TOME XX · CHAPITRE III
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Résumé
Le grand portrait de Lauzun, mort le 19 novembre 1723 à quatre-vingt-dix ans — soixante ans de cour en un chapitre, et l'un des sommets du livre. Saint-Simon dit d'abord pourquoi il « s'étend » sur ce beau-frère : la fortune fulgurante, l'artillerie manquée par sa faute, l'« inconcevable hardiesse » de se cacher sous le lit du roi pour surprendre son secret, l'insulte à Mme de Montespan puis au roi lui-même ; la Bastille, la charge de capitaine des gardes, le mariage manqué avec la Grande Mademoiselle, Pignerol et dix ans de prison où il croise Fouquet, qui le juge fou ; la liberté rachetée au prix du duché du Maine, l'Angleterre où il sauve la reine et le prince de Galles, la Jarretière, le duché en 1692. Puis l'homme : craint, ménagé, « nullement aimé », inconsolable jusqu'au bout d'avoir perdu sa charge, et mourant « courageusement et chrétiennement ».
Les entrées
- Mort du duc de Lauzun ; sa maison ; sa famille
- Lauzun meurt le 19 novembre à quatre-vingt-dix ans et six mois. Il était de la maison de Caumont, dont la branche des ducs de La Force a toujours passé pour l'aînée ; troisième des cinq fils du comte de Lauzun, capitaine des cent gentilshommes au bec de corbin, il n'apportait à la cour qu'un nom et pas de bien.
- Raisons de m’étendre sur lui
- Les deux sœurs qu'ils avaient épousées, le pavillon commun à Marly, les dîners quotidiens à Paris après la mort du roi : Saint-Simon a vécu trente ans à ses côtés et s'autorise ici à s'étendre, fort du mot de La Bruyère — « il n'étoit pas permis de rêver comme il a vécu ».
- Son caractère
- Petit homme blondasse, de physionomie haute et sans agrément, plein d'ambition, de caprices et de fantaisies, « sans lettres », naturellement chagrin et sauvage ; brave jusqu'à la témérité, courtisan « également insolent, moqueur et bas jusqu'au valetage », cruel à trouver les ridicules d'autrui, et pour cela redouté de toute la cour.
- Sa rapide fortune
- Cadet de Gascogne débarqué sous le nom de Puyguilhem, recueilli par le maréchal de Grammont son cousin, introduit par le comte de Guiche : il devient en très peu de temps le favori du roi, qui crée pour lui un régiment de dragons, le fait maréchal de camp, puis colonel général des dragons.
- Il manque l’artillerie par sa faute
- En 1669, il obtient du roi la charge de grand maître de l'artillerie que quitte le duc Mazarin — mais sous le secret. Il ne sait pas le garder : il s'en ouvre à Nyert, premier valet de chambre, qui court avertir Louvois. Le ministre, qui le hait, obtient du roi piqué que la charge lui échappe.
- Son inconcevable hardiesse pour voir clair à son affaire
- Ne devinant pas d'où vient son mal, il se fait cacher par une femme de chambre sous le lit où le roi passe l'après-dînée avec Mme de Montespan, et entend tout : l'intervention de Louvois, la colère du roi, et les mauvais offices de celle qui lui avait promis merveilles. « Une toux, le moindre mouvement » l'eût perdu.
- Il insulte Mme de Montespan, puis le roi même
- Au sortir de là, il donne la main à Mme de Montespan, la laisse mentir tout son saoul sur les services rendus, puis lui répète mot pour mot la conversation en l'appelant menteuse, friponne et coquine : elle s'évanouit en arrivant à la répétition du ballet. Quelques jours plus tard, il somme le roi de sa parole, brise du pied la lame de son épée et jure de ne jamais servir un prince qui manque si vilainement.
- Belle action du roi
- Le roi, « transporté de colère », se tourne, ouvre la fenêtre et jette sa canne dehors, disant qu'il serait fâché d'avoir frappé un homme de qualité. Saint-Simon y voit « peut-être la plus belle action de sa vie ».
