TOME XIV · CHAPITRE XIX
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Résumé
Mort du palatin de Livonie ; « nouveaux manèges d'Albéroni pour sa promotion » ; Giudice à Gênes et la misère de ses neveux ; l'effet à Madrid de la promotion de Borromée ; Patiño « depuis premier ministre et grand » ; les « vanteries » d'Albéroni. Le roi de Sicile inquiet veut entrer dans le traité Espagne-Hollande — réponse d'Albéroni, qui « change tout à coup de système » pour un autre « fort peu possible, et encore avec d'étranges variations » ; ses ordres à Beretti ; les Hollandais désireux d'union avec l'Espagne, craignant l'empereur et la Prusse ; plaintes et dépit du roi de Prusse.
Les entrées
- Mort du palatin de Livonie
- « On apprit en même temps la mort du palatin de Livonie, qui avoit accompagné le prince électeur de Saxe dans tous ses voyages, qui avoit toute la confiance du père et du fils... Il étoit catholique, il eût été ravi de voir ce prince sur le trône de Pologne, et bien étonné s'il eût pu deviner que la fille de Stanislas seroit reine de France et celle de son jeune prince Dauphine par le contraste le plus étrangement singulier. »
- Nouveaux manèges d’Albéroni pour sa promotion
- Nouveaux manèges : le pape « toujours en des frayeurs mortelles des préparatifs du Turc », Acquaviva pressait la promotion « qui perdroit, disoit-il au pape, toute sa grâce s'il ne l'accordoit qu'avec toutes les précautions qu'il y vouloit apporter » — escadre au Levant, nonciature rouverte, différends terminés. La lettre de Paulucci portant ces conditions fut trouvée en Espagne « d'une insolence extrême : ce terme n'y fut pas ménagé..., on menaça de la fureur de la reine quand elle en seroit informée. C'étoit vendre et acheter un chapeau bien cher. »
- Giudice à Gènes, misère de ses neveux
- « Giudice étoit encore à Gênes. Son neveu le prélat, témoin des exclamations de tous les cardinaux, lorsqu'ils entendoient parler de la promotion d'Albéroni, trembloit que la conduite de son oncle à Rome ne nuisît à sa fortune. Cellamare n'en avoit pas moins de frayeur pour lui-même, tous deux bien résolus de s'en tenir aux plus légères bienséances avec leur oncle, et se servir eux-mêmes en servant Albéroni. »
- Effet à Madrid de la promotion de Borromée
- L'effet de la promotion de Borromée à Madrid : reçue par Albéroni « avec beaucoup de fermeté » — et dans les deux heures, courriers à Barcelone et à Alicante « avec ordre d'empêcher Aldovrandi d'entrer en Espagne, et de l'en faire sortir sur-le-champ s'il y étoit déjà entré » ; on cacha la nouvelle à la reine en couches.
- Patiño depuis premier ministre et grand
- Patiño : chargé de l'armement « avec le titre d'intendant général de la marine. C'étoit l'unique Espagnol qu'il eût jamais jugé digne de sa confiance et capable de bien servir. Il avoit été dix-huit ans jésuite ; il figura depuis de plus en plus, et est mort enfin grand d'Espagne et premier ministre, avec autant de pouvoir et de probité qu'en avoit eu Albéroni. »
- Vanteries d’Albéroni
- Les vanteries : « il se vantoit... d'avoir anéanti les conseils, rétabli le commerce et la marine, réparé les places et l'artillerie, construit et augmenté des ports, détruit la contractation et le consulat de Séville, bridé pour toujours l'Aragon et la Catalogne, par la construction de la citadelle de Barcelone », et de la santé raffermie du roi.
