, coupée de tout, « s'ouvrit un passage l'épée à la main, et rentra dans Barcelone, n'ayant perdu à cette belle action que douze ou quinze hommes. Ce fut un grand point pour l'archiduc que d'être maître du mont Joui. »
Lerida et Tortose saisis par les Catalans révoltés
« Ce malheur fut incontinent suivi d'un autre. Les Catalans révoltés se saisirent de Lérida et de Tortose » — la révolte gagne tout le pays derrière l'archiduc.
Siège de Badajoz levé par les ennemis
Vers le Portugal, en revanche, « les ennemis levèrent le siège de Badajoz aux approches de Tessé. Ruvigny, qui portoit le nom de milord Galloway, y commandoit les Anglois et y eut un bras emporté. C'étoit un très bon officier parmi eux, qui se retira en Angleterre et n'a pas servi depuis. »
Barcelone rendu à l’archiduc
« Ils furent plus heureux devant Barcelone, qui se rendit le 4 octobre » — chute qui livre à l'archiduc la capitale de la Catalogne, prélude aux « extrémités » que Saint-Simon annonçait en contant le sabotage de la flotte par Pontchartrain.
La garnison prisonnière de guerre
La garnison fut « prisonnière de guerre, excepté le vice-roi, le duc de Popoli et quelques officiers distingués. On voulut longtemps douter de cette nouvelle, et de beaucoup de cruautés exercées par les Allemands. »
Retour de Fontainebleau par Villeroy et Sceaux
Le roi part le 26 octobre de Fontainebleau, « s'en retournant par Villeroy et par Sceaux, où il séjourna » — itinéraire de faveur qui honore le maréchal absent et la duchesse du Maine.
Couronnement de Stanislas en Pologne
Il apprend en même temps « le couronnement du roi Stanislas Lesczinski. Il ne prévoyoit pas alors assurément… que dans sa chute la plus profonde, sans pain et sans un pouce de terre, il deviendroit beau-père de son héritier, et aussi peu encore de qui seroit cet ouvrage » — clin d'œil prophétique à Louis XV et Marie Leszczynska.
Mort du fameux Tekeli
Mort à Constantinople « du fameux Tekeli », le chef hongrois, « jeune encore, mais perdu de goutte et depuis longtemps ne pouvant plus se remuer. Il étoit sur un grand pied de considération et de rang, à peu près comme un grand souverain en asile ; et y touchoit fort gros, et très exactement payé. »
Prises de mer ; Saint-Paul tué
« La mer auroit été plus heureuse par la quantité de riches et grosses prises… sans la mort de Saint-Paul, qui s'y étoit le plus signalé, et qui fut fort regretté. » Il meurt le dernier octobre en se rendant maître de onze vaisseaux marchands de la Baltique par la prise des trois gros vaisseaux anglais qui les convoyaient. « Saint-Paul ne laissa que trois neveux fort jeunes ; le roi donna des pensions à tous les trois. »
Cruelle méprise de La Feuillade
« La Feuillade, ou son secrétaire, fit une méprise qui coûta bon » : mandant au gouverneur d'Acqui de le rejoindre, « au lieu d'Acqui, il mit d'Asti ; et le gouverneur de cette dernière place obéit ». M. de Savoie se saisit aussitôt d'Asti et met le Montferrat à contribution. La Feuillade marche pour la reprendre, trouve les troupes de Savoie et de Staremberg, essuie un rude combat : « on fit fort valoir qu'il mit pied à terre à la tête des grenadiers… On ne se vanta point de la perte », mise sur le compte des pluies. « On perdit à ce combat d'Asti Imécourt et force gens, et Asti demeura au duc de Savoie. »
Augmentation des compagnies
« Les pertes d'hommes en Allemagne et en Italie, plus grandes par les hôpitaux que par les actions, firent prendre le parti d'une augmentation de cinq hommes par compagnie » — palliatif comptable à l'épuisement des armées.
Nouveaux régiments
« On donna aussi quantité de régiments à lever, ce qui fit une foule étrange de colonels et d'états-majors à payer, qui fut d'un grand préjudice ; au lieu de donner un bataillon et un escadron de plus aux régiments déjà faits qui en auroient bientôt pris l'esprit », les petits régiments neufs « par leur peu de nombre se détruisent promptement ».
