TOME XV · CHAPITRE IV

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Résumé

Albéroni méprise la détention de Molinez ; ses réflexions sur l'Europe ; son dégoût de Beretti, dont la conduite et les inquiétudes sont analysées. Les sentiments partagés sur l'empereur en Angleterre et le « manège intérieur de cette cour » ; même diversité sur l'union du Régent et de George Ier ; l'empressement anglais à unir le Régent avec l'empereur « et y faire entrer l'Espagne » ; Saint-Saphorin employé à Vienne — quel il est, son avis sur les traités ; le roi de Prusse « suspect à Vienne et à Londres », son caractère et sa conduite.

Les entrées

Mépris d’Albéroni pour la détention de Molinez
L'accommodement Rome-Madrid signé et porté au duc de Parme le 17 juin, « Albéroni s'inquiétoit peu de la prison de Molinez. Il l'accusoit d'imprudence d'avoir passé par Milan, et il disoit qu'il n'y auroit pas grand mal quand il n'arriveroit jamais en Espagne. »
Ses réflexions sur la situation de l’Europe
Ses réflexions sur l'Europe : « il n'étoit point alarmé de la trouver pleine de semences de troubles ; il mettoit le point de sagesse à savoir en profiter quand ils arriveroient. L'affaire des bâtards et celle de la constitution étoient sur la France la matière de ses réflexions. » Son dessein : fortifier l'Espagne par des alliances avec l'Angleterre et la Hollande — mais sans empressement envers les Anglais, « jugeant que les Anglois ayant un intérêt capital d'assurer leur commerce avec l'Espagne, ils feroient les premières avances ».
Son dégoût de Beretti
Son dégoût de Beretti : « il se repentoit de l'avoir choisi pour l'ambassade de Hollande..., un homme vain, ardent, d'une vivacité dangereuse, difficile à corriger, injuste en ses demandes, importun pour les obtenir » ; il lui déclara franchement « que le roi d'Espagne se passeroit très bien d'entretenir à grands frais un ambassadeur en Hollande, et qu'il suffiroit à son service d'avoir un bon espion à la Haye ».
Conduite et pensée de cet ambassadeur
Beretti n'en vantait que plus ses services « d'avoir ouvert les yeux aux principaux de la république sur le danger des desseins et de la grandeur de l'empereur » ; il tenait Stanhope pour personnellement attaché à l'empereur, Cadogan de même, « et bien plus encore Bernsdorff et Bothmar, ministres hanovriens du roi d'Angleterre ».
Inquiétude et avis de Beretti
Son inquiétude : peu rassuré par Chateauneuf, alarmé que Dubois et lui dussent traiter l'accommodement en Hollande, « il craignoit, ou en faisoit le semblant, que le roi d'Espagne ne fût trahi de tous côtés » ; il pressait Madrid d'instructions, assurait que les Impériaux offraient la Toscane aux enfants de la reine, et que si l'empereur usait de mauvaise foi, « la France, l'Angleterre et la Hollande prendroient ensemble les mesures nécessaires pour le contraindre par la force ».
Différents sentiments sur l’empereur en Angleterre
Les sentiments anglais sur l'empereur : George « ménageoit avec soin les bonnes grâces de l'empereur, auquel ses ministres allemands étoient dévoués » pour conserver Brême et Verden, « dont il n'avoit d'autre titre que de les avoir achetés du Danemark après qu'il s'en étoit emparé. Les Anglois pensoient différemment. Ils auroient mieux aimé que leur roi fût moins puissant au dehors de leurs îles. »
Manège intérieur de cette cour
Le manège intérieur : George avait donné les sceaux de secrétaire d'État à Sunderland « à condition qu'il le serviroit dans cette affaire » de Brême et Verden ; mais ce comte, « petit-fils de celui qui... avoit si cruellement abusé de la confiance de Jacques II », soutint dès son retour « qu'il étoit de l'intérêt de la nation de presser la restitution de ces deux duchés, pour obtenir plus promptement par là le rétablissement du commerce avec la Suède ».
