TOME XVI · CHAPITRE X
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Résumé
Soupçons « mal fondés » d'intelligence entre le roi de Sicile et l'Espagne ; les frayeurs du pape « qui le font éclater contre l'Espagne et Albéroni pour se réconcilier l'empereur avec un masque d'hypocrisie » ; l'ambition d'Aubenton « vers la pourpre » ; Albéroni déclaré « avoir encouru les censures » — sa rage, sa réponse, ses menaces au pape ; les deux Albane opposés de parti, le cadet pensionné du feu roi ; les vanteries du cardinal, le secret de l'expédition « poussé au dernier point », sa « vanité folle » — il espère et travaille de plus en…
Les entrées
- Soupçons mal fondés d’intelligence du roi de Sicile avec le roi d’Espagne
- Les soupçons mal fondés : Palerme prise le 2 juillet, Maffeï retiré à Messine, « on doutoit encore si le roi de Sicile, averti depuis longtemps par l'abbé del Maro..., n'étoit pas secrètement de concert avec Sa Majesté Catholique, et si ce ne seroit pas en conséquence de cette intelligence secrète que les troupes du Piémont avoient été augmentées depuis peu jusqu'au nombre de quatorze mille hommes ».
- Frayeurs du pape, qui le font éclater contre l’Espagne et contre Albéroni, pour se réconcilier l’empereur avec un masque d’hypocrisie
- Les frayeurs du pape : l'empereur voulant croire à son intelligence avec l'Espagne, « il falloit que le pape fît voir évidemment qu'il n'avoit pas la moindre part à l'entreprise..., qu'il étoit irrité au point de rompre ouvertement avec le roi d'Espagne. Il lui écrivit donc un bref fulminant » et publia la lettre du 29 novembre où Philippe V promettait la neutralité d'Italie ; il alléguait ses ménagements passés — « des insinuations tendres et pathétiques, mais inutiles, dont les réponses avoient été injures et nouvelles offenses » —, et prit « la précaution superflue » d'avertir son nonce à Paris : « il importe bien plus, disoit Sa Sainteté, de ne pas tomber entre les mains du Dieu vivant que de tomber entre les mains des hommes. »
- Ambition d’Aubenton vers la pourpre romaine
- L'ambition d'Aubenton : le nonce partant, il eut avec lui une longue conférence, lui conseillant « de marcher lentement, de régler chacune de ses journées à quatre lieues, et de s'arrêter à la frontière de France » ; « Aubenton avoit de grandes vues. Son élévation dépendoit de la cour de Rome ; la rupture avec celle d'Espagne renversoit ses projets. Il voulut faire le pacificateur. Un tel rôle déplut à Albéroni. »
- Albéroni, de plus en plus irrité contre Aldovrandi, est déclaré par le pape avoir encouru les censures
- Albéroni déclaré censuré : le pape fit « déclarer qu'il avoit encouru les censures » — le cardinal imputant sa disgrâce à Aldovrandi, « ayant manqué de confiance pour lui..., [et] ayant perdu la tramontane ».
- Rage, réponse, menaces d’Albéroni au pape
- Sa rage : « il avoit gardé le silence tant que le pape... avoit seulement essayé de le faire mourir de faim » ; le motif des censures était « apparemment le profit de quatre baïoques qu'il avoit retiré de l'évêché de Tarragone » ; le pape le réduisait « à la fâcheuse nécessité d'oublier qu'il étoit sa créature..., [et] s'il secondoit seulement le génie de certaines gens, on verroit bientôt de si belles scènes, que le pape regretteroit d'y avoir donné lieu » — jusqu'à faire dire à don Alexandre « que le marquis de Lede seroit aux portes de Rome avant le mois d'octobre ».
- Les deux Albane, neveux du pape, opposés de parti
- Les deux Albane opposés : « le cardinal Albane, neveu du pape, étoit dévoué à l'empereur. Don Alexandre..., soit par antipathie, soit par une politique assez ordinaire dans les familles papales, avoit pris une route contraire. »
- Le cadet avoit douze mille livres de pension du feu roi
- « Il avoit reçu du feu roi une pension secrète de douze mille livres. Il continuoit par les mêmes motifs de se dire attaché à la France et à l'Espagne. »
- Vanteries d’Albéroni et menaces
- Vanteries et menaces : la reine d'Espagne louée d'avoir dit « que le saint-père abusoit de la bonté, de la piété et de la religion du roi catholique » ; un manifeste menaçait de rouvrir « des plaies refermées » ; le public disait déjà que le refus de Séville venait des menaces de Gallas ; et « des machines en l'air devoient produire des scènes curieuses, et tel, qui se croyoit alors obligé à des respects humains, joueroit un autre jeu, s'il pénétroit dans l'avenir ».