Force milice
Une levée de vingt-cinq mille miliciens, « qui fut une grande ruine et une grande désolation dans les provinces. On berçoit le roi de l'ardeur des peuples à y entrer » — on lui en montrait des échantillons « bien trayés » à Marly. « Je savois le désespoir que causoit cette milice, jusque-là que quantité se mutiloient eux-mêmes pour s'en exempter. Ils crioient et pleuroient qu'on les menoit périr ; et il étoit vrai qu'on les envoyoit presque tous en Italie, dont il n'en étoit jamais revenu un seul… On baissoit les yeux en écoutant ces mensonges et la crédulité du roi. »
Idées de nos ministres bien différentes sur la paix
Devant tant de désastres, Saint-Simon conçoit avec Callières un plan de paix par partage : laisser l'Espagne à l'archiduc, faire de Philippe V « un grand roi en lui donnant toute l'Italie », gagner la Lorraine pour le roi. Beauvilliers trouve le plan « fort bon et fort raisonnable », Chevreuse aussi. « Le contraste de leur réponse perdroit trop si la modestie m'empêchoit de rapporter » celle des deux autres : le chancelier « me répondit qu'il voudroit me baiser au cul et que cela fût exécuté, et Chamillart, avec gravité, que le roi ne céderoit pas un moulin de toute la succession d'Espagne. Dès lors je compris l'étourdissement où nous étions, et combien les suites en étoient à craindre. »
Aguilar à Paris ; sa mission, son caractère, sa fortune
Fin novembre arrive à Paris le comte d'Aguilar, envoyé pour persuader au roi le siège de Barcelone par le roi d'Espagne en personne : « Aguilar ne réussit que trop dans sa commission, au malheur des deux couronnes. » Fils du comte de Frigilliane — qui disait « qu'il seroit le plus méchant homme d'Espagne et le plus laid, s'il n'avoit pas un fils » —, il était « jeune, plein d'ambition, de ruse, de fausseté, de noirceur », ami intime du duc de Noailles, « le premier homme d'Espagne en capacité… grand poltron, grand pillard ». Toutes les premières places lui passèrent par les mains, « jamais content d'aucune, et pas une aussi ne lui demeura. Toujours craint et généralement haï, il a passé les vingt dernières années de sa vie en disgrâce », exilé à sa commanderie de Saint-Jacques.
Ordres d’Espagne devenus compatibles avec ceux de la Toison et du Saint-Esprit
À propos de la Toison qu'Aguilar quitta pour la chancellerie de l'ordre de Saint-Jacques : les grosses commanderies « faisoient négliger la Toison aux seigneurs espagnols ». Mais douze ou quinze ans après l'avènement de Philippe V, « ils ont trouvé moyen de s'accommoder avec Rome, qui a rendu ces trois ordres compatibles en payant tous les cinq ans une modique annate… Depuis cette invention, les plus grands seigneurs d'Espagne sont devenus fort empressés pour la Toison, et peut-être plus encore pour l'ordre du Saint-Esprit. »
Ronquillo gouverneur du conseil de Castille
« En ce même temps Ronquillo, dont j'ai parlé, fut fait gouverneur du conseil de Castille » — la haute fortune qu'il attendait en refusant le département de la guerre.
Duc de Noailles en Roussillon
Tout étant réglé avec Aguilar pour le siège de Barcelone, le duc de Noailles, « aiguillonné par l'exemple de La Feuillade et par celui de son père, voulut se servir du même chausse-pied pour arriver rapidement au commandement des armées » : il demande d'aller commander dans son gouvernement de Roussillon, l'obtient et s'y hâte, « pour l'exercer quelque temps avant d'être effacé en servant au siège de Barcelone ».
Mort des deux fils du duc de Beauvilliers
« Je partageai en même temps, avec la plus sensible amertume, le malheur de M. et de Mme de Beauvilliers » : leurs deux fils de seize et dix-sept ans, « bien faits et qui promettoient toutes choses », meurent de la petite vérole coup sur coup — le cadet à Versailles le 25 novembre, l'aîné le 2 décembre.
Piété du père et de la mère
« Le père et la mère, pénétrés de douleur à la mort du premier, allèrent sur-le-champ en faire un sacrifice à la messe, et y communièrent l'un et l'autre ; à la mort de l'autre ils eurent la même foi, le même courage, la même piété. » « Je ne connois point de sermon si touchant que la douleur et la résignation profonde de l'un et de l'autre. » Beauvilliers pria Saint-Simon de le laisser parler de ses enfants : « il y avoit un si petit nombre de personnes à qui il se permît d'en parler… parce que cela le soulageoit ».