- Lauzun, conduit à la Bastille, en sort peu de jours après avec la charge de capitaine des gardes de corps, qu’avoit le duc de Gesvres, qui est premier gentilhomme de la chambre en la place du comte du Lude, fait grand maître de l’artillerie à la place du duc Mazarin
- Arrêté le lendemain et conduit à la Bastille, il en sort peu de jours après : Guitry a touché le roi, qui veut réparer son refus. L'artillerie va au comte du Lude, dont la charge de premier gentilhomme passe au duc de Gesvres, et l'on offre au prisonnier la capitainerie des gardes du corps — qu'il a l'audace de refuser d'abord, avant que Guitry ne le fasse céder.
- Aventures de Lauzun avec Mademoiselle, dont il manque follement le mariage public
- Ses amours avec Mademoiselle, dont il renvoie le détail aux mémoires de la princesse : le roi avait consenti au mariage ; Lauzun le diffère follement, le temps d'avoir de belles livrées et que la messe du roi le célèbre, laissant à Monsieur et à M. le Prince le loisir d'obtenir la rétractation. Mademoiselle jette feu et flammes ; lui fait au roi son sacrifice de bonne grâce.
- Il fait un cruel tour à Mme de Monaco, et un plus hardi au roi et à elle
- Jaloux de Mme de Monaco, il appuie son talon dans le creux de sa main renversée sur le parquet de Saint-Cloud et y fait la pirouette ; elle a la force de ne pas crier. Pis encore : ayant découvert l'escalier dérobé par où Bontems la mène au roi, il s'embusque dans le privé voisin, ferme la porte du cabinet à double tour, jette la clef, et écoute par le trou de la serrure les trois autres se donner le bonsoir à travers le battant.
- Patente de général d’armée au comte de Lauzun, qui commande un fort gros corps de troupes en Flandre à la suite du roi
- En 1670, pour le voyage triomphant des dames en Flandre, le roi lui donne le commandement du total avec la patente de général d'armée. Il en fait les fonctions « avec beaucoup d'intelligence, une galanterie et une magnificence extrême », se faisant adorer des troupes — éclat qui achève d'alarmer Louvois.
- Le comte de Lauzun conduit à Pignerol
- Louvois et Mme de Montespan travaillent une année entière à réveiller chez le roi le souvenir de l'épée brisée, du refus insolent, de l'amitié gardée à la comtesse de Soissons. Un soir de novembre 1671, comme il rentre de Paris, le maréchal de Rochefort l'arrête dans sa chambre : voir le roi, écrire, tout lui est refusé. On le mène à la Bastille, puis à Pignerol, « sous une basse voûte ».
- Sa charge donnée à M. de Luxembourg, et son gouvernement à M. de La Rochefoucauld
- Sa charge de capitaine des gardes du corps passe à M. de Luxembourg, son gouvernement de Berry au duc de La Rochefoucauld, qui deviendra grand maître de la garde-robe à la mort de Guitry au passage du Rhin. Tout est redistribué en un instant.
- Sa précaution pour se confesser, fort malade
- Tombé si malade dans son cachot qu'il faut songer à se confesser, il redoute un prêtre supposé : il exige opiniâtrement un capucin et, dès qu'il paraît, lui saute à la barbe et la tire de tous côtés pour éprouver si elle n'est pas postiche.
- Il fait secrètement connoissance avec d’autres prisonniers ; ils trouvent moyen de se voir
- Quatre ou cinq ans dans ce cachot. « Les prisonniers trouvent des industries que la nécessité apprend » : ceux d'au-dessus et d'à côté parviennent à lui parler, puis percent un trou bien caché pour s'entendre, enfin l'agrandissent jusqu'à se visiter.
- Lauzun entretient de sa fortune et de ses malheurs le surintendant Fouquet, prisonnier, qui lui croit la tête entièrement tournée
- Fouquet, enfermé dans le voisinage depuis 1664, apprend que Lauzun est sous lui et veut le voir : on hisse le prisonnier par le trou. Le surintendant ouvre de grands yeux en entendant ce cadet de Gascogne, qu'il avait laissé débutant chez le maréchal de Grammont, se dire général des dragons, capitaine des gardes et général d'armée : il le croit fou.
- Fouquet a grand peine à l’en croire sur tous les témoignages d’autrui, et à la fin ils se brouillent pour toujours
- Le récit du mariage consenti par le roi avec Mademoiselle et des biens immenses assurés le persuade que la cervelle a tout à fait tourné — au point d'avoir peur de se trouver avec lui. Quand sa femme et les officiers du château lui confirment que tout est vrai, il n'en revient pas. Élargis tous deux, ils se voient tant qu'ils veulent ; Lauzun sort pourtant de Pignerol son ennemi, et poursuivra sa famille jusqu'à sa propre mort.