- Secret de l’expédition poussé au dernier point
- Le secret au dernier point : « le marquis de Lede, général de l'armée, ignoroit en s'embarquant quelle en étoit la destination. Il devoit, quand il seroit à la hauteur de l'île de Sardaigne, ouvrir un paquet écrit de la main d'Albéroni, signé du roi d'Espagne. Il y trouveroit seulement le lieu du rendez-vous de la flotte indiqué aux îles de Lipari. En y arrivant, il ouvriroit une seconde enveloppe, qui renfermoit les ordres de Sa Majesté Catholique. C'étoit ainsi que le cardinal prétendoit conserver le secret, l'âme des grandes entreprises. »
- Vanité folle d’Albéroni
- Sa vanité : « il se plaignoit de se voir obligé de faire en même temps les fonctions de ministre, de secrétaire et d'écrivain, d'être réduit à ne sortir de son appartement que pour aller en ceux de Sa Majesté Catholique et des princes, consolé cependant dans cette vie pénible par la satisfaction que le roi d'Espagne goûtoit du changement subit qu'il voyoit dans sa monarchie » ; il ne pouvait croire que Bing « eût l'ordre ni la hardiesse d'en venir à des actes d'hostilité », voyant dans le voyage de Stanhope la preuve de la crainte anglaise.
- Il espère et travaille de plus en plus à brouiller la France
- Il travaillait à brouiller la France : promettant au czar par Cellamare « trente vaisseaux de guerre... et une armée de trente ou quarante mille hommes » — « Albéroni n'étoit point avare de promesses qui ne lui coûtoient rien » —, il espérait surtout des « liaisons que Cellamare avoit formées. Il falloit les conduire avec prudence, ménager les intérêts, la considération, le crédit, le rang, la fortune de ceux qui entroient dans ces intrigues. »
- Le régent serre la mesure et se moque de Cellamare et de ses croupiers, qui sont enfin détrompés
- Le régent se moquait d'eux : « il laissoit à Cellamare le plaisir de croire que ses manèges et ses représentations réussissoient » et niait la conclusion de l'alliance ; mais les avis de toutes parts l'emportèrent : Cellamare « commençoit à croire que la proposition de la quadruple alliance avoit été portée au conseil de régence, qu'elle y avoit été approuvée à la pluralité des voix » — et bientôt Provane et lui « furent éclaircis, l'un de manière à ne conserver ni doute ni espérance ».
- Conduite du roi de Sicile avec l’ambassadeur d’Espagne, à la nouvelle de la prise de Palerme
- Le roi de Sicile à la nouvelle de Palerme : « dans un événement que le roi de Sicile n'avoit pas prévu, il fit arrêter le marquis de Villamayor, ambassadeur d'Espagne, et, s'adressant au régent et au roi d'Angleterre, il demanda l'effet de la garantie du traité d'Utrecht » ; Villamayor « donna parole de demeurer dans les États du roi de Sicile, jusqu'à ce que les ministres piémontois qui étoient alors à Madrid sortissent d'Espagne. Après cet engagement, il ne fut plus gardé. »
- Cellamare fait le crédule avec Stanhope, pour éviter de quitter Paris et d’y abandonner ses menées criminelles
- Cellamare fit le crédule : « il y a des conjonctures où on ne veut pas voir, et Cellamare, ménageant à Paris des affaires secrètes où sa présence étoit nécessaire, voulut prendre pour des assurances réelles et solides les vains discours de Stanhope » — des changements au projet « beaucoup plus conformes à ce que le roi d'Espagne désiroit qu'aux espérances de la cour de Vienne ».
- Ses précautions
- Ses précautions : avertissant son maître de « l'alliance intime et particulière entre le régent et le roi d'Angleterre », il « pria instamment Beretti, de qui la prudence lui étoit très suspecte, de ne lui adresser aucun paquet de Hollande capable d'exciter des soupçons, ou de lui attirer la moindre affaire, voulant en éviter avec une attention extrême, non seulement les causes, mais même les prétextes ».
- Conduite du comte de Stanhope avec Provane
- Stanhope avec Provane : « si le roi [de Sicile] approuvoit le projet de paix, sitôt qu'il en feroit remettre la déclaration entre les mains de Stairs, Provane en échange recevroit... un ordre du roi d'Angleterre à l'amiral Bing de faire ce que le roi de Sicile lui commanderoit pour s'opposer aux Espagnols. »
- Situation du roi de Sicile
- La situation du roi de Sicile : « ces offres, loin de plaire à Provane..., le firent gémir sur l'étrange situation où se trouvoit ce prince, forcé d'accepter un projet qu'il ne pouvoit goûter, ou de perdre la Sicile dont la perte devenoit encore plus malheureuse que n'en avoit été l'acquisition » ; le régent ajouta qu'il déclarerait au roi d'Espagne que, s'il ne retirait ses troupes, « la France ne pouvoit refuser l'effet de sa garantie ».
