TOME XIII · CHAPITRE IX

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Résumé

Éclat des princes du sang sur la qualité prise « avec eux » par le duc du Maine ; la protestation des Courtenay « pour la conservation de leur état et droits » — avec le malheur et l'extinction de cette branche de la maison royale. Mariages et charges : Béthune-Tresmes, Nangis vend le régiment du roi, Poirier premier médecin ; la duchesse de Berry logée au Luxembourg « où Mme de Saint-Simon et moi ne voulûmes point habiter » ; survivances de Villequier ; deux nouveaux premiers valets de chambre ; le cardinal de Polignac vend sa charge.

Les entrées

Éclat des princes du sang sur la qualité de prince du sang prise par le duc du Maine avec eux
À peine sorti de la prétention des conseillers d'État, un autre éclat : « dans une signification que M. le duc du Maine fit [au procès de la succession de M. le Prince], il prit la qualité de prince du sang..., Mme la Duchesse et M. le Duc, qui n'avoient osé souffler sous le feu roi, firent grand bruit et prétendirent que... elle ne lui donnoit pas droit de se qualifier prince du sang avec les princes du sang véritables », attirant Mme la princesse de Conti et son fils dans l'intérêt commun. « L'éclat fut grand, le régent chercha à l'apaiser. On en verra ailleurs les suites. »
Protestation de MM. de Courtenay pour la conservation de leur état et droits, présentée au régent
« Le prince de Courtenay, l'abbé son frère, et le fils unique du premier..., présentèrent au régent une parfaitement belle protestation, forte, prouvée, mais respectueuse et bien écrite, pour la conservation de leur état et droits..., reçue poliment » et sans plus de succès que toutes les précédentes : « l'injustice constante faite à cette branche de la maison royale légitimement issue du roi Louis le Gros est une chose qui a dû surprendre. »
Malheur et extinction de cette branche de la maison royale
Malheur et extinction : Mazarin, voulant éprouver le prince de Courtenay pour lui donner une de ses nièces, le mena aux Pyrénées — « il passa tout le voyage avec les pages du cardinal..., qui désespéra d'en pouvoir faire quoi que ce soit ». Son second fils, « un très pauvre homme, et fort obscur », se tira deux coups de pistolet dans son lit un matin de 1723 sans cause connue : « on étouffa ce malheur qui éteignit enfin la malheureuse branche légitime de Courtenay », dont ne resta que l'abbé, « prêtre de sainte vie..., le dernier de tous les Courtenay ».
Béthune épouse la fille du duc de Tresmes
« Béthune, fils de la sœur de la reine de Pologne..., se remaria à la fille du duc de Tresmes, qui en fit la noce chez lui, à Saint-Ouen. »
Nangis obtient de vendre le régiment d’infanterie du roi
Nangis, « voyant que le régiment du roi ne lui étoit plus d'aucun usage depuis la mort du feu roi..., demanda la liberté de le vendre. Il ne s'achetoit ni se vendoit. Le régent, facile, le lui permit » — traité avec le duc de Richelieu pour trente mille écus, marché rompu.