- Soeurs du comte de Lauzun
- Quatre sœurs sans aucun bien : l'aînée, fille d'honneur de la reine mère, mariée en 1663 à Nogent, tué au passage du Rhin ; la deuxième à Belsunce, avec qui elle passa sa vie en province ; les deux dernières abbesses, à Notre-Dame de Saintes et au Ronceray d'Angers.
- Caractère et deuil extrême de Mme de Nogent, toute sa vie, de son mari ; imitée de deux autres veuves
- Mme de Nogent avait l'esprit et l'intrigue de son frère, mieux suivis et moins extraordinaires. Elle porta toute sa vie le premier grand deuil de veuve, la première à s'en aviser — Mme de Vaubrun, puis Mme de Cavoye, l'imitèrent. Elle fit si bien valoir les biens de son frère pendant sa longue prison qu'il en sortit extrêmement riche.
- Mademoiselle achète bien cher la liberté de Lauzun, à leurs communs dépens, en enrichissant forcément le duc du Maine, qui, à son grand dépit, prend ses livrées et les transmet aux siens et à son frère
- Le roi ne rend la liberté qu'à un prix : Mademoiselle doit assurer au duc du Maine le comté d'Eu, le duché d'Aumale et la principauté de Dombes. Priée jusqu'à l'importunité, menacée tantôt par Louvois tantôt par Colbert, elle cède « avec les plaintes et les larmes les plus amères » ; il faut deux voyages aux eaux de Bourbon pour arracher au prisonnier sa renonciation. Il ne lui restera que Saint-Fargeau et Thiers ; et le duc du Maine prend ses livrées, à son grand dépit.
- Lauzun en liberté en Anjou et en Touraine
- Élargi à l'automne de 1680, il quitte Bourbon pour Angers, puis obtient la liberté de tout l'Anjou et de la Touraine, où il se promène quatre années en s'y ennuyant à peu près autant que Mademoiselle s'ennuie de son absence.
- Lauzun à Paris, sans approcher la cour de deux lieues ; se jette dans le gros jeu ; y gagne gros ; passe avec permission à Londres, où il est bien reçu, et n’est pas moins heureux
- À force de cris et de plaintes, elle obtient son retour à Paris et liberté entière, à condition de n'approcher jamais le roi de plus de deux lieues. Il se jette dans le gros jeu, y est extrêmement heureux, gagne et prête beaucoup d'argent « fort noblement », joue avec Monsieur au Palais-Royal ; puis, n'y tenant plus d'être si près de la cour sans y entrer, il obtient de passer en Angleterre, où l'on joue plus gros encore.
- Lauzun sauve la reine d’Angleterre et le prince de Galles
- La révolution éclate huit ou dix mois après son arrivée. Jacques II, trahi par ses ministres et abandonné de sa nation, lui confie « ce qu'il avoit de plus cher », la reine et le prince de Galles, qu'il fait passer heureusement à Calais.
- Rappelé à la cour avec ses anciennes distinctions, il obtient la Jarretière, est général des armées en Irlande, enfin duc vérifié en 1692
- La reine écrit à Versailles qu'elle n'ose mener aux pieds du roi celui à qui elle doit son salut ; Louis XIV répond qu'il partage cette obligation. Présenté dans la plaine de Saint-Germain, Lauzun retrouve sur-le-champ les grandes entrées, un logement à Versailles, puis à Marly et à Fontainebleau ; il reçoit la Jarretière à Notre-Dame, commande l'armée auxiliaire en Irlande, et devient duc vérifié au parlement en mai 1692.
- Splendeur de la vie du duc de Lauzun, toujours outré de l’inutilité de tout ce qu’il emploie pour rentrer dans la confiance du roi
- Il jouit trente ans d'une des plus magnifiques maisons de la cour, de la meilleure table, d'une considération et d'une abondance extrêmes — et n'en est point content. Il sent l'esprit et le cœur du roi « en garde contre lui » : ni son mariage avec la sœur de Mme de Saint-Simon, ni celui du duc de Lorge avec la fille de Chamillart, ni le voyage d'Aix-la-Chapelle ne le ramènent jamais dans la confiance perdue.
