TOME XVII · CHAPITRE IX

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Résumé

La duchesse de Berry au scandale : sa « conduite étrange » avec Rion et la Mouchy ; la conduite de Mme de Saint-Simon, sa dame d'honneur malgré elle ; la « scandaleuse maladie » au Luxembourg — l'accouchement caché ; Rion, « conduit par le duc de Lauzun, son grand-oncle, épouse secrètement » la princesse ; elle rouvre le jardin du Luxembourg, « se voue au blanc pour six mois », change de capitaine des gardes. Canillac et Brancas au conseil des parties ; le prince Clément de Bavière évêque de Munster ; Albane camerlingue ; le duc d'Albret remarié.

Les entrées

Conduite étrange de Mme la duchesse de Berry, de Rion et de la Mouchy
Mme la duchesse de Berry vivait « dans le mélange de la plus altière grandeur, et de la bassesse et de la servitude la plus honteuse ; des retraites les plus austères... aux Carmélites..., et des soupers les plus profanés par la vile compagnie, et la saleté et l'impiété des propos ». « Elle étoit grosse de Rion, elle s'en cachoit tant qu'elle pouvoit. Mme de Mouchy étoit leur commode... Rion et la Mouchy étoient amoureux l'un de l'autre... Ils se moquoient ensemble de la princesse qui étoit leur dupe, et de qui ils tiroient de concert tout ce qu'ils pouvoient. En un mot, ils étoient les maîtres d'elle et de sa maison, et l'étoient avec insolence, jusque-là que M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans, qui les connoissoient et les haïssoient, les craignoient et les ménageoient. »
Conduite de Mme de Saint-Simon
Mme de Saint-Simon, « fort à l'abri de tout cela, extrêmement aimée et respectée de toute la maison, et respectée même de ce couple qui se faisoit tant redouter », ne voyait la princesse « que pour les moments de représentation..., et ignoroit parfaitement tout ce qu'il s'y passoit, quoiqu'elle en fût parfaitement instruite ». Assidue dès que le péril parut, elle refusa toujours d'y coucher ou d'y passer les journées.
Scandaleuse maladie de Mme la duchesse de Berry, à [au] Luxembourg
La grossesse, « mal préparée par les soupers continuels fort arrosés de vins et de liqueurs les plus fortes », devint dangereuse. Languet, curé de Saint-Sulpice, déclara tout haut « qu'il ne les administreroit point [les sacrements], ni ne souffriroit qu'ils lui fussent administrés, tant que Rion et Mme de Mouchy seroient non seulement dans sa chambre, mais dans le Luxembourg » ; le cardinal de Noailles, appelé en arbitre, le confirma publiquement — « qui que ce soit, pas même les chefs de la constitution..., les libertins même, pas un seul ne blâma ni le curé ni son archevêque ». Les négociations par la porte entrebâillée, via la Mouchy, n'obtinrent que fureurs : la princesse s'emporta « contre ces cafards qui abusoient de son état et de leur caractère pour la déshonorer ». Le curé prit poste « collé tout près de la porte..., quatre jours, et les nuits de même..., parce qu'il ne vouloit pas être trompé sur les sacrements ; enfin, le danger passé, il leva le siège ». « Bien accouchée d'une fille », elle ne pardonna jamais ni au curé ni au cardinal, « et fut de plus en plus ensorcelée des deux amants qui se moquoient d'elle ».
Rion, conduit par le duc de Lauzun, son grand-oncle, épouse secrètement Mme la duchesse de Berry
Rion, « cadet de Gascogne qui n'avoit rien », était petit-neveu du duc de Lauzun : « cette parité de son neveu et de lui leur mit en tête le même mariage » qu'avec Mademoiselle. « Cette pensée délectoit l'oncle qui se croyoit revivre en la personne de son neveu... Sa maxime étoit que les Bourbons vouloient être rudoyés et menés le bâton haut, sans quoi on ne pouvoit se conserver sur eux aucun empire » — et Rion faisait « chaque jour essuyer [à la princesse] des caprices qui lui ôtoient jusqu'à la moindre liberté, et des humeurs brutales qui la faisoient pleurer tous les jours ». Le danger de la couche, l'horreur de l'éclat, « la peur du diable qui la mettoit hors d'elle-même au moindre coup de tonnerre », enhardirent l'oncle et le neveu au mariage secret : « je m'en tiens ici à cette préparation de scène. »
Mme la duchesse de Berry rouvre le jardin de Luxembourg ; se voue au blanc pour six mois ; change de capitaine des gardes
« Infiniment peinée de la façon dont tout le monde, jusqu'au peuple, avoit pris sa maladie », elle « crut regagner quelque chose en faisant rouvrir au public les portes du jardin de Luxembourg... : on en profita ; mais ce fut tout. Elle se voua au blanc pour six mois. Ce vœu fit un peu rire le monde. » Sur quelques piques, le marquis de La Rochefoucauld remit sa place de capitaine des gardes, donnée au comte d'Uzès — « car, pourvu qu'elle eût des noms, elle n'en cherchoit pas davantage ».
