TOME VI · CHAPITRE X

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Résumé

Distribution de 1708 : l'électeur de Bavière au Rhin avec Berwick sous lui, Villars au Dauphiné ; la « conversation curieuse » avec Beauvilliers sur la destination du duc de Bourgogne — l'armée de Flandre avec Vendôme : le piège se dessine. Le grand prieur en France, avec défense d'approcher à moins de quarante lieues ; Matignon sous Vendôme — « éclat et réflexion sur cette nouveauté » ; Vendôme à Clichy, son étrange réception faite à Bergheyck envoyé du roi ; et le roi qui « coupe plaisamment la bourse » à Samuel Bernard, le banquier ébloui de Marly.

Les entrées

L’électeur de Bavière [destiné] au Rhin, et le duc de Berwick sous lui ; Villars au Dauphiné
L'électeur de Bavière « eut grand'peine à quitter la Flandre » : sur le Rhin, « c'étoit de général naturel dans son gouvernement devenir général à gages et mercenaire ». Chamillart « eut recours à l'argent, quelque court qu'il en fût » : quatre cent mille livres comptant, puis, sur un courrier de rétractation, « promesses d'autres quatre cent mille livres qui firent les huit ». Berwick fut destiné sous lui — Villars, irréconciliablement brouillé avec l'électeur depuis la Bavière, rappelé de Strasbourg pour l'armée de Dauphiné, « attaché à ses sauvegardes, ne se contraignit point sur son déplaisir de quitter l'Allemagne ».
Conversation curieuse avec le duc de Beauvilliers sur la destination de Mgr le duc de Bourgogne
Conversation capitale avec le duc de Beauvilliers, au bas des jardins de Marly, sur la destination du duc de Bourgogne : à toutes ses raisons — remonter les affaires, former l'héritier, dompter par sa présence « la paresse de M. de Vendôme » —, Saint-Simon opposa le double portrait des incompatibles : le prince « dévot, timide, mesuré à l'excès…, craignant le mal et de former des soupçons » ; Vendôme « hardi, audacieux, impudent…, avec un front d'airain qui ose tout, qui entreprend tout, qui soutient tout ». Puis la mécanique de la perte : rendre la vertu « importune, puis ridicule », tourner les précautions en « timidité », « vouloir se battre contre toute raison, et en manquer l'occasion quand elle se présente pour affubler le prince de poltronnerie » — le tout orchestré par la cabale de Meudon (Vendôme, Vaudemont, les Lorraines, Mlle Choin, M. du Maine), intéressée à ce que le futur dauphin n'arrive pas au trône de son père en état de gouverner. « Vous verrez M. de Vendôme en sortir glorieux, et Mgr le duc de Bourgogne perdu, et perdu à la cour, en France et dans toute l'Europe. » Beauvilliers, « avec une gravité sévère », le reprit « de se laisser aller à des idées bizarres et sans possibilité » ; ils convinrent du moins de la conduite que le prince devait tenir à l'armée. « On verra que je fus prophète. »
Déclaration des généraux des armées
Le lundi 30 avril, sur le second consentement de l'électeur arraché par Saint-Frémont, le roi déclara les généraux « de peur de variation » : Bourgogne en Flandre avec Vendôme, l'électeur au Rhin avec Berwick, Villars en Dauphiné, Noailles retournant en Roussillon « commander une poignée de monde avec le titre de général » ; le duc de Berry volontaire auprès de son frère, et le roi d'Angleterre en Flandre « dans un entier incognito, sous le nom de chevalier de Saint-Georges ».
Grand prieur en France, avec défense d’approcher de Paris et de la cour plus que quarante lieues
