TOME XIII · CHAPITRE PREMIER

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Résumé

Retour en arrière : les amours du roi — la « belle inconnue très connue » — et les premiers temps de Mme Scarron, avec l'extraction et la fortune du maréchal d'Albret chez qui elle brilla ; l'éducation secrète de M. du Maine et de Mme la Duchesse, la gouvernante gardée après la reconnaissance ; le roi qui « ne la peut souffrir et s'en explique très fortement » — puis le retournement : le nom de Maintenon pris avec la terre, Mme de Montespan supplantée, et le mariage secret du roi. Toute-puissante, elle quitte les armes de Scarron « à l'exemple » des Mortemart.

Les entrées

Amours du roi
« Faut-il passer à d'autres [excès] plus conformes à la nature, mais qui, en leur genre, furent bien plus funestes ? ce sont les amours du roi. Leur scandale a rempli l'Europe, a confondu la France, a ébranlé l'État..., et a réduit sa postérité légitime à un filet unique de son extinction en France. » Après La Vallière, Mme de Montespan, enlevée à son mari « avec cet épouvantable fracas qui retentit avec horreur chez toutes les nations, et qui donna au monde le spectacle nouveau de deux maîtresses à la fois... Les peuples accourant de toutes parts se montroient les trois reines. » M. de Montespan, « pour en avoir voulu prendre [ombrage], fut mis à la Bastille » ; la cour de la maîtresse devint « le centre de la cour, des plaisirs, de la fortune, de l'espérance et de la terreur des ministres..., et l'humiliation de toute la France » — mais aussi le centre de cet esprit Mortemart « si particulier, si délicat, si fin ». Mme de Fontevrault, « la reine des abbesses », Mme de Thianges qui « dominoit ses deux sœurs, et le roi même » ; et Mme de Montespan « méchante, capricieuse..., une hauteur en tout dans les nues » : les courtisans « disoient que c'étoit passer par les armes » que de passer sous ses fenêtres. La reine disait d'elle : « Cette pute me fera mourir. » Mlle de Fontange fit un doublet sans lendemain, « une mort prompte, qui ne laissa pas de surprendre », finissant ces nouvelles amours.
Belle inconnue très connue
La belle inconnue très connue — Mme de Soubise, jamais nommée : « un seul [amour] subsista longtemps, et se convertit en affection jusqu'à la fin de la vie de la belle qui sut en tirer les plus prodigieux avantages jusqu'au tombeau, et en laisser à ses deux fils l'abominable et magnifique héritage. L'infâme politique du mari, qui a un nom propre en Espagne qui veut dire cocu volontaire..., souffrit volontiers cet amour, et en recueillit des fruits immenses » — l'étroite maison de la place Royale changée « pour le palais des Guise ». « Ses billets alloient droit au roi..., ministres, princes du sang, rien ne résistoit à ses volontés » ; les audiences se donnaient portes « absolument ouvertes » ; « elle fut belle jusqu'à la fin ». « C'est savoir tirer plus que très grand parti : la femme de sa beauté ; le mari de sa politique et de son infamie ; les enfants de tous les moyens mis en main par de tels parents. »
Mme Scarron ; ses premiers temps
Mme Scarron : « née dans les îles de l'Amérique où son père, peut-être gentilhomme, étoit allé avec sa mère chercher du pain », recueillie « par pitié chez Mme de Neuillant..., réduite par sa pauvreté... à garder les clefs de son grenier et à voir mesurer tous les jours l'avoine à ses chevaux » ; mariée au « joyeux et savant cul-de-jatte » Scarron, dont la maison attirait tout ce qu'il y avait de meilleur ; puis veuve « réduite à la charité de la paroisse de Saint-Eustache..., dans une montée ». « Ses appas élargirent peu à peu ce mal-être. Villars, père du maréchal ; Beuvron, père d'Harcourt ; les trois Villarceaux qui demeurèrent les trois tenants ; bien d'autres l'entretinrent » ; et de là l'hôtel d'Albret et l'hôtel de Richelieu, où elle « étoit à tout faire, tantôt à demander du bois, tantôt si on serviroit bientôt » — maisons où elle fit « la plupart de ses connoissances, dont les unes lui servirent tant » : les Villars, les Harcourt, la duchesse d'Arpajon, les Montchevreuil.
Extraction, famille et fortune du maréchal d’Albret
Généalogie du maréchal d'Albret : issu d'Étienne, bâtard légitimé d'un cadet des Albret connétables ; « fort dans le grand monde et les intrigues de la cour », chargé par Mazarin « de la conduite de M. le Prince, M. le prince de Conti et M. de Longueville, du Palais-Royal... à Vincennes, moyennant la promesse d'un bâton de maréchal de France, qu'il n'eut pourtant qu'à force de menaces en 1653 » ; gouverneur de Guyenne, « un homme qui par son esprit, son adresse, sa hardiesse et sa magnificence se fit toujours fort compter » ; cousin germain de M. de Montespan, dont il devint, la faveur venue, le conseil de la femme contre le mari.
