TOME I · CHAPITRE XXVI

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Résumé

1697, chronique de robe et de cour : morts de Bignon et de son frère (Vertamont prend la place), prétention gagnée de Caumartin sur sa date d'intendant, La Reynie cède la police à d'Argenson — le futur grand lieutenant —, mort de Pussort, doyen du conseil, sa place à Pomereu. Combat à Paris entre le bailli d'Auvergne et le chevalier de Caylus, Mlle de Soissons exilée. Ruvigny et ses fils réfugiés en Angleterre : Harlay, premier président, s'approprie le dépôt confié par son ami, en tire pour son fils le conseil d'État et vingt mille livres de pension. La duchesse de Valentinois, brouillée puis retournée avec son mari, et son « horrible calomnie » ; Mme de L'Aigle.

Les entrées

1697. Mort de Bignon, conseiller d’État, et de son frère, premier président du grand conseil, dont Vertamont, son gendre, a la place
1697 s'ouvre par un deuil personnel : M. Bignon, conseiller d'État, « si ami de mon père qu'il voulut bien être mon tuteur, quoique sans aucune parenté » — « un magistrat de l'ancienne roche, pour le savoir, l'intégrité, la vertu, la modestie… qui avoit, à quatre-vingts ans, la tête aussi bonne qu'à quarante. Je le regrettai beaucoup, et je ne faisois rien dans mes affaires qu'avec son conseil. » Son frère, premier président du grand conseil, le suit huit jours après ; Vertamont, son gendre, a la charge.
Caumartin, conseiller d’État, gagne sa prétention de sa date d’intendant des finances sur les conseillers d’État postérieurs
Sa place au conseil des parties va à Caumartin, parent et bras droit de Pontchartrain aux finances : « il savoit tout, en histoire, en généalogies, en anecdotes de cour… jusqu'à en citer les pages sur-le-champ » — mais gâté : « il portoit sous son manteau toute la fatuité que le maréchal de Villeroy étaloit sous son baudrier. » Devenu conseiller d'État, il prétend précéder les conseillers postérieurs à sa date d'intendant des finances : l'affaire, portée devant le roi, tombe directement sur Phélypeaux, frère de Pontchartrain — et « la cause financière de Caumartin l'emporta dans l'esprit de Pontchartrain », qui lui fait gagner son procès.
La Reynie, conseiller d’État et lieutenant de police, quitte cette dernière place à d’Argenson
La Reynie, « si connu pour avoir tiré, le premier, la charge de lieutenant de police de Paris de son bas état naturel, pour en faire une sorte de ministère », obtient à quatre-vingts ans de quitter : « dans une place qu'il avoit pour ainsi dire créée, [et qui] devoit s'attirer la haine publique, [il] s'acquit pourtant l'estime universelle » — équité, modestie, désintéressement. D'Argenson le remplace.
Mort de Pussort, doyen du conseil et conseiller au conseil royal des finances
Mort de Pussort, doyen du conseil, oncle maternel de Colbert et « dictateur de toute cette famille si unie » : « fort riche et fort avare, chagrin, difficile, glorieux, avec une mine de chat fâché qui annonçoit tout ce qu'il étoit » — mais « beaucoup de probité, une grande capacité, beaucoup de lumières, extrêmement laborieux ». « Un fagot d'épines, sans amusement et sans délassement aucun… et qui fut fort peu regretté. »
Cette dernière place donnée à Pomereu au refus de Courtin, doyen du conseil
Courtin, devenu doyen, refuse la place du conseil royal des finances par le même esprit de retraite ; elle va à Pomereu, « conseiller d'État fort distingué en capacité, en lumière et en esprit… mais brusque, plus que vif, capricieux, et que sa femme et ses domestiques ne laissoient pas toujours voir, même à ses amis les plus intimes » — premier intendant envoyé en Bretagne avec cette qualité.
Combat à Paris du bailli d’Auvergne et du chevalier de Caylus ; Mlle de Soissons exilée