- Le roi de Sicile inquiet désire être compris dans le traité projeté de l’Espagne avec la Hollande
- Le roi de Sicile, « toujours en crainte et mal avec l'empereur, fit presser Albéroni de le comprendre dans le traité de ligue dont il se parloit fort alors entre l'Espagne et la Hollande. »
- Réponse d’Albéroni
- La réponse à del Maro : la conclusion n'était pas prochaine ; la proposition n'avait servi qu'à « rompre le traité de ligue que l'empereur avoit proposé aux États généraux », et à déclarer que « si l'empereur attaquoit l'Italie, [le roi d'Espagne] prendroit ses mesures pour conserver ses droits et ceux de ses amis » ; les intérêts du roi de Sicile ne seraient « pas oubliés » — « il dit assez vrai pour cette fois. »
- Albéroni change tout à coup de système et en embrasse un fort peu possible, et encore avec d’étranges variations
- Le changement de système : assuré qu'aucun traité austro-hollandais n'était à craindre, il ne voulut plus que « semer soigneusement la défiance » et tout ralentir : « dans l'heureuse situation du roi d'Espagne, il étoit en état d'être recherché de tout côté. » Son nouveau principe : nul accommodement avec l'empereur sans régler « comme un préliminaire, le point de la sûreté de l'Italie » — c'est-à-dire un engagement positif des Anglais « d'obliger l'empereur à sortir d'Italie, et de Parme surtout ». « On ne peut s'empêcher d'admirer ici qu'un premier ministre d'Espagne... pût imaginer possible une pareille vision » — forcer un empereur victorieux à abandonner « un des plus beaux et des plus riches fleurons de sa couronne », par des Anglais liés à lui de tout temps, « et encore sans équivalent ».
- Ses ordres à Beretti là-dessus
- Les ordres à Beretti : mander à Stanhope, « comme de lui-même et sans ordre », que l'équilibre était impossible « tant que l'empereur posséderoit des États en Italie, surtout une place comme Mantoue » ; ne plus regarder l'offre anglaise des successions de Parme et de Toscane que comme « des dispositions trop éloignées et trop casuelles » ; et protester que le roi d'Espagne « ne prétendoit rien en Italie pour lui-même, et se contentoit de ce qui devoit appartenir au fils de son second lit... Ce leurre en sus étoit aussi par trop grossier. »
- Les Hollandois désirent l’union avec l’Espagne
- Les Hollandais désiraient l'union : Heinsius assurait « de la bonne disposition de toutes les provinces », mais voulait attendre l'issue de la médiation anglo-hollandaise pour la paix — « si cette paix ne réussissoit point, la république s'uniroit avec l'Espagne..., soit que les Anglois y voulussent entrer ou non. Amsterdam paroissoit le désirer », avec Utrecht et la Gueldre ; Duywenworde se plaignait des délais anglais « qui laissoient perdre la conjoncture si favorable de la guerre de Hongrie pour rendre l'empereur plus facile ».
- Ils craignent la puissance et l’ambition de l’empereur et les mouvements du roi de Prusse
- Leurs craintes : outre l'ambition impériale et les contraventions à la Barrière, « les nouvelles levées que le roi de Prusse faisoit : il vouloit avoir soixante-cinq mille hommes sur pied, sans que ses ministres, ni peut-être lui-même, sût ce qu'il en vouloit faire... Il donna tant d'alarme aux Hollandois, qu'ils firent travailler aux fortifications de Nimègue et de Zutphen, et lui payèrent cent vingt mille florins des subsides qu'ils lui devoient. »
- Plaintes et dépit du roi de Prusse contre le roi d’Angleterre
- Les plaintes du roi de Prusse : « vivement piqué de trouver son beau-père opposé partout à ses intérêts, difficile sur les moindres bagatelles ; dans son dépit, il protestoit qu'il ne tiendroit pas à l'empereur de l'attacher inviolablement à ses intérêts... Il se plaignoit qu'une escadre anglaise eût bloqué le port de Gottembourg, et que Georges fît tenir le baron de Goertz si étroitement dans les prisons de Hollande, qu'il n'y avoit eu que le seul adoucissement d'y faire porter son lit. »