Poirier premier médecin du roi
Pour premier médecin du roi — « l'unique [charge] qui se perde par la mort du roi » — Chirac était exclu comme étant au régent ; Boudin, « compagnon d'esprit, d'intrigue, hardi », avait « crié sans mesure, et sur le ton de Mme de Maintenon et du duc du Maine, sur les poisons, en sorte qu'il ne fut pas seulement question de lui. Faute de mieux..., Poirier fut choisi. »
Mme la duchesse de Berry logée à Luxembourg avec sa cour, où Mme de Saint-Simon et moi ne voulûmes point habiter
« Mme la duchesse de Berry vint s'établir à Luxembourg avec sa petite cour » ; Mme de Saint-Simon, « ne pouvant honnêtement la quitter, prit cette occasion pour en vivre la plus séparée qu'il lui fut possible » : logement pris mais jamais meublé ni habité, présence aux seuls soirs de jeu public, « toujours traitée avec la plus grande considération ». « Pour moi j'en usai à mon ordinaire : je n'allois qu'une ou deux fois l'an chez Mme la duchesse de Berry, un moment chaque fois, toujours très bien reçu. »
Villequier obtient les survivances du duc d’Aumont, son père
« Le duc d'Aumont obtint du régent la survivance de ses charges de premier gentilhomme de la chambre et de gouverneur de Boulogne... pour le marquis de Villequier, son fils unique. »
Deux nouveaux premiers valets de chambre
« Bachelier... acheta en même temps de Bloin sa charge de premier valet de chambre, et je fis donner au fils de Bontems la survivance de la sienne, qui m'en avoit prié. Oncques depuis n'ai ouï parler du père ni du fils. J'ai bien trouvé de leurs semblables. »
Le cardinal de Polignac vend sa charge de maître de la chapelle à l’abbé de Breteuil, depuis évêque de Rennes ; et le baron de Breteuil la sienne d’introducteur des ambassadeurs, à Magny
« Le cardinal de Polignac, qui ne se soucioit plus, depuis la mort du roi, de sa charge de maître de la chapelle, obtint permission de la vendre, et il en eut gros du frère de Breteuil » ; et « le vieux baron de Breteuil vendit aussi sa charge d'introducteur des ambassadeurs à Magny..., cette bonne tête » dont on reparlera.
Le marquis de Simiane lieutenant général de Provence ; et Fervaques gouverneur du Perche et du Maine, sur la démission de Bullion, son père
« Simiane, premier gentilhomme de la chambre de M. le duc d'Orléans, eut la lieutenance générale de Provence, demeurée vacante depuis la mort du comte de Grignan..., et Fervaques, fils de Bullion, eut, sur sa démission, le gouvernement du Perche et du Maine. C'est ainsi que M. le duc d'Orléans donnoit à toutes mains à qui vouloit avoir. » Et M. le Grand fit donner au prince Charles son fils « un million de brevet de retenue » sur la charge de grand écuyer — « ce qui étoit la rendre héréditaire » — puis la survivance du gouvernement de Picardie du duc d'Elbœuf.
Le prince Charles de Lorraine obtient un million de brevet de retenue sur sa charge de grand écuyer, et peu après la survivance du gouvernement de Picardie du duc d’Elboeuf
« Jusque-là j'avois eu patience, mais cela me piqua... J'ajoutai que puisqu'il donnoit tout indifféremment à tout le monde, je voulois aussi la survivance de mes deux gouvernements pour mes deux fils, de Blaye pour l'aîné, de Senlis pour le cadet, qu'il me donna sur-le-champ. » Il obtint aussi l'abbaye de Jumièges pour le jeune abbé de Saint-Simon, « parce que je n'aime pas la pluralité des bénéfices ».
J’eus aussi la survivance de mes deux gouvernements pour mes deux fils, et l’abbaye de Jumièges pour l’abbé de Saint-Simon
Réflexion sur les coadjutoreries régulières accordées aux cardinaux de Polignac et de Rohan : les moines de Rome insistèrent, « et le régent eut la faiblesse d'y consentir... Puisqu'on a le peu de sens de vouloir des cardinaux en France, et la manie de se persuader qu'il leur faut cent mille écus de rente à chacun, il vaut mieux les prendre sur de riches abbayes régulières qu'autres que des cardinaux ne peuvent posséder. »
Réflexion sur les coadjutereries régulières
« M. le duc d'Orléans fit un prodigieux présent au duc de La Rochefoucauld, qui n'avoit jamais marqué que de l'éloignement pour lui, et qui n'en montra pas moins après. Ce fut de toutes les pierreries de la garde-robe qui n'étoient pas de la couronne... M. de La Rochefoucauld n'avoit droit que sur les habits, étoffes et autres choses pareilles..., et il étoit d'ailleurs extrêmement riche. »
Grand et fort étrange présent du régent au duc de La Rochefoucauld
« Le duc de Tresmes, premier gentilhomme de la chambre en année, quand le roi mourut, eut gros aussi, parce que l'ameublement dans lequel le roi mourut étoit fort beau, mais M. de Tresmes n'eut que ce qui appartenoit de droit et d'usage à sa charge. »
Dépouille de l’appartement du feu roi au duc de Tresmes
Le conseil des finances prit forme : le régent y assista rarement, Villeroy presque jamais, « toute l'autorité en fut dévolue au duc de Noailles, qui prit Rouillé du Coudray pour son mentor, et qui fit tout dans ce conseil avec sa férocité accoutumée » ; « il devint à la mode d'admirer ses brutalités et ses débauches », et Noailles lui-même, dévot depuis son retour d'Espagne, « prit en ce temps-ci et entretint publiquement une fille de l'Opéra ». Départements distribués — Fagon conseiller d'État surnuméraire, Rouillé à cent quatre-vingt mille livres d'appointements — et les conseils de guerre et de marine pareillement partagés.