Canillac et le marquis de Brancas entrent au conseil des parties
« Canillac et le marquis de Brancas, qui avoient des expectatives de conseiller d'État, obtinrent, en attendant les places, d'en faire les fonctions avec les appointements. »
Prince Clément de Bavière est [élu] évêque de Munster et de Paderborn
« Le prince Clément fut élu évêque de Munster, au lieu de son frère, mort à Rome, et aussitôt après, de Paderborn. »
Le cardinal Albano est fait camerlingue
« Le pape donna au cardinal Albano, son neveu, la charge de camerlingue, vacante par la mort du cardinal Spinola. »
Le duc d’Albret épouse de nouveau la fille de feu Barbezieux
Le duc d'Albret, qui avait épousé la fille de feu Barbezieux « malgré toute la famille », refit son mariage suivant l'arrêt du conseil de régence : bénédiction nuptiale à minuit chez Caumartin. « Si on savoit et si on se soucioit en l'autre monde de ce qui se passe en celui-ci, je pense que M. de Turenne et M. de Louvois seroient tous deux bien étonnés. »
Mort de Mme de Maintenon
« Le samedi au soir 15 avril, veille de la Quasimodo, mourut à Saint-Cyr la célèbre et fatale Mme de Maintenon. Quel bruit cet événement en Europe, s'il fût arrivé quelques années plus tôt ! On l'ignora peut-être à Versailles, qui en est si proche ; à peine en parla-t-on à Paris. » « La chute du duc du Maine au lit de justice des Tuileries lui donna le premier coup de mort... Quand elle le vit arrêté, elle succomba ; la fièvre continue la prit, et elle mourut à quatre-vingt-trois ans, avec toute sa tête et tout son esprit. Les regrets de sa perte, qui ne furent pas universels dans Saint-Cyr, n'en passèrent guère les murailles. »
Sa vie et sa conduite à Saint-Cyr
Retirée à Saint-Cyr « au moment même de la mort du roi », elle « eut le bon sens de s'y réputer morte au monde » : n'y recevaient que Mmes de Caylus, de Dangeau et de Lévi, le cardinal de Rohan chaque semaine — « qui ne venoit jamais les mains vides » pour les demoiselles —, le maréchal de Villeroy, et surtout le duc du Maine, « trois et quatre heures avec elle tête à tête. Tout lui rioit quand on le lui annonçoit. Elle embrassoit son mignon avec la dernière tendresse, quoiqu'il puât bien fort, car elle l'appeloit toujours ainsi. » Chaque semaine, dîner rituel avec la reine d'Angleterre, servies à la cloche par les jeunes demoiselles ; le reste en lettres de direction « à des supérieurs de communautés..., à des abbesses, même à de simples religieuses ». « Elle étoit Madame tout court dans la maison... Jamais abbesse, fille de France..., n'a été si absolue, si ponctuellement obéie, si crainte, si respectée. » Elle avait quarante-huit mille livres de pension, tout Saint-Cyr à sa charge — détails que Saint-Simon tint de Mme de Tibouville, née Rochechouart, sa jeune secrétaire. « J'ai souvent admiré que les maréchaux d'Harcourt..., Tallard, Villars qui lui devoit tant, Mme du Maine et ses enfants pour qui elle avoit fait fouler aux pieds toutes les lois divines et humaines..., ne l'aient jamais vue. »
Mort d’Aubigny, archevêque de Rouen
« Je n'ai su qu'Aubigny, archevêque de Rouen, son prétendu cousin, qui fut assez sot pour en mourir. Il fut tellement saisi de cette perte qu'il en tomba malade et la suivit bientôt. »
Besons, archevêque de Bordeaux, lui succède ; et le frère du garde des sceaux, à Besons
« Besons, archevêque de Bordeaux, passa à Rouen, et Argenson, archevêque d'Embrun, frère du garde des sceaux, passa à l'archevêché de Bordeaux. »
Érection de grands officiers de l’ordre de Saint-Louis à l’instar de ceux de l’ordre du Saint-Esprit
« M. le duc d'Orléans fit ériger des officiers de l'ordre de Saint-Louis presque à l'instar de celui du Saint-Esprit, avec des appointements et des marques, moyennant finance à proportion » : le garde des sceaux chancelier de l'ordre, Le Blanc prévôt et maître des cérémonies, Armenonville en râpé et Morville greffier, plus trois gros trésoriers portant le grand cordon rouge.