Même diversité de sentiments sur l’union établie entre le régent et le roi d’Angleterre
Même diversité sur l'union franco-anglaise : le poids du régent en Hollande et en Angleterre « faisoit faire de grandes réflexions aux ministres d'Espagne... Les Anglois même en étoient peinés. Ils disoient librement que l'Angleterre n'avoit jamais été si malheureuse que dans les temps où elle s'étoit trouvée unie avec la France. »
Empressement et offres des ministres d’Angleterre au régent pour l’unir avec l’empereur et y faire entrer l’Espagne
Les offres des ministres anglais : faire entrer l'empereur dans l'alliance, en pressant le régent « d'y concourir pour ses propres intérêts » ; si l'Espagne refusait, « l'empereur et le roi d'Angleterre prendroient avec Son Altesse Royale les mesures nécessaires pour lui garantir ses droits sur la couronne en cas d'ouverture de la succession », avec clause laissant le roi d'Espagne jouir de ses États et faculté d'accéder après coup.
Saint-Saphorin employé par le roi d’Angleterre à Vienne ; quel
« Un nommé Saint-Saphorin, Suisse du canton de Berne, fort décrié depuis longtemps par plusieurs actions contre l'honneur et la probité, et par ses manèges encore et ses déclamations contre la France, étoit celui dont le roi d'Angleterre se servoit à Vienne, et croyoit se pouvoir confier à lui. Il s'applaudissoit d'avoir su conduire les choses au point où elles en étoient. »
Son avis sur les traités à faire
Son avis : « ne pas songer au roi de Prusse, quoique la France le désirât..., parce qu'on auroit alors ce prince à bon marché » ; achever d'abord l'alliance avec la France et convenir ensuite du choix des princes, l'empereur devant rompre « toute négociation, si l'Angleterre et la Hollande insistoient à comprendre quelque autre puissance dans l'alliance avant qu'elle fût signée ».
Roi de Prusse suspect à Vienne et à Londres
« Les intentions du roi de Prusse étoient également suspectes à Vienne et à Londres, parce que son caractère étoit également connu dans les deux cours. »
Son caractère et sa conduite
Son caractère : « ce prince, uniquement occupé de son intérêt, embrassoit tous les moyens propres à y parvenir... La route qu'il croyoit la plus sûre étoit d'exciter les troubles dans l'Europe... Il entreprenoit légèrement et se désistoit encore plus légèrement... La crainte étoit ce qui agissoit le plus sur lui. Il trembloit à la moindre menace de Vienne » ; lié avec la France, il « ne cessoit de protester à Vienne qu'il étoit dévoué à la maison d'Autriche », jusqu'à faire dire à l'empereur « que la crainte de lui déplaire avoit rompu son voyage » de Paris.
Ministres hanovriens dévoués à l’empereur, qui veut tenir le roi d’Angleterre en dépendance
Les ministres hanovriens et la dépendance : l'empereur « étoit bien aise que le roi d'Angleterre, comme prince de l'empire, eût besoin de lui, pour conserver les États usurpés sur la Suède, et il le vouloit tenir toujours dans sa dépendance » — jusqu'à paraître fâché que les offices du régent eussent fait sortir les Moscovites du Mecklembourg ; et sur les partisans du Prétendant aux Pays-Bas, il restreignit si faiblement ses ordres que les Anglais « crurent que plus la France abandonnoit ce malheureux prince, plus l'empereur lui étoit favorable ».
Complaisance de ce dernier à lui payer un reste de subsides, qui excite du bruit en Angleterre et dans le nord
La complaisance des subsides : les ministres allemands « engagèrent la nation angloise à lui payer les restes des subsides dus de la guerre précédente » — cent mille livres sterling ; les Anglais hors du ministère trouvaient « fort étranges les demandes... d'être payé d'un reste de subsides d'une guerre dont il avoit seul profité » ; et les rois de Danemark et de Prusse se plaignaient de ne recevoir, eux, aucun paiement pour la guerre du Nord.
