TOME V · CHAPITRE X
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Résumé
Le chapitre de Ramillies : les électeurs de Cologne et de Bavière au ban de l'empire ; le siège de Turin résolu et La Feuillade « singulièrement confirmé » à le faire ; Villeroy part avec ordre de combattre dès que Marsin l'aura joint — mais, par pique, n'attend pas et choisit mal son terrain. Dispositions, bataille, déroute : la Flandre s'effondre en un jour. Course de Chamillart en Flandre pour recoller les morceaux ; « bonté du roi pour Villeroy excessive » et « folie plus excessive » du maréchal ; Villeroy rappelé, Vendôme choisi à sa place ; le duc d'Orléans envoyé en Italie ; disgrâce du maréchal de Villeroy.
Les entrées
- Électeurs de Cologne et de Bavière au ban de l’empire
- Début mai, « l'empereur mit enfin les électeurs de Cologne et de Bavière au ban de l'empire avec autant de solennité que de violence et d'injustice, pour une guerre qui ne regardoit uniquement que la maison d'Autriche, et point du tout l'empire ». L'Allemagne « subjuguée depuis Charles-Quint » n'osa rien ; ce ban « porta un grand coup pour l'autorité de l'empereur, et pour l'embarras de sortir ces princes d'affaires à la paix » — pendant que les mécontents hongrois brûlaient la maison de plaisance impériale à deux lieues de Vienne.
- Siège de Turin résolu, et La Feuillade, singulièrement confirmé à le faire, arrive devant la place
- Le siège de Turin est résolu. Vauban, l'homme qui avait fortifié la place, propose son projet d'attaque et offre de se charger du siège « pourvu qu'il y fût le maître », avouant avec franchise « qu'il ne s'entendoit point à la guerre de campagne ». Ce qu'il demande dépasse ce qu'on peut fournir ; il avertit fermement le roi « que Turin ne se prendroit pas à moins » — et, chose incroyable, « sur ce refus de Vauban, la commission en fut sur-le-champ donnée ou plutôt confirmée à La Feuillade. Quel parallèle entre ces deux hommes !… Peut-on s'empêcher de reconnoître que, lorsque Dieu veut châtier, il commence par aveugler ? » La Feuillade arrive devant Turin le 13 mai, avec pour premier ingénieur Tardif : « cette forte besogne roula tout entière sur deux novices fort ignorants, et par cela même fort entêtés ».
- Villeroy part avec ordre de combattre, non avant, mais dès que Marsin l’aura joint
- Le roi, qui « commençoit à sentir le poids de la guerre » mais « vouloit donner la paix et non la recevoir », presse Villeroy d'ouvrir la campagne par une bataille — mais ordonne d'attendre la jonction de Marsin, qui amène dix-huit bataillons et quarante escadrons : « cette défense fut réitérée au maréchal de Villeroy par quatre courriers de suite coup sur coup ». Saint-Simon certifie avoir vu chez Chamillart « les lettres originales du roi et de lui au maréchal, et les réponses ».
- Pique de Villeroy, qui n’attend point Marsin et choisit mal son terrain
- « Le génie court et superbe de Villeroy se piqua de ces ordres si réitérés. Il se figura que le roi doutoit de son courage » et voulut tout hasarder seul, sans partager l'honneur « non seulement avec Marsin…, mais avec l'électeur même », laissé à Bruxelles dans l'ignorance. Le 24 mai, jour de la Pentecôte, il se poste « dans un terrain où feu M. de Luxembourg n'avoit jamais voulu s'exposer à combattre ». M. le duc d'Orléans « prédit à qui le voulut entendre qu'il y seroit battu s'il y tentoit ou y souffroit une action… Il ne fut que trop bon prophète. »
- Dispositions de Villeroy
- Dispositions de Ramillies : la maison du roi entre Taviers et Ramillies, La Mothe dans Taviers avec six bataillons, vingt-quatre canons dans Ramillies, l'aile gauche « devant un marais très difficile » qui allait la rendre inutile. « Comme il achevoit ses dispositions, l'électeur à peine averti arriva au grand galop de Bruxelles. Il avoit grand lieu de se plaindre… mais il n'étoit pas temps » — il se prêta à tout « sans humeur et de bonne grâce ».