Noailles et Rouillé maîtres des finances, dont le conseil prend forme, et les autres conseils aussi
« Le lundi 28 septembre, après dîner, se tint à Vincennes, dans le grand cabinet du roi, le premier conseil de régence » : quatre conseils par semaine réglés — samedi après dîner, dimanche matin, mardi après dîner, mercredi matin — avec les jours des rapports de chaque chef. « Ce premier conseil se passa en ballottages ; ce ne fut que le suivant qui commença à en être un sérieux. »
Premier conseil de régence
Le raccommodement avec le maréchal de Villeroy : celui-ci ayant insinué qu'il pourrait disputer la préséance, « je lui répondis crûment et nettement que je le précéderois au conseil, comme je le précédois partout ailleurs », puis l'adoucissement ; et après le conseil, Saint-Simon alla le visiter dans sa chambre à Vincennes : « cet homme, également fastueux et bas, fut bien surpris de me voir entrer... Les compliments de part et d'autre furent merveilleux, et nous nous séparâmes les meilleurs amis du monde. » Le régent « en fut aise jusqu'à m'en remercier ».
Je me raccommode avec le maréchal de Villeroy
Les placets « dits à l'ordinaire » continuèrent sur le pied du feu roi, mais reçus par un membre de la régence chacun un mois à son tour, avec deux maîtres des requêtes pour le triage, le rapport se faisant ensuite au régent seul.
Placets dits à l’ordinaire
« J'appris que le maréchal de Besons s'en voulut faire un [département] de ces placets, et qu'il avoit demandé de les recevoir toujours. Cette impudence me choqua » : Saint-Simon fit sentir au régent « la conséquence d'un ministère direct et continuel..., et qu'un homme de sa sorte se méconnoissoit étrangement ». « Le maréchal échoua vilainement dans ce projet, avec la honte qu'il ne fut pas ignoré » — et s'éloigna de Saint-Simon de plus en plus, poussé par Effiat « vendu de longue main » au duc du Maine.
Tentative échouée de Besons, qui s’éloigne de moi de plus en plus
Amelot revint de Rome sans concile national, et conta à Saint-Simon l'entretien fameux : le pape, gémissant de sa constitution arrachée par les assurances du roi, s'écria en pleurant, lui saisissant le bras : « Eh ! monsieur Amelot, monsieur Amelot, que vouliez-vous que je fisse ! je me suis battu à la perche pour en retrancher ; mais le P. Tellier avoit dit au roi qu'il y avoit dans ce livre plus de cent propositions censurables ; il n'a pas voulu passer pour menteur, et on m'a tenu le pied sur la gorge pour en mettre plus de cent..., et je n'en ai mis qu'une de plus. » « Rien ne prouve plus solidement ni plus évidemment que ce discours du pape le cas qu'il faisoit lui-même de sa constitution. »
Amelot arrive de Rome, qui me conte un rare entretien entre le pape et lui sur la constitution
Amelot, dont la réputation « trop justement établie blessa la jalousie du maréchal d'Huxelles » et inquiéta Noailles et Rouillé, fut exclu de tout — le régent le craignant aussi pour son union avec la princesse des Ursins en Espagne, où « sous le nom d'ambassadeur il avoit fait la fonction de premier ministre..., et avoit en même temps gagné tous les cœurs ». « On fut honteux de le laisser dans les uniques fonctions judiciaires de sa place » : on établit un conseil de commerce dont on le fit président, avec les députés des principales villes marchandes.
