TOME VII · CHAPITRE XII

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Résumé

Torcy part pour la Hollande — l'humiliante négociation de paix ; brevet de 150 000 livres à La Vallière. Mariages : Lambesc-Duras — avec le « digne et rare procédé » de M. le Grand —, Gesvres-Mascrani, Montendre-Jarnac, Donzi-Spinola, Polignac-Mailly. Morts de Saumery — fortune et caractère du « boiteux important » — ; fortune d'Avaray ; Belle-Isle mestre de camp général des dragons ; morts du prince de Carignan, avec sa « singularité étonnante », du duc de La Trémoille, caractère et dépouille.

Les entrées

Torcy en Hollande
Torcy partit le 1er mai pour la Hollande « dans le plus grand secret » — que Lauzun éventa par une farce : il envoya le duc de Villeroy et d'autres dîner chez Torcy, où « ils trouvèrent la porte fermée ; ils frappèrent ; point de réponse » ; « cette plaisanterie, qui se répandit dans Marly, fit qu'on y sut plus tôt le voyage de Torcy que le roi n'auroit voulu ».
Cent cinquante mille livres de brevet de retenue à La Vallière sur son gouvernement de Bourbonnois
« La Vallière eut en ce même temps cent cinquante mille livres de brevet de retenue sur son gouvernement de Bourbonnois, que son père avoit eu pendant la faveur de Mme de La Vallière la carmélite. »
Mariage du prince de Lambesc avec Mlle de Duras
Le prince de Lambesc, petit-fils de M. le Grand, épousa la fille aînée du feu duc de Duras, « belle comme le jour, très bien faite et fort riche ».
Digne et rare procédé de M. le Grand
Digne procédé de M. le Grand : il refusa net de solliciter le procès de la duchesse de Duras contre le duc de Duras — « il n'avoit pas pris sa nièce pour le ruiner et sa maison » — et fit régler les partages en faveur de la sœur cadette, sa petite-belle-fille étant « assez riche ». « C'est là penser et agir avec grandeur…, mais il est vrai aussi que Mme d'Armagnac étoit morte, qui n'auroit pas laissé faire M. le Grand. »
Mariage du marquis de Gesvres avec Mlle Mascrani
Le duc de Tresmes maria le marquis de Gesvres à Mlle Mascrani, « prodigieusement riche », sans père, mère, frère ni sœur — mariage « qui bientôt après se tourna fort étrangement, et donna au public des farces fort singulières ».
Mariage de Montendre avec Mlle de Jarnac
Mlle de Jarnac, « aussi sans père ni mère, aussi fort riche », choisit elle-même un cadet de Montendre « qui n'avoit ni biens, ni figure, mais beaucoup d'esprit », et voulut demeurer dans son château de Jarnac sur la Charente.
Mariage de Donzi avec Mlle Spinola
Donzi, fils du feu duc de Nevers, épousa l'aînée du marquis Spinola, héritière de la grandesse, « et prit en se mariant le nom de prince de Vergagne, que le public, qui aime à se jouer sur les mots, et qui n'approuvoit pas sa vie, appela le prince de Vergogne ».
Mariage de Polignac avec Mlle de Mailly
« La comtesse de Mailly maria sa dernière fille à Polignac, dont il auroit été le grand-père. Elle étoit fort belle, et ne tarda pas à montrer que Polignac n'étoit pas heureux en mariage, ni sa mère en éducations. »
Mort de Saumery ; sa fortune ; celle de son fils ; leur caractère
Mort du vieux Saumery à quatre-vingt-six ans, petit-fils de Joanne, valet béarnais d'Henri IV devenu jardinier puis concierge de Chambord. Son fils, tiré des bords de la Loire par Beauvilliers pour être sous-gouverneur des enfants de France, « mit, comme il le fit dire de lui, son pied dans tous les souliers » : « jamais homme ne tira si grand parti d'une vieille blessure…, il fit le gros dos et l'important, et ne s'aperçut jamais qu'il n'étoit qu'un impertinent ». Sa fatuité de ne dire « monsieur de personne » — « le vieux vicomte, ce pauvre vieux vicomte », et c'était Turenne — fit pâmer de rire Dampierre. « Du naturel des rats qui se hâtent de sortir d'un logis lorsqu'il est près de crouler », il déserta Beauvilliers pour Harcourt et dit pis que pas un sur le duc de Bourgogne pendant la campagne de Lille.
Fortune d’Avaray
Fortune d'Avaray : Béziade, camarade de Joanne, eut d'Henri IV un emploi aux portes d'une ville ; son petit-fils « préféra un mousquet », prit le nom de d'Avaray, devint lieutenant général, « a bien clabaudé de n'être pas maréchal de France…, et à la fin on l'a fait chevalier de l'ordre, qu'il n'a fait la grâce d'accepter qu'avec beaucoup de répugnance et de délais ».