Nouveaux règlements sur l’ordre de Saint-Louis, et leurs inconvénients
Suivirent des règlements à inconvénients : les rachats revenant au roi « affectés par un édit enregistré à l'ordre de Saint-Louis » — ôtant au roi « la liberté de remettre les rachats » — et la perte des pensions de l'ordre pour qui devenait chevalier du Saint-Esprit, ruineuse pour des maréchaux pauvres dont ces pensions faisaient « toute leur aisance ». « On fut encore choqué de voir des hommes de robe et des gens de plume et de finances porter, pour de l'argent, des marques précisément militaires..., sur lesquelles on voyoit écrites ces paroles en lettres d'or : Praemium bellicae virtutis. »
Extraction, caractère, fortune de Monti
Monti, colonel réformé bolonais, « fort honnête homme quoique ami intime d'Albéroni », eut ordre de sortir du royaume avec défense d'aller en Espagne. Saint-Simon anticipe sa fortune : chargé plus tard d'un emploi principal « lors de la seconde catastrophe du roi Stanislas en Pologne », il en rapporta « plus d'un million, qu'il pouvoit très aisément s'approprier sans qu'on en pût avoir nulle connoissance. Le ministère même fut très agréablement surpris de revoir ce million... On le laissa mourir de faim, et il en mourut en effet peu après... de déplaisir de sa misère... Il fut fort regretté et mérita de l'être. »
Laval, dit la Mentonnière, mis, à la Bastille
« M. de Laval, dit la Mentonnière, d'une blessure qu'il avoit reçue au menton..., fut mis à la Bastille. Cette détention renouvela très vivement et d'une façon marquée les alarmes de ceux qui ne se sentoient pas nets de l'affaire de Cellamare et du duc du Maine... Il se trouva à la fin qu'il étoit une clef de meute et le plus coupable de tous, sans qu'il lui en soit rien arrivé qu'une courte prison. » C'est le même Laval qui confondait « hardiment les Laval-Montfort avec les Laval-Montmorency ».
Cellamare, duc de Giovenazzo, arrive en Espagne ; est aussitôt fait vice-roi de Navarre
« Peu de temps après, le prince de Cellamare, conduit par du Libois..., arriva à la frontière et passa en Espagne. Il fut aussitôt déclaré vice-roi de Navarre, et, comme son père étoit mort, il prit tout à fait le nom de duc de Giovenazzo. »
Rare baptême de Marton
Bagatelle « parfaitement ridicule » : une pension de mille écus obtenue pour Marton, colonel du régiment de Conti, âgé de vingt-quatre ou vingt-cinq ans — « quand il fallut lui expédier sa pension, point de nom de baptême. On chercha, il se trouva qu'il avoit été ondoyé tout au plus. On suppléa donc les cérémonies pour lui donner un nom. On le dispensa de l'habit blanc ; il fut tenu par M. le prince de Conti et Mme la duchesse de Sully. »
L’abbesse de Chelles, sœur du maréchal de Villars, se démet et se retire dans un couvent à Paris avec une pension de douze mille livres du roi
L'abbesse de Chelles, « fille de beaucoup de mérite, sœur du maréchal de Villars, se lassa bientôt d'une lutte où Dieu et les hommes étoient pour elle, mais qui lui étoit devenue insupportable, et qui troubloit toute la paix et la régularité de sa maison » — car Mme d'Orléans, « religieuse professe à Chelles par fantaisie, humeur et enfance, ne put durer qu'en régnant où elle étoit venue pour obéir ». Elle obtint douze mille livres de pension du roi et se retira aux Bénédictines du Cherche-Midi, où elle vécut « faisant l'exemple et les délices de la maison ».
