TOME XVII · CHAPITRE XX

Lire le texte intégral du chapitre →

Résumé

L'abbé Dubois obtient l'archevêché de Cambrai — le siège de Fénelon ! Refusé d'un dimissoire par le cardinal de Noailles, il en obtient de Besons et reçoit « tous les ordres à la fois » près de Pontoise, « se compare là-dessus à saint Ambroise » ; le mot du duc Mazarin ; la « singulière anecdote sur le pouvoir de l'abbé Dubois sur M. le duc d'Orléans » à l'occasion du sacre ; le sacre par le cardinal de Rohan — la cour entière convoquée à la comédie sacrée. Les jacobites « chassés de France à son de trompe » ; la « politique terrible de la cour de Rome ».

Les entrées

Abbé Dubois obtient l’archevêché de Cambrai
Cambrai vaquait, « le plus riche archevêché et un des plus grands postes de l'Église. L'abbé Dubois n'étoit que tonsuré ; cent cinquante mille livres de rente le tentèrent, et peut-être bien autant ce degré pour s'élever moins difficilement au cardinalat. » Il masqua « son effronterie de ruse » : il conta au régent « qu'il avoit rêvé qu'il étoit archevêque de Cambrai ». Le régent, indigné — « Qui ! toi, archevêque de Cambrai ! » —, chercha à s'en tirer : « Mais tu es un sacre, et qui est l'autre sacre qui voudra te sacrer ? — Ah ! s'il ne tient qu'à cela, reprit vivement l'abbé, l'affaire est faite... Votre premier aumônier, qui est là dehors ; il ne demandera pas mieux ; je m'en vais le lui dire » ; il « embrasse les jambes de M. le duc d'Orléans, qui demeure court et pris sans avoir la force du refus », sort, obtient la promesse de Tressan, « rentre, caracole..., et c'est de la sorte que Dubois se fit archevêque de Cambrai. L'extrême scandale de cette nomination fit un étrange bruit. »
L’abbé Dubois refusé d’un dimissoire par le cardinal de Noailles, en obtient un de Besons, archevêque de Rouen, et va dans un village de son diocèse, près de Pontoise, recevoir tous les ordres à la fois de Tressan, évêque de Nantes ; se compare là-dessus à saint Ambroise
Pour les ordres, Dubois comptait que le cardinal de Noailles, ayant besoin de lui, ferait les avances : « il se trompa ; la chair et le sang n'eurent jamais de part à la conduite du cardinal de Noailles... Il eut horreur de contribuer en rien à le faire entrer dans les ordres sacrés » et refusa le dimissoire, « sans que rien le pût ébranler..., content d'avoir rempli son devoir » — refus dont il fut « universellement applaudi ». Besons, archevêque de Rouen, fut « de meilleure composition » : muni d'un bref pour tout recevoir à la fois et « dispensé par lui-même de toute retraite », Dubois alla un matin dans une paroisse du vicariat de Pontoise où Tressan, évêque de Nantes, « donna dans la même messe basse... le sous-diaconat, le diaconat et la prêtrise..., et en fut après récompensé de l'archevêché de Rouen ». L'après-dînée même, il parut au conseil de régence ; au sermon moqueur du prince de Conti, il répondit froidement « qu'il ne faisoit que suivre l'exemple de saint Ambroise » : « dans le moment que j'ouïs saint Ambroise, je m'enfuis brusquement à l'autre bout du cabinet, de l'horreur de la comparaison. »
Mot du duc Mazarin
« Il venoit, à ce que dit plaisamment le duc Mazarin, de faire sa première communion. »
Singulière anecdote sur le pouvoir de l’abbé Dubois sur M. le duc d’Orléans, à l’occasion du sacre de cet abbé
La veille du sacre, Saint-Simon conjura le régent de n'y point aller : à sa vie près, on dirait « qu'il alloit à ce sacre pour se moquer de Dieu et insulter son Église », et cette « bassesse inouïe » montrerait à toute l'Europe l'empire de Dubois ; il offrit même, quoique seul homme de marque non convié, d'y aller à sa place et d'y demeurer tout du long. Le régent, embrassant Saint-Simon, donna sa parole... et partit le lendemain « environné de toute la pompe des rares jours de cérémonie ». Le mot de l'énigme vint par Biron : la nuit d'avant, Mme de Parabère, couchée au Palais-Royal, avait exigé qu'il y allât — « Folle, soit, répondit-elle, mais vous irez... — Pourquoi ? — Parce que je le veux... C'est que l'abbé Dubois et moi avons eu maille à partir... ; si demain vous n'allez pas à son sacre, il ne manquera pas de croire que c'est moi qui vous en ai empêché..., et finira promptement par nous brouiller. » « Je déplorai avec [Biron] les chaînes du régent. » Dubois sut tout et ne le pardonna jamais : il dit à Le Blanc et à Belle-Ile que, de toutes les contradictions essuyées de Saint-Simon, « rien ne l'avoit si profondément touché et blessé, et jusqu'au fond de l'âme, que d'avoir voulu empêcher M. le duc d'Orléans d'assister à son sacre ».