Amelot exclu de tout, et pourquoi ; mis enfin à la tête d’un conseil de commerce
« Les spectacles interrompus à Paris, depuis l'extrémité du feu roi, recommencèrent le 1er octobre. »
Spectacles recommencés
« Canillac obtint un don fort considérable de marais en Flandre, dont une partie à dessécher. »
Don à Canillac
« Le régent régla dix mille francs par mois pour la cassette du roi, et mille écus pour sa garde-robe, tellement que la duchesse de Ventadour eut ainsi la disposition de cinquante-cinq mille écus, et le maréchal de Villeroy après elle. »
Garde-robe et cassette du roi
« Le grand prieur, qui se tenoit à Lyon exilé par le roi, eut permission de revenir à Paris, et de voir le roi et d'y demeurer. »
Le grand prieur est rappelé
Une des premières affaires particulières du conseil de régence : la prétention de Belle-Ile contre la Bretagne « pour un dédommagement des choses prises par le feu roi sur le domaine de Belle-Ile. Il la gagna fort lestement..., par la faveur de M. le Duc, en quoi je l'aidai fort » : quatre cent mille livres payables comptant par les états de Bretagne.
Belle-Ile obtient quatre cent mille livres comptant sur les états de Bretagne
Quel fut Belle-Ile : petit-fils du surintendant Fouquet, « célèbre par sa haute fortune et par ses profonds malheurs » — arrêté à Nantes en 1661, mort prisonnier à Pignerol en 1680 après des années « employées pieusement ».
Quel fut Belle-Ile
Sa famille : le premier Fouquet, conseiller d'État estimé de Louis XIII et de Richelieu au point qu'ils le voulurent surintendant, « qu'il refusa par délicatesse de conscience » ; sa femme, « encore célèbre à Paris par sa piété et ses bonnes œuvres » et ses onguents « qui portent son nom », morte à quatre-vingt-onze ans « aimée et respectée généralement » ; l'abbé Fouquet « grand important, galant, dépensier, extravagant, qui de jalousie de femme contribua le plus à la perte de son frère » ; l'évêque d'Agde et le premier écuyer dépouillés à la chute commune.
Sa famille
Parenthèse des Castille « qui sont gens de rien » : la seconde femme du surintendant était fille de Pierre de Castille et petite-fille du président Jeannin ; son frère Jeannin de Castille, greffier de l'ordre, refusa obstinément la démission en prison et en exil — « on lui ôta le cordon bleu nonobstant sa charge ».
Quels sont les Castille, dits Jeannin
Caractère des deux frères Belle-Ile : « jamais le concours ensemble de tant d'ambition, d'esprit, d'art, de souplesse..., d'indomptable courage d'esprit et de cœur, ne s'est si complètement rencontré que dans ces deux frères, avec... une identité entre eux inébranlable. » L'aîné : douceur, grâces, « un entregent, une facilité..., aimable avec les dames » ; le cadet « plus froid, plus sec, plus sérieux..., haineux en dessous et implacable » ; « tous deux solides en tout, marchant d'un pas égal à la grandeur, au commandement, à la pleine domination, aux richesses ».
Caractère des deux frères Belle-Ile
L'ascension de l'aîné : servant en Italie, « il s'appliqua à connoître ce qui valoit le mieux en chaque partie militaire..., à faire sa cour à ces meilleurs-là de chaque espèce » ; le roi, ne pouvant tout refuser, ne lui permit qu'un régiment de dragons ; les hivers passés « à visiter les différentes frontières..., toujours cherchant à apprendre tout et de tous » ; grande réputation à la défense de Lille sous Boufflers, d'où il sortit brigadier « fort dangereusement blessé » ; l'intimité des Rohan gagnée à Saverne ; enfin, en 1709, la charge de mestre de camp général des dragons, « qui a été le premier pas de sa fortune, où nous le laisserons présentement ».

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