TOME VI · CHAPITRE IV

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Résumé

Campagne de 1707 : « paresse dangereuse » de Vendôme en Flandre ; belle campagne du Rhin, pillages et audace de Villars jusqu'aux lignes de Stollhofen ; Ragotzi proclamé ; l'empereur humilié par Charles XII qui passe en Russie ; succès en mer, tempête fatale en Hollande, ravages de la Loire. Puis l'expédition du duc de Savoie en Provence contre Toulon : la conduite de l'évêque de Fréjus — et la « digression curieuse » sur ce prélat « devenu cardinal et maître du royaume » : Fleury en germe ; mesures de défense, retraite de M. de Savoie.

Les entrées

Campagne de Flandre
Campagne de Flandre nulle : pendant que Marlborough visitait les électeurs, « le duc de Vendôme étoit à Mons qui prenoit du lait ». En apparence sous l'électeur de Bavière, « mais en effet à peine sous le roi même », il « couloit les jours sur sa chaise percée, au jeu, à table…, laissant à l'électeur la permission de jouer le plus gros jeu, et à Puységur tout le faix de l'armée ». Marlborough, qui attendait tout de l'entreprise de Toulon, « ne jugea pas à propos de rien risquer en Flandre » ; Vendôme, que la fin de la campagne ennuyait, sépara son armée huit jours avant les ennemis — « mais tout étoit bon de M. de Vendôme, tout permis ».
Paresse dangereuse de Vendôme
Sa paresse pensa coûter cher : l'armée ennemie sur les bras, Puységur ne put entrer — « ses valets avoient défense de laisser entrer pour quelque chose que ce fût » ; l'électeur força les portes, l'éveilla : « Vendôme l'écouta en bâillant, et pour toute réponse lui dit que cela étoit le mieux du monde, mais qu'il falloit qu'il dormît encore deux heures, et tout de suite se tourna de l'autre côté. » Puységur « prit sur soi de faire sonner boute-selle » ; l'arrière-garde fut harcelée, « et toute l'armée se fut mal tirée d'une si profonde négligence, si le bonheur n'eût voulu que cette tête des ennemis se fût perdue la nuit…, très malhabilement menée par ce déserteur de prince d'Auvergne ».
Belle campagne du Rhin
Belle campagne du Rhin : Villars marche aux lignes de Bühl et de Stollhofen — « il n'y trouva personne. Tout avoit fui à son approche. Leurs tentes étoient demeurées tendues » (23 mai). Il prend Heidelberg, Mannheim, tout le Palatinat, pénètre en Franconie, se fait rendre par Ulm huit cents prisonniers d'Hochstedt, trente-cinq canons « et grande abondance de vivres et de munitions ».
Pillages et audace de Villars
Pillages et audace de Villars : « outre les sommes immenses tirées du Palatinat et des pays de Bade et de Würtemberg », il poussa ses détachements des deux côtés du Danube et « en eut des trésors par delà toute espérance ». Effronterie superbe : il manda au roi « qu'il avoit fait en sorte que son armée ne lui coûteroit rien de toute la campagne, mais qu'il espéroit qu'elle aidât à le défaire d'une petite montagne qui lui déplaisoit à Villars. Un autre que lui auroit été déshonoré d'une part, perdu de l'autre. » Malgré la surprise de Mercy sur Vivans près d'Offenbourg, il repassa le Rhin « avec son armée et son immense butin » — « une assez belle campagne, si le gain sordide et prodigieux du général ne l'avoit souillée ».
Ragotzi proclamé prince de Transylvanie
« Au commencement de l'été, Ragotzi avoit été proclamé prince de Transylvanie, et avoit fait en cette qualité une magnifique entrée dans la capitale » ; aux nouvelles propositions d'accommodement de l'empereur, il répondit « que les Hongrois avoient déclaré leur trône vacant et qu'il ne pouvoit plus traiter avec l'empereur ».
L’empereur humilié par le roi de Suède, qui passe en Russie
L'empereur humilié par le roi de Suède : son envoyé Strahlenheim exigeait la restitution des églises de Silésie et des Moscovites réfugiés ; le grand chambellan Zabor lui refusa le salut. Le roi de Suède « éclata » : la cour de Vienne, craignant « qu'il ne se jetât ouvertement à la France », céda tout — audience, restitutions promises, « et le comte de Zabor destitué, arrêté et envoyé en Saxe au roi de Suède, sans stipulation, pour faire de lui tout ce qu'il lui plairoit ». Mais dès que le Suédois partit « pour sa malheureuse expédition de Moscovie…, l'empereur ne le craignit plus, et les restitutions ne furent jamais faites » ; et Zabor, plus tard à Breslau, se battit avec Strahlenheim — « on a prétendu que Zabor assassina Strahlenheim ».
Expéditions heureuses à la mer
Expéditions heureuses à la mer : Forbin prend sur les côtes d'Angleterre deux vaisseaux de guerre et dix-huit marchands « après quatre heures de combat », puis dix-sept Hollandais à l'embouchure de la Dwina — « il en prit ou coula à fond plus de cinquante pendant cette campagne », plus trois gros vaisseaux de guerre anglais menés à Brest. Et les Anglais de Nouvelle-Angleterre, ayant attaqué l'Acadie « douze jours durant sans succès, furent obligés à se retirer avec beaucoup de perte ».