Hauteur de l’empereur sur Peterborough
La hauteur sur Peterborough : la cour de Vienne prétendit qu'il « avoit donné des conseils inconsidérés aux princes d'Italie », porta plainte à Londres « avec des menaces de le faire arrêter s'il traversoit en Italie des pays occupés par ses troupes. Peterborough reçut une réprimande et avis d'éviter d'entrer dans les États de l'empereur. »
Secret profond de l’entreprise sur la Sardaigne
Le secret de la Sardaigne : Koenigseck « ne pouvoit croire que [le régent] n'en eût pas été informé avant l'exécution. Il étoit vrai pourtant que le régent n'en avoit eu nulle connoissance. On ne croyoit pas qu'aucun prince d'Italie, non pas même le duc de Parme, eût eu part au secret si bien gardé par Albéroni. »
Conseils du duc de Parme au roi d’Espagne
Les conseils du duc de Parme, encore ignorant du projet : tenir parole au pape sur la flotte, marquer du ressentiment de l'enlèvement de Molinez « mais d'y employer des paroles, non les armes » ; il avertissait que Gallas avait pouvoir d'offrir aux parents du pape « un État en souveraineté dans la Toscane » pour assurer à l'empereur la succession du grand-duc, qui, « Livourne étant compris, se trouveroit encore en état... de se rendre maître de la Méditerranée comme il le seroit de l'Italie ».
Colère du pape sur l’accommodement signé en Espagne
La colère du pape sur l'accommodement : au lieu de la joie, « il le mit dans une colère étrange, parce que l'Espagne n'avoit pas voulu annuler par un décret ceux qui avoient été précédemment faits » ; il s'emporta contre Aldovrandi, « dit qu'il lui avoit menti dans le fond et dans la forme »... « Mais ceux qui connoissoient les mouvements impétueux de sa colère n'en prirent pas une grande alarme. »
Contretemps du Prétendant
Le contretemps du Prétendant : prenant congé, il crut « la conjoncture heureuse » et pressa le pape sur Albéroni puisque les différends étaient terminés. « Le contretemps étoit complet. Le pape répondit froidement qu'il exécuteroit ses promesses, mais que les affaires avoient été si mal digérées, qu'il n'étoit pas encore en état de le faire. »
Adresse hardie d’Acquaviva
L'adresse hardie d'Acquaviva : en audience, il défendit Aldovrandi, « fit convenir le pape que l'écrit signé entre son nonce et Albéroni étoit le même qu'il avoit donné à ce nonce », et « plus le pape montra de colère, plus Acquaviva le pressa de déclarer Albéroni cardinal au consistoire du lendemain ». Le pape s'en tira en alléguant le temps trop court — « c'étoit ce qu'Acquaviva vouloit..., et cependant le pape s'engageoit à n'en point tenir sans contenter en même temps le roi d'Espagne ».
Congrégation consultée favorable à Albéroni, contraire à Aldovrandi, qui excuse Albéroni sur la destination de la flotte espagnole
La congrégation de cardinaux conclut « que le roi d'Espagne avoit fait tout ce qui dépendoit de lui pour satisfaire le pape, qui par conséquent ne pouvoit se dispenser d'accomplir la parole » ; mais, « suivant la maxime des cours de flatter le maître aux dépens du ministre absent et indéfendu, ils blâmèrent unanimement Aldovrandi ». Le nonce, pour servir Albéroni, assurait le pape sur sa parole que si l'escadre menaçait l'Italie, « l'entreprise étoit certainement formée contre le sentiment et l'avis d'Albéroni ».
