TOME VII · CHAPITRE VII

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Résumé

Rencontre « en même pensée fort singulière » entre Chevreuse et l'auteur : l'origine des conseils — le futur système de la polysynodie — « mal imités à la mort de Louis XIV ». Péril secret de Beauvilliers ; Harcourt manque « à coup près » d'entrer au conseil. Deuil d'un enfant de l'électeur de Bavière ; mariages Nesle-Mazarin et Ancenis-Entragues. Boufflers revient de Flandre hors d'état de servir ; distribution de 1709 : Villars sous Monseigneur en Flandre, Harcourt sous le duc de Bourgogne au Rhin, Berwick en Dauphiné, Noailles en Roussillon, le duc d'Orléans en Espagne.

Les entrées

Rencontre en même pensée fort singulière entre le duc de Chevreuse et moi ; origine des conseils mal imités à la mort de Louis XIV
Rencontre singulière : « tout périssoit peu à peu ou plutôt à vue d'œil ; le royaume entièrement épuisé, les troupes point payées…, qui que ce soit qui osât porter la main à cette arche chancelante ». Saint-Simon avait depuis des années jeté sur le papier un plan de conseils, « condamné aux ténèbres, et regardé comme la république de Platon ». Or Chevreuse, monté dans son entresol, lui déploya « les mêmes idées que j'avois eues…, et me récita tout le mien à si peu de choses près que j'en demeurai stupéfoit ». « Mais parlez-moi donc, est-ce que je dis des sottises ? » Saint-Simon tira de son armoire trois petits cahiers : « jamais deux hommes ne furent l'un après l'autre » si étonnés. « On verra que ce projet fut la source d'où sortirent les conseils, mais très informes et mal digérés, lors de la mort du roi, comme ayant été trouvés dans la cassette de Mgr le duc de Bourgogne à sa mort. »
Péril secret du duc de Beauvilliers
Péril secret de Beauvilliers : Mme de Maintenon, qui « ne pouvoit pardonner au duc de s'être maintenu malgré elle », travaillait « en même temps à chasser Beauvilliers et à placer Harcourt » au conseil. Saint-Simon l'apprit chez les Villeroy « sur le point de l'exécution », envoya chercher Beauvilliers sur-le-champ, « le promena sur son ignorance », puis lui dicta la parade : prendre le roi seul par ses entrées, lui révéler qu'il savait l'entrée d'Harcourt et sa mise en scène, dire son détachement, offrir de remettre toutes ses places. « Le roi parut étonné, et piqué du secret découvert…, s'opposa [à la retraite], fit beaucoup d'amitiés… En un mot ce fut un coup de partie. M. de Beauvilliers m'embrassa encore bien tendrement, à plus d'une reprise. »
Harcourt manque à coup près d’entrer au conseil
Harcourt manqua le conseil à un cheveu : il devait attendre « comme fortuitement dans les antichambres » qu'on l'appelât pendant le conseil d'État. « Il alloit et venoit boitant sur son bâton, et ne savoit que répondre, ni aux demeurants, ni aux passants. » Deux fois le manège échoua ; Mme de Maintenon, pressant enfin le roi, s'entendit répondre « qu'Harcourt étoit mal avec presque tous ses ministres…, que tout bien considéré, il aimoit mieux s'en tenir où il en étoit. Elle se tint pour battue, et Harcourt fut au désespoir. »
Mort et deuil d’un enfant de l’électeur de Bavière
Mort d'un enfant de l'électeur de Bavière, cadet de moins de sept ans dont l'Allemagne même ne porte pas le deuil : le roi le prit pourtant pour quinze jours — « voilà où conduisit le deuil d'un maillot de M. du Maine : à porter le deuil d'un enfant que sa propre cour ne porte pas ».
Mariage du marquis de Nesle avec la fille du duc Mazarin
Le marquis de Nesle épousa la fille unique du duc Mazarin : la vieille Mailly, « qui savoit par expérience combien [les cajoleries de Mme de Maintenon] étoient vaines », voulut pour son petit-fils biens immenses et espérance de la dignité de Mazarin, « parce qu'elle étoit femelle ». « La beauté de cette mariée fit grand bruit dans les suites, et celle des filles qu'elle laissa encore plus dans le règne suivant, jusqu'à devoir y tenir quelque place dans l'histoire. »
Mariage du marquis d’Ancenis avec la fille de Georges d’Entragues
Le duc de Charost, « attrapé par une Mme Martel, vieille bourgeoise de Paris » qui lui fit « accroire des trésors », maria le marquis d'Ancenis à la fille de Georges d'Entragues, ancien « petit commis, et bien pis auparavant » chez M. de Frémont ; le roi donna au fils le gouvernement de Dourlens. « Il fut récompensé autant qu'il pouvoit l'être par le mérite de la personne, sa vertu et sa conduite. »
Retour de Flandre du maréchal de Boufflers, hors d’état de servir
Boufflers, tombé malade « à l'extrémité » dans sa tournée des places de Flandre, « mal rétabli des fatigues incroyables qu'il avoit souffertes à Lille », revint le 1er mars et « déclara [au roi] son impuissance de servir pour cette année ».
Villars, sous Monseigneur, général en Flandre