Jésuites emportent la cure de Brest devant le roi
Les jésuites, cherchant depuis longtemps à s'emparer de la cure de Brest « et d'en faire un bon bénéfice », trouvent la jointure mais butent sur des habitants « si opposés, qu'ils ne les purent gagner avec toutes leurs douces et fines industries ». Ils se gardent de tout tribunal et obtiennent une évocation devant le roi, qui « de son autorité leur accorda la cure, mais avec des modifications qui ne leur plurent pas, et qui ne consolèrent pas les habitants d'avoir de tels pasteurs malgré eux ».
Retour de Marsin, Villars et Villeroy
Les armées séparées, Marsin puis Villars rentrent. Le maréchal de Villeroy, dernier, « prit son temps de paroître la nuit de Noël pendant matines », après « bien du brouhaha en entrant » : il s'occupe le reste de l'office « à galantiser les dames, à recevoir les compliments…, et à battre la mesure de la meilleure grâce du monde, avec une justesse que lui-même admiroit ».
Surville à la Bastille
« Surville, dont l'affaire en vieillissant ne devenoit pas meilleure, fut amené d'Arras à la Bastille, La Barre demeurant en pleine liberté. »
Roquelaure tâche de se justifier au roi ; sa femme
Roquelaure obtient « une petite audience du roi pour se justifier de sa négligence à garder les lignes, de sa fuite et de tout le désordre qui s'en étoit suivi ». Saint-Simon rappelle son mariage : le roi, « épris de Mlle de Laval », la maria au fils de Roquelaure moyennant un brevet de duc. Le mot fameux à la naissance de sa fille aînée : « Mademoiselle, soyez la bienvenue, je ne vous attendois pas sitôt. » Sa femme, « née aussi plus que personne que j'aie connu pour cheminer dans une cour », n'apporta pas un écu « dans une maison fort obérée » et la rendit « une des plus solidement riches » : « la beauté heureuse étoit sous Louis XIV la dot des dots ».
Mariage du fils aîné de Tessé avec la fille de Bouchu, du duc de Duras avec Mlle de Bournonville, de Listenois avec une fille de la comtesse de Mailly
Trois mariages de fin d'année : le fils aîné de Tessé épouse la fille de Bouchu — « ni esprit, ni art, ni naissance, ni beauté, mais des écus sans nombre, et c'est ce qu'il falloit à Tessé » ; le duc de Duras épouse Mlle de Bournonville, riche orpheline qui « dansoit à ravir » — « jamais personne ne représenta mieux la déesse de la Jeunesse » — mariée chez la maréchale de Noailles « qui l'auroit dit au maréchal de Duras qui haïssait le maréchal de Noailles ! » ; et Listenois épouse une fille de la comtesse de Mailly.
Folies de la duchesse du Maine
« Mme du Maine depuis longtemps avoit secoué le joug de l'assiduité, de la complaisance et de tout ce qu'elle appeloit contrainte. » À la moindre représentation, M. du Maine essuyait « toutes les hauteurs de l'inégalité du mariage… qui avec raison lui firent tout craindre pour sa tête. Il prit donc le parti de la laisser faire, et de se laisser ruiner en fêtes, en feux d'artifice, en bals et en comédies qu'elle se mit à jouer elle-même en plein public, et en habit de comédienne, presque tous les jours à Clagny. »
Duc de Berry délivré de ses gouverneurs
« À la fin de l'année M. le duc de Berry fut délivré de ses gouverneurs. Jamais jeune homme ne fut si aise. »
Montmélian rendu par les ennemis
« Enfin Montmélian, bloqué depuis si longtemps, se rendit le 12 décembre. On prit le bon parti aussitôt après de le faire sauter. »
Aventure étrange de l’évêque de Metz
« Cruel fracas sur l'évêque de Metz. Jamais aventure si éclatante ni plus ridicule. » Un enfant de chœur sort en pleurant de l'appartement du prélat, se plaignant « d'avoir été fouetté cruellement » ; « des gens charitables voulurent faire entendre pis », le chapitre s'émeut, le père se jette aux pieds du roi. Saint-Simon, sollicité par la maréchale de Rochefort, engage Chamillart à assoupir l'affaire ; mais le cardinal de Coislin, « qui étoit l'honneur, la piété et la pureté même », accourt exiger que tout soit éclairci : que son neveu perde son évêché s'il est coupable, mais que la réparation soit publique s'il est innocent. Le 18 janvier, le roi ordonne que le chevau-léger et toute sa famille demandent pardon en public à M. de Metz, et que les registres du chapitre soient purgés : « ce vacarme, épouvantable d'abord, s'en alla bientôt en fumée ». La vie du prélat, « infiniment réglée » jusqu'à sa mort en 1733, « a magnifiquement démenti ou l'imprudence ou le guet-apens dont son oncle et lui pensèrent mourir de douleur ».

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