- Cabales et changements en Angleterre
- Cabales et changements à Londres : « le roi d'Angleterre n'avoit pu conserver ses principaux ministres. Townshend... perdit encore bientôt » la vice-royauté d'Irlande ; « Methuen... et Walpole, premier commissaire de la trésorerie, furent démis aussi, ainsi que Pulteney..., et le duc de Devonshire... remit cette grande place. Stanhope changea la sienne de secrétaire d'État pour celle de premier commissaire de la trésorerie. Parmi ces mouvements, la cour d'Angleterre étoit médiocrement occupée des affaires du dehors. »
- Beretti propose d’attacher à l’Espagne plusieurs membres principaux des états généraux, qu’il nomme, par des pensions
- La proposition des pensions : « Beretti proposoit la nécessité d'acquérir des amis encore plus sûrs à l'Espagne, par des pensions... : le comte d'Albemarle, les barons de Reenswonde, de Norwich et de Welderen. Ce dernier étoit député pour la Gueldre. Il le disoit fort autrichien, mais sensible à l'argent, et plus encore aux bons repas. »
- Lettre d’Albéroni à Beretti suivant son nouveau système, pour être montrée au Pensionnaire et à quelques autres de la république, et parle en même sens à Riperda
- La lettre à montrer : Albéroni écrivit à Beretti « avec ordre de la montrer au Pensionnaire et aux bien intentionnés », insistant « sur l'absolue nécessité de l'équilibre, sur son impossibilité tant que l'empereur conserveroit un pouce de terre et un soldat en Italie..., surtout sur le bon état de l'Espagne ». À Riperda, il proposa que l'empereur remît « tout ce qu'il possédoit en Italie entre les mains de l'Angleterre et de la Hollande », et fit miroiter aux États généraux « les Pays-Bas catholiques » — « en lui en demandant le secret ».
- Riperda découvre un changement dans le dernier système d’Albéroni, et prévoit le dessein sur la Sicile
- La découverte de Riperda : il « croyoit avoir découvert que son projet étoit de laisser le Milanois à l'empereur, d'y faire ajouter Crémone et le Crémonois, donnant en échange Mantoue et le Mantouan à la république de Venise, de recouvrer pour l'Espagne Naples, Sicile et Sardaigne, et d'assurer au fils aîné du second lit du roi d'Espagne les successions de Florence et de Parme. Cet ambassadeur étoit même persuadé que l'Espagne recouvreroit la Sicile lorsqu'on s'y attendroit le moins » — prophétie exacte de 1718.
- Esprit continuel de retour à la succession de France
- L'esprit de retour : Albéroni « évitoit d'engager de nouveau le roi d'Espagne, soit en confirmant les engagements déjà pris, soit par de nouvelles cessions dont l'Europe deviendroit garante. Il disoit que la main de Dieu n'étoit pas raccourcie, et par ce discours il laissoit assez entendre ce qu'il avoit dans l'esprit. C'est une chose étrange qu'être possédé de l'esprit de retour, et de n'oser en laisser rien apercevoir ni à la France ni à l'Espagne. »
- Double friponnerie d’Albéroni et d’Aubenton sur la constitution
- La double friponnerie sur la constitution : profitant des écrits anti-constitution brûlés à Rome, « il fit écrire au pape par leur fidèle Aubenton des merveilles de la piété du roi d'Espagne » ; les mêmes écrits, envoyés par Cellamare, « furent livrés à l'inquisition d'Espagne pour y être brûlés », avec ordre de n'envoyer plus que les écrits favorables — « en même temps que ce ministre se vouloit ménager soigneusement la France, et ne pas donner aussi trop d'assistance au pape dans une conjoncture où il en étoit aussi mécontent ».