Mme Scarron élève en secret M. du Maine et Mme la Duchesse, et [eux] reconnus et à la cour, demeure leur gouvernante
« Elle dut à la proche parenté du maréchal d'Albret et de M. de Montespan l'introduction décisive à l'incroyable fortune qu'elle fit quatorze ou quinze ans après » : Mme de Montespan, ses premiers enfants du roi nés, « lui proposa de les confier..., à qui on donna une maison au Marais pour y loger avec eux, et de quoi les entretenir et les élever dans le dernier secret. Dans les suites, ces enfants furent amenés à Mme de Montespan, puis montrés au roi, et de là peu à peu tirés du secret, et avoués. Leur gouvernante, fixée avec eux à la cour, y plut de plus en plus à Mme de Montespan. »
Le roi ne la peut souffrir et s’en explique très fortement
« Lui, au contraire, ne la pouvoit souffrir. » La scène de la toilette, contée par le maréchal de Lorges, « homme le plus vrai qui fut jamais » : pressé de donner pour le jardin de Maintenon, le roi « se fâcha..., qu'il n'avoit déjà que trop fait pour cette créature..., qu'il avouoit pour lui qu'elle lui étoit insupportable, et que pourvu qu'on lui promît qu'il ne la verroit plus..., il donneroit encore, quoique... il n'eût déjà que beaucoup trop donné pour une créature de cette espèce. » Le maréchal n'oublia jamais « ces propres paroles..., tant il en fut frappé alors, et bien plus à tout ce qu'il vit depuis de si étonnant et de si contradictoire. »
Elle prend le nom de Maintenon en acquérant la terre
« La terre de Maintenon étant tombée en vente, la proximité de Versailles en tenta si bien Mme de Montespan, pour Mme Scarron, qu'elle ne laissa point de repos au roi qu'elle n'en eût tiré de quoi la faire acheter à cette femme, qui prit alors le nom de Maintenon, ou fort peu de temps après. »
Le roi rapproché de Mme de Maintenon, qui enfin supplante Mme de Montespan
Le retournement : les lettres de la gouvernante rendant compte des voyages du petit du Maine boiteux (Flandre, Barèges) « furent montrées au roi. Il les trouva bien écrites, il les goûta, et les dernières commencèrent à diminuer son éloignement. Les humeurs de Mme de Montespan achevèrent l'ouvrage » : chargée d'apaiser la maîtresse, « l'adroite suivante... fit si bien par son industrie, que peu à peu elle supplanta Mme de Montespan, qui s'aperçut trop tard qu'elle lui étoit devenue nécessaire ». Le supplice de la maîtresse : « ne pouvoir se dissimuler une rivale abjecte à qui elle avoit donné du pain..., si au-dessous d'elle en beauté, et plus âgée qu'elle de plusieurs années ; sentir que c'étoit pour cette suivante, pour ne pas dire servante, que le roi venoit le plus chez elle. » Puis la reine mourut — « assez pour laisser porter ce goût à son comble, et point assez pour le laisser refroidir ».
Le roi épouse Mme de Maintenon
« Chose que la postérité aura peine à croire, quoique parfaitement vraie et avérée, le P. de La Chaise, confesseur du roi, dit la messe en pleine nuit dans un des cabinets du roi à Versailles. Bontems... servit cette messe où ce monarque et la Maintenon furent mariés, en présence d'Harlay, archevêque de Paris, comme diocésain, de Louvois, qui tous deux avoient... tiré parole du roi qu'il ne déclareroit jamais ce mariage, et de Montchevreuil » — ce même Montchevreuil chez qui Villarceaux entretenait autrefois « cette reine » tous les étés.
Mme de Maintenon toute-puissante quitte les armes de son premier mari, à l’exemple de Mme de Montespan et de Mme de Thianges
« Mme de Maintenon, n'osant porter les armes d'un tel époux, supprima celles de son premier mari, et ne porta plus que les siennes seules, et sans cordelière, imitant à meilleur titre Mme de Montespan... et même Mme de Thianges. » La faveur éclata par l'appartement « au haut du grand escalier, vis-à-vis de celui du roi, et de plain-pied. Depuis ce moment, le roi y alla tous les jours de sa vie passer plusieurs heures » ; et tout suivit : « l'entière confiance, la rare dépendance, la toute-puissance, l'adoration publique, universelle..., les hommes, les affaires, les choses, les choix, les justices, les grâces, la religion, tout sans exception en sa main, et le roi et l'État ses victimes ; quelle elle fut, cette fée incroyable, et comment elle gouverna sans lacune, sans obstacle, sans nuage le plus léger... trente-deux ans ; c'est l'incomparable spectacle qu'il s'agit de se retracer, et qui a été celui de toute l'Europe. »

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