- Ses bassesses sous un extérieur de dignité
- Rien ne lui échappait pour faire sa cour, « avec un fond de bassesse et un extérieur de dignité ».
- Son fol anniversaire de sa disgrâce
- Chaque année, au retour de la date de sa disgrâce, il en marquait l'anniversaire par quelque extravagance née de l'humeur et de la solitude. Il en parlait lui-même, se disant alors « pas raisonnable » ; il croyait plaire au roi par ce raffinement de courtisan, sans s'apercevoir qu'on s'en moquait.
- Son étranger singularité
- Extraordinaire par nature et se plaisant à l'affecter jusque dans son domestique : il contrefaisait le sourd et l'aveugle pour mieux voir et entendre sans qu'on s'en défiât, tenait aux sots des discours sans aucun sens, et de ses manières douces et emmiellées faisait sortir des traits perçants « en deux ou trois mots, quelquefois d'un air de naïveté ».
- Il est craint, ménagé, nullement aimé, quoique fort noble et généreux
- Redouté sans exception de tout le monde, avec beaucoup de connaissances et « peu ou point d'amis », quoiqu'il en méritât par son ardeur à servir et sa bourse toujours ouverte ; il recueillait volontiers les étrangers de distinction et faisait parfaitement les honneurs de la cour, mais « ce ver rongeur d'ambition empoisonnoit sa vie ».
- Étrange désespoir du duc de Lauzun, inconsolable, à son âge, de n’être plus capitaine des gardes, et son terrible aveu
- À Passy, apprenant que sa femme doit mener Mme de Poitiers voir une revue de la maison du roi, il entre en fureur et l'accable devant toute la compagnie ; le souper se passe dans un silence de réfectoire. Le lendemain matin, Saint-Simon le trouve les bras étendus, s'avouant fou et digne des Petites-Maisons : à plus de quatre-vingts ans, sans enfants, hors d'état d'en faire les fonctions, il n'a jamais pu « arracher le poignard de son cœur » d'avoir perdu sa charge, et se jette à ses pieds pour qu'on lui obtienne le pardon de sa femme.
- Réflexion
- Réflexion sur l'ivresse du monde : le formidable état d'un ambitieux que ni les richesses, ni la dignité acquise, ni l'âge, ni l'impuissance du corps ne peuvent déprendre, et qui s'épuise en regrets au lieu de jouir de ce qu'il possède. « Mais on meurt comme on a vécu, et il est rare que cela arrive autrement. »
- Combien il étoit dangereux
- Cette folie de capitaine des gardes allait jusqu'à l'habit : un bleu à galons d'argent qui approchait tant qu'il l'osait de l'uniforme des jours de revue. Pour le reste il tombait sur tout le monde d'un mot asséné en douceur — ministres, généraux d'armée et gens heureux les plus maltraités —, ayant « comme usurpé un droit de tout dire et de tout faire » sans que personne osât s'en fâcher. Les seuls Grammont étaient exceptés, en mémoire de l'hospitalité des débuts.
- Il étoit reconnoissant et généreux
- Il fit toujours beaucoup pour les enfants de ses sœurs ; il maria chez lui Mlle de Malause au comte de Poitiers, dernier de cette illustre maison, et les logea. Reconnaissant et généreux, prompt à ouvrir sa bourse à qui le servait.
- Quelques-uns de ses bons mots à M. le duc d’Orléans
- Le Régent ayant oublié l'abbaye promise à l'évêque de Marseille, héros de la peste, Lauzun lui demande doucement s'il a eu la bonté de s'en souvenir, puis, comme pour lever l'embarras : « Monsieur, il fera mieux une autre fois » — et s'en va en souriant, laissant le prince muet. Une autre fois, il fait échouer une promotion de maréchaux en suppliant qu'on se souvienne qu'il est le plus ancien lieutenant général du royaume.
- Il ne peut s’empêcher de lâcher sur moi un dangereux trait
- Trouvant chez Saint-Simon une compagnie qui lui déplaît, il s'en va dîner chez Torcy, au milieu des ennemis du duc d'Orléans, et dit de son air doux et timide qu'il n'a pas voulu « être le reste de la cabale ». Le mot court Versailles à l'instant et parvient à Mme de Maintenon et au duc du Maine ; Saint-Simon, qui devait y périr, le prend « comme l'égratignure au sang d'un mauvais chat » et n'en laisse rien voir.