Le roi fit aussitôt appeler Villars : « il fut public qu'il commanderoit l'armée de Flandre sous Monseigneur », avec le roi d'Angleterre incognito et le duc de Berry volontaires.
Harcourt, sous Mgr le duc de Bourgogne, général sur le Rhin
« Le maréchal d'Harcourt sur le Rhin, sous Mgr le duc de Bourgogne » — Harcourt, « qui, en Normand habile, savoit tirer sur le temps », obtint quatre-vingt mille livres comptant pour son équipage « et bouda encore de n'en obtenir pas davantage ».
Berwick en Dauphiné ; le duc de Noailles en Roussillon ; M. le duc d’Orléans en Espagne
« Le maréchal de Berwick en Dauphiné ; le duc de Noailles en Roussillon, à l'ordinaire ; M. le duc d'Orléans en Espagne. »
Les princes ne sortent point de la cour
« On verra bientôt que ces généraux d'armée allèrent à leur destination, mais qu'aucun des princes ne sortit de la cour. »
Comte d’Évreux ne sert plus, que Mme la duchesse de Bourgogne empêche de se rapprocher de Mgr le duc de Bourgogne
Le comte de Toulouse eut charge de dire au comte d'Évreux « qu'il ne serviroit point, lequel n'a pas servi depuis » — coup qui « porta sur M. de Vendôme pour le moins autant que sur lui ». Il avait presque réussi à regagner le duc de Bourgogne, « mais Mme la duchesse en fit tant de honte à son époux, et se montra si irritée, que le comte d'Évreux ne put réussir. Toute la cabale en fut étrangement étourdie. »
Roucy admis, La Feuillade refusé de suivre Monseigneur [comme] volontaires
Roucy et La Feuillade, voulant « se raccrocher en suivant Monseigneur » comme volontaires, en demandèrent la permission : accordée à Roucy, refusée à La Feuillade — « dégoût très marqué », mais « dans le fond, la fortune des deux fut pareille », Monseigneur n'étant point parti.
Rouillé en Hollande
« Rouillé partit les premiers jours de mars pour aller traiter secrètement la paix en Hollande ; à force de besoins on s'en flattoit. » Les Hollandais accordèrent les passeports « en grand secret et de fort mauvaise grâce ». Torcy a écrit ces négociations et celles de Gertruydemberg et d'Utrecht : « il a bien voulu me communiquer son manuscrit lui-même ; je le trouvai si curieux que je le copiai moi-même » — renvoyé aux Pièces.
Caractère de Rouillé
Caractère de Rouillé : président en la cour des aides, frère du brutal Rouillé des comptes, « celui-ci, qui étoit le cadet, avoit un esprit délicat et poli, aussi sobre et mesuré que son aîné l'étoit peu », rompu aux négociations, en dernier lieu ambassadeur en Portugal : « on avoit toujours été content de lui ».
Conduite de Chamillart à l’égard des autres ministres, dont il embloit le ministère
Conduite de Chamillart envers les autres ministres : persuadé que l'imitation de Louvois « en ces entreprises étoit un droit de sa place ou de sa faveur », il « embloit » leurs départements — d'où sa brouille perpétuelle avec Pontchartrain. Sur la paix, il tenait « des gens en Hollande qui décrioient ceux que Torcy y employoit » : « on eût dit que ces gens servoient des ministres de différents maîtres dont les intérêts étoient tout opposés ». Ridicule public des deux voyages du médecin Helvétius — l'homme de l'ipécacuanha — « sous prétexte d'aller voir son père, mais en effet pour négocier, dont personne ni là ni ici ne fut la dupe ».
Il s’en désiste à l’égard de Torcy, et en signe un écrit
Torcy, à bout de patience, « résolut de faire décider par le roi qui des deux devoit se mêler des affaires étrangères ». Chamillart, sentant « qu'une pareille décision ne pourroit lui être favorable », signa en présence de Beauvilliers un écrit s'engageant « à n'entretenir plus personne pour s'ingérer de la paix, ni d'aucune affaire étrangère ». « Torcy, content enfin et libre, se raccommoda avec Chamillart, qui depuis ne lui en donna plus la moindre occasion. »
Affaire fort poussée entre Chamillart et Desmarets, dont le dernier eut l’avantage
Affaire Chamillart-Desmarets : Chamillart, se plaignant au roi « de se trouver court de fonds », força Desmarets à la justificative : celui-ci « rapporta au roi l'état des sommes fournies…, tout cela par pièces justificatives, et montra que Chamillart étoit plus que rempli ». Vérification faite chez le contrôleur général, le commis de Soye « lui en montra l'emploi, qui étoit différent de celui auquel le roi l'avoit destinée ». Le roi le reçut « avec une extrême bonté pour Chamillart » ; le public jugea moins bien — on l'accusa d'avoir payé les fournitures garanties en son nom via son financier La Cour des Chiens. « De crime ni de faute, il n'y en avoit pas l'ombre, puisqu'il n'en détourna jamais une pistole à ses usages particuliers » ; mais entre les deux ministres « il n'y eut plus que des dehors et de grandes mesures d'honnêteté ».

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