L’entreprise de l’Espagne, au-dessus de ses forces sans alliés, donne lieu à beaucoup de divers raisonnements
Les raisonnements des politiques : l'armement — troupes embarquées, dix galères jointes à Barcelone — ne suffisait pas « pour exécuter les grands desseins qu'on attribuoit à l'Espagne sans le secours d'autres princes et la connivence de plusieurs ». Les uns croyaient l'entreprise concertée avec la Hollande, voire l'Angleterre ; « peu de gens pensoient que la France y prît part » ; la plupart jugeaient « que le projet étoit communiqué au roi de Sicile ».
Albéroni se moque d’Aldovrandi et de Mocenigo
La moquerie d'Albéroni : à Aldovrandi et Mocenigo venus au Prado lui représenter « les malheurs qu'il alloit attirer sur l'Italie », il « répondit seulement qu'il étoit étonné de voir deux hommes aussi consommés ajouter foi aux chansons de Madrid, et les assura que l'escadre étoit destinée et seroit employée au service du pape et de la république. Tous deux se contentèrent de cette réponse. »
L’entreprise généralement blâmée, colorée de l’enlèvement de Molinez
« La nouvelle de l'entreprise devenue publique, à n'en pouvoir plus douter, elle fut universellement blâmée et ses suites prédites comme funestes à l'Europe. » Albéroni, qui aurait voulu sa promotion d'abord, « tâcha d'y préparer et de gagner des suffrages en se plaignant hautement de l'arrêt de la personne de Molinez » — lui qui n'appelait le grand inquisiteur que « solemnissima bestia » —, comme « de la continuation des outrages que les Impériaux n'avoient cessé de faire au roi d'Espagne, dont il seroit enfin contraint de se venger malgré sa répugnance ».
Vanteries et fausseté impudente d’Albéroni
Ses vanteries et sa fausseté : il ajoutait qu'il en souffrirait lui-même, prévoyant son chapeau rompu, « sur quoi il s'expliquoit en style d'ancien Romain » ; il se complaisait d'avoir rétabli la marine d'Espagne, publiant les magasins de Cadix « plus remplis que ne l'étoient ceux de Brest, Toulon et Marseille. À quoi il ajoutoit toutes sortes d'utiles vanteries. »
Inquiétude pour la Sicile
L'inquiétude pour la Sicile : del Maro, ambassadeur du roi de Sicile, « de plus en plus persuadé par la profondeur du secret que cet orage regardoit la Sicile, cherchoit des voies détournées pour en avertir son maître, persuadé que toutes ses lettres étoient interceptées, et que sa maison étoit environnée d'espions ». Son courrier passé à Turin lui revint « malgré toutes les précautions », violence qui « confirma tous ses soupçons ».
Le secret confié au seul duc de Parme
« Le duc de Parme méritoit d'être distingué des autres princes, parce qu'il étoit [oncle] à la reine d'Espagne et par ce qu'Albéroni lui devoit... Il sut donc enfin sous le dernier secret la véritable destination de l'escadre d'Espagne. Il donna tous les avis qu'il put pour en faciliter les desseins. »
Ses avis et ses conseils
Ses avis : les ministres impériaux à Naples dans la consternation, « la justice y étoit abolie, le négoce cessé, l'administration et les gouvernements en vente au plus offrant. Le désespoir y étoit, et les vœux peu retenus de voir paroître l'escadre espagnole. » Il appuyait « de toutes ses forces l'avis de la conquête de Naples », facile — « n'avoir qu'à s'y présenter pour opérer une révolution subite » —, les princes d'Italie « gémissants et tremblants sous l'autorité de l'empereur » devant tous concourir à la défense ; et pour le pape, une simple lettre secrète désavouant la partie injurieuse du livre d'Uzeda, adressée à lui-même pour faire voir son crédit.