- Il tombe fort malade et se moque plaisamment de son curé, de son cousin de La Force et de sa nièce de Biron
- Malade à l'extrémité trois ou quatre ans avant sa fin, il se joue de son monde : il donne sa bénédiction au curé de Saint-Sulpice, dont il soupçonne les assiduités intéressées, et demande obstinément la sienne au duc de La Force, qu'il n'aimait point ; puis, apercevant dans la glace de la cheminée Biron et sa femme venus épier sa mort, il prononce tout haut une oraison où il lègue tous ses biens aux hôpitaux, fait venir les notaires, dicte le testament — et ne le signe pas.
- Sa grande santé
- Santé de fer sous les dehors trompeurs de la délicatesse : il dînait et soupait à fond, mangeait de tout, gras et maigre, prenait son chocolat le matin et grignotait fruits, pièces de four, bière et limonade tout l'après-midi. Un soir, chez Saint-Simon inquiet de l'avoir vu tant manger, on envoie savoir de ses nouvelles : on le trouve à table, mangeant de bon appétit.
- Ses brouilleries avec Mademoiselle
- La galanterie lui dura fort longtemps, et Mademoiselle en fut jalouse : ils se brouillèrent à plusieurs reprises.
- Leur étrange raccommodement à Eu
- À Eu, l'ayant su courir les filles, elle s'emporte, l'égratigne et le chasse de sa présence. La comtesse de Fiesque fait le raccommodement : la princesse paraît à un bout de la galerie, et il en fait toute la longueur sur ses genoux jusqu'à ses pieds.
- Ils se battent dans la suite et se brouillent pour toujours
- Las d'être battu, il finit par battre Mademoiselle « bel et bien », et plusieurs fois ; lassés l'un de l'autre, ils se brouillent une bonne fois pour toutes et ne se revirent jamais. Il gardait pourtant plusieurs de ses portraits chez lui et n'en parlait qu'avec beaucoup de respect ; à sa mort, il prit une livrée presque noire.
- Son humeur solitaire
- Humeur triste et difficile, aggravée par la prison et l'habitude de la solitude : ayant chez lui la meilleure compagnie, il la laissait à Mme de Lauzun et se retirait seul des après-dînées entières, plusieurs heures de suite, le plus souvent sans livre — il ne lisait que par fantaisie, et ne savait rien que ce qu'il avait vu.
- Son incapacité d’écrire ce qu’il avoit vu, même de le raconter
- Saint-Simon a « regretté mille fois » son incapacité radicale d'écrire ce qu'il avait vu — et même de le raconter : à peine commencé, le récit s'accroche à un nom, puis à un autre, et il enfile « une douzaine d'histoires à la fois qui faisoient perdre terre, et se chassoient l'une l'autre, sans jamais en finir pas une ».
- Sa dernière maladie
- Quelques mois avant sa dernière maladie, à plus de quatre-vingt-dix ans, il dressait encore des chevaux et fit cent passades au bois de Boulogne devant le roi, sur un poulain à peine dompté, surprenant les spectateurs par son adresse et sa bonne grâce. Puis le mal se déclare « sans prélude, presque en un moment » : un cancer dans la bouche.
- Sa mort courageuse et chrétienne
- Il le supporta quatre mois « avec une fermeté et une patience incroyable », retiré dans un petit appartement des Petits-Augustins loué d'avance pour y mourir en repos, inaccessible à Mme de Biron et à toute femme hors la sienne. Rien de lugubre ni de souffrant : politesse, tranquillité, lectures pieuses, tous les sacrements, la tête entière jusqu'au dernier moment. Le matin du jour où il mourut, il régla tout avec Biron, lui commandant la reconnaissance envers Mme de Lauzun et lui défendant tout procès contre elle.
- Causes de prolixité sur le duc de Lauzun
- Il s'avoue prolixe : la singularité de cette vie et un commerce de trente ans le méritaient, d'autant que Lauzun « n'a pas assez figuré dans les affaires générales » pour que l'histoire s'en charge. Un autre sentiment l'a fait s'attarder — la peur d'atteindre le but : la mort de M. le duc d'Orléans, « quel récit épouvantable », devant lequel il frémit « jusque dans les moelles ».
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