- Artifices d’Albéroni pour sa promotion ; ses éclats et ses menaces
- Les éclats et menaces : « toute la grâce » de la promotion perdue, il jouait le silence contraint — ses envieux diraient « qu'il ne songeoit qu'à ses intérêts » —, faisait reprocher à Acquaviva sa mollesse, qualifiait Rome de « cour pleine de brigands, aisée à châtier par l'intérêt », et posait ce principe, « la seule vérité qu'Albéroni dise ici » : « qu'il ne falloit pas filer doux avec la cour de Rome, que tous les remèdes mitoyens étoient mauvais, et que le temps détromperoit enfin de l'orviétan de cette cour. »
- Mauvois état des finances d’Espagne
- Le mauvais état des finances : « cette flotte, dont Albéroni faisoit tant de parade, coûtoit prodigieusement. L'état des affaires n'étoit pas tel qu'Albéroni s'efforçoit de le montrer. Les dettes étoient en grand nombre et pressantes, les moyens de les acquitter difficiles ; lui-même étoit contraint de l'avouer à ses confidents, mais il avoit le bonheur de faire accroire le contraire aux ministres étrangers. »
- Propos des ministres d’Angleterre et de Hollande à celui de Sicile, en conformité du dernier système d’Albéroni, et lui font une proposition étrange
- La proposition étrange à del Maro : les ministres d'Angleterre et de Hollande, assurant que le roi d'Espagne « trouvoit en argent comptant au delà de l'opinion commune », parlèrent « de faire céder la Sicile au roi d'Espagne, et de faire donner au roi de Sicile les États contigus au Montferrat, et la partie du Milanois dont il étoit en possession » — proposition si étrange que del Maro « jugea qu'elle étoit faite de concert avec Albéroni, qui vouloit faire sa cour à la reine en trouvant le moyen de fonder un État pour ses enfants ».
- Il élude d’y répondre et fait une curieuse et importante découverte
- La découverte de del Maro : sondant « quel parti prendroient ces puissances au cas d'ouverture à la succession de France », « il jugea par les réponses de leurs ministres que leurs égards étoient encore plus pour l'Espagne que pour la personne de Philippe V, et que si jamais il entreprenoit de revenir contre les renonciations, elles emploieroient leur crédit et leurs armes pour traverser son entreprise. »
- Albéroni, sous le nom de la reine, éclate en menaces, ferme l’Espagne à Aldovrandi, fait un reproche et donne une leçon à Acquaviva, avec l’air de le ménager
- Sous le nom de la reine, les foudres : l'Espagne fermée à Aldovrandi par les deux courriers ; Giradelli, son secrétaire resté à Madrid, épargné « à la seule considération » d'Acquaviva mais interdit de toute fonction d'agent du pape ; et à Acquaviva la leçon : don Juan Diaz, dont il demandait le rappel, gardé exprès — « il s'étoit encore acquis un nouveau crédit depuis la promotion de Borromée, parce qu'il avoit constamment assuré qu'elle seroit faite, et Leurs Majestés Catholiques trompées... Ce reproche fait au pape et à lui étoit annoncer la vengeance ; deux Italiens n'y pouvoient donner une autre interprétation. »
- Nouveaux efforts d’Albéroni pour sa promotion
- Nouveaux efforts : l'escadre irait à Gênes ou Livourne mais y attendrait « des nouvelles d'Acquaviva, d'où elle regagneroit les ports d'Espagne si la promotion tant de fois promise n'étoit pas faite, résolution dont Leurs Majestés Catholiques ne se départiroient jamais quand même le monde viendroit à tomber » ; menace d'« une junte pour examiner les moyens... d'établir de justes bornes à son autorité en Espagne, et l'y réduire à celle qu'on lui permettoit en France et à Venise » ; et le duc de Parme engagé à se porter « garant que l'accommodement se feroit... dans le moment que la promotion seroit faite et déclarée ».
