TOME VII · CHAPITRE IV
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Résumé
Mort et caractère du P. de La Chaise, avec le « surprenant aveu du roi » et l'« énorme avis » que le confesseur mourant lui donna. Le P. Tellier confesseur : la manière dont ce choix fut fait, le caractère du personnage — le portrait terrible de l'homme « dur, exact, travailleur » à la tête « qui faisait peur » — et le pronostic de Fagon (« quel sacre ! ») ; avances du P. Tellier vers l'auteur. Morts de Mme d'Heudicourt, du chevalier d'Elbœuf « le Trembleur » — avec la qualité de prince refusée aux Bouillon en 1656 —, du comte de Benavente ; fin et mort de Mme de Soubise, la beauté qui fit une fortune ; entreprise de M. de Soubise.
Les entrées
- Mort et caractère du P. de La Chaise
- Mort du P. de La Chaise le 20 janvier, confesseur du roi « plus de trente-deux ans » : « d'un esprit médiocre, mais d'un bon caractère, juste, droit, sensé, sage, doux et modéré, fort ennemi de la délation, de la violence et des éclats ». Il tint toujours sur sa table le Nouveau Testament du P. Quesnel — « il aimoit le bon et le bien partout où il le rencontroit ». Voulant se retirer vers quatre-vingts ans, il ne put l'obtenir : « les jambes ouvertes, la mémoire éteinte, le jugement affaissé…, rien ne rebuta le roi, et jusqu'à la fin il se fit apporter le cadavre et dépêcha avec lui les affaires accoutumées ».
- Surprenant aveu du roi
- Surprenant aveu : recevant les clefs du cabinet du défunt, le roi le loua de sa bonté, « puis souriant aux pères : Il étoit si bon que je le lui reprochois quelquefois, et il me répondoit : Ce n'est pas moi qui suis bon, mais vous qui êtes dur. Véritablement les pères et tous les auditeurs furent surpris du récit jusqu'à baisser la vue. »
- Énorme avis donné au roi par le P. de La Chaise
- Énorme avis, conté par Maréchal, premier chirurgien : le P. de La Chaise avait conjuré le roi de prendre son successeur « dans sa compagnie », car c'était « une compagnie très étendue composée de bien des sortes de gens et d'esprit dont on ne pouvoit répondre, qu'il ne falloit point mettre au désespoir…, et qu'un mauvais coup étoit bientôt fait et n'étoit pas sans exemple. Maréchal pâlit à ce récit que lui fit le roi. » « Cette considération unique fit rappeler les jésuites par Henri IV… Le roi n'étoit pas supérieur à Henri IV ; il vouloit vivre et vivre en sûreté. »
- P. Tellier confesseur ; manière dont ce choix fut fait
- Choix du P. Tellier : le roi chargea Chevreuse et Beauvilliers de s'informer chez les jésuites ; Mme de Maintenon obtint que l'évêque de Chartres et La Chétardie, curé de Saint-Sulpice — « un homme de bien, mais une espèce d'imbécile » —, fussent admis à conférer. « Les jésuites avoient dressé pour lui toutes leurs batteries, les deux ducs en furent les dupes, et bientôt après l'Église et l'État les victimes. » Le P. Tellier fut nommé le 21 février, un mois après la mort du P. de La Chaise.
- Caractère du P. Tellier
- Caractère du P. Tellier : défenseur du culte de Confucius dont le livre fut mis à l'index, « ardent sur le molinisme », « esprit dur, entêté, appliqué sans relâche…, sa tête et sa santé étoient de fer, sa conduite en étoit aussi, son naturel cruel et farouche…, profondément faux, trompeur, caché sous mille plis et replis ». « C'étoit un homme terrible qui n'alloit à rien moins qu'à destruction… Il ne se proposa jamais rien pour lui-même, il n'avoit ni parents ni amis, il étoit né malfaisant…, et il étoit de la lie du peuple et ne s'en cachoit pas. » « Son extérieur ne promettoit rien moins : il eût fait peur au coin d'un bois. Sa physionomie étoit ténébreuse, fausse, terrible ; les yeux ardents, méchants, extrêmement de travers. »
- Pronostic de Fagon sur le P. Tellier
- Pronostic de Fagon : à la première entrevue, le roi demanda au père s'il était parent de MM. Le Tellier. « Moi, sire, parent de MM. Le Tellier ! je suis bien loin de cela ; je suis un pauvre paysan de basse Normandie, où mon père étoit un fermier. » Fagon, voûté sur son bâton, se tourna vers Bloin : « Monsieur, quel sacré..! » et haussant les épaules se remit sur son bâton. Il se trouva qu'il ne s'étoit pas trompé dans un jugement si étrange d'un confesseur. »
- Avances du P. Tellier vers moi
- Avances vers Saint-Simon : quinze jours après sa nomination, le P. Tellier se fit présenter chez lui par le P. Sanadon, l'accabla de compliments et demanda « la permission de me venir voir quelquefois ». « J'eus beau m'écarter poliment, je fus violé. Il redoubla ses visites, me parla d'affaires, me consulta… Cette liaison forcée, à laquelle je ne répondis que passivement, dura jusqu'à la mort du roi ; elle m'apprit bien des choses. »
- Mort de Mme d’Heudicourt ; son caractère, et de son mari, et de son fils
- Mort de Mme d'Heudicourt, le 24 janvier : « on ne pouvoit avoir plus d'esprit…, ni être plus plaisante, plus amusante… On ne pouvoit aussi être plus gratuitement, plus continuellement, plus désespérément méchante » — « cette mauvaise fée, qui ne savoit que nuire et jamais servir », devant qui « tout fléchissoit le genou ». Mme de Maintenon « la vit mourir » et en fut affligée ; « le monde, aux dépens de qui elle donnoit [du plaisir], y gagna beaucoup, car c'étoit une créature sans âme ». Son mari, « vieux vilain, fort débauché », crachait au lansquenet « derrière lui au nez de qui l'attrapoit » ; son fils, chansonnier exquis, fit sur les Montsoreau une chanson qui fit éclater de rire le grave maréchal de Boufflers à la messe même du roi — et le roi « aux éclats à l'entendre de sa chambre ».
- Mort du chevalier d’Elboeuf ; d’où dit le Trembleur
- Mort du chevalier d'Elboeuf : son père « s'emporta si étrangement contre sa femme qui étoit grosse, qu'il la prit entre ses bras pour la jeter par la fenêtre. La frayeur qu'elle en eut la saisit à tel point, que le fils dont elle accoucha naquit tremblant de tout son corps, et ne cessa de trembler toute sa vie » — d'où le Trembleur. Engagé aux vœux de Malte pour tout céder à son cadet, retiré au Mans, « il n'étoit pas ignorant, avoit de l'esprit et de la politesse, même de la dignité ».
- M. d’Elboeuf ne passe point la qualité de prince aux Bouillon, en son contrat de mariage avec Mlle de Bouillon, en 1656
- En se remariant à Mlle de Bouillon en 1656, M. d'Elboeuf « ne voulut jamais passer la qualité de prince dans le contrat de mariage » aux Bouillon, « parmi tout le lustre dont brilloit alors M. de Turenne ».
- Mort du comte de Benavente
- Mort du comte de Benavente, « de la maison de Pimentel, grand d'Espagne de la première classe, chevalier du Saint-Esprit, et sommelier du corps », à Madrid « dans une grande considération » ; il laissa un fils « savant, obscur, toujours hors de Madrid et fort des jésuites ».
- Sa charge de sommelier du corps donnée au duc d’Albe
- Le roi d'Espagne manda au duc d'Albe, son ambassadeur en France, par courrier exprès, qu'il lui donnait la charge de sommelier du corps, « qui est une des trois grandes… : c'est notre grand chambellan, mais tel qu'il étoit autrefois ».
- Fin et mort de Mme de Soubise
- Fin de Mme de Soubise : « sa beauté lui coûta la vie ». Un régime perpétuel de veau, poulets, salades et eau rougie « pour conserver l'éclat et la fraîcheur de son teint », jamais troussée « de peur de s'échauffer les reins et de se rougir le nez » — et les écrouelles la prirent, elle dont des enfants en étaient morts « malgré le miracle qu'on prétend attaché à l'attouchement de nos rois ». Deux ans « à pourrir sur les meubles les plus précieux » de l'hôtel de Guise, toujours occupée de crédit ; elle échoua pourtant à faire son fils duc et pair — « il n'y avoit de solide que la dignité de duc et pair », disait-elle. Elle mourut le 3 février à soixante et un ans, « laissant la maison de la cour la plus riche et la plus grandement établie, ouvrage dû tout entier à sa beauté et à l'usage qu'elle en avoit su tirer. Elle fut peu regrettée dans sa famille. »
- Entreprise de M. de Soubise rendue vaine
- Entreprise de M. de Soubise : « la douleur ne l'empêcha pas de chercher à tirer parti de la mort de sa femme » — la faire porter droit à la Merci sans passer par la paroisse, « distinction qui n'est que pour les princes et les princesses du sang ». Il « embabouina le curé, qui ne se douta jamais de la cause réelle » ; le cardinal de Noailles « gronda le curé, et ce fut tout », mais le monde « mit incontinent le doigt sur la lettre » : à sa propre mort en 1712, M. de Soubise « fut porté à sa paroisse et de là à la Merci » — bagatelle qui montre « par quels artifices les rangs et les distinctions de ce qu'on appelle princes étrangers se sont peu à peu formés ».
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