Sacre de l’abbé Dubois par le cardinal de Rohan
Le sacre se fit le dimanche 9 juin au Val-de-Grâce par le cardinal de Rohan, « ravi de faire contre en tout au cardinal de Noailles » et de s'attacher le ministre tout-puissant ; Tressan et Massillon assistèrent — Massillon « au pied du mur, étourdi, sans ressources..., balbutia, n'osa refuser », plaint plus que blâmé. Tout y fut « également superbe et choisi pour faire éclater la faveur démesurée d'un ministre éperdu d'orgueil..., la servitude la plus publique et la plus démesurée où il avoit réduit son maître » : tribunes à jalousies pour les ministres protestants, tribune du régent, rafraîchissements à profusion, festin au Palais-Royal à deux tables de trente couverts servies aux dépens du régent, qui donna au nouvel archevêque « un diamant de grand prix pour lui servir d'anneau ». « Pendant le sacre, qui fut peu décent de la part du consacré et des spectateurs..., toute cette journée fut livrée à cette sorte de triomphe qui n'attira pas l'approbation des hommes ni la bénédiction de Dieu. Je n'en vis pas la moindre chose, et jamais M. le duc d'Orléans et moi ne nous en sommes parlé. »
Les Anglois opposés au roi Georges, ou jacobites, chassés de France à son de trompe
« On publia à son de trompe une ordonnance pour faire sortir en huit jours de toutes les terres de l'obéissance du roi tous les étrangers rebelles » — les jacobites, fruit du voyage de Stanhope et « l'exécution jusqu'alors tacitement suspendue d'une clause infâme du traité fait par Dubois avec l'Angleterre, qui y gagnoit tout, et la France rien, rien que la plus dangereuse ignominie ». Le prétendu réciproque était « une toile d'araignée » : nul François n'était rebelle à sa maison régnante. Se faire « la persécutrice publique et déclarée du ministère de la reine Anne et de tout ce parti qui seul avoit sauvé la France » par la paix de Londres et d'Utrecht, « c'étoit couvrir la France d'une infamie éternelle ». Saint-Simon, Torcy même, les maréchaux d'Huxelles et d'Estrées avaient obtenu la suspension ; mais « les temps étoient venus de ne plus rien ménager..., ses amis les Anglois le sommèrent de sa parole ; il fallut bien la tenir dans la vue plus prochaine de la pourpre ; la proscription effective fut accordée et publiée. »
Politique terrible de la cour de Rome sur le cardinalat
Le roi d'Espagne, qui avait tout fait pour élever Albéroni à la pourpre, « en fit de plus étranges pour l'en faire priver », pressant le pape, la France et l'empereur. Vainement : « on obtiendroit plutôt une douzaine de chapeaux à la fois..., que la privation d'un seul. » Car Rome a fait de cette dignité l'appui de sa grandeur : la pourpre « est arrivée à rendre inviolables les crimes les plus atroces et les félonies les plus horribles de ceux qui en sont revêtus... On a vu des papes faire tuer, noyer, empoisonner des cardinaux, plutôt que leur ôter le chapeau : les Caraffe, les Colonne et bien d'autres en sont des exemples. » Albéroni, réduit « à errer, souvent inconnu, jusqu'à la mort du pape », entra alors au conclave « comme triomphant, et est depuis demeuré en splendeur. Ces leçons sont grandes..., elles n'en demeureront pas moins inutiles par l'ambition des plus accrédités auprès des rois, et la faiblesse des rois à leur procurer cette pourpre si fatale aux États, aux rois et à l'Église. »
Mort de Mme de Lislebonne