Albéroni fait cardinal dans le consistoire du 12 juillet
« Enfin le pape, ne pouvant plus résister aux menaces du roi d'Espagne et à la frayeur de la vengeance d'Albéroni, le fit cardinal le 12 juillet. »
Cris sur sa promotion
« Cette promotion ne fut approuvée de personne lorsqu'elle fut déclarée au consistoire. Aucun cardinal ne loua le nouveau confrère. Quelques-uns la désapprouvèrent ouvertement, entre autres Dadda, Barberin, Borromée, Marini..., et le cardinal de Schrottembach, ministre de l'empereur, ne se trouva pas au consistoire. »
Giudice s’y distingue
Giudice s'y distingua : il « dit qu'il ne pouvoit y consentir en sûreté de conscience ». « Ce qui est vrai, c'est que Giudice avoit dressé une partie d'opposition qui dans la crise lui manqua tout net, et qu'Acquaviva, qui ne l'aimoit pas et qui vouloit plaire en Espagne, n'y laissa pas ignorer. »
Malaise du roi d’Angleterre dans sa cour et dans sa famille
« Le roi d'Angleterre étoit fort mal à son aise au milieu de sa cour » : on prétendait qu'il avait pour l'empereur « personnellement plus d'éloignement que d'amitié », entraîné par ses ministres allemands « dévoués à la cour de Vienne pour en obtenir des grâces pour eux et pour leurs familles, et en opposition fréquente avec les ministres anglois ».
Comte d’Oxford absous en parlement
« Ce prince venoit d'avoir le dégoût, malgré ses efforts, de voir sortir avec honneur et justice le comte d'Oxford de l'accusation capitale intentée contre lui, et la division s'accroître entre les gens qui lui étoient les plus attachés. »
Éclat entre le roi d’Angleterre et le prince de Galles
L'éclat avec le prince de Galles : la haine « éclatoit jusque dans les moindres choses. Elle devint tout à fait publique à l'occasion d'une revue d'un régiment qui portoit le nom du prince, dont le roi ne voulut pas s'approcher que le prince, qui étoit à la tête en habit uniforme, ne se fût retiré. Il obéit et dit en s'en allant que ce coquin de Cadogan en étoit cause. »
Inquiétude sur l’entreprise d’Espagne moindre en Hollande qu’à Londres
L'inquiétude moindre en Hollande qu'à Londres : « la république n'en avoit rien à craindre et n'étoit obligée par aucun traité de secourir l'empereur, et il ne lui étoit pas inutile qu'il survînt des embarras à ce prince qui le rendissent plus traitable » sur la Barrière — on remarquait déjà « un grand et prompt changement de ton là-dessus du baron d'Heems ».
Applaudissements et avis de Beretti
Les applaudissements de Beretti : il attribuait cette douceur « aux soins qu'il avoit pris d'ouvrir les yeux aux Hollandois » ; il assurait « que la moitié de l'Angleterre lui désiroit un bon succès, moins à la vérité par affection que pour le plaisir de voir l'embarras du gouvernement d'Angleterre », et conseillait de répondre aux propositions anglaises « pour éviter le reproche de ne vouloir point de paix avec l'empereur », dont les prétentions paraîtraient si déraisonnables que le reproche retomberait sur lui.
Son intérêt personnel
Son intérêt personnel : il n'oubliait rien « pour détourner la négociation d'être portée à Londres, où il craignoit qu'elle tombât entre les mains de Monteléon, et pour la faire ouvrir au contraire à la Haye, dans l'espérance qu'elle n'y sortiroit pas des siennes » — mourant de peur « de se voir enlever » cette négociation dont il ne comptait nullement le succès.
