TOME II · CHAPITRE IV
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Résumé
Le mariage de Mgr le duc de Bourgogne avec Marie-Adélaïde — douze et treize ans — et ses fêtes. Mariages des filles de Tessé ; fortune et fin singulière du premier Varenne ; le prince de Vaudémont et sa fortune, morceau de bravoure généalogique. M. de Lorraine, rétabli dans ses États, demande Mademoiselle en mariage et perd sa mère. Petites fortunes d'Église et de chambre : l'abbé de Mailly archevêque d'Arles, l'abbé de Castries aumônier de la duchesse de Bourgogne, Mme Cantin première femme de chambre, Lavienne. Et l'énigme fameuse : la « Mauresse de Moret », religieuse noire que la cour protège mystérieusement.
Les entrées
- Mariage de Mgr le duc de Bourgogne
- Le mariage du duc de Bourgogne, samedi 7 décembre : fiançailles et mariage enchaînés à la chapelle par le cardinal de Coislin, un courrier partant pour Turin « au moment que le mariage fut célébré ». Le soir, le roi et la reine d'Angleterre au feu d'artifice et au souper ; puis le coucher de la mariée — la reine d'Angleterre donne la chemise, le duc de Bourgogne se déshabille « dans l'antichambre au milieu de toute la cour, assis sur un ployant », entre au lit devant tous, et Monseigneur, après un quart d'heure de conversation au chevet, fait relever son fils « et auparavant lui fit embrasser la princesse malgré l'opposition de la duchesse du Lude. Il se trouva qu'elle n'avoit pas tort. Le roi le trouva mauvais, et dit qu'il ne vouloit pas que son petit-fils baisât le bout du doigt à sa femme jusqu'à ce qu'ils fussent tout à fait ensemble. » Le petit duc de Berry, « gaillard et résolu, trouva bien mauvaise la docilité de M. son frère, et assura qu'il seroit demeuré au lit. » Suivent le cercle rétabli, le premier bal du 11 — foule et désordre du duc d'Aumont, « Monsieur fut battu et foulé dans la presse » —, le second du 14, admirable d'ordre et d'habits neufs, où le roi donna le prix à celui de Mme de Saint-Simon ; enfin l'opéra d'Issé à Trianon le 17, qui clôt les fêtes.
- Mariage des deux filles du comte de Tessé
- Tessé avait marié l'année précédente sa fille aînée à La Varenne, « moyennant la lieutenance générale d'Anjou », et cette année sa seconde, fort jolie, à Maulevrier, neveu de Colbert, « qui avoit quitté le petit collet lorsque son frère fut tué dans Namur ».
- Fortune et fin singulière du premier Varenne
- La fortune et fin singulière du premier La Varenne, « marmiton, puis cuisinier, enfin portemanteau d'Henri IV qu'il servoit dans ses plaisirs, et qu'il servit depuis dans ses affaires », artisan du retour des jésuites et de leur établissement de la Flèche : retiré riche et vieux, il volait aux oiseaux quand une pie relaissée dans un arbre « se mit à crier de toute sa force au Maquereau, et le répéta sans fin ». « La Varenne, qui devoit toute sa fortune à ce métier, se mit tout d'un coup dans la tête que, par un miracle, comme le reproche que fit l'âne de Balaam à ce faux prophète, la pie lui reprochoit ses péchés » — rien ne put le persuader du contraire : « il y arriva avec la fièvre… et il mourut en très-peu de jours. »
- Prince de Vaudémont et sa fortune
- Le grand portrait du prince de Vaudémont, bâtard de Charles IV de Lorraine : né du faux mariage avec Mme de Cantecroix — le duc ayant aposté un courrier annonçant la mort de la duchesse Nicole, « pleine de vie et de santé », et épousé Béatrix de Cusance quatorze jours après. « Un des hommes des mieux faits de son temps… autant de fourbe, d'intrigue et de manège qu'en avoit son père. » Passé au service d'Espagne, insinué jusque dans la confidence du prince d'Orange, il se lâche contre la personne du roi à Madrid puis à Rome « avec une hardiesse égale à l'indécence » — jusqu'à ce que