- Bataille de Ramillies
- Bataille de Ramillies : les ennemis prennent Taviers, font couler toute leur cavalerie derrière leur gauche face à notre droite, « tandis que toute la moitié de la nôtre demeura inutile », le nez dans le marais, sans jamais recevoir d'ordre. Les escadrons rouges de la maison du roi percent trois lignes, mais sont pris « par devant et par derrière » ; Ramillies emporté avec tout notre canon ; le duc de Guiche à la tête des gardes « s'y défendit quatre heures durant, et y fit des prodiges » ; la seconde ligne bavaroise et wallonne « refusa tout net » de soutenir la première. « L'électeur se porta partout avec une grande valeur. Le maréchal de Villeroy couroit éperdu. » La retraite s'engorge au défilé de Judoigne où tout est pris ; Bruxelles, Anvers, Malines, Louvain prêtent serment à l'archiduc. « Une action qui eut de si grandes et de si rapides suites ne coûta pas quatre mille hommes. »
- Course de Chamillart en Flandre
- À Versailles, « jamais on ne vit un tel trouble ni une pareille consternation » : six jours sans courrier, « les jours sembloient des années », le roi « réduit à demander des nouvelles aux uns et aux autres ». Il envoie Chamillart en Flandre : le ministre des finances et de la guerre disparaît en chaise de poste le dimanche 30 mai, « disant qu'il s'en alloit à l'Étang ». Il voit l'électeur trois heures tête à tête, consulte les officiers, revient le 4 juin. On sut alors qu'au conseil de guerre, contre l'avis de l'électeur et de La Mothe, Villeroy avait fait abandonner Gand : « à l'exception de Namur, Mons et fort peu d'autres places, tous les Pays-Bas espagnols furent perdus, et une partie des nôtres même. Jamais rapidité ne fut comparable à celle-là. Les ennemis en furent aussi étonnés que nous. »
- Bonté du roi pour Villeroy excessive
- « Bonté du roi pour Villeroy excessive » : comprenant enfin « qu'il étoit temps que la faveur cédât à la fortune » — « un général d'armée de l'empereur en eût bien sûrement perdu la tête » —, le roi lui écrit de sa main « qu'il étoit trop malheureux à la guerre », lui demandant « comme à son ami » de mander sa démission, promettant que tout paraîtrait venir du maréchal lui-même et « qu'il le verroit auprès de lui avec plus d'amitié que jamais ». Saint-Simon a vu les minutes de ces lettres « toutes plus pressantes et plus tendres les unes que les autres ».
- Folie plus excessive du Villeroy
- « Folie plus excessive du Villeroy » : aveuglé par cette faveur, « il crut se maintenir en tenant ferme ». Il répond « qu'il n'étoit point faux, qu'il n'étoit ni blessé ni malade, qu'il étoit malheureux, mais qu'il croyoit n'avoir point failli », refusant de « se déshonorer en se déclarant soi-même incapable ». Le roi « redoubla, tripla, quadrupla toujours en même style » ; la dernière réponse du maréchal fut arrogante : le roi pouvait tout, « mais qu'il n'attendît pas de lui qu'il en fût jamais de moitié ». « À cette dernière, le roi se piqua et perdit patience. »
- Villeroy rappelé ; Vendôme choisi à sa place
- Pendant cette négociation, le roi propose à Vendôme le commandement de Flandre : « il lui étoit fatal de réparer les malheurs du maréchal de Villeroy ». Vendôme, réduit à la défensive en Italie depuis l'arrivée du prince Eugène et « fort embarrassé » de Turin, « regarda comme une délivrance la proposition » : il quittait l'Italie avec « une réputation non entamée », se tirait « de la presse du beau-père et du gendre », et sut donner « comme un sacrifice ce qu'il considéroit comme son salut, dont le roi lui sut le plus grand gré du monde ». Les ennemis prirent Ostende et Nieuport « fort promptement ; sur quoi le maréchal de Vauban fut envoyé à Dunkerque commander à tout ce côté-là de la Flandre maritime ».
- M. le duc d’Orléans en Italie
- Pour l'Italie, Chamillart, sentant « ce que pouvoit la présence d'un prince du sang dans une armée de François », propose d'abord le prince de Conti — opposition insurmontable du roi, « à qui il avoit peut-être encore moins pardonné son mérite et l'amour et l'estime universelle, par jalousie pour M. du Maine ». Ce fut donc M. le duc d'Orléans, « dont le rang et l'aînesse ôtoient aux princes du sang tout sujet de se plaindre ». Le mardi 22 juin à Marly, le roi le retient seul un gros quart d'heure après le bonsoir : « la rumeur fut tout à coup grande dans le salon » — le duc d'Orléans commanderait l'armée d'Italie, Vendôme celle de Flandre, Villeroy étant rappelé.
- Disgrâce du maréchal de Villeroy
- Le soir même, le roi « eut la bonté de dire qu'il lui avoit si instamment demandé son retour, qu'il n'avoit pu le lui refuser. C'étoit une dernière planche que le reste de son amitié lui tendoit encore après le naufrage. Il eut la folie de la repousser. C'est ce qui enfin fit sa disgrâce » — que Saint-Simon renvoie à plus tard, « pour ne pas interrompre des choses plus intéressantes ».
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