Tempête fatale en Hollande
« L'année marine finit par une tempête terrible sur les côtes de Hollande, qui fit périr beaucoup de vaisseaux au Texel, et submergea beaucoup de pays et de villages. »
Ravages de la Loire et leur cause
« La France eut aussi sa part du fléau des eaux » : la Loire déborda « d'une manière jusqu'alors inouïe…, et fit pour plus de huit millions de dommages. C'est une obligation de plus qu'on eut à M. de La Feuillade » : la nature avait posé des rochers au-dessus de Roanne qui empêchaient la navigation jusqu'à sa terre ; son père avait voulu les faire sauter, tout le val de Loire s'y était opposé et l'avait emporté ; « son fils, par Chamillart son beau-père, eut plus de crédit. Sans écouter personne, on fit sauter les rochers…, et les inondations qu'ils arrêtoient se sont débordées depuis avec une perte immense. »
Expédition du duc de Savoie en Provence et à Toulon
L'inaction ennemie s'explique à la mi-juillet : le prince Eugène entre dans le comté de Nice avec le duc de Savoie, la flotte de quarante vaisseaux débarque l'artillerie, et « le duc de Marlborough ne cacha plus la cause de son inaction » : il attendait le succès de l'entreprise sur Toulon, « devant entraîner les plus grandes suites ». Vieux projet du duc de Savoie, qui dit aux chefs de la flotte « qu'il y avoit quatorze ans qu'il les avoit attendus au même lieu ».
Conduite de l’évêque de Fréjus avec le duc de Savoie
Conduite de l'évêque de Fréjus : recevant le duc de Savoie dans sa ville épiscopale, « le pauvre homme, également fait pour tromper et pour être trompé, prit ses habits pontificaux, présenta l'eau bénite et l'encens à la porte de sa cathédrale à M. de Savoie, et y entonna le Te Deum pour l'occupation de Fréjus ». Le roi entra dans une telle colère « que Torcy, ami intime du prélat, eut toutes les peines imaginables de le détourner d'éclater » — et Fréjus pardonna moins encore à Torcy sa franchise que sa faute. « Tout cela dévoua l'évêque au prince » de Savoie.
Digression curieuse sur ce prélat, devenu cardinal et maître du royaume
Digression fameuse sur ce prélat « devenu cardinal et maître du royaume » (Fleury) : premier ministre, il consulta deux ans le duc de Savoie sur toutes les affaires — « c'est son grand-père…, qui pourrois-je consulter plus utilement en Europe ? » — jusqu'à découvrir « qu'il en abusoit et qu'il le trompoit cruellement ». Dupé de même par les Walpole — « savez-vous qu'Horace me montre toutes ses dépêches, que je lui dicte les siennes ? » —, qui « se moquèrent de lui en plein parlement » en 1733 ; par l'empereur, dont les lettres autographes le transportèrent de joie — « il n'avoit peut-être jamais su le manège pareil de Charles-Quint avec le cardinal Wolsey » — jusqu'à la chaîne d'or donnée publiquement à son valet Barjac ; par Vanhoey enfin pour la Hollande. Saint-Simon, l'ayant averti en vain, lui remontra du moins le péril d'un empereur duc de Lorraine : silence rêveur, et « un mois après, je sus qu'on nous cédoit la Lorraine en plein et pour toujours ; j'avoue que je crus en être cause ».
Mesures pour la défense de Toulon et de la Provence
Défense de Toulon : Tessé accourt du Dauphiné avec vingt-neuf bataillons ; on élève à force le grand retranchement de Sainte-Catherine « à la faveur des précipices » ; la marine « fit merveilles de la main et de la tête », boucha le port et coula dix-sept vaisseaux. Salut inespéré : à Nice, le duc de Savoie exigea son million promis avant de bouger — « cette journée de retardement fut le salut de Toulon, et on peut dire de la France » : vingt et un bataillons entrèrent à temps. Le 13 août, le roi déclara que le duc de Bourgogne irait en Provence « pour en chasser le duc de Savoie », Berwick mandé d'Espagne. Le 15 août, Tessé emporta en trois quarts d'heure les retranchements ennemis, « leur en tuèrent quatorze cents » pour quatre-vingts hommes.
Retraite de M. de Savoie de Provence
Retraite de M. de Savoie « la nuit du 22 au 23 août » : maladie, désertion et disette avaient fondu son armée ; il repassa le Var en faisant lui-même l'arrière-garde et rompre les ponts. « Les paysans assommèrent tout ce qu'ils trouvèrent de traîneurs et de maraudeurs » — ces mêmes Provençaux qui avaient refusé « argent, vivres, milices », disant « qu'il ne leur importoit à qui ils fussent ». Le duc avait tenu parole un mois de ne rien piller ; « mais Fréjus pourtant fut bel et bien pillé, malgré tous les bons traitements faits à l'évêque, à qui tout ce qu'il avoit fut soigneusement conservé : il falloit bien le payer de son Te Deum. »

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