Mourut la comtesse de Lislebonne, à quatre-vingt-deux ans, bâtarde de Charles IV de Lorraine « si connu par ses innombrables perfidies » : « avec beaucoup de vertu, de dignité, de toute bienséance, et non moins d'esprit et de manége, elle ne céda à aucun des Guise en cette ambition et cet esprit qui leur a été si terriblement propre, et eût été admise utilement pour eux aux plus profonds conseils de la Ligue. » Elle logeait avec Vaudemont et ses filles « dans l'hôtel de Mayenne, ce temple de la Ligue, où ils ont conservé ce cabinet appelé de la Ligue, sans y avoir rien changé, par la vénération, pour ne pas dire le culte ».
Douze mille livres de pension, qu’elle avoit, [sont] données à Mme de Remiremont, sa fille
« Comme toute impunité, et au contraire toute considération, étoit devenue de si longue main leur plus constant apanage, la pension de douze mille livres qu'avoit Mme de Lislebonne fut donnée à Mme de Remiremont », sa fille aînée.
Mort et successeur du grand maître de Malte
Mourut aussi « le grand maître de Malte, Perellos y Roccafull, Espagnol de beaucoup de mérite, qui eut le frère du cardinal Zondadari pour successeur ».
Mort et caractère du P. Cloche, général de l’ordre de Saint-Dominique
Et « le père Cloche, depuis quarante ans général de l'ordre de Saint-Dominique, avec la plus grande réputation et la considération à Rome la plus distinguée..., aimé, respecté, estimé et consulté par tous les papes et les cardinaux. Il auroit été cent fois cardinal, s'il n'avoit pas été François et très bon François ; il avoit été confesseur de mon père jusqu'à son départ pour l'Italie. »
Mort de Fourille ; sa pension donnée à sa veuve
« Fourille, aveugle, qui avoit beaucoup d'esprit et fort orné, et longtemps capitaine aux gardes, estimé et fort dans la bonne compagnie », mourut : « sa pension fut donnée à sa veuve, qui demeuroit pauvre avec des enfants. » Mourut encore Mme de La Hoguette, « fort riche, avare, dévote pharisaïque, toute merveilleuse, du plus prude maintien, et qui sentoit la profession de ce métier de fort loin, avec de l'esprit et de la vertu, si elle eût bien voulu n'imposer pas tant au monde ; elle étoit très peu de chose, et toutefois merveilleusement glorieuse. »
Mort et caractère de Mme de La Hoguette
Sa fille unique, mariée à Nangis, « fut sa seule héritière, et avec beaucoup de patience et de vertu n'en fut pas plus heureuse ». Mourut aussi Mortagne, chevalier d'honneur de Madame, « fort honnête homme, mais de fort obscure naissance : son père étoit un riche maître de forges devers Liège, qui laissa à son fils un nom qui n'étoit pas à lui. »
Mort de Mortagne, chevalier d’honneur de Madame
« Mme la Duchesse, sœur de M. le prince de Conti..., mourut le 21 mars à Paris, dans l'hôtel de Condé, après une fort longue maladie, à trente et un ans, au bout de sept ans de mariage..., pendant lequel elle ne s'étoit pas contrainte : elle fut plainte sans être regrettée. » Suivant « l'usage de brusquer l'enterrement » pris depuis l'échec des princes du sang à faire garder le corps de leurs princesses, « le surlendemain de sa mort, sans qu'il y eût eu aucune cérémonie à l'hôtel de Condé que le pur nécessaire, elle fut portée aux Carmélites de la rue Saint-Jacques... Le convoi fut très magnifique. »
Mort de Mme la Duchesse, brusquement enterrée
« Quelques jours après, M. le Duc reçut les visites de tout le monde, avec la précaution ordinaire d'un magasin de manteaux dans son antichambre, et l'indécence ordinaire et affectée contre cette nouvelle pratique. »
Visites et manteaux chez M. le Duc
Elle fit un testament avec Mlle de La Roche-sur-Yon pour légatrice universelle : « il y avoit beaucoup à rendre et force pierreries... Mlle de La Roche-sur-Yon ne se trouva pas la plus forte. M. le Duc s'en tira lestement, mais, peu d'années avant sa mort, il pensa sérieusement, et fit pleine justice à Mlle de La Roche-sur-Yon, qui n'avoit osé le plaider. » Le deuil du roi ne fut que de cinq jours.
Testament, etc
Note finale sur le contraste de ces morts : entre la magnificence des convois, les visites en manteaux et les pensions transmises, la cour continuait de tourner comme si le système de Law ne vacillait pas — le récit de sa culbute occupera la suite.

◀ Chapitre précédent · ← Retour à la table des chapitres · Chapitre suivant ▶

© 2025-2026 - Jonathan Teyssandier - All rights reserved