Belle-Ile mestre de camp général des dragons ; sa fortune
Belle-Ile mestre de camp général des dragons : petit-fils de Fouquet, fils d'un exilé « dont le roi n'avoit voulu pour rien », réduit à vivre « au pot de Mme Fouquet », il se signala dans Lille, fut servi par Boufflers et eut la charge pour deux cent quatre-vingt mille livres. « C'étoit un furieux pas, et sous le feu roi, pour d'où il étoit parti. Quel prodige et comment le voir aujourd'hui…, maréchal de France, duc vérifié, ambassadeur extraordinaire pour l'élection de l'empereur, général d'armée, et le dictateur de l'Allemagne ! »
Mort, famille, singularité étonnante et deuil du prince de Carignan
Mort du prince de Carignan, « né sourd et muet », à soixante-dix-neuf ans : abandonné à un homme qui en usa « comme les dresseurs de chiens — la faim, la bastonnade, la privation de lumière, les récompenses à proportion », il en devint « entendant tout aidé du mouvement des lèvres…, lisant, écrivant, et même parlant », posséda plusieurs langues et l'histoire, « devint bon politique jusqu'à être fort consulté sur les affaires d'État, et faire à Turin plus de personnage par sa capacité que par sa naissance » — vie « qui put passer pour un prodige ». Son fils et sa bru, venus à Paris « sous un rare incognito », vécurent « en bohémiens », lui « fermier de l'Opéra…, mort dans cette crapule en 1740 ».
Mort, caractère et dépouille du duc de La Trémoille
Mort du duc de La Trémoille, à cinquante-quatre ans, « que je regrettai extrêmement » : « un fort grand homme, le plus noblement et le mieux fait de la cour, et qui, avec un fort vilain visage, sentoit le mieux son grand seigneur : sans esprit que l'usage du monde…, il avoit tant d'honneur, de droiture, de politesse et de dignité, que cela lui tint lieu d'esprit ». Il mourut dans la douleur de n'avoir pu obtenir la survivance de sa charge — que la duchesse de Créqui, sa belle-mère, vint pourtant emporter du roi dès le lendemain matin pour son petit-fils malade.
Mort, fortune et caractère de La Reynie et de son fils
Mort de La Reynie, « un des plus anciens conseillers d'État, des plus capables, des plus intègres…, qui a formé la place de lieutenant de police dans l'importance où elle est montée, et qui ne l'avoit pas mise sur le dangereux pied et honteux où ses successeurs l'ont conduite ». Son fils unique, enfui jeune à Rome, y demeura toute sa vie, « ne se pouvant lasser, sans débauche, de la vie paresseuse et des beautés de Rome, et du far niente des Italiens ».
Mort du duc de Brissac
Mort du duc de Brissac, « subitement chez lui, d'apoplexie, à quarante et un ans » — quelques mois après avoir demandé pardon à Saint-Simon, sur la terrasse de Meudon, « de son procès, et de ce qu'il avoit fait contre moi, après tout ce qu'il me devoit, et l'avoir fait duc et pair ».
Prince des Asturies juré par les cortès ou états généraux d’Espagne
Le prince des Asturies juré par les cortès, le 7 avril, aux Jéronimites du Buen-Retiro : cérémonie de trois heures, « fort pompeuse », le prince de vingt mois « porté par la princesse des Ursins », confirmé par le patriarche des Indes — « confirmation étrangement prématurée ». Dispute rituelle de Tolède et Valladolid, courant « à toute course au pied de l'autel », Valladolid admise la première « et toujours sans conséquence ».
Château d’Alicante rendu à Philippe V
« Tôt après, le château d'Alicante se rendit… : une mine qui joua à propos y fit un grand désordre, et à la fin opéra la reddition, qui fut très importante. »
Bataille gagnée par les Espagnols contre les Portugois entièrement défaits
Début mai, l'armée portugaise, plus forte de quatre ou cinq mille hommes, attaqua celle du marquis de Bay « et fut si bien reçue qu'elle fut entièrement défaite et son infanterie tout à fait perdue » : trois régiments anglais pris entiers, quatre ou cinq mille tués ; Ayetone, Fiennes et Caylus s'y distinguèrent, et « milord Galloway rejeta toute la faute sur le comte de Saint-Jean ».
Chamarande demandé et accordé à Toulon
Chamarande, qui avait si dignement commandé à Toulon, y fut redemandé par une lettre de tous les habitants : « la demande fut accordée, et Chamarande destiné pour Toulon en cas d'entreprise de M. de Savoie en Provence ».

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