- Rare bref du pape au P. Daubenton
- Le rare bref : le pape, voulant « lever toutes les difficultés préliminaires », « écrivit à Daubenton un bref de sa main, portant pouvoir d'absoudre le roi d'Espagne de toutes les censures qu'il avoit encourues par les actes faits en son nom et par son autorité contre les droits du saint-siège, mais à condition que ces mêmes actes seroient annulés... On ne peut s'empêcher de dire ici que les réflexions s'offrent en foule sur ce beau bref et sur cette rare invention, d'envahir tout comme juge et partie. »
- Le roi d’Espagne parle trois fois à Riperda suivant le système d’Albéroni
- Les trois audiences de Riperda : le roi d'Espagne, « louant la candeur du Pensionnaire, dit qu'il souhaitoit qu'il devînt le directeur de la négociation entre lui et la cour de Vienne..., insista sur la nécessité d'établir avant toutes choses la balance nécessaire pour la sûreté de l'Italie », et renouvela l'appât des Pays-Bas — Riperda reconnaissant « que l'Italie étoit son objet principal » et que les instances du roi de Sicile « n'auroient pas grand succès ».
- L’ambassadeur de Sicile, alarmé sur la cession de cette île, élude de répondre aux propositions de l’ambassadeur de Hollande
- L'alarme de del Maro : les offres de Riperda — union secrète négociée par le seul Pensionnaire, réponse demandée du roi de Sicile — lui parurent « de nouvelles preuves du concert fait entre les trois puissances de dépouiller son maître de la Sicile et de l'obliger à se contenter d'un échange tel qu'il leur plairoit... : ainsi il éluda de répondre positivement en demandant du temps de recevoir les ordres de son maître. »
- Albéroni change de batteries et veut plaire au pape pour obtenir sa promotion
- Le changement de batteries : « plusieurs cardinaux se flattoient d'avoir depuis peu détourné le pape de déshonorer leur collège en y mettant un si étrange sujet. Albéroni le savoit, et il reconnut qu'il n'étoit pas de son intérêt de porter trop loin le ressentiment du roi et de la reine..., ses ennemis en si grand nombre seroient ravis de le voir embarqué dans une affaire qu'ils regardoient comme la cause inévitable de sa perte prochaine. » Il pressa donc le départ de la flotte — à la voile le 26 mai —, appela Aldovrandi à Ségovie, et fit assurer le pape que le nonce serait reçu, « mais dont il attendoit un juste retour de sa part par la promotion actuelle et déclarée à la réception de sa lettre ».
- Embarras du pape
- L'embarras du pape : « le pape ne pouvoit s'aveugler sur l'indignité de cette promotion qu'il sentoit et voyoit. Les clameurs publiques en retentissoient... Mais de cette promotion, telle qu'elle fût, dépendoient l'accommodement à l'avantage de Rome, et le secours maritime contre les Turcs. Le pape pleuroit donc, et les larmes lui coûtoient peu. Il se trouvoit dans les douleurs de l'enfantement. »
- Vénitiens mal avec la France et avec l’Espagne
- Venise mal partout : la frayeur commune des Turcs faisait agir son ambassadeur à Rome auprès d'Acquaviva « pour persuader l'Espagne de secourir l'Italie... sans attendre la promotion » — le résident à Madrid n'ayant « pas encore pris caractère », l'Espagne prétendant toujours « des satisfactions... sur ce qu'elle avoit reconnu l'archiduc roi d'Espagne ».
- Acquaviva veut gagner le cardinal Ottobon
- « Acquaviva souhaitoit que le roi d'Espagne, secourant les Vénitiens, obtînt d'eux le rétablissement entier de la famille Ottoboni dans ses biens et prérogatives..., dont elle étoit privée depuis que le cardinal Ottobon avoit, sans leur congé, accepté la protection de France. Il considéroit qu'il étoit important pour un conclave d'acquérir un cardinal tel que celui-là. »
- Vil intérêt des Romains
- Le vil intérêt des Romains : « on trouve à Rome quantité de gens empressés à témoigner leur zèle, soit à la France, soit à la maison d'Autriche suivant ce qu'ils appellent il genio... L'espérance des bienfaits est un puissant motif... Quelques-uns même... tâchent d'en recevoir aussi de l'autre sous un titre de politiques ou de nouvellistes » — tel cet abbé Juliani, pensionné de France, « qui rapportoit au palais du pape d'une part, et aux Espagnols de l'autre, tout ce qu'il apprenoit du cardinal de La Trémoille, dont il avoit gagné la confiance ».