Le grand prieur, revenu de Gênes « d'où l'ennui l'avoit chassé », eut « permission de revenir en France où il voudroit, à condition de n'approcher de Paris ni de la cour plus près de quarante lieues, excepté pour voir son frère un jour ou deux à la Ferté-Alais. L'entrevue fut assez fraîche et la séparation avec peu de satisfaction réciproque : ils ne se sont guère revus depuis. »
Maréchal de Matignon sert sous le duc de Vendôme
Le 4 mai au matin, le roi annonça au maréchal de Matignon « qu'il commanderoit l'armée de Flandre sous le duc de Vendôme…, et le cajola avec toutes les flatteries dont il savoit si bien assaisonner de si étranges nouveautés. Ce dix-huitième maréchal de France n'eut pas honte de se répandre en actions de grâces, et pour combler l'ignominie, en respects pour le maître qui lui étoit donné. »
Éclat et réflexion sur cette nouveauté
Éclat sans exemple : « on parla du bâton comme étant déshonoré… De sept ou huit maréchaux de France qui étoient ce voyage-là à Marly, aucun ne parla au maréchal de Matignon, et, à leur exemple, qui que ce soit à la lettre ; son approche dissipoit les pelotons. » Longue réflexion : les précédents (Louis de La Trémoille, les Guise — « qui fait des maréchaux de France peut bien les commander : M. de Mayenne en fit cinq ou six » —, M. d'Angoulême sorti du cachot par le maréchal d'Ancre) « ne doivent pas tourner en règle » ; et cette « manie tout à fait inintelligible » : l'office de maréchal, le seul aux fonctions vraiment nobles, est aussi « le seul que les princes, étrangers ou bâtards, dédaignent comme au-dessous d'eux », alors qu'ils courent après tous les autres.
Vendôme à Clichy
Vendôme, dans le secret, partit aussitôt « ne varietur » : quatre jours chez Duchy à Bellesbat, puis Clichy dans la maison de Crosat, « pour ne pas être témoin du vacarme d'une telle nouveauté ».
Son étrange réception à Bergheyck ; etc., que le roi lui envoie
Étrange réception faite à Bergheyck : mandé un seul jour à Marly pour fixer les dernières mesures, le roi l'envoya avec Chamlay et Puységur conférer à Clichy — « l'excès de la complaisance du roi pour le duc de Vendôme, et l'orgueil démesuré de celui-ci ». Vendôme, « au milieu d'une nombreuse et fort médiocre compagnie, se promenant les mains derrière son dos », se fit expliquer l'affaire sans bouger de place et répondit tout haut « qu'il seroit sur la frontière presque aussitôt que Bergheyck à Mons ; que, sur les lieux, il travailleroit avec plus de justesse, et, avec une demi-révérence et une pirouette, alla rejoindre sa compagnie ». Au récit de Puységur, le roi « ne put se contenir de laisser échapper un geste qui fit connoître ce qu'il pensoit, mais ce fut tout ». « L'audace de Vendôme et la faiblesse du roi me devinrent des garants sûrs de tout ce que j'avois prévu. »
Le roi coupe plaisamment la bourse à Samuel Bernard
Le roi coupe plaisamment la bourse à Samuel Bernard : Desmarets « ne savoit plus de quel bois faire flèche…, il ne trouva partout que des excuses et des portes fermées », et Bernard, « le plus riche de l'Europe », « demeura inébranlable ». Sur l'avis que c'était « un homme fou de vanité, et capable d'ouvrir sa bourse si le roi daignoit le flatter », le roi l'aborda au pavillon de Desmarets : « Vous êtes bien homme à n'avoir jamais vu Marly, venez le voir à ma promenade » — et de toute la promenade ne parla qu'à Bergheyck et à lui. « J'admirois cette espèce de prostitution du roi, si avare de ses paroles, à un homme de l'espèce de Bernard… Bernard en fut la dupe : il dit à Desmarets qu'il aimoit mieux risquer sa ruine que de laisser dans l'embarras un prince qui venoit de le combler. Desmarets en profita sur-le-champ, et en tira beaucoup plus qu'il ne s'étoit proposé. »

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