- Abandon plus qu’aveugle de la France à l’Angleterre
- L'abandon de la France à l'Angleterre : « Stanhope partit pour Madrid, portant à ceux qui étoient chargés des affaires de France en cette cour-là les ordres que lui-même avoit dictés... En tout endroit de l'Europe où la France tenoit un ministre, s'il vouloit plaire et conserver son poste, il falloit qu'il fût non seulement subordonné, mais obéissant aux Anglois, et de cette obéissance qu'ils appellent passive. »
- Rage des Anglois contre Châteauneuf
- La rage contre Châteauneuf : « ce joug lui étant nouveau, il sembloit quelquefois vouloir y résister. Les Anglois ne cessoient donc de représenter que, tant que cet homme demeureroit à la Haye, il embarrasseroit la négociation », l'accusant d'intelligence avec le secrétaire de Savoie, le baron de Norwick et les amis de l'Espagne, « prétendant que tout ce qu'ils communiquoient de plus important et de plus secret étoit aussitôt révélé par l'ambassadeur de France ».
- Pratiques, situation et conduite du roi de Sicile sur la garantie
- Le roi de Sicile et la garantie : l'empereur et ses ministres jugeaient de leur intérêt « de s'opposer au succès des pratiques du duc de Savoie » ; l'Espagne, abandonnant l'idée d'alliance à trois, offrait à Vienne de troquer la Sardaigne contre la Sicile et de l'aider à reprendre la partie du Milanois cédée à la Savoie, Montferrat au duc de Lorraine ; et Saint-Saphorin, « homme plus intrigant qu'il n'appartient à la franchise de sa nation..., soutenoit qu'il étoit de l'intérêt de toutes les puissances de l'Europe d'abaisser celle du duc de Savoie ». Ce prince demanda au régent, « en exécution du traité d'Utrecht, les secours de troupes que la France étoit obligée de fournir ».
- Blâme fort public de la politique du régent
- Le blâme public : « on condamnoit librement et sans la moindre contrainte tant de traités différents, tant d'engagements opposés les uns aux autres, tant de liaisons avec les ennemis anciens et naturels de la France, prises secrètement et sans la connoissance du conseil de régence..., et les raisonneurs concluoient qu'il étoit difficile de comprendre comment et par quelle maxime on se séparoit de l'Espagne..., qu'on abandonnoit dans la fausse vue d'acquérir chèrement des amis très infidèles. »
- Il est informé des secrètes machinations de Cellamare
- Le régent informé : « ce n'étoit pas par un aveu de l'ambassadeur d'Espagne que Son Altesse Royale comptoit de découvrir toutes les circonstances des trames secrètes, dont elle savoit déjà la plus grande partie » — Cellamare tenant prête sa réponse si le régent lui parlait du « parti considérable que le roi d'Espagne avoit en France ».
- Triste état du duc de Savoie
- Le triste état du duc de Savoie : « il ne trouva pas en Angleterre plus de compassion de son état qu'il en avoit trouvé en France » ; l'opinion à Londres comme à Paris étant qu'il jouait de concert avec l'Espagne, « les ministres d'Angleterre répondirent à La Pérouse que l'escadre angloise secourroit son maître au moment qu'il auroit signé le traité d'alliance » ; on rapportait même du régent des railleries : « le renard étoit tombé dans le piège, le trompeur avoit été trompé. »
- Infatuation de Monteléon sur l’Angleterre
- L'infatuation de Monteléon : « il persistoit à croire que le roi d'Espagne n'avoit rien à craindre de la part de l'Angleterre, et, soit persuasion, soit désir de flatter Albéroni..., il l'assura que le comte de Stanhope joignoit à son penchant pour l'Espagne une estime singulière pour ce cardinal, en sorte que son voyage à Madrid ne pouvoit produire que de bons effets. »
- Albéroni fait secrètement des propositions à l’empereur, qui les découvre à l’Angleterre et les refuse
- Les propositions secrètes à l'empereur : Albéroni, se défiant « généralement de tous ceux que le roi d'Espagne employoit dans les cours étrangères », « avoit envoyé secrètement à Vienne un ecclésiastique chargé de proposer à l'empereur un accommodement particulier..., sans intervention de médiateur » : la Sardaigne à l'Espagne avec l'investiture de Toscane et de Parme, la Sicile à l'empereur, l'aide au recouvrement du Milanois cédé à la Savoie, et le Montferrat au duc de Lorraine — propositions que l'empereur, sûr d'avoir la Sicile par la quadruple alliance sans rien devoir, refusa et découvrit à l'Angleterre.
- Le roi de Sicile et Albéroni crus de concert, et crus de rien partout
- Crus de concert, crus de rien : « il auroit été difficile alors de désabuser le public de l'opinion généralement répandue d'une alliance secrète entre le roi d'Espagne et le roi de Sicile. L'entreprise des Espagnols étoit regardée comme un jeu joué entre ces deux princes, et quoique l'un agît réellement en ennemi, pour dépouiller l'autre d'un royaume dont il étoit en possession, il sembloit qu'il ne fût pas permis de douter de l'intelligence qui étoit entre eux, pour donner une apparence de guerre capable de cacher leurs conventions secrètes. »
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