- Réflexion sur les cardinaux françois
- La grande réflexion sur les cardinaux français : « toujours inutiles, et c'est marché donné fort à charge, et impunément très dangereux quand il leur plaît » — deux cent mille livres de rente à chacun, inconnus à Rome où « on s'y moque d'eux avec force compliments », inviolables dans leurs crimes mêmes (Balue sous Louis XI, Sixte V excommuniant Henri III pour la mort du cardinal de Guise, Retz, Bouillon), séditieux aux états (du Perron en 1614). Le remède : n'en plus souffrir en France et donner la nomination « à des sujets italiens bien choisis » — cardinaux permanents, « informés et au fait de tout sans cesse..., infiniment [utiles] dans les conclaves », et l'espérance du chapeau cessant de débaucher les évêques « contre les libertés de l'Église gallicane ».
- Changement de plus en plus subit de la conduite d’Albéroni sur sa promotion
- Le changement de plus en plus subit : rappelé ci-dessus — flotte pressée, Aldovrandi appelé, assurances au pape — « ce fut l'excuse d'un changement si subit de conduite. On en verra dans la suite d'autres raisons. »
- Ses raisons
- Ses raisons sur les affaires générales : « il avoit fort désiré unir le roi d'Espagne avec l'Angleterre et la Hollande, et lui procurer la paix avec l'empereur... Ces idées, qui avoient été si avant dans son esprit, ne subsistoient plus. Il éludoit la négociation de cette paix... Il se fondoit sur la situation avantageuse où ses soins avoient mis, disoit-il, l'Espagne, qui n'avoit nulle raison de rechercher l'amitié de personne, et dont le meilleur parti étoit de regarder l'embarras des autres puissances d'un œil tranquille et de bien jouer son jeu » — comptant sur les troubles anglais et l'épuisement hollandais pour se faire rechercher « à bon escient ».
- Conduite et ordres d’Albéroni à Beretti suivant son dernier système
- Conduite et ordres à Beretti : « au lieu de presser Beretti, il modéroit son ardeur de négocier pour se faire valoir. Il l'occupoit à gagner et à faire passer en Espagne des ouvriers en laine pour des manufactures très utiles qu'il méditoit, mais sur le succès desquelles il craignoit avec raison la paresse naturelle des Espagnols. »
- Raisonnements de Beretti
- Les raisonnements de Beretti : profiter du désir hollandais d'union, « entrer dans les mesures nécessaires à borner l'ambition de la maison d'Autriche » ; « nul traité ne seroit solide si on n'établissoit préliminairement un équilibre parfoit... ; et il traitoit de vaines les renonciations faites en faveur de la maison d'Autriche, parce qu'elle-même n'en avoit fait aucune en faveur de l'Espagne » ; enfin « prolonger la négociation, et faire retomber sur la cour de Vienne l'odieux des délais », afin que l'Angleterre et la Hollande, irritées, « sollicitassent elles-mêmes l'alliance que le roi d'Espagne leur offroit ».
- Agitations intérieures de la cour d’Angleterre
- Les agitations anglaises : « les partis y étoient plus animés que jamais, le roi et le prince de Galles brouillés jusqu'à ne plus garder aucunes apparences, les ministres anglois haïs d'une partie de la nation, les ministres allemands détestés de la nation entière, et regardés comme vendus à la cour de Vienne. Ils passoient pour tels au point que le ministre du roi de Sicile n'osa les solliciter de travailler à l'accommodement de son maître avec l'empereur. »
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