le roi menace de le faire chasser de Rome. Ce mérite nouveau lui vaut tout : Toison d'or, grandesse, prince de l'empire, gouverneur des armes aux Pays-Bas — puis, par le prince d'Orange et l'empereur, « le plus grand et le plus brillant emploi de la monarchie d'Espagne » : le gouvernement du Milanais. Estropié par le grand remède — « n'avoit plus d'os aux doigts des mains qui étoient comme entortillés les uns sur les autres » —, il garde « la plus grande mine du monde, douce, majestueuse, spirituelle au dernier point ». « Je le répète, tout ce détail est important à retenir pour ce qui se trouvera dans les suites. »
- M. de Lorraine rétabli demande Mademoiselle et perd sa mère
- Par la paix de Ryswick, M. de Lorraine est rétabli « avec les mêmes conditions que son père n'avoit pas voulu admettre », et son mariage arrêté avec Mademoiselle — « sur quoi quelqu'un dit assez plaisamment que, de ses trois filles, Monsieur en avoit marié une à la cour, une autre à la ville, et la dernière à la campagne ». Couronges vient en faire la demande ; la mère du duc, la « reine-duchesse » — reine douairière de Pologne et sœur de l'empereur —, venait de mourir.
- Abbé, depuis cardinal de Mailly, archevêque d’Arles
- L'abbé de Mailly, ami de Saint-Simon, a l'archevêché d'Arles : « sa mère l'avoit fait prêtre à coups de bâton, et l'avoit laissé mourir de faim longues années à Saint-Victor » ; le mariage de son frère avec la nièce de Mme de Maintenon fit tout. « Arles lui plut fort par le voisinage de Rome. Le cardinalat est une maladie bien commune, et qui prend les gens de bonne heure. »
- Abbé de Castries, aumônier ordinaire de Mme la duchesse de Bourgogne
- L'abbé de Castries, neveu du cardinal Bonzi, obtient la charge d'aumônier ordinaire de la duchesse de Bourgogne : « un homme extrêmement aimable dans la société, que le roi s'étoit capricié de ne point faire évêque, dont aussi il n'avoit pas trop pris le chemin » — il voulait surtout ne point quitter son frère et sa belle-sœur, « demeurer honnêtement à la cour, et avoir un logement ».
- Mme Cantin, première femme de chambre de Mme la duchesse de Bourgogne
- Mme Cantin, première femme de chambre : « bien faite, polie, fort à sa place, douce, obligeante, et sachant fort le monde » — femme du barbier du roi et belle-sœur de Lavienne.
- Fortune de Lavienne
- La fortune de Lavienne, reprise : le baigneur à la mode chez qui le roi « s'alloit baigner et parfumer du temps de ses amours — car jamais homme n'aima tant les odeurs, et ne les craignit tant après, à force d'en avoir abusé » ; on prétendait qu'il avait fourni au roi des « confortatifs qui l'avoient rendu plus content de lui-même ». Premier valet de chambre à jamais dépourvu d'usage : « rustre, très-volontiers brutal, pair et compagnon avec tout le monde… honnête homme, ni méchant ni malfaisant, même bon homme et serviable. »
- Mauresse, religieuse à Moret, fort énigmatique
- La Mauresse de Moret, « fort énigmatique » : dans un petit couvent borgne près de Fontainebleau, une religieuse « inconnue à tout le monde, et qu'on ne montroit à personne », placée toute jeune par Bontems avec dot secrète et grosse pension. La feue reine y allait souvent, Mme de Maintenon après elle — y menant même la jeune princesse —, Monseigneur et ses fils l'ont vue « avec bonté ». Elle « se prévaloit fort des soins qu'on prenoit d'elle et du mystère qu'on en faisoit » ; il lui échappa une fois, entendant chasser dans la forêt : « C'est mon frère qui chasse. » « On prétendoit qu'elle étoit fille du roi et de la reine, que sa couleur l'avoit fait cacher et disparoître et publier que la reine avoit fait une fausse couche… Quoi qu'il en soit, la chose est demeurée une énigme. »
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