Les Impériaux somment le roi d’Angleterre de secours avec peu de succès
La sommation impériale : Wolckra et Hoffmann « demandèrent tous deux l'assistance du roi d'Angleterre comme garant de la neutralité d'Italie, et comme engagé par le dernier traité à secourir l'empereur, s'il étoit attaqué dans ses États ; mais les ministres d'Angleterre suspendirent la réponse. »
Caractère du comte de Peterborough
Peterborough se disposant à passer en Italie : « ni le roi d'Angleterre ni pas un de ses ministres ne se fioient en lui ; pas un des partis n'avoit pour lui ni estime ni confiance... On lui rendoit justice sur l'esprit et le courage, dont il avoit beaucoup, même trop, et... toutes ses idées alloient à le mettre dans l'embarras, lui et ceux qu'il pouvoit engager dans ses vues. »
Secret profond de la destination de l’entreprise de l’Espagne
Le secret profond : « on ignoroit également à Paris, à Londres et à Vienne, le véritable dessein du roi d'Espagne. Patiño étoit seul dans le secret du cardinal Albéroni ; et le marquis de Lede, chef des troupes embarquées, ne devoit ouvrir ses ordres qu'en mer. Ainsi les raisonnements étoient infinis. »
Double hardiesse d’Albéroni
La double hardiesse : il fit dire au Pensionnaire « qu'il falloit que la Hollande choisît ou d'unir ses forces à celles de l'empereur contre l'Espagne, ou au roi d'Espagne pour donner l'équilibre à l'Europe, en commençant par l'Italie » ; et il avouait que sa promotion obtenue, « les considérations particulières ne l'empêcheroient plus d'agir pour la gloire et les intérêts du roi son maître (vérité digne de servir de leçon aux rois). »
Plaintes et menaces de Gallas, qui font trembler le pape
Les menaces de Gallas : il se plaignit que l'Espagne employait l'indult du clergé « non contre les Turcs, mais pour faire la guerre à l'empereur » ; le pape répondit qu'on ne lui avait jamais communiqué le traité de neutralité. « Gallas, court de raisons, mais qui connoissoit le terrain, répondit par des menaces que l'empereur feroit incessamment une trêve avec les Turcs, et qu'il enverroit quarante mille hommes en Italie, dont l'État ecclésiastique et celui de Parme entendroient parler les premiers. Il n'en falloit pas tant pour effrayer le pape » — qui conjura l'envoyé de Parme de dépêcher un courrier à Madrid.
Frayeur de toute l’Italie
La frayeur de l'Italie : les projets de Vienne « faisoient trembler les Vénitiens, environnés en terre ferme par les États et les troupes de l'empereur, qui vouloit encore se rendre maître de leurs mers par de nouveaux ports dans le golfe Adriatique » ; on disait qu'il prétendait mettre garnison allemande dans Livourne et demandait des subsides au grand-duc « en des termes de la dernière hauteur ».
Hauteur et sécurité d’Albéroni
La hauteur et sécurité d'Albéroni : « le pape parloit à un sourd qui, ne craignant plus rien de sa part depuis qu'il en avoit reçu le chapeau, s'inquiétoit peu de ses exhortations et de ses menaces. » À Stairs déchaîné contre lui à Paris, il rendait la pareille, « et disoit que le roi d'Espagne demanderoit justice au roi d'Angleterre de cet homme vendu à l'empereur » ; il refusait d'envoyer un ministre à Londres, l'affaire étant « sans lueur ni apparence de succès, vision ou piège de la cour de Vienne ».
Aldovrandi veut persuader que l’entreprise se fait malgré Albéroni
Aldovrandi, « pour faire sa cour au cardinal Albéroni, publioit que l'entreprise se faisoit contre son avis, qu'il s'y étoit opposé en vain..., et fait résoudre la Sardaigne pour préserver l'Italie » — sur sa parole, il répandit que c'était « le conseil d'État dont l'emportement avoit été extrême », et donnait les Hollandais « pour favoriser sous main l'entreprise ».
Mouvements partout contre cette entreprise, et opinions diverses
Les mouvements partout : la France s'expliqua — le duc de Saint-Aignan représenta « que le roi, garant de la neutralité d'Italie, ne pouvoit approuver une entreprise qui y contrevenoit » ; le duc de Parme, à qui l'empereur demandait « hautement de fortes contributions », manquait d'argent et recourait inutilement à l'Espagne ; « del Maro ne cessoit d'avertir son maître que l'entreprise regardoit la Sicile ; et les ministres d'Angleterre, de Hollande et de Venise à Madrid, s'épuisoient en inquiétudes et en raisonnements. »

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