TOME VII · CHAPITRE III
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Résumé
1709 s'ouvre sur les redditions punies : La Mothe exilé pour Gand, La Boulaye à la Bastille pour Exilles, La Junquière dégradé pour Port-Mahon. Morts de Mme de Villetaneuse, des neveux de Boufflers, du président Molé, de la maréchale de La Mothe et de son mari, de la duchesse d'Holstein, du prince Georges de Danemark — avec le voyage « oublié » du prince royal de Danemark en France qui faillit perdre Broglio. Le projet de reprise de Lille avorte ; et le froid s'abat : « extrême et ruineux » — le Grand Hiver commence.
Les entrées
- 1709
- L'année 1709 s'ouvre sur Boufflers rassemblant une armée à Douai pour la reprise de Lille, songeant même « à délivrer Gand, en tombant sur les quartiers des ennemis séparés les uns des autres par les rivières ; mais c'est bien dit qu'il y songea, car il n'eut pas même le temps d'y travailler ».
- La Mothe rend Gand et est exilé
- « La tête tourna à La Mothe » : « empaumé par un capitaine suisse qui eut peur pour sa compagnie et peut-être aussi pour sa peau », il rendit Gand après trois jours de tranchée, sans consulter les chefs de corps ; Capres « ne put jamais être persuadé de signer la capitulation ». Le roi refusa de voir Gavaudan porteur de la nouvelle et relégua La Mothe à Fayet, « sans être plaint de personne. Les ennemis s'en moquèrent fort, et se trouvèrent bien heureux qu'il n'eût pas tenu deux jours davantage » — les pluies puis le gel les auraient chassés. « Jamais homme si inepte ; et l'ineptie étoit un titre de choix et de préférence en tout genre. » On évacua Bruges et Plassendal.
- La Boulaye, gouverneur d’Exilles, à la Bastille, pour l’avoir rendu
- La Boulaye, rendu prisonnier avec sa garnison à Exilles dont il était gouverneur, échangé, « vint demander d'être mis à la Bastille pour y être condamné ou justifié. Il y a apparence qu'il ne fit que prévenir ce qui étoit résolu. »
- La Junquière dégradé et prisonnier pour avoir rendu le Port-Mahon
- La Junquière, « qui s'étoit laissé prendre si vilainement au Port-Mahon », fut jugé au conseil de guerre de Toulon : cassé, dégradé des armes, privé de ses pensions et de la croix de Saint-Louis, « envoyé dans un château de Franche-Comté ».
- Mort de Mme de Villetaneuse
- Mort de Mme de Villetaneuse, « vieille bourgeoise fort riche et sans enfants », qui enrichit par ses legs les enfants du duc de Brancas, la duchesse de Luxembourg et la comtesse de Boufflers.
- Mort des deux neveux du maréchal de Boufflers
- Les deux neveux du maréchal de Boufflers : l'aîné « mourut en sortant de l'Académie ; l'autre, fort peu après, se battit en duel si imprudemment que ce combat ne se put pallier, et qu'il lui fallut aller chercher fortune hors du royaume, où il est mort assez tôt après ».
- Mort du président Molé
- Mort du président Molé, « fort mal dans ses affaires » ; le roi, qui « n'avoit jamais oublié les services que lui avoit rendus pendant les troubles de sa minorité le premier président Molé », avait accordé la survivance à son fils fort jeune.
- Mort, fortune et caractère de la maréchale de La Mothe et de son mari
- Mort de la maréchale de La Mothe, le 6 janvier, à quatre-vingt-cinq ans : avec le maréchal de Souvré, Mme de Lansac, elle-même, la duchesse de Ventadour et ses petites-filles, « cinq générations de gouverneurs et gouvernantes des enfants de France, dont trois rois et plusieurs dauphins ». Bombardée gouvernante par les Le Tellier « avant que qui que ce soit sût que [la place] étoit vacante », c'était « la meilleure femme du monde…, avec une taille majestueuse et un visage imposant, et qui avec tout cela n'eut jamais le sens commun et ne sut de sa vie ce qu'elle disoit ». Son mari, maréchal avant trente-huit ans « à force de grandes et de belles actions », calomnié après Lerida, fit quatre ans à Pierre-Encise avant que son innocence fût prouvée.
- Mort de la duchesse d’Holstein ; sa postérité et ses prétentions
- Mort de la duchesse d'Holstein, sœur du roi de Suède, de la petite vérole à Stockholm. Elle laissa « un fils bossu et médiocre sujet », gendre du czar Pierre Ier, dont le fils, appelé par la czarine Élisabeth, est « traité en héritier présomptif de la Russie » — avec des prétentions sur la Suède, le duché d'Holstein et Oldenbourg « qui, si elles avoient toutes lieu, feroient dans le Nord un trop formidable monarque ».
- Mort du prince Georges de Danemark
- Mort du prince Georges de Danemark, époux de la reine Anne : « un très bon homme » qui « vécut paisible à sa cour, et ne se mêla jamais de rien, non pas même depuis que sa femme fut reine », malgré les titres de duc de Cumberland, d'amiral d'Angleterre et de généralissime.
- Voyage oublié du prince royal de Danemark en France, qui pensa perdre Broglio, qui lors commandoit en Languedoc, et est mort maréchal de France
- Voyage oublié du prince royal de Danemark en France : à Montpellier, il « fit l'amoureux d'une dame que Broglio aimoit aussi » ; la jalousie emporta Broglio « à manquer de respect au prince jusqu'à le menacer », et le gouverneur du prince « le menaça de le faire jeter par les fenêtres ». Le roi suspendit Broglio de tout commandement et ordonna à Bâville « de le mener demander pardon en propres termes au prince », qui demanda lui-même son rétablissement — accordé seulement à son départ. À Versailles, grand bal paré, le prince « sans rang, incognito », mais tous les honneurs.
- Projet de la reprise de Lille avorté
- Projet de Lille avorté : pour Mme de Maintenon, être séparée du roi pendant un long siège au profit d'un ministre qui avait osé tout résoudre « à son insu et sans l'y mener » était « un danger si pressant qu'elle crut ne devoir rien épargner pour le rompre ». « Elle profita de tous les moments avec tant d'art, que le projet ne parut plus au roi si aisé, bientôt après difficile, ensuite trop hasardeux et ruineux » : Boufflers eut ordre de tout cesser. Elle vint « à bout de ce qu'elle crut la plus importante affaire de sa vie, avec le mérite d'avoir approuvé d'abord ce qu'elle ne parut détruire que par les plus fortes raisons ».
- Froid extrême et ruineux
- Froid extrême : pris subitement la veille des Rois, « près de deux mois au delà de tout souvenir. En quatre jours la Seine et toutes les autres rivières furent prises, et, ce qu'on n'avoit jamais vu, la mer gela à porter le long des côtes. » Le pire : « il dégela parfaitement sept ou huit jours, et la gelée reprit subitement et aussi rudement », gelant jusqu'aux arbres fruitiers — « ce qui fit une année de famine en tout genre de productions de la terre ».
- Vendôme exclu de servir
- Vendôme exclu : venu à Versailles pour la cérémonie de l'ordre à la Chandeleur, « il y apprit qu'il ne serviroit point, et qu'il ne seroit plus payé de général d'armée. Le camouflet fut violent…, mais il avala la pilule de bonne grâce parce qu'il en craignit de plus amères qu'il sentoit n'avoir que trop méritées. C'est ce qui le rendit pour la première fois de sa vie si endurant. » Il fit vendre ses équipages.
- Deux cent mille livres de brevet de retenue au duc d’Harcourt sur sa charge de Normandie
- Le duc d'Harcourt, à qui le roi refusa l'agrément de vendre sa charge de lieutenant général de Normandie à Le Bailleul pour trois cent mille livres, « se plaignit fort de l'embarras où cela le mettoit, et obtint par là deux cent mille livres de brevet de retenue sur cette charge qu'il garda ».
- Pensions de la duchesse de Ventadour
- La duchesse de Ventadour conserva ses pensions de douze et dix mille livres outre les quarante-huit mille livres d'appointements de gouvernante en titre : « elle eut du roi soixante-dix mille livres de rente ».
- Grâces pécuniaires à Mlle de Mailly
- Mlle de Mailly eut six mille livres de pension et vingt-cinq mille écus sur l'hôtel de ville « en récompense d'un avis que sa mère donna à Desmarets dont le roi tira quelque chose. Cela s'appelle faire des affaires » — surtout avec celles « qui tenoient à Mme de Maintenon de si près ».
- Accidents de La Châtre ; son caractère
- Accidents de La Châtre, « le beau berger », « fort brave, extrêmement glorieux…, mais homme sans nul esprit » : à la comédie, le 17 janvier, « le voilà tout d'un coup à s'imaginer voir les ennemis, à crier, à commander, à mettre l'épée à la main » ; La Vallière l'emmena par ruse. Un premier accès l'avait pris seul avec le prince de Conti, goutteux et cloué sur sa chaise longue : « Les voilà ! à moi ! marche ici ! » — le prince « à mourir de peur…, de son aveu jamais homme ne passa un si mauvais quart d'heure », et il exigea le secret.
- Prié plénipotentiaire, puis ambassadeur de l’empereur à Rome ; sa fortune, son caractère
- Prié à Rome : les Impériaux ravageaient l'État ecclésiastique « à la tartare » et l'empereur ne voulait « que forcer [le pape] à reconnoître l'archiduc comme roi d'Espagne ». Prié, Piémontois « de fort peu de naissance, de beaucoup d'esprit et fort orné », passé au service de Vienne, « demeura froid et tranquille en attendant qu'on vint à lui » ; pressé enfin de parler, « il répondit qu'il n'étoit point venu pour parler, mais seulement pour écouter » — réponse « si dure et en même temps si méprisante ». « L'humiliation étoit extrême, mais le couteau étoit dans la gorge ; il fallut ployer. »
- Embarras et conduite de Tessé à Rome
- Tessé, n'ayant « que des paroles, et point de secours à prêter d'aucune espèce », prit le parti « d'être malade avant l'arrivée de Prié : il se plaignit d'une fistule et s'enferma chez lui ». De son cabinet il écrivit au pape trois lettres « si propres à caractériser ce maréchal » que Saint-Simon les met parmi les Pièces — et Tessé « se complut tellement en ces trois productions de son esprit qu'il les envoya à la cour et à Paris, où il les fit répandre ».
- Mort de Quiros ; sa fortune ; sa défection
- Mort de Quiros aux eaux d'Aix-la-Chapelle « qu'il étoit allé prendre dans la rigueur du mois de janvier » : habile négociateur de toute sa vie, donné à Philippe V puis retourné vers la maison d'Autriche après Ramillies — « cette défection ne lui fit pas honneur », mais telle était la passion des alliés « que la considération de Quiros n'en fut point altérée ».
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