Le combat du bailli d'Auvergne et du chevalier de Caylus, « pour du cabaret et des gueuses » : le fils du comte d'Auvergne « courut, éperdu, par les rues, l'épée à la main dont il s'étoit très-misérablement servi » — « un misérable, fort déshonoré » que sa famille laissa déshériter, pendu en effigie à la Grève, le parlement procédant « comme pour le plus obscur gentilhomme » malgré les Bouillon. Caylus, « qui étoit fort jeune et qui s'étoit bien battu », se sauve hors du royaume — « cet exil fit depuis la fortune de Caylus ». Mlle de Soissons, mêlée à l'affaire, est chassée de Paris.
Ruvigny et ses fils
Ruvigny et ses fils : le vieux Ruvigny, député des huguenots à la cour, « qui savoit allier la droiture avec la finesse de vues », si sûr « qu'il avoit les secrets et les dépôts des personnes les plus distinguées » ; le roi lui offrit, comme au seul maréchal de Schomberg, de rester en France avec la liberté secrète de sa religion — il refusa et passa en Angleterre. Son aîné, fait comte de Galloway par le prince d'Orange, « se distingua en haine contre le roi et contre la France, quoique le seul huguenot qu'on y laissoit jouir de son bien » : le roi finit par confisquer.
Harlay, premier président, s’approprie un dépôt à lui confié par son ami Ruvigny, fait son fils conseiller d’État et obtient vingt mille livres de pension
La perfidie d'Harlay : dépositaire d'un bien confié par son ami Ruvigny, il le garde fidèlement « tant qu'il n'en put pas abuser » ; à l'éclat de la confiscation, il révèle « humblement sa peine » au roi — « et que, pour récompense, le roi le lui donna comme sien confisqué, et que cet hypocrite de justice, de vertu, de désintéressement et de rigorisme, n'eut pas honte de se l'approprier ». Le roi en sut si bon gré au premier président qu'il fit son fils conseiller d'État à la place de Pussort et le combla d'une pension de vingt mille livres, « qui est celle des ministres ». « Ainsi les forfaits sont récompensés en ce monde ; mais la satisfaction n'en dure pas longtemps. »
Duchesse de Valentinois brouillée et retournée avec son mari
La duchesse de Valentinois — « charmante, galante à l'avenant, et sans esprit ni conduite » — emmenée en pénitence à Monaco par un mari surnommé Goliath « qui ne se sentoit pas le plus fort », obtient son retour au bout de deux ans, et pour ne jamais y retourner « fit un éclat épouvantable contre son beau-père, qu'elle accusa non seulement de lui en avoir conté, mais de l'avoir voulu forcer ».
Son horrible calomnie
L'horrible calomnie ne persuade personne : M. de Monaco « étoit fort honnête homme et avoit toujours passé pour tel ; d'ailleurs il avoit deux gros yeux d'aveugle… avec un gros ventre en pointe, qui faisoit peur tant il avançoit en saillie ». Quelques années après, père et fils s'avisent « qu'ils n'avoient point d'enfants, et que Mme de Valentinois, nageant dans les plaisirs de la cour, jouissoit seule de son crime » : ils la redemandent ; les dévots s'en mêlent, l'archevêque parle à Mme d'Armagnac, et le 27 janvier la fugitive est ramenée chez son mari — « y soupa et y coucha, et qui pis fut, y demeura ».
Mme de L’Aigle, dame d’honneur de Mme la duchesse
Chez Mme la Duchesse, Mme de Moreuil demande soudain sa retraite « sans qu'on pût savoir pourquoi » — « la pauvre femme cachoit un cancer dont elle mourut quelque temps après ». Mme de L'Aigle la remplace : « femme de beaucoup d'esprit et de monde », fille d'amis du père de Saint-Simon, mariée à six lieues de la Ferté — « les affaires de M. de L'Aigle étoient très-mauvaises ; elle se mit là faute de mieux chez elle ».
Briord, ambassadeur à Turin, quoiqu’à M. le Prince
Briord, premier écuyer de M. le Prince, choisi pour l'ambassade de Turin sur la proposition de Torcy : « le sujet étoit bon, mais le monde fut surpris du lieu où on avoit été chercher un ambassadeur, et je le remarque comme une chose singulière, et tout à fait nouvelle. »