Mme d’Orléans lui succède, se démet, se retire à la Madeleine
Mme d'Orléans, qui lui succéda, « se lassa bientôt de sa place », se démit à son tour et s'établit « dans un bel appartement du couvent des Bénédictines de la Madeleine de Tresnel », auprès duquel Mme la duchesse d'Orléans sa mère « s'étoit fait un établissement magnifique et délicieux ».
Leur caractère
Caractère de la nouvelle abbesse : « tantôt austère à l'excès, tantôt n'ayant de religieuse que l'habit, musicienne, chirurgienne, théologienne, directrice, et tout cela par sauts et par bonds, mais avec beaucoup d'esprit, toujours fatiguée et dégoûtée de ses diverses situations, incapable de persévérer en aucune » ; à la Madeleine pourtant, elle « reprit peu à peu la dévotion et la régularité, et, quoique en princesse, mena une vie qui édifia toujours de plus en plus jusqu'à sa mort ».
Diminution d’espèces
« On diminua les espèces par un arrêt du conseil. »
Élargissement du quai du Louvre
« On commença aussi le très nécessaire élargissement du quai le long du vieux Louvre. »
Guichet, place et fontaine du Palais-Royal
On accommoda la place du Palais-Royal « en symétrie d'architecture en face, avec une fontaine et un grand réservoir ». Saint-Simon fit en vain tout son possible pour déplacer le guichet du Louvre en face de la rue Saint-Nicaise, « sans avoir pu, en faveur d'une telle commodité..., surmonter la rare considération du régent pour Launay, fameux et très riche orfèvre du roi, qui étoit logé dans l'emplacement de ce guichet ».
Efforts peu heureux sur l’Écosse
Albéroni, « enragé contre l'Angleterre, et qui n'avoit de ressource qu'à y jeter des troubles, fit équiper une flotte, mais, à peine fut-elle en mer, qu'une tempête la dispersa et la maltraita fort. Cependant les lords Maréchal, Tullybardine et Seaford, partis du port du Passage sur des frégates avec beaucoup d'armes, étoient heureusement arrivés en Écosse. »
Tyrannie maritime des Anglois
« Les Anglois ne vouloient souffrir de marine à aucune puissance de l'Europe » : ils avaient obtenu par Dubois « qu'il ne s'en formât point en France, et qu'on y laissât tomber le peu qui en restoit » ; et la guerre déclarée à l'Espagne avait « en point de vue principal la destruction de la marine d'Espagne renaissante au Passage ». Les Hollandais mêmes sentaient « le poids de cette alliance léonine » et n'étaient entrés dans la quadruple alliance « qu'après coup, malgré eux et faiblement ».
Cilly prend le port du Passage et y brûle toute la marine renaissante de l’Espagne
« Dès que Cilly se fut emparé de quelques petits forts sur la Bidassoa, il marcha secrètement et brusquement au port du Passage, le prit..., brûla six vaisseaux qui étoient sur les chantiers, un amas immense d'autres bois et de toutes les choses nécessaires aux constructions... Ce coup fit exulter l'Angleterre, et fixa la certitude du chapeau sur la tête de Dubois. Il montra une joie odieuse de cette funeste expédition, et toute la France une douleur dont personne ne se contraignit, et qui embarrassa le régent pendant quelques jours. »
Les plus confidents du duc et de la duchesse du Maine sortent de la Bastille et sont mis en pleine liberté
Dans cette satisfaction « anglaise et si peu française », « Mlle de Montauban, fort attachée à Mme du Maine, le fils de Malézieu, Davisart et l'avocat Bargetton, qui étoient à la Bastille, furent mis en pleine liberté, quoique Saillant, en sortant de cette prison, eût été exilé chez son père en Auvergne ».
Merveilles du Mississipi
« Law faisoit toujours merveilles avec son Mississipi... C'étoit à qui auroit du Mississipi. Il s'y faisoit presque tout à coup des fortunes immenses. Law, assiégé chez lui de suppliants et de soupirants, voyoit forcer sa porte, entrer du jardin par ses fenêtres, tomber dans son cabinet par sa cheminée. On ne parloit que par millions. »
Law et le régent me pressent d’en recevoir
Law, qui venait chez Saint-Simon tous les mardis, l'avait « souvent pressé d'en recevoir sans qu'il m'en coûtât rien..., pour me valoir plusieurs millions », puis s'adressa à Mme de Saint-Simon, « qu'il trouva aussi inflexible », et enfin au régent. Celui-ci, un jour à Saint-Cloud, « assis sur la balustrade de l'orangerie qui couvre la descente dans le bois des Goulottes », le pressa infiniment et finit par se fâcher : « c'étoit être trop glorieux..., de refuser obstinément ce que le roi me vouloit donner. »
Je le refuse, mais je reçois le payement d’anciens billets de l’épargne
La réponse fut le fameux discours : « depuis la fable du roi Midas, je n'avois lu nulle part... que personne eût la faculté de convertir en or tout ce qu'il touchoit... ; tout son savoir étoit un savant jeu, un habile et nouveau tour de passe-passe, qui mettoit le bien de Pierre dans la poche de Jean, et qui n'enrichissoit les uns que des dépouilles des autres... ; j'abhorrois le bien d'autrui, et pour rien je ne m'en voulois charger, même d'équivoque. » Mais Saint-Simon proposa une justice : le remboursement des cinq cent mille livres d'ordonnances jamais payées à son père pour la défense de Blaye contre le parti de M. le Prince — « mes billets et ordonnances furent peu à peu brûlés dans le cabinet de M. le duc d'Orléans, et c'est ce qui a payé ce que j'ai fait à la Ferté. »
Blamont, rappelé à sa charge, devient l’espion du régent, et le mépris et l’horreur du parlement
« Le président Blamont eut permission de revenir à Paris et d'y faire sa charge aux enquêtes ; il avoit fait son marché avec le régent qui, moyennant quelque gratification secrète, fit de ce beau magistrat, si ferme et si zélé pour sa compagnie, un très bon espion qui lui rendit compte depuis avec exactitude de tout ce qui se passoit de plus intérieur dans le parlement. Il en fut reçu comme le défenseur et le martyr..., mais à la fin il fut découvert et parfaitement haï, méprisé et déshonoré dans sa compagnie et dans le monde. »
Mort de Pécoil père, digne d’un avare, mais affreuse
Pécoil, « vieux et plat maître des requêtes..., fort obscur et riche à millions », mourut. Son père, prodigieusement avare, avait fait chez lui à Lyon une cave à plusieurs portes, la dernière de fer à serrure secrète, pour y visiter son argent ; un jour il n'en reparut plus. Les siens, ayant enfin forcé le passage, trouvèrent « le misérable vieillard le long de ces coffres, les bras un peu mangés, le désespoir peint encore sur ce visage livide, une lanterne près de lui dont la chandelle étoit usée, et la clef dans la porte qu'il n'avoit pu ouvrir cette fois après l'avoir ouverte tant d'autres. Telle fut l'horrible fin de cet avare..., si épouvantable et le châtiment y est si terriblement marqué que j'ai cru qu'elle ne devoit pas être oubliée. »
Digne refus, belle et sainte retraite, curieuse, mais inintelligible déclaration, de l’abbé Vittement, sur le règne sans bornes et sans épines du cardinal Fleury
L'abbé Vittement, sous-précepteur du roi par son seul mérite, refusa une abbaye de douze mille livres offerte par le roi lui-même : « il répondit qu'il avoit suffisamment de quoi vivre » ; au maréchal de Villeroy qui insistait qu'il en ferait des aumônes, il répondit « que ce n'étoit pas la peine de recevoir la charité pour la faire ». Voyant croître l'affection du roi et l'ombrage de M. de Fréjus, il se retira « avec joie à la Doctrine chrétienne, d'où il ne sortit plus ». De lui, cette « prophétie aussi célèbre que surprenante », contée par Bidault : « Sa toute-puissance durera autant que sa vie, et son règne sera sans mesure et sans trouble. Il a su lier le roi par des liens si forts, que le roi ne les peut jamais rompre. Ce que je vous dis là, c'est que je le sais bien... Si le cardinal meurt avant moi, je vous expliquerai ce que je ne puis faire pendant sa vie. » « Malheureusement il est mort avant le cardinal et a emporté ce curieux secret avec lui. La suite n'a que trop montré combien Vittement avoit dit vrai. »
Douze mille livres d’augmentation d’appointements et de gouvernement à Castries
« Castries, gouverneur de Montpellier et chevalier d'honneur de Mme la duchesse d'Orléans..., obtint que le port de Cette fût mis en gouvernement pour lui, uni à celui de Montpellier, avec des appointements particuliers de douze mille livres payés par la province. »

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