Mariage du fils de Pontchartrain avec une sœur du comte de Roucy, après que le roi lui eut défendu celui de Mlle de Malause
Le mariage manqué : Pontchartrain, cherchant à marier son fils — revenu de sa tournée des ports « peu instruit, mais beaucoup plus gâté qu'auparavant » —, jette son dévolu sur Mlle de Malause et demande l'agrément. Le roi lui conseille « de penser à autre chose », puis, pressé, « lui dit franchement que cette fille portoit les armes de Bourbon qui le choqueroient accolées avec les siennes ». « La mortification fut grande » ; et le roi, « si secret toujours, ne jugea pas à propos de l'être dans cette occasion » : il en parla aux maréchaux, à Bouillon, et ce que Pontchartrain cachait fut su.
Élévation des ministres
L'occasion d'un excursus sur l'élévation des ministres : « peu à peu ils s'étoient mis de ce règne au niveau de tout le monde » — l'habit et les manières des gens de qualité, leurs femmes admises à manger et aux carrosses par Mme Colbert puis par Mme de Louvois, « et à la fin celles des contrôleurs généraux » — supériorité « et des distinctions étranges sur tout ce qui n'étoit point titré », qui rendit le refus royal « bien amer et bien nouveau ».
Malause
Malause : généalogie complète de cette « sixième et dernière génération » de Charles, bâtard du duc Jean II de Bourbon, connétable de France — en passant, la régente Mme de Beaujeu, le connétable de Bourbon tué devant Rome, l'amiral bâtard de Roussillon. Ces bâtards de Bourbon avaient peu à peu effacé toutes leurs marques de bâtardise « tellement qu'il n'y a plus aucune différence entre les armes des légitimes et des bâtards ; et c'est ce qui choquoit si fort le roi qu'il ne voulut pas voir, disoit-il, à la chaise à porteurs de la nouvelle mariée, les armes de Bourbon accolées à celles de Phélypeaux ».
Roucy-Roye-La Rochefoucauld
Le mariage de consolation : une nièce des mêmes maréchaux, mais « fille de leur sœur, et de la maison de La Rochefoucauld » — sœur des comtes de Roucy et de Blansac, élevée à Notre-Dame de Soissons. « On compta que la fille n'avoit rien et n'auroit jamais grand-chose ; ce fut ce qui y détermina, et ce qui, joint au solide du ministère, apprivoisa la roguerie de M. de La Rochefoucauld. » Mariage à minuit dans la chapelle de Versailles ; le roi ajoute six mille livres de pension et donne cinquante mille écus à Pontchartrain, « qui fit appeler son fils le comte de Maurepas ».
Aventure qui fait passer le comte et la comtesse de Roye de Danemark en Angleterre
L'aventure de Mme Panache : au dîner du roi de Danemark, la comtesse de Roye demande à sa fille « si elle ne trouvoit pas que la reine ressembloit à Mme Panache comme deux gouttes d'eau ». La reine entend, s'inquiète, écrit à son envoyé à Paris — qui décrit fidèlement « une petite et fort vieille créature avec des lippes et des yeux éraillés… une espèce de gueuse » que la cour se divertit à mettre en furie, les poches pleines de viande « dont la sauce découloit tout du long de ses jupes ». La reine, outrée, obtient le renvoi du grand maréchal comblé d'honneurs : les Roye passent à Hambourg, puis en Angleterre où le roi Jacques le fait comte de Lifford — voilà comment un bon mot a défait un établissement.
Mariage du comte d’Egmont avec Mlle de Cosnac, à qui le roi donne un tabouret de grâce
Le comte d'Egmont, « dernier de cette grande et illustre maison », passé au service de France, épouse Mlle de Cosnac, nièce de l'archevêque d'Aix, élevée chez la duchesse de Bracciano ; le roi, « par grâce, voulut bien lui donner le tabouret, les grands d'Espagne, dont le comte d'Egmont étoit des premiers du temps de Charles V